L’argent du moi…

Photo argent .pngFrançois Hollande a menacé de plafonner les revenus des grands patrons. Mais le contraste entre simple salarié et grand dirigeant ne renvoie-t-il pas à la place que nous accordons à l’argent dans notre vie ?

Chiche ! Le président de la République a menacé de plafonner les revenus des grands patrons et ce pour la deuxième fois au cours de son quinquennat. Attention l’exécutif va taper du poing sur la table et il vous le dit, cela ne va pas rigoler ! Certes… ! Pourquoi ne pas y croire…Mais dans une République laïque, tout cela relève, l’ironie est là, du vœu pieux. Il est évident que nul président de la République ne pourra légiférer sur les revenus des grands patron hormis peut-être sur ceux perçus par les dirigeants des sociétés publiques où l’Etat est majoritaire dans le capital. Et encore ! Rien ne prouve que l’Assemblée nationale approuvera la mesure et il est peu probable qu’un gouvernement use du 49.3 en la matière. Cette annonce, qui ne sera jamais suivie des faits, n’est autre qu’une tentative, un peu maladroite de se réconcilier avec ceux qui s’étourdissent ou s’étranglent d’indignation (parfois les deux) devant les rémunérations des dits grands patrons. Et pourtant François Hollande sait que ce plafonnement sera impossible à imposer et serait destructeur politiquement. Impossible car l’Etat, fut-il animé des meilleures intentions, n’a aucun pouvoir officiel dans une entreprise privée. Jouer des influences de réseaux peut être utile mais n’aura qu’un effet limité au sein des entreprises concernées où la frontière avec le monde politique reste friable et poreuse.

Schizophrénie

Ensuite toute mesure de cet ordre serait dangereuse politiquement car si beaucoup s’indignent devant les rémunérations proposées, beaucoup n’y voient aucun inconvénient et seraient même prompts à défendre de tels niveaux de rétribution au nom de la compétence et des responsabilités. Et se priver d’une partie de l’électorat centriste, voire social-libéral, pour une poignée de dirigeants certes grassement rémunérés, ne vaut peut-être pas la peine. Voilà pour les arguments qui rendent la menace fragile. Ensuite, soyons un instant honnête : l’hypocrisie et la jalousie prévalent en la matière. Et tous ceux qui dénoncent ces salaires ne rêvent que d’une chose : en percevoir autant ou ne serait-ce que la moitié ou un quart…In fine, le problème ne réside pas dans le niveau de rémunération mais dans le rapport que nous entretenons à l’argent. Les anglo-saxons (à l’exemple des Etats-Unis) en ont fait une valeur centrale et le revendiquent sans mal et sans honte au risque de choquer les tenants de la Morale (reste encore à définir celle-ci). Les Français, malmenés par des siècles d’absolutisme, maudissant l’inégalité et voyant dans l’argent un blasphème permanent réfutent tout idée d’enrichissement. Officiellement ! Car notre rapport à l’argent est à la fois contradictoire et schizophrénique. Nous le détestons et l’aimons (beaucoup et de plus en plus) ! En réalité, le débat sur les salaires des grands patrons renvoie à notre incapacité à assumer le fait que certains d’entre nous fassent de l’argent une valeur et un objectif dans leur existence : Gagner de l’argent. Partagés entre l’envie d’en gagner mais pas trop au risque de s’attirer les regards malsains de son entourage, nous trouvons dans ces grands patrons, soudainement cloués au pilori, des victimes expiatoires à nos frustrations.

Fin ou moyen

Etienne Lantier, héros de Germinal, a ces mots durs et pourtant plein de justesse à l’endroit de ses camarades mineurs portés par un vent de révolte, quand il reproche à ces derniers de combattre des hommes auxquels ils rêvent de ressembler. Le combat que François Hollande voulait livrer à la finance et à l’argent est-il cependant perdu d’avance ? Et surtout est-ce un combat de gauche ? Là encore, la question ne relève pas de l’appartenance idéologique mais de ce que nous voyons en l’argent : une fin ou un moyen, un produit d’accumulation synonyme de richesse ou un moyen de subsistance. Et ces dirigeants d’entreprises, rémunérés sur la base de sommes qui dépassent l’entendement de beaucoup sont-ils coupables ? En y regardant de plus près, les responsabilités qui sont les leurs ne sont pas celles d’un Zlatan Ibrahimovic ou d’un Chistiano Ronaldo. Certes les salaires perçus par ces joueurs de football sont largement réinvestis dans l’économie réelle et permettent à d’autres de vivre et de travailler. Alors est-il honteux de gagner beaucoup d’argent quand celui-ci est le fruit du travail ? Il appartient à chacun de répondre à l’aune de ces convictions mais menacer de frapper d’opprobre les dirigeants d’entreprise pour les salaires qui sont les leurs n’a pas réellement de sens sinon celui d’un effet d’annonce pour « gauchiser » un discours global qui ne l’est plus vraiment. Sauf à le réinventer.

Du nom à l’identité…ou l’inverse ?

CapitoleLe choix du nom de la nouvelle région unissant Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon laisse émerger la question d’une identité commune : existe-t-elle déjà ou est-elle à créer ?

Pourquoi ne pas appréhender la consultation à laquelle sont conviés les habitants de Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, consultation visant à baptiser d’un nom unique la grande région regroupant les deux territoires comme le moyen de dessiner les prémisses d’une identité commune, voire d’une identité tout court ? Ces deux régions, ressemblant aujourd’hui peu ou prou à ce que fut l’ancien Comté de Toulouse, n’avaient, à l’ère contemporaine, jamais réellement brillé par leurs velléités identitaires. L’une tutoyait la Provence sans en être, l’autre était trop orientale pour réellement se prévaloir de sud-ouest géographique. Et ce ne sont pas les mouvements occitanistes qui animent le débat identitaire actuel qui sont à même de créer une dynamique comparable à celles qui agitent le Pays basque, la Corse ou encore la Catalogne. Pourtant, fortes d’une démographie croissante, de centres économiques eux aussi engagés dans des phases d’expansion exponentielles, les deux régions suscitent de plus en plus d’intérêt. Beaucoup d’éléments y contribuent : économie (aéronautique, tourisme estival et hivernal,…), patrimoine historique, climat, art de vivre,…Mais force est de constater qu’en dépit de ces atouts que d’autres régions leur envient, l’identité midi-pyrénéenne et languedocienne marque le pas. Et ce n’est pas la croix occitane, présente à Toulouse et Montpellier, qui servira de fondation commune…L’argument serait facile et fallacieux.

