La force de l’Histoire est de révéler l’action des hommes quand ces derniers, aveuglés par l’instant présent, ne peuvent livrer un jugement affranchi de toutes passions, de certaines en tous cas. Alors puisque sonne déjà le bilan, (quand ce n’est pas l’hallali), du quinquennat de François Hollande, pourquoi ne pas jeter un regard critique sur son action. Mais précisons-le d’emblée, non pas une critique loi par loi, erreur par erreur, ou point positif par point positif. Il s’agit en fait de porter un regard global non sur l’action mais sur l’héritage à venir et l’appréciation qui en sera faite. Première question : Et si François Hollande décrié, poussé vers la sortie, y compris par son propre camp, avait eu raison avant l’heure, avait pressenti les réformes nécessaires au nouvel accomplissement du pays ? D’aucuns crieraient au scandale à la simple évocation de cette idée. Pourtant, la France décrite comme un pays impossible à réformer pour cause de conservatismes divers et variés, qui pullulent à droite comme à gauche, a connu depuis l’arrivée de François Hollande une cure sociétale des plus drastiques en dépit des railleries de ses détracteurs, trop contents en coulisse que le Président de la République actuel s’y casse les dent pour in fine en récolter les fruits. Contraindre la France à la social-démocratie n’était pas gagné d’avance et il se pourrait que François Hollande y parvienne, du moins qu’il imprime un pli que nous ne pourrons qu’épouser.
La pilule passée et la foudre
Le modèle allemand, qui subjugue tant de Français, entre méfiance et admiration, y compris dans la classe politique tricolore, cette dernière y voyant la panacée à tous nous maux, n’est peut-être pas si différent du nôtre aujourd’hui. Loi Travail et déréglementation du marché associé, fusion des régions (quasiment équivalentes aux landers allemands), responsabilisation des partenaires sociaux, mariage pour tous (ce qui ne relève pas de la social-démocratie mais de la réforme sociétale pure)…Autant de points qui, il y a encore de cela vingt ans, auraient poussé des millions de Français dans les rues. Certes, la Loi Travail a jeté sur le pavé des milliers d’opposants, généré la grogne du monde l’entreprise mais globalement, elle n’a pas mis le pays à feu et à sang. Nous sommes loin des grèves générales décrétées en 1968 ou des manifestations de 1984 liées au projet de loi sur l’Ecole libre. Idem pour le Mariage pour tous ! Mais pilule est passée et beaucoup en tiennent grief au Président de la République. A l’instant encore, l’homme subit la foudre, dégringolant dans les sondages comme l’avalanche de la montagne : inarrêtable. Mais dans quinze ans, dans vingt ans et plus que dirons-nous de la présidence de François Hollande ? Pour cela, un regard des plus objectifs dans le rétroviseur s’impose pour se demander ce qu’il reste des mandats de ces prédécesseurs.
L’histoire du quinquennat
Charles de Gaulle : l’indépendance et la grandeur de la France, Mai 68 et sa démission suite au référendum sur la régionalisation ; Georges Pompidou : la volonté de poursuivre la voie tracée par De Gaulle et une disparition subite ; Valéry Giscard d’Estaing : deux chocs pétroliers mal appréhendés qui l’ont emporté en 1981 ; François Mitterrand : Un premier septennat fort de vraies avancées sociales, le tournant de la rigueur en 1983, la première cohabitation de la Vème République en 1986 et une réélection triomphale en 1988 puis une fin de deuxième septennat plombée par des affaires à répétition, une maladie de plus en plus handicapante, une passé trouble révélé et une fin de règne dans la souffrance ; Jacques Chirac : un premier septennat marqué par la suppression du service national et une cohabitation polie avec Lionel Jospin ; un quinquennat passif et atone sans réelle réforme marqué par les émeutes urbaines de 2005 ; Nicolas Sarkozy : un volontarisme à toute épreuve, un égo sur-dimensionné, des affaires qui commencent (déjà!) à remonter et des réformes qui ont accouché de souris. Et François Hollande ? Il est trop tôt pour le dire. Certainement. Les commentaires de journalistes travaillent déjà à dessiner l’histoire de son quinquennat sans pour autant en dresser les contours arrêtés. Il est évident que le quotidien des Français, accablés par le chômage ou la peur de s’y retrouver tronque le regard que l’on pourrait avoir de l’action du chef de l’Etat. La question est donc de savoir ce que l’on retiendra de son premier passage à l’Elysée (nul ne sait à ce jour s’il y en aura un second) mais surtout d’apprécier son empreinte sur la société qui lui avait alors confiée son destin.
