La multiplication des difficultés économiques en Russie liées à la guerre en Ukraine accrédite la nécessité d’une sortie rapide du conflit. Mais la guerre menée par Poutine, qui relève plus de l’obsession personnelle que de la nécessité stratégique, interdit tout espoir de résolution de l’opposition armée. Explications.
Peu importe in fine les résultats des élections législatives qui se tiendront les 18 et 20 septembre prochains en Russie, Vladimir Poutine en autocrate élu qu’il est, s’en moque. Tout comme celui-ci se moque des effets de la guerre menée contre l’Ukraine sur la population russe. Inflation en hausse, pénurie de carburant, armements défaillants, moral des troupes en berne et front enlisé seraient pourtant, et pour n’importe quel dirigeant des motifs d’interrogations, à tous le moins, sur la pertinence du conflit en cours. Sauf que Vladimir Poutine n’est pas un dirigeant lambda. Il veut incarner un homme politique hors norme, hors du temps et sur lequel rien ni personne n’a de prise. Ainsi, la guerre menée contre l’Ukraine n’est pas une guerre banale, un simple conflit de bordure, c’est sa guerre. De fait, sans le moindre scrupule, tel les tsars ou les premiers secrétaires du Parti communiste qui l’ont précédé, Vladimir Poutine a fait du peuple russe l’outil, plus que l’acteur, de cette guerre qu’il a transformé en conflit personnel.
Omnipotence
Usant de la menace envers l’Europe pour s’assurer une relative tranquillité, en provocant l’OTAN afin de tester sa capacité de réaction, nulle pour l’instant car encore sous le joug de l’omnipotence nord-américaine, Poutine sait avoir les mains libres sur la question ukrainienne, cet ce même si les signes de défection, vite étouffés, ou les difficultés économiques, éludées, se multiplient, Vladimir Poutine veut vaincre, quel qu’en soit le prix. Tels ses prédécesseurs, Poutine n’hésitera pas à sacrifier la Russie et les Russes tant que le résultat espéré, une victoire nette, ne sera pas enregistrée. Loin d’imaginer une défaite, alors que le conflit se dirige plus vers un statu quo à même de relancer les hostilités dans un avenir à plus ou moins long terme, Vladimir Poutine tendrait à défier la réalité, quitte à la nier au regard de la multiplication des incursions de drones ukrainiens sur son territoire. La question qui désormais se pose n’est plus de savoir si Vladimir Poutine acceptera un traité de paix mais quel sera le contenu du dit traité. La Crimée, annexée depuis 2014 restera-t-elle russe ?
Prix du baril
Le Donbass conquis en partie sur le territoire ukrainien retrouvera-t-il sa souveraineté ? Les populations russophones frontalières de la Russie seront-elles enclines à potentiellement réintégrer le giron ukrainien ? Autant de questions et tant d’autres, à l’heure où flambe le prix du baril du pétrole sans que Moscou n’en tire d’avantages particuliers au regard des sanctions que subit la Russie, qui se pose avec acuité et que Poutine se pose aussi. Car l’homme fort du Kremlin sait que jamais ses exigences ne seront acceptées par Kiev tant que Volodymyr Zelensky sera au pouvoir tout comme Poutine sait que Donald Trump, allié objectif, plus intéressé par la flambée des cours du pétrole que par le devenir du peuple ukrainien, devra quitter la Maison Blanche. Entre obstination et temps qui presse, Poutine n’a finalement que peu de marge pour sortir du conflit et quasiment aucune si celui-ci s’obstine à vouloir le remporter coûte que coûte.