Occitan et histoire

Personne n’envisage cependant pour la faire valoir de passer par la lutte armée, ce qui, outre son aspect totalement illégal, disqualifierait toute tentative identitaire en l’enfermant dans une logique auto-destructrice. Comment alors créer une identité commune, un socle social et historique commun ? La langue occitane est un vecteur certes mais si son enseignement perdure, celui-ci n’est pas majoritaire et les flux migratoires qui modifient la structure sociale de la grande région tendent à diluer la pratique et la nécessité de s’exprimer en occitan. L’histoire des deux régions pourraient être un élément. Nous évoquions précédemment l’ancien Comté de Toulouse sur lequel s’est posé, à son corps défendant, la nouvelle région. Certes ! Mais les traces qu’il a laissés dans l’Histoire sont, à n’en pas douter, lourdes et encore prégnantes, mais sont-elles partagées par celles et ceux qui élisent la nouvelle entité comme terre d’accueil ? C’est peu probable et il serait difficile de les en blâmer. Toutes, et à raison certainement, se tournent vers l’avenir et non le passé, fût-il des plus prestigieux. Alors comment créer cette identité, cette force tout à la fois sociale, historique, économique, linguistique, démographique et artistique qui pourrait extraire cette région grande comme l’Autriche d’une discrétion avalisée (voire d’un anonymat) par beaucoup comme une normalité ? Peut-être que les ferments de la nouvelle identité, passée l’anecdote du nom qui sera choisi, germeront dans l’avenir que ces deux régions voudront créer ensemble. Il n’est pas de destin individuel en la matière et tant à Toulouse qu’à Montpellier, il faudra imaginer un futur à la fois unique et commun. Mais à vouloir créer une identité qui démarquerait la nouvelle région, ne risque-ton pas de gommer des sous-identités ? Personne ne nie la réalité du pays catalan, de l’Aveyron, du pays toulousain, des plaines maritimes languedociennes ou des plateaux de Lozère.

Conflits culturels de mondialisation

Aussi, convient-il, non seulement de les préserver mais aussi d’en extraire l’essence commune, celle que l’on peut retrouver de toute éternité du Gers à La Lozère, du Lot à l’Aude. Pari compliqué car l’héritage culturel, autre pendant de la question identitaire, d’un Gersois n’est pas nécessairement, et à l’évidence, le même que celui d’un Héraultais vivant en bord de mer…Sans entrer dans une logique de conflits culturels, il est cependant clair que le changement de nom ne créera pas ex-nihilo une identité propre à la nouvelle région qui devra en forger une au fil des années. Travail de longue haleine, notamment à l’heure où la mondialisation, déjà derrière nous car éminemment présente au quotidien, tend à gommer chaque jour un peu plus particularismes et spécificités. Plus qu’un nom, se pose la nécessité, loin d’être vitale toutefois, de créer un espace commun où chacun pourra se reconnaître dans l’autre sans que ne soit gommé sa spécificité propre. La République, longtemps accusée d’avoir sapé les particularisme locaux tout en préservant leur existence dans la sphère culturelle nationale (ce qui rend caduque l’accusation précédente) pourrait servir d’exemple à la tâche qui s’annonce. Répétons-le, ce n’est pas tant le nom qui sera choisi qui importera mais ce que y sera mis dedans et qui forgera l’image et le visage de la grande région.

La gauche doit-elle être de droite ?

François Hollande.jpgLa loi Travail l’a mis en évidence. Et bien que beaucoup s’en doutaient, il existe aujourd’hui deux gauches. Une de Gouvernement, guidée par des thèses socio-libérales ; une parlementaire, fidèle à l’histoire idéologique du parti fondé par François Mitterrand au Congrès d’Epinay en 1971. La fracture, nette et profonde, n’est pour certains en aucun cas tenable et pourrait coûter à François Hollande sa réélection. Lieu commun que ces quelques lignes mais qui introduisent cependant une autre forme d’interrogation. La gauche doit-elle se convertir au libéralisme pour rester au pouvoir ? En un mot, faut-il appliquer et promouvoir une politique de droite tout en étant de gauche, ou prétendu comme tel, pour conserver le pouvoir ? C’est, à y regarder de plus près, le pari pris par le locataire de l’Elysée. Et dans ce cas là pourquoi se représenter sous une étiquette progressiste tout en sachant pertinemment que reconduit à la tête de l’exécutif, sera menée à nouveau une politique d’inspiration, au mieux socio-libérale, au pire de centre-droit avec le turbulent Emmanuel Macron en qualité de Premier ministre. Bref ! Spéculations pour l’heure ! Là n’est pas l’objet. Qu’est devenu la gauche française ? La question se pose. Un ensemble de valeurs progressistes qui cherchent à bousculer l’ordre établi ? L’affirmation de la puissance publique via le renforcement de l’Etat-providence ? Une attention particulière portée aux plus démunis ? Autant de questions qui trouvent leurs réponses à gauche de l’échiquier mais aussi à droite.

Misère et SDF

La gauche française, taraudée par ces principes fondateurs issus de l’évolution du marxisme et la nécessité de répondre aux attentes immédiates de la société, sait que le chemin qui lui reste est étroit. Le constat vaut aussi pour la droite, consciente qu’une exacerbation de l’individualisme, du libéralisme économique, de la limitation de l’action de l’Etat-providence et du soutien à l’esprit d’entreprise (qui n’est pas en plus le seul apanage de la droite) pourrait la couper d’une bonne part de ses électeurs. Mais revenons à la gauche. Se réveiller tous les matins en songeant à la misère du monde, en s’interrogeant sur le sort du SDF en bas de chez soi est compliqué ! C’est pourtant ce que l’on demande à un homme ou une femme engagés à gauche ! Le peuvent-ils ? Oui ! Tous les jours ? Chacun apportera la réponse à cette question…Combien est-il finalement plus facile de se réveiller en libéral convaincu ou en socio-libéral ! Moins contraignant idéologiquement et moins exigeant socialement. Mais au pouvoir, élu sur un programme engagé à gauche, il devient difficile, voire illisible, de promouvoir une politique de droite. Question de crédibilité. Et la question initiale de se reposer. La gauche doit-elle se convertir au libéralisme pour rester au pouvoir ? Chacun apportera sa réponse. Toute affirmation définitive serait risquée. Ce qui est sûr, car relevant d’un constat simple, c’est que la gauche souffre d’une crise d’identité et de croissance. D’identité car elle ne sait plus elle-même où se situer sur l’échiquier politique traduisant une fracture intrinsèque lourde ouverte dès 1983 avec le tournant de la rigueur ; de croissance car elle n’a peut-être pas su prendre avec justesse le pouls de la société française. Quand celle-ci demandait une alternance de gauche, il lui a été servie du social-libéralisme. Pour plusieurs raisons certainement : par conviction des promoteurs de la politique menée, par facilité politique, par incapacité à réformer le courant dans son sein et à proposer une vision de gauche. A la place, la société française a eu une politique fort accommodante avec le monde de l’entreprise, le tout saupoudré de quelques principes humanistes et progressistes posés ça et là.

