L’argent du moi…

Photo argent .pngFrançois Hollande a menacé de plafonner les revenus des grands patrons. Mais le contraste entre simple salarié et grand dirigeant ne renvoie-t-il pas à la place que nous accordons à l’argent dans notre vie ?

Chiche ! Le président de la République a menacé de plafonner les revenus des grands patrons et ce pour la deuxième fois au cours de son quinquennat. Attention l’exécutif va taper du poing sur la table et il vous le dit, cela ne va pas rigoler ! Certes… ! Pourquoi ne pas y croire…Mais dans une République laïque, tout cela relève, l’ironie est là, du vœu pieux. Il est évident que nul président de la République ne pourra légiférer sur les revenus des grands patron hormis peut-être sur ceux perçus par les dirigeants des sociétés publiques où l’Etat est majoritaire dans le capital. Et encore ! Rien ne prouve que l’Assemblée nationale approuvera la mesure et il est peu probable qu’un gouvernement use du 49.3 en la matière. Cette annonce, qui ne sera jamais suivie des faits, n’est autre qu’une tentative, un peu maladroite de se réconcilier avec ceux qui s’étourdissent ou s’étranglent d’indignation (parfois les deux) devant les rémunérations des dits grands patrons. Et pourtant François Hollande sait que ce plafonnement sera impossible à imposer et serait destructeur politiquement. Impossible car l’Etat, fut-il animé des meilleures intentions, n’a aucun pouvoir officiel dans une entreprise privée. Jouer des influences de réseaux peut être utile mais n’aura qu’un effet limité au sein des entreprises concernées où la frontière avec le monde politique reste friable et poreuse.

Schizophrénie

Ensuite toute mesure de cet ordre serait dangereuse politiquement car si beaucoup s’indignent devant les rémunérations proposées, beaucoup n’y voient aucun inconvénient et seraient même prompts à défendre de tels niveaux de rétribution au nom de la compétence et des responsabilités. Et se priver d’une partie de l’électorat centriste, voire social-libéral, pour une poignée de dirigeants certes grassement rémunérés, ne vaut peut-être pas la peine. Voilà pour les arguments qui rendent la menace fragile. Ensuite, soyons un instant honnête : l’hypocrisie et la jalousie prévalent en la matière. Et tous ceux qui dénoncent ces salaires ne rêvent que d’une chose : en percevoir autant ou ne serait-ce que la moitié ou un quart…In fine, le problème ne réside pas dans le niveau de rémunération mais dans le rapport que nous entretenons à l’argent. Les anglo-saxons (à l’exemple des Etats-Unis) en ont fait une valeur centrale et le revendiquent sans mal et sans honte au risque de choquer les tenants de la Morale (reste encore à définir celle-ci). Les Français, malmenés par des siècles d’absolutisme, maudissant l’inégalité et voyant dans l’argent un blasphème permanent réfutent tout idée d’enrichissement. Officiellement ! Car notre rapport à l’argent est à la fois contradictoire et schizophrénique. Nous le détestons et l’aimons (beaucoup et de plus en plus) ! En réalité, le débat sur les salaires des grands patrons renvoie à notre incapacité à assumer le fait que certains d’entre nous fassent de l’argent une valeur et un objectif dans leur existence : Gagner de l’argent. Partagés entre l’envie d’en gagner mais pas trop au risque de s’attirer les regards malsains de son entourage, nous trouvons dans ces grands patrons, soudainement cloués au pilori, des victimes expiatoires à nos frustrations.

Fin ou moyen

Etienne Lantier, héros de Germinal, a ces mots durs et pourtant plein de justesse à l’endroit de ses camarades mineurs portés par un vent de révolte, quand il reproche à ces derniers de combattre des hommes auxquels ils rêvent de ressembler. Le combat que François Hollande voulait livrer à la finance et à l’argent est-il cependant perdu d’avance ? Et surtout est-ce un combat de gauche ? Là encore, la question ne relève pas de l’appartenance idéologique mais de ce que nous voyons en l’argent : une fin ou un moyen, un produit d’accumulation synonyme de richesse ou un moyen de subsistance. Et ces dirigeants d’entreprises, rémunérés sur la base de sommes qui dépassent l’entendement de beaucoup sont-ils coupables ? En y regardant de plus près, les responsabilités qui sont les leurs ne sont pas celles d’un Zlatan Ibrahimovic ou d’un Chistiano Ronaldo. Certes les salaires perçus par ces joueurs de football sont largement réinvestis dans l’économie réelle et permettent à d’autres de vivre et de travailler. Alors est-il honteux de gagner beaucoup d’argent quand celui-ci est le fruit du travail ? Il appartient à chacun de répondre à l’aune de ces convictions mais menacer de frapper d’opprobre les dirigeants d’entreprise pour les salaires qui sont les leurs n’a pas réellement de sens sinon celui d’un effet d’annonce pour « gauchiser » un discours global qui ne l’est plus vraiment. Sauf à le réinventer.

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