De Gaulle, Mitterrand et le modèle français
Aisé ou pas, il est possible de dresser un état des lieux, un inventaire de ces prédécesseurs et de mesurer leurs traces dans l’histoire du pays. Ainsi, il n’est pas impossible que dans cinquante ou soixante-dix ans, l’on passe de De Gaulle à Mitterrand sans coup férir. Non que Pompidou ou Giscard d’Estaing aient été transparents, mais leurs traces dans la société française s’effacent, si tant est qu’elles aient jamais existé. Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande y resteront-ils ? Jacques Chirac pour avoir été le successeur du plus monarque des Présidents de la République et parce qu’il avait un sympathique côté franchouillard, a marqué son temps. Mais marquera-t-il l’Histoire ? Avoir bon appétit et aimer la bière ne suffit pas pour entrer au Panthéon mais finir à Sainte Hélène oui… ! Il y a dans la fonction présidentielle un aspect infantile et pathétique qui pousse les locataires de l’Elysée à multiplier actions et réformes comme pour attirer l’attention distraite de Clio, la muse de l’Histoire (en photo ci-dessus), reconvertie pour l’occasion en mère de famille. Nicolas Sarkozy y restera pour son côté bling-bling. C’est déjà ça. Et François Hollande, aujourd’hui cloué au pilori, apparaîtra-t-il comme celui qui osa réformer l’irréformable, qui osa s’attaquer au sacro-saint modèle français, cependant loin de vaciller après les coups qui lui ont été portés ? Là encore le tribunal de l’Histoire jugera.
Et si l’impopularité de nos Présidents de la République successifs depuis 1958 tenait, en partie, à l’aspect obsolète et dépassé de notre Constitution ? Le débat n’est pas nouveau en dépit de la réforme constitutionnelle de 2008 qui modifia le texte originel. Par là même, il ne s’agit en rien de dédouaner les différents locataires de l’Elysée des erreurs commises ou des égarements qui sont, ou furent, les leurs (même si la charge est suffisamment lourde pour qu’un homme, fût-il bien intentionné, se heurte aux écueils de la réalité) mais de s’interroger sur les origines et l’environnement global qui présida à l’instauration de la Cinquième République et ce fin d’en comprendre les limites toujours plus criantes. Retour en arrière. En 1958, la France traverse la dernière crise coloniale de son histoire et le Général de Gaulle est alors appelé à la rescousse pour éteindre l’incendie algérien. Si sur le plan international, la France est alors regardée avec plus ou moins de scepticisme en raison de son attachement jugé excessif à ces anciens départements d’outre-mer, la situation économique de l’Hexagone tranche en revanche par un dynamisme retrouvé. Le pays, tout comme l’Europe, est en phase de reconstruction, mais se cherche un homme capable de le conduire sur la voie de l’expansion. En parallèle, épuisée par les crises ministérielles à répétition fruits du bourbier parlementaire qu’est la Quatrième République, la France de la fin des années cinquante cherche aussi à stabiliser un environnement qu’elle juge propice au développement et à raison.
Pour qui le football n’est pas un centre d’intérêt, la défaite du Paris Saint-Germain le 12 avril dernier face à Manchester City en quart de finale de la Ligue des Champions est un non événement. Pour ceux qui en revanche nourrissent une certaine appétence pour ce sport, la défaite en question est de nature à soulever nombre de commentaires et réflexions. Et passées les considérations tactiques propres au jeu, en voilà un parmi tant d’autres. Ainsi, au regard du budget présenté en début de saison par le club de la capitale, soit peu ou prou 490 millions d’euros, l’élimination à ce stade la compétition peut s’avérer comme dramatique d’un point de vue économique et financier, pour in fine relever de l’accident industriel tant les attentes étaient grandes. Car aujourd’hui, le sport, en règle générale et le football en particulier, est soumis à des impératifs de retour sur investissement qui dictent la conduite que les principaux acteurs, ici les joueurs, doivent tenir. Salariés d’une entreprise à objet sportif, les footballeurs professionnels doivent gagner même si, les faits le prouvent, ils sont d’abord rétribués pour jouer au football. Pour gagner donc, de considérables moyens sont déployés avec pour finalité déclarée : atteindre l’objectif sportif visé, objectif source de nouvelles perspectives économiques, voire politiques dans certains cas.