« De gauche mais pas seulement !  »

Insuffisant certes mais révélateur du malaise qui ronge la gauche obligée, victime de ces carences propres et de son inertie, d’opter pour une politique d’inspiration libérale. Lionel Jospin lui-même, idéologue de la gauche des années soixante-dix et quatre-vingt, avait présenté son programme présidentiel en vue de l’élection éponyme de 2002 « de gauche certes mais pas seulement ! » Toutes visées électorales passées, le mot traduisait aussi une certaine impuissance à réinventer le discours de gauche. Déjà…! La faute à qui ? A l’idéologie même qui s’enfermerait dès lors dans une forme de tautologie politique, incapable de détourner son regard de ce qu’elle est ? De ces partisans et défenseurs, incapables d’assumer une évolution qui les briseraient idéologiquement avant de les anéantir électoralement ? Ce qui est aussi certain, c’est que si rien n’oblige la gauche à promouvoir une politique de droite, rien ne l’empêche de méditer sur son avenir. Et opter pour le social-libéralisme, premier par vers le libéralisme (l’épithète social traduisant une forme non assumée d’orientation finalement prise) n’est pas le meilleur moyen de reconquérir un électorat déçu. « Celui qui pense est malheureux » disait le philosophe roumain Cioran. Ne vaut-il pas mieux alors être malheureux dans un effort d’introspection salvateur ou artificiellement libéré par la facilité de la contradiction ? Car si le premier est coûteux et cruel, le second le sera aussi. Et plus vite qu’imaginé.

Le 49.3 ou une victoire à la Pyrrhus

Panorama_de_l'hémicyle_de_l'assemblée_nationale.jpgAlors que la Loi Travail agrège autour d’elle un ensemble toujours plus lourd de mécontents et que se rapproche l’échéance du vote au Parlement, voilà que le Premier ministre Manuel Valls reconnaît ne pas exclure le recours à l’article 49.3 de la Constitution. Naturellement, la seule évocation de celui-ci, toutes majorités confondues, n’est pas sans provoquer commentaires et cris d’orfraie. Car rappelons-le, le dit article permet au Gouvernement, qui redoute une mise en minorité sur un projet de loi présenté au vote des parlementaires, de s’affranchir de ces derniers et de leurs avis pour promulguer directement la loi. Héritage tenace et régulièrement utilisé par tous les Gouvernements de la Vème République, car extrêmement pratique et pour cause. Mais la question se pose aujourd’hui, comme hier cependant, de savoir ce qui se cache derrière l’utilisation du 49.3. D’aucuns crieront à une marque de faiblesse du Gouvernement amené à l’employer. L’argument est valable car il est aussi le témoin d’une fracture dans la majorité censée soutenir le Premier ministre en place qui, une fois l’article utilisé et la loi adoptée, ne peut arguer que d’une victoire à la Pyrrhus.

Arbitraire monarchique

Mais au-delà, le 49.3 peut aussi être apprécié de deux autres manières : déni de démocratie ou despotisme républicain. Les deux notions se rejoignent pour ne former au final qu’un seul état de fait : ce n’est plus le peuple, par la voix de ses représentants, qui décide du destin du pays mais un groupe d’individus, certes porté au pouvoir par les urnes mais qui agit en dépit de l’avis des voix qui en sont sorties. Nous nous interrogions il y a de cela quelques jours sur ce même blog sur la nécessité de conserver cet article qui, pour certains, s’apparente à une solution de dernier recours, pour d’autres à un héritage archaïque qui renvoie la France à l’arbitraire monarchique. La France, qui se targue à travers le Monde d’être le pays des Droits de l’Homme, de la liberté d’expression et de conscience, de posséder un cadre législatif issu de la Révolution française conserve envers et contre tous un reliquat de despotisme dont la pertinence ne laisse d’interroger au sein d’une démocratie se prétendant moderne. Employer le 49.3 ne serait-il pas pour le Gouvernement d’aujourd’hui, comme ceux d’hier et ceux à venir (dans l’hypothèse où l’article serait conservé) l’expression d’une impasse politique, d’une rupture consommée entre ceux qui sont censés voter les lois, les parlementaires, et ceux qui les imaginent et les proposent au vote, les ministres en charge ? Evoquer la notion d’impasse pour un homme politique est toujours un exercice pénible surtout lorsqu’il est au pouvoir. Il est synonyme d’échec et de renoncement potentiel, autant d’éléments susceptibles d’entacher sa crédibilité actuelle et future, donc sa réélection ou celle de ses affidés. Certes facile et expéditif, le 49.3, souvent présenté comme une arme redoutable, est pourtant un sabre à double tranchant qu’il conviendrait de ne jamais utiliser ne serait-ce qu’une fois même au prétexte de la raison d’Etat dont l’essence est par ailleurs l’objet d’appréciation personnelle et subjective.

Enfer et Purgatoire

Car ce qui apparaît comme impérieux à certains, ne l’est pas nécessairement à d’autres. Pour autant, a fortiori dans une république laïque comme la France, le Gouvernement amené à se servir du 49.3 ne brûlera pas dans les flammes de l’Enfer…Mais il se promet le purgatoire auprès de sa majorité et de son électorat. Nombreux ont été les Premiers ministres à hésiter pour enfin s’y résoudre, l’ont-ils regretté par la suite…. ? La question reste entière mais à l’heure où la sphère politique est entourée d’un halo de méfiance, la simple idée (et que dire de son utilisation ! ) de dégainer le 49.3 s’apparente à une faute politique quand, en parallèle, elle tronque le jeu démocratique. Ne nous y trompons pas ! La seule existence de cet article plombe une Constitution que les évolutions sociales et économiques sapent un peu plus chaque jour au point de la rendre inepte. Et rares seront ceux, à la tête d’un Gouvernement ou pas, à proposer sa disparition…Sans jamais franchir le pas. Menace plus que réel outil apte à servir la nécessité ou l’intérêt du pays, le 49.3 se transforme de fait en arbitraire de la démocratie, coupant court à toutes discussions, vidant de son sens la fonction parlementaire (comme si elle avait besoin de ça) et renvoyant l’Assemblée Nationale au rang de chambre d’enregistrement ! Est-ce réellement l’idée que l’on peut se faire d’une démocratie contemporaine ? Peu le pensent et à raison. Mais l’article en question, si souvent commenté et vilipendé (la preuve encore ici) est cependant conservé. Sa simple inscription (et donc son recours) à la Constitution entretient le mirage d’une puissance pourtant révolue, atteint l’image d’un pays qui n’a pas su s’extraire de réflexes despotiques ancestraux et surtout décrédibilise toute idée ou discours présentant la pays comme une démocratie en phase avec son temps.

Les Américains adorent se faire peur !

