La dette et les comptes à rendre

Alors que le Gouvernement s’apprête à présenter son Projet de Loi de Finance dans un contexte d’endettement inégalé depuis 1946, se posent désormais les questions qui ont amené à ce dérapage devenu incontrôlable. Essai d’explication.

Le montant est tel qu’il en donnerait presque le vertige s’il n’en perdait pas de sens. Et pourtant, la dette de la France s’élève à 3.573 milliards d’euros, soit 119 % du PIB. Une fois le choc de la somme passée, se pose une question simple comment a-t-on pu laisser la situation financière de la France se dégrader au fil des années, c’est-à-dire depuis le milieu des années soixante-dix et le premier choc pétrolier en 1974 qui précipité la dette au-delà des 50 % du PIB. Car, contrairement au idées reçues, la dette publique ne date pas de 1974. C’est en 1967 que surgit le premier déficit, faible puisqu’alors de 10 %. Mais la croissance économique aidant, les recette fiscales associées couvrent largement le découvert de l’État au coeur d’une période de prospérité économique sans précédent et sans lendemain. Le choc pétrolier de 1974, qui va entraîner une hausse lourde, pour les économies d’alors du baril de pétrole, celui-ci passant de 2,6 dollars le baril en 1973 à 12 dollars en 1974.

Interventionnisme

D’aucuns souriraient de ces prix au regard de ceux actuellement en vigueur mais cette hausse du prix de l’énergie carbonée a eu un effet délétère sur les économies occidentales mettant en aussi en évidence l’obsolescence des outils industriels. Appelé à la rescousse pour panser les plaies d’une économie fragilisée, l’État s’est donc montré toujours plus interventionniste, pervertissant au passage les théories keynésiennes sensées relancées l’économie par la dette et non combler des carences industrielles génératrices elles-aussi de dettes. L’État s’est donc endetté pour sauver une économie aux bases friables. A cela s’ajoutèrent des frais de fonctionnement croissants liés à une croissance de la population amenée à exprimer des besoins eux-aussi exponentiels. La multiplication des crises récentes et l’intervention de l’Etat pour soutenir les entreprises et la consommation (Covid, Guerre en Ukraine et en Iran) ont achevé de creuser un déficit insondable, témoin en parallèle, de l’ultra-dépendance du pays aux énergies carbonées. La cure d’austérité qui s’annonce donc et que le Premier Ministre Sébastien Lecornu s’apprête à administrer sera très certainement difficile à digérer mais encore loin de ce que la réalité impose.

Economies à dégager

Affirmer que l’État est mal géré est faux, dire qu’il pourrait l’être mieux s’avère pertinent. La Cours des Comptes a récemment demandé plus de cohérence dans l’attribution des aides sociales (ce qui ne signifie pas les supprimer mais les cibler plus justement, celles-ci s’élevant à 888 milliards d’euros) ainsi que dans les aides aux entreprises (210 milliards d’euros). Y-a-t-il des économies à dégager ? Peut-être. Des efforts de gestion au sein de l’État et des processus d’attribution ? Certainement. Pour autant, se focaliser sur ces deux seuls éléments seraient se fourvoyer car d’autres dépenses pourraient être analysées dans une économie qui, bien que libérale, soit lourdement dépendante de l’État. Le projet de Loi de Finance du Premier Ministre ne fait qu’effleurer la question d’une refonte totale et complète des dépenses et des recettes de l’État à condition que la dette ne s’alourdisse pas plus encore. « La chasse au gaspi », pour reprendre un slogan célèbre des dernières décennies n’a jamais été autant d’actualité sauf qu’en l’état, il ne s’agit plus de simple gaspillage mais d’une hémorragie dont le pays pourrait ne pas se relever.