Donald_Trump.jpgIl y a parfois dans l’existence des moments que l’on attend sans qu’ils soient consciemment espérés. C’est peu ou prou ce qui est train de se préparer aux Etats-Unis où les Américains se dirigent vers un affrontement entre Donald Trump et Hillary Clinton. Tout les oppose. Leur seul point commun est de vouloir accéder à la présidence des Etats-Unis. Donc ce moment attendu semble se dessiner, notamment après l’annonce du retrait de Ted Cruz, celui-ci ayant compris que son option ultra-conservatrice ne le mènerait nulle part, si ce n’est à l’échec face à la tornade populiste Trump. De France et d’Europe, l’on s’étonne que près de 50% des Américains aient pu, et puissent continuer jusqu’en novembre prochain, accorder leur confiance au magnat de l’immobilier. Lui si misogyne, si sexiste, si ignare des affaires du monde, si xénophobe, si tout ce que Européens et Français en particulier bercés d’idéaux humanistes (certes en recul ces dernières années) détestent. Mais pouvait-il en être autrement ? Les Etats-Unis, terre manichéenne par excellence ou le bien ne côtoie que le mal et inversement, ou les problèmes ne se résolvent que selon des logiques binaires, les Etats-Unis donc ne pouvaient qu’accoucher, au regard des dernières années, d’un tel affrontement. L’expérimentée et politique Hillary contre le milliardaire Donald. Tout deux incarnent à leur manière deux Amérique qui s’opposent et cohabitent.

Angela Davis et Martin Luther King

Elle : une élite sociale, éduquée et cultivée, ouverte au Monde et à ses évolutions ; lui : celle du rêve américain où tout est permis à celui qui le veut et tant pis pour la culture et les principes moraux. L’homme déplaît pourtant aux pontes du Parti Républicain…Mais cela sera-t-il suffisant pour lui barrer la route de l’investiture ? Deux candidats pour deux Amérique qui, au final, devront continuer à se supporter. Car la présidence d’Obama, qui a marqué un tournant dans la vie politique américaine, laisse pourtant échapper de vraies fractures que, d’Europe, nous appréhendons mal. Pour nous, l’accession d’un homme noir à la présidence des Etats-Unis était un signal fort : celui de la marche sur Washington, celui des combats d’Angela Davis, de Martin Luther King ou des Black Panthers (dans une moindre mesure cependant) Mais vue d’Europe…Et pas nécessairement des Etats-Unis…Les larmes de Jesse Jackson, révérend noir candidat à l’élection de 1988 face à Georges Bush senior, au soir de la première élection de Barack Obama  en 2008ont masqué les rancoeurs d’une Amérique profonde, secouée par la crise des subprimes, de la crise économique qui s’en est suivie et des difficultés inhérentes à toutes classes sociales éloignées des centres de pouvoir ou des préoccupations des parlementaires du Congrès. Alors jaillit l’improbable Trump, tycoon arrogant, souvent grossier et vulgaire, à contre-courant des élites policées de New-York ou de Washington. On peut se demander comment cet homme fait d’argent, et qui ne vit que pour en gagner plus encore, est parvenu à séduire des millions d’Américains ? Parce qu’avec lui les lendemains paraissent faciles, tout comme les solutions qu’il propose, que les problèmes nationaux et internationaux se régleront comme le faisait J.R Ewing : autour d’un verre de whisky. Bref de manière simple et binaire !

Un monde complexe

Or nombreux sont les Américains, et ils ne sont pas les seuls, à ne pas avoir appréhendé la complexité du Monde et sa multipolarité. Vivants dans un pays-continent, longtemps habitués à imprimer le rythme du Monde, les Américains ont progressivement vu le lien qui les rattachaient aux quatre autres continents de déliter à dessein ou de manière naturelle sous les coups des événements. Certains l’ont compris, telle Hillary Clinton ou d’autres comme Bernie Sanders dont le discours politique progressiste est le témoin d’une prise de conscience que l’avenir des Etats-Unis passera par une jeu collectif global. Certains ne l’ont pas appréhendé et parmi eux les partisans de Trump. Et lui, l’a-t-il compris ? La réponse reste entière mais il est difficile de croire que l’homme ait pu atteindre de tels sommets sans un minimum de réflexion. Prêtons-la lui donc. Et c’est là que le pire des drames se révèle : Trump ne serait qu’un manipulateur! Secret de Polichinelle ! Mais l’Amérique aime ces histoires homériques, où le rêve flirte avec la réalité. Trump est-il le côté obscur de l’Amérique ? Peut-être. Un mauvais cauchemar, un mauvais génie ? Certainement ! L’affrontement Trump – Clinton, qui semble bien inéluctable aujourd’hui accouchera de quelque chose… Mais de de quoi ? Les Etats-Unis restent aussi imprévisibles que surprenants et le choc qui se prépare laissera des traces chez les Républicains tout comme chez les Démocrates. Mais lesquelles ?

L’Union européenne sauvée par les migrants ?

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Et si la crise des migrants n’était finalement que le révélateur du reniement des principes qui président l’espace européen depuis sa création en 1957 ? La question se pose avec autant d’acuité que l’Union européenne, créée sur la base d’une coopération et d’une solidarité inter-Etats, se voit rongée par la montée exponentielle des nationalismes particuliers, par la réticence des Etats à statuer sur le sort des migrants, par les atermoiements à définir une politique claire et arrêtée sur la question, chacun renvoyant l’autre à ses responsabilités souveraines alors que les Traités successifs rappellent la notion de solidarité comme fondamentale. Où se situe donc le nœud gordien dans une Union européenne que l’on croyait forte et qui se révèle aussi fragile que diverse dans ses composantes ? Un premier constat s’impose : les moteurs historiques de la construction européenne sont en panne. Et alors que resurgissent ici où là des rancoeurs d’un autre temps, de celles qui ont amené le continent à se déchirer au XIXème et au XXème siècle, l’Union européenne semble se diriger, lentement mais sûrement, vers sa désagrégation. Certes, les Traités ne seront pas rompus demain, ni après demain. Mais dans cinquante ans, l’Union existera-t-elle toujours ?

Avatar excentré

L’inertie qui est devenue le moteur d’un ensemble qui devrait continuellement progresser laisse, exemple cruel mais patent, des milliers de désespérés aux portes d’une Europe désemparée car mal préparée, (ou pire ! Indifférente !) à affronter les réalités du nouveau monde. Car à l’origine, la CECA, la CEE, puis l’Union européenne, toutes trois créées au XXème siècle n’ont pas été, malheureusement, conçues pour faire face aux changements qui s’opèrent aujourd’hui. Alors, le monde se divisait en deux blocs avec des nations périphériques plus ou moins assujetties à l’un ou l’autre. La vision du monde était simple et l’Union européenne se voulait, à son corps défendant, une forme d’avatar excentré du bloc occidental accompagnée de l’OTAN et plus ou moins de l’ONU. A l’écart des soubresauts extérieurs, l’Europe politique s’auto-gérait en faisant face à ses propres problèmes sociétaux, économiques, politiques ou environnementaux sous l’oeil bienveillant de l’Oncle Sam. La dislocation du bloc soviétique a pris de court un ensemble finalement fragile en raison de sa diversité originelle et qui a dû apprendre à composer avec le monde entier. Généreuse dans ses ambitions, mais faibles dans ses moyens, l’Union européenne a compris à ses dépens qu’elle (et avec elle les Européens) n’était plus seule à décider et que la protection relative et tacite que lui offrait un monde bi-polaire s’était évanouie. Car le malaise qui prévaut aujourd’hui au sein de l’Union européenne n’est-il pas plus le fruit d’une inadaptation structurelle que d’une vague de migrants qui certes la concerne mais qu’elle serait très largement en mesure de gérer ? Le premier devoir de l’Union aujourd’hui, outre celui prioritaire d’accueillir des migrants chassés par la guerre, la dictature et la faim, est de réformer profondément ses textes pour offrir le visage d’un ensemble apte à faire face au XXIème siècle. Peu importe le nombre de pays membres, la question se pose en terme d’ambition et non en terme de pouvoir particulier, de moteurs ou d’amitiés choisies. Que veut devenir l’Union européenne ? Une addition de pays, les uns évoluant au sein de l’Euro zone, les autres en périphérie créant de fait une forme de hiérarchie au sein de même de l’ensemble (quand les Traités évoquent l’équité et l’égalité des membres) ? Un espace économique marchand, ce qui reviendrait à transformer l’Union (si n’est pas déjà le cas) à une gigantesque zone de transit commercial ? Ou autre option, repenser les textes fondateurs en conservant les principes de solidarité qui prévalait alors en les adaptant aux nouvelles crises mondiales.

Société post-industrielle

L’Europe du XXIème siècle n’est plus à reconstruire comme elle l’était au sortir de la Seconde Guerre mondiale ! Elle est même passée du statut de société industrielle à celui de société post-industrielle. Vécue comme une crise par un ensemble dépassé par les événements, l’arrivée des migrants en Europe pourrait être, au contraire, perçue comme un moyen de moderniser l’Union. Comment ? En adaptant l’espace européen aux réalités sociales, économiques, politiques ou religieuses qui l’entourent au lieu de vivre ces dernières comme des agressions extérieures qui n’auraient pour vocation que d’atteindre l’univers que nous nous sommes construits. L’accueil des migrants est l’opportunité pour nous Européens de sortir de notre vase clos, de comprendre que le monde a changé et changera encore. S’enfermer dans le dogme d’une doxa absolue considérant que notre espace seul prévaut conduira à l’échec. Dans des centaines d’années, si l’Union existe encore, cette crise actuelle sera perçue comme une crise de croissance à terme dominée. Si l’Union a disparu, alors les historiens de demain l’interpréteront comme un avatar civilisationnel, une tentative collective de coopération à grande échelle qui aura échoué sous les coups de boutoirs de l’individualisme, des nationalismes mal contrôlés (fruits d’un flottement politique et social en voie de globalisation), d’une inertie coupable dans laquelle se seront cloîtrés les pays membres préoccupés par leurs intérêts particuliers et non par un dessein collectif. Il ne suffit pas d’avoir une monnaie commune ou de passer de frontières en frontières sans contrôles douaniers pour parler d’Union européenne. Au delà de ces exemples pris à la volée, il devient urgent de penser l’Europe et non plus de la subir au risque de lourdes déconvenues, de comprendre ce qu’elle a cherché atteindre et non plus d’en défendre l’espace par peur de l’autre. Et ce travail de réflexion, nécessaire à tout ensemble humain qui défend son avenir, est l’affaire de tous les Européens. Et aujourd’hui, pas demain !

Le taux de chômage, arme politique ?

 

Emploi

Moins 1,7% en mars, c’est donc la baisse du chômage enregistrée en ce printemps 2016. Il va de soi qu’il faut accueillir la donnée statistique comme une bonne nouvelle et s’en réjouir à la mesure de sa valeur. Car se lancer dans une forme de triomphalisme, dont se sont d’ailleurs gardés le ministre du Travail, Myriam El Khomry et le Premier ministre Manuel Valls, pourrait apparaître comme fort présomptueux et très certainement prématuré au regard de la fragilité de la conjoncture et de la versatilité du taux concerné. Et si d’aventure l’un d’eux (ou un autre) devait se lancer dans une exégèse des politiques actuelles, ce panégyrique, malvenu en l’état, confirmerait une tendance qui prévaut dans notre pays depuis des années, tout comme dans d’autres d’ailleurs, à savoir considérer le taux de chômage comme une arme politique, comme un argument électoral déconnecté de toute réalité sociale. Une explication s’impose. La question de l’emploi est devenue au fil des années le juge de paix de tout élu ou aspirant à des responsabilités électives. Et pour cause, le travail, outre sa vocation sociale et intégratrice fondamentale, est aussi l’unique moyen de subsistance que l’Humanité ait trouvé pour satisfaire les besoins essentiels de chacun. La valeur travail, comme l’a très bien expliqué la sociologue Dominique Méda dans nombre de ses essais, passe avant toute chose, parfois avant même la notion de cellule familiale, c’est dire le poids de celui-ci dans la vie de l’individu.

Communication et action

Or, les difficultés auxquelles est confronté l’individu pour exercer une activité professionnelle rémunérée se heurte aussi à l’incompréhension de la sphère politique, quelque soit son obédience, qui ne ressent pas cette nécessité de la même manière. Rares sont les ministres, voire les Présidents de la République, à avoir arpenté les moquettes usées de feu l’ANPE ou aujourd’hui de Pôle Emploi….On ne peut pas leur en faire le reproche, ce n’est pas leur vocation première et s’y rendre relève souvent plus de la communication que de l’action politique de terrain. Autant s’en abstenir donc car rentrer dans une agence Pôle Emploi ne permettra jamais à l’élu de ressentir ou d’éprouver les sentiments d’un demandeur d’emploi. En revanche, il serait opportun de lui rappeler que taux de chômage et emploi, indissociables corollaires, ne se résument pas à une somme de statistiques maniées avec adresse et habileté à des fins d’ambitions personnelles. D’aucuns y verraient une forme de cynisme, d’autres une forme d’électoralisme facile. Et l’erreur d’avoir été trop souvent commise, déshumanisant la question du chômage en renvoyant sa réalité, c’est à dire un drame social et humain où se mêlent isolement et perte de confiance en soi, loin de la responsabilité effective d’un homme ou d’une femme politique en charge d’imaginer des solutions pérennes et efficaces. Non que ces derniers n’aient pas cherché à résoudre le problème, dire le contraire serait faux, mais la valeur quasi-vitale de l’emploi a conféré à celui-ci un statut de question prioritaire lui permettant de passer avant tout autre problème. A raison d’ailleurs. Donc devenus prioritaires, emploi et chômage deviennent des armes redoutables pour celui qui saura, non pas les manier, mais en connaître les ressorts. Un homme politique, quel qu’il soit, a pertinemment compris que son avenir tenait d’abord à la résolution de ces deux questions.

Encre et temps économique

Engranger des signatures de contrats est naturellement louable. Mais tant que ces signatures ne se traduiront pas par des créations effectives et directes d’emplois, leurs portées pourtant considérables, ne seront ni perçues ni appréhendées et ne se traduiront en rien dans les urnes. Voilà qui explique l’empressement de tout homme politique à préciser, l’encre du contrat à peine sèche, combien d’emplois seront créés via ces signatures. Voilà une manière comme une autre d’user de l’arme citée plus avant. Mais est-elle comprise par celui qui franchit la porte de Pôle emploi ? Le temps économique a sa propre vitesse et ce en dépit des efforts engagés par le personnel politique pour essayer de l’accélérer. C’est d’ailleurs une des limites de l’action politique dans son ensemble, celle ne pourvoir influer qu’à la marge du champ économique en essayant de créer des conditions favorables, bref de dégager le terrain. Mais cette action marginale, aussi généreuse ou efficace qu’elle puisse être, ne peut être instrumentalisée ne serait-ce que par respect et décence à l’endroit de ceux qui recherchent un emploi et qui fondent dans l’action politique de grands espoirs pour enfin sortir de l’ornière.

Un mail pas si malheureux…

Sarko 1.jpgAinsi, un courriel malencontreux et malheureux a trahi les intentions de Nicolas Sarkozy, le message en question laissant très clairement supposer que l’ancien Chef de l’Etat serait candidat aux primaires du parti Les Républicains. Trahison ou stratégie finement calculée ? D’aucuns, connaisseurs ou non, des rouages qui meuvent la politique savent que rien n’est jamais innocent ou accidentel en terme de fuite. Donc, le secret de Polichinelle, gardé jusqu’alors avec des précautions toutes relatives, a été dévoilé à dessein. Il serait naïf d’y voir une maladresse ! « Oups ! J’ai gaffé ! » aurait pu alors se dire l’expéditeur du mail. Que nenni ! Il convient cependant de se demander pourquoi, alors que le scrutin devant désigner le candidat des Républicains à l’élection présidentielle ne se tiendra qu’à l’automne prochain, un tel message a été diffusé ? La raison tient dans le contexte actuel qui fait office d’espace-temps au sein même de l’opposition et dans la personnalité de l’ex-président. Le contexte tout d’abord. A droite, les prétendants s’agitent et s’activent. Alain Juppé, Bruno Lemaire, François Fillon (candidats parmi les plus dangereux pour l’ancien président) n’ont jamais caché leurs ambitions personnelles défendant chacun d’eux des projets plus ou moins viables ou crédibles. Si certains d’entre eux visent clairement l’Elysée (Alain Juppé et François Fillon), le dernier, Bruno Lemaire, bataille aujourd’hui avec l’espoir de s’inviter au festin présidentiel avec en point de mire la table de Matignon. Portés par les sondages pour certains, écrivains à succès pour d’autres, tous, quels qu’ils soient, sont actifs et existent dans l’espace médiatico-politique.

Renégats ingrats

Et tous agacent l’ancien Chef de l’Etat qui voient dans ces hommes et leurs actions respectives des renégats ingrats qui défient son autorité. Pourtant, l’aura de Nicolas Sarkozy a montré ses limites dans l’opinion, lassée de ses gesticulations et de ses coups de mentons à répétition. Que faire donc pour prendre de court des concurrents sérieux, motivés ? Pourquoi ne pas balancer un courriel justement dosé pour annoncer sans le dire que l’ancien président sera candidat à la primaire ? C’est fait. Et ici d’aborder la personnalité même de Nicolas Sarkozy, dans un portait rapide où se mêlent psychologie et existence politique. Nicolas Sarkozy, hyper-actif de la politique, ne peut pas rester les bras ballants en attendant l’automne pour se déclarer officiellement. Car dans l’intervalle, les concurrent accumulent des points, flattent l’opinion, séduisent les électeurs et attirent les indécis. Bref ! Ils avancent pendant que lui ferait sur surplace. Impensable ! Or, Nicolas Sarkozy ne sait vivre, ne peut vivre en politique que dans le combat et l’altérité. Seule la confrontation lui permet d’exister. La défaite de 2012 est à ses yeux un affront, une atteinte à son honneur qu’il convient de laver. Mais il est cependant seul à le croire, ses concurrents ayant cure de ses états d’âmes, considérant que son tour est passé et ne reviendra plus. Pourtant, l’ancien locataire de l’Elysée veut y croire et le message égaré ne serait finalement qu’un avertissement (sans frais) à ses concurrents. « Je suis là et je ne lâcherai pas ! » semble-t-il dire de manière subliminale. Qui en doutait ? Personne y compris dans son camp. Mais le temps presse, car l’automne viendra vite et la torpeur de l’été n’est guère favorable au ralliement de troupes émollientes. « L’action c’est maintenant ! » semble-t-il dire à nouveau avec un soupçon d’ironie.

En découdre

Ce fameux mail, quel qu’il soit, officiel ou non, ne s’adresse évidemment qu’à ses concurrents. Car à gauche, il ne fait aucun doute que l’ancien président voudra en découdre. L’adversaire aujourd’hui n’est pas à gauche mais à droite, dans la coalition improbable Juppé-Fillon-Lemaire qui souhaite naturellement et en silence que l’ancien chef de l’Etat ne se présente pas. Vœu pieux tant Nicolas Sarkozy considère qu’il incarne le pouvoir et l’autorité, l’homme reprenant à son compte cette vielle antienne conservatrice prétendant que les affaires d’Etat ne peuvent être gérées que par des individus issus des rangs de la droite. Et si possible par lui. Vanité, prétention, mépris ? Les trois à la fois, tant Nicolas Sarkozy donne le sentiment de se moquer de son entourage politique direct, de mépriser toute action gouvernementale n’émanant pas de son autorité ou de son obédience politique. Il n’était nul besoin de laisser fuiter un mail pour le rappeler mais dans l’univers de la communication politique, la stratégie prime. Nicolas Sarkozy sait pertinemment que ce mail ne lui permettra pas de remporter la primaire, mais de poser les jalons du combat qui s’annonce au sein de son propre camp. Ses concurrents l’ont lu et en ont pris acte. Sont-ils impressionnés pour autant ? Nicolas Sarkozy, lui, l’imagine peut-être.

Un quinquennat pour l’Histoire ou pour l’oubli ?

ClioLa force de l’Histoire est de révéler l’action des hommes quand ces derniers, aveuglés par l’instant présent, ne peuvent livrer un jugement affranchi de toutes passions, de certaines en tous cas. Alors puisque sonne déjà le bilan, (quand ce n’est pas l’hallali), du quinquennat de François Hollande, pourquoi ne pas jeter un regard critique sur son action. Mais précisons-le d’emblée, non pas une critique loi par loi, erreur par erreur, ou point positif par point positif. Il s’agit en fait de porter un regard global non sur l’action mais sur l’héritage à venir et l’appréciation qui en sera faite. Première question : Et si François Hollande décrié, poussé vers la sortie, y compris par son propre camp, avait eu raison avant l’heure, avait pressenti les réformes nécessaires au nouvel accomplissement du pays ? D’aucuns crieraient au scandale à la simple évocation de cette idée. Pourtant, la France décrite comme un pays impossible à réformer pour cause de conservatismes divers et variés, qui pullulent à droite comme à gauche, a connu depuis l’arrivée de François Hollande une cure sociétale des plus drastiques en dépit des railleries de ses détracteurs, trop contents en coulisse que le Président de la République actuel s’y casse les dent pour in fine en récolter les fruits. Contraindre la France à la social-démocratie n’était pas gagné d’avance et il se pourrait que François Hollande y parvienne, du moins qu’il imprime un pli que nous ne pourrons qu’épouser.

La pilule passée et la foudre

Le modèle allemand, qui subjugue tant de Français, entre méfiance et admiration, y compris dans la classe politique tricolore, cette dernière y voyant la panacée à tous nous maux, n’est peut-être pas si différent du nôtre aujourd’hui. Loi Travail et déréglementation du marché associé, fusion des régions (quasiment équivalentes aux landers allemands), responsabilisation des partenaires sociaux, mariage pour tous (ce qui ne relève pas de la social-démocratie mais de la réforme sociétale pure)…Autant de points qui, il y a encore de cela vingt ans, auraient poussé des millions de Français dans les rues. Certes, la Loi Travail a jeté sur le pavé des milliers d’opposants, généré la grogne du monde l’entreprise mais globalement, elle n’a pas mis le pays à feu et à sang. Nous sommes loin des grèves générales décrétées en 1968 ou des manifestations de 1984 liées au projet de loi sur l’Ecole libre. Idem pour le Mariage pour tous ! Mais pilule est passée et beaucoup en tiennent grief au Président de la République. A l’instant encore, l’homme subit la foudre, dégringolant dans les sondages comme l’avalanche de la montagne : inarrêtable. Mais dans quinze ans, dans vingt ans et plus que dirons-nous de la présidence de François Hollande ? Pour cela, un regard des plus objectifs dans le rétroviseur s’impose pour se demander ce qu’il reste des mandats de ces prédécesseurs.

L’histoire du quinquennat

Charles de Gaulle : l’indépendance et la grandeur de la France, Mai 68 et sa démission suite au référendum sur la régionalisation ; Georges Pompidou : la volonté de poursuivre la voie tracée par De Gaulle et une disparition subite ; Valéry Giscard d’Estaing : deux chocs pétroliers mal appréhendés qui l’ont emporté en 1981 ; François Mitterrand : Un premier septennat fort de vraies avancées sociales, le tournant de la rigueur en 1983, la première cohabitation de la Vème République en 1986 et une réélection triomphale en 1988 puis une fin de deuxième septennat plombée par des affaires à répétition, une maladie de plus en plus handicapante, une passé trouble révélé et une fin de règne dans la souffrance ; Jacques Chirac : un premier septennat marqué par la suppression du service national et une cohabitation polie avec Lionel Jospin ; un quinquennat passif et atone sans réelle réforme marqué par les émeutes urbaines de 2005 ; Nicolas Sarkozy : un volontarisme à toute épreuve, un égo sur-dimensionné, des affaires qui commencent (déjà!) à remonter et des réformes qui ont accouché de souris. Et François Hollande ? Il est trop tôt pour le dire. Certainement. Les commentaires de journalistes travaillent déjà à dessiner l’histoire de son quinquennat sans pour autant en dresser les contours arrêtés. Il est évident que le quotidien des Français, accablés par le chômage ou la peur de s’y retrouver tronque le regard que l’on pourrait avoir de l’action du chef de l’Etat. La question est donc de savoir ce que l’on retiendra de son premier passage à l’Elysée (nul ne sait à ce jour s’il y en aura un second) mais surtout d’apprécier son empreinte sur la société qui lui avait alors confiée son destin.

De Gaulle, Mitterrand et le modèle français

Aisé ou pas, il est possible de dresser un état des lieux, un inventaire de ces prédécesseurs et de mesurer leurs traces dans l’histoire du pays. Ainsi, il n’est pas impossible que dans cinquante ou soixante-dix ans, l’on passe de De Gaulle à Mitterrand sans coup férir. Non que Pompidou ou Giscard d’Estaing aient été transparents, mais leurs traces dans la société française s’effacent, si tant est qu’elles aient jamais existé. Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande y resteront-ils ? Jacques Chirac pour avoir été le successeur du plus monarque des Présidents de la République et parce qu’il avait un sympathique côté franchouillard, a marqué son temps. Mais marquera-t-il l’Histoire ? Avoir bon appétit et aimer la bière ne suffit pas pour entrer au Panthéon mais finir à Sainte Hélène oui… ! Il y a dans la fonction présidentielle un aspect infantile et pathétique qui pousse les locataires de l’Elysée à multiplier actions et réformes comme pour attirer l’attention distraite de Clio, la muse de l’Histoire (en photo ci-dessus), reconvertie pour l’occasion en mère de famille. Nicolas Sarkozy y restera pour son côté bling-bling. C’est déjà ça. Et François Hollande, aujourd’hui cloué au pilori, apparaîtra-t-il comme celui qui osa réformer l’irréformable, qui osa s’attaquer au sacro-saint modèle français, cependant loin de vaciller après les coups qui lui ont été portés ? Là encore le tribunal de l’Histoire jugera.

Une République d’antan

République.JPGEt si l’impopularité de nos Présidents de la République successifs depuis 1958 tenait, en partie, à l’aspect obsolète et dépassé de notre Constitution ? Le débat n’est pas nouveau en dépit de la réforme constitutionnelle de 2008 qui modifia le texte originel. Par là même, il ne s’agit en rien de dédouaner les différents locataires de l’Elysée des erreurs commises ou des égarements qui sont, ou furent, les leurs (même si la charge est suffisamment lourde pour qu’un homme, fût-il bien intentionné, se heurte aux écueils de la réalité) mais de s’interroger sur les origines et l’environnement global qui présida à l’instauration de la Cinquième République et ce fin d’en comprendre les limites toujours plus criantes. Retour en arrière. En 1958, la France traverse la dernière crise coloniale de son histoire et le Général de Gaulle est alors appelé à la rescousse pour éteindre l’incendie algérien. Si sur le plan international, la France est alors regardée avec plus ou moins de scepticisme en raison de son attachement jugé excessif à ces anciens départements d’outre-mer, la situation économique de l’Hexagone tranche en revanche par un dynamisme retrouvé. Le pays, tout comme l’Europe, est en phase de reconstruction, mais se cherche un homme capable de le conduire sur la voie de l’expansion. En parallèle, épuisée par les crises ministérielles à répétition fruits du bourbier parlementaire qu’est la Quatrième République, la France de la fin des années cinquante cherche aussi à stabiliser un environnement qu’elle juge propice au développement et à raison.

Adaptation et dernier ministre

Charles De Gaulle, aidé par Michel Debré, le premier conscient des attentes du pays et (très) accessoirement des siennes, le second soucieux de donner à la France un cadre législatif fondateur en adéquation avec l’homme du 18 juin, fait donc rédiger une constitution sur mesure. Adaptée aux défis économiques de son temps, à savoir une période de plein emploi, une activité industrielle et technologique florissante, une structure sociale encore très normée par les codes de la Troisième République (ce qui générera entre autre Mai 68), la Constitution de 1958, répond pleinement à l’exercice de son époque. Car après 1962, la France entre dans une longue période de calme économique et social. Croissance économique continue (PIB en 1960 : 8%)*, investissement des entreprises, urbanisation massive (par ailleurs mal contrôlée) renouvellement des générations via le baby-boom et positionnement international reconnu sont autant d’éléments qui donnent à la France un sentiment de grandeur et de puissance alors qu’en son sein même germent les maux qui l’accableront quelques années plus tard. Ainsi, pour avoir une idée de l’état d’esprit qui prévalait alors sous les ors de la République, à titre d’exemple, lorsque que Jacques Chirac est sollicité pour entrer au Gouvernement de Georges Pompidou en 1967, celui-ci occupe la fonction de secrétaire d’État à l’Emploi et est dernier dans l’ordre de présentation des ministres… ! C’est dire le peu de cas que l’on se faisait alors de la question de l’emploi. Forte de cette Constitution, la France et les Français, qui ont ratifié par référendum le texte fondateur (80% des votants ont approuvé le texte proposé), s’habituent à cette pratique quasi-monarchique du pouvoir, à ce Parlement réduit au rang de chambre d’enregistrement, à ces ministres nommés plutôt pour occuper des fonctions de représentants ministériels que celles d’acteurs de leurs charges respectives ; énarques et haut-fonctionnaires (pour ces derniers parfois issus des heures sombres du pays) étudiant les dossiers, voire tranchant ces derniers sous couvert ministériel.

Premiers couacs et échec

Les Français se plaisaient alors, voire se complaisaient dans cette Constitution et pour cause : le progrès technique semblait résoudre tous les problèmes antérieurs, le pouvoir d’achat était assuré par une croissance économique et un plein emploi soutenus en dépit de vraies crises et inégalités sociales qui là encore étaient passées sous silence. En cette période de prospérité économique, rien ne semblait atteindre le pouvoir, fut-il exercé de manière autocratique sans pour autant renier les principes fondamentaux de la démocratie, mais rares étaient ceux (excepté François Mitterrand qui dénonça le Coup d’Etat permanent) qui voyaient dans la Constitution et les attributions du Président de la République un nœud gordien (celui-ci s’en satisfera cependant une fois élu). Pourtant au détour des années 1973-1974, la machine économique sembla s’enrayer pour véritablement tousser en 1980 lors du second choc pétrolier (PIB : 1,6%)* lié à la Guerre Iran-Irak. Soudainement, les Français se sont retournés de manière naturelle vers leurs présidents, ces derniers ayant été élus en ce sens, avec l’espoir que soient avancées des solutions pérennes et efficaces pour résoudre les difficultés naissantes. Echec ! Le ralentissement économique amorcé au milieu des années soixante-dix, sous-estimé en dépit d’un chômage croissant (pour atteindre un million en 1980), se confirma au fil des décennies. Et les Présidents de la République de se retrouver interdits devant les difficultés économiques qui s’amoncelaient. Pourquoi ? Par incompétence ? Il serait gratuit de l’affirmer.

Ambition personnelle

Mais peut-être aussi parce que la Constitution de la Cinquième République n’est pas adaptée à ce type de défis, parce qu’elle a été conçue dans un dessein d’ambition personnelle et non collective dans un environnement économique alors favorable qui renvoyait les questions sociales au second plan, quand ce n’est pas au troisième. La Cinquième République offre aux Présidents de la République le pouvoir et la puissance dans une optique de satisfaction d’ambition personnelle et non pas la capacité à agir de manière collégiale et partagée. Imaginée pour et par un homme épris de pouvoir et de reconnaissance, la Constitution de la Cinquième République est inefficace dans un monde où seule la concertation, le dialogue, l’écoute et la prise en compte des réalités socio-économiques de manière collective peuvent ouvrir une porte de sortie. Sous des abords démocratiques, la Constitution est finalement assez fermée. Assemblée nationale aux ordres de la majorité qui la compose, elle-même assujettie au Gouvernement nommé, initiatives citoyennes étouffées dans l’oeuf car rapidement récupérées par telle ou telle formation politique,…La liste est longue ! Pourquoi ne pas imaginer un Parlement aux pouvoirs bien plus étendus, capable de destituer le Président de la République en l’absence de résultats probants, pourquoi ne pas imaginer un pacte républicain entre les Français et leur président sur la base d’objectifs à atteindre, pourquoi ne pas accorder une écoute plus attentive aux revendications émanant de mouvements populaires (à l’exemple de Nuit debout) au lieu d’accorder une foi aveugle à des études technocratiques, fruits d’énarques certes compétents, mais souvent déconnectées de la réalité sociale, pourquoi ne pas soumettre lui aussi le Gouvernement à une obligation de résultats, ne pas supprimer le 49-3,…

Histoire et inertie

Finalement, ce qui cloche, n’est-ce pas tant l’étroitesse d’une constitution qui confine le président de la République à celui d’un chef d’Etat tout-puissant ou une réalité socio-économique devenue trop complexe pour un texte conçu dans une autre optique que celle d’accompagner le pays dans ses évolutions ? La Cinquième République a été fondée au début d’une ère de prospérité révolue et à jamais perdue. Il serait inutile de croire le contraire. Cette même République appartient à l’Histoire et non au futur (même pas au présent !) mais la France s’y accroche par absence de solution alternative, par peur de l’inconnu qui s’ouvrirait en cas de nouvelle constitution. Et croire que le salut viendra d’un texte écrit au milieu du XXème siècle alors que nous sommes entrés de plain pied dans le XXIème, porteur de mentalités, de raisonnements, de réflexes, de réalités sociales, technologiques et économiques totalement différentes est une erreur, un leurre et un aller simple pour l’inertie et le désespoir.

Sources: (*) Insee