Ne pas dire que l’on ne savait pas

L’Italie lance un signal fort à l’Union européenne en ouvrant potentiellement la voie à un gouvernement d’extrême droite et interroge les limites de la démocratie dans un monde en plein bouleversement.

Qu’elle bascule majoritairement, ou non dans le camp de l’extrême droite, l’Italie envoie un signal puissant et inquiétant sur l’état de son opinion et plus largement sur celui de l’opinion de nombreux européens. La progression à l’échelle globale des discours extrémistes interrogent les principes libertaires et démocratiques qui ont longtemps soutenu nos sociétés. La question essentielle qui se pose aujourd’hui est simple : la démocratie répond-t-elle aux aspirations et aux besoins de tous ? D’aucuns argueront que oui quand d’autres crieront le contraire voyant en cette dernière l’origine de tous les maux. Il n’est donc pas interdit désormais de s’intéresser aux moteurs qui poussent les électeurs à se tourner vers les courants et les partis d’extrême-droite. Par ses discours conservateurs, faisant l’apanage d’un passé glorieux, voire d’une nostalgie historique qui n’a jamais existé, les partis d’extrême droite agitent le chiffon rouge d’une forme de sécurité qu’il ne tient, selon eux, qu’à restaurer en les mettant au pouvoir.

Facilité de discours

L’exacerbation des tensions politiques et géopolitiques des dernières années conjuguées à un sentiment, réel ou supposé, de déclassement social travaillent aussi à pousser des électeurs en manque de culture politique à se laisser séduire par des partis à la rhétorique que beaucoup ont longtemps qualifiée de limitée mais qui s’avère in fine suffisamment construite pour un électorat peu friand de débats complexes et d’explications qui le seraient tout autant. La facilité du discours des courants d’extrême droite et la réflexion tout aussi lapidaire à laquelle ils invitent satisfont un électorat en mal de reconnaissance, noyé dans les affres de la mondialisation et victimes des aléas d’une économie qui dépasse leur seule sphère locale. La crainte de voir s’effondrer un univers borné et rassurant, hiérarchisé depuis des décennies, voire plus, participent à cette fuite en avant qui ravit des partis aux exigences intellectuelles déjà faibles. Si certaines figures d’extrême-droite se démarquent de la pauvreté intellectuelle que ces partis présentent, c’est avant tout pour conférer aux partis en question une certaine légitimité et une crédibilité capables de les intégrer dans l’échiquier politique dans lequel ils cherchent à s’imposer. L’exemple type est encore l’italienne Giorgia Meloni du parti Fratelli d’Italia ou encore en France, Jordan Bardella pour le Rassemblement National. L’une et l’autre défendant un conservatisme agressif qui cache en réalité des thèses fondamentalement régressives et anti-démocratiques. Mais leur électorat en a cure. Pourquoi ? Car par des discours bruyants, éloquents et provocateurs, l’électorat en question nourrit le sentiment de posséder une voix qui les représente pour se faire le porte-voix de leurs difficultés. Mais le hiatus entre des attentes exprimées et des ambitions politiques s’appuyant sur ces aspirations, pour l’heure impossible à mesurer, sera d’autant plus flagrant quand l’extrême-droite sera arrivée au pouvoir. Dès lors la pseudo- vocation sociale et économique qui sous-tend son action et qui légitime son discours volera en éclat pour voir apparaître un lot croissant de déçus. Mais le mal sera fait.

De Kiev à Pékin

Avec un conflit ukrainien qui semble tourner à l’avantage de Kiev, se redessine en parallèle un nouvel espace d’influences dans lequel s’impose la Chine, soucieuse de d’apparaître comme le premier contestataire à l’ordre occidental.

Alors que se profile une potentielle défaite de l’armée russe en Ukraine, voilà qu’émerge, conséquence du conflit à l’échelle géopolitique, une nouvelle définition des rapports internationaux. Si la guerre en Ukraine aura infailliblement des effets sur la puissance et l’influence russes, cette même guerre aura permis à la Chine, allié prudent de Moscou de prendre les devants d’une sorte de rébellion anti-occidentale. Si Pékin n’est pas prête à faire parler les armes comme le fut Poutine, l’Empire du Milieu sait combien son allié slave aura beaucoup de mal à se relever des conséquences du conflit et à occuper la place de premier contestataire de l’ordre occidental. En se glissant dans la brèche, Pékin peut ainsi non seulement se poser comme meilleur ennemi des Etats-Unis, mais aussi endosser le rôle de figure de proue d’un anti-modèle occidental. Or, les relations internationales ont tout à redouter de cette métamorphose chinoise.

Brutalité et rupture

Car si Moscou brille par une certaine brutalité, sans finesse et sans élégance, dans ses relations diplomatiques toutes encore empreintes des méthodes employées par le KGB, la Chine saura en revanche faire preuve de beaucoup plus de rondeur et de douceur sans pour autant perdre les objectifs fixés. A l’image de son histoire et de sa culture, la Chine, qui déteste le chaos et la rupture, aura à coeur dans les années à venir de s’imposer de manière discrète et silencieuse comme elle l’a fait, et le fait encore en Afrique, en rachetant à l’insu de tous des millions d’hectares de terres, en s’immisçant dans les économies locales notamment nord-africaines ou européennes. Bercée par une philosophie millénaire et structurée par les principes d’un parti communiste infiniment puissant, la Chine saura sans mal se mettre au diapason des effets de la guerre en Ukraine. Premier acheteur de gaz et de pétrole russes, rendant donc ainsi dépendant Moscou de son bon vouloir, Pékin place habilement ses pions, alimentant son économie en sources d’énergie vitales acquises à des tarifs des plus accessibles tout en épuisant un allié de circonstances tourné vers un seul objectif : voler aux Etats-Unis la place de première puissance mondiale. Il n’est nul besoin d’imaginer d’autres desseins de la part de Pékin que celui décrit ci-dessus. Non pas afin de dicter sa loi (ce qui est déjà plus ou moins le cas) mais parce que toute nation de cet ordre est appelée à se hisser au sommet de la hiérarchie pour assurer son existence. Confrontée à un vieillissement de sa population, la Chine doit désormais trouver l’espace de sa survie quitte à s’allier avec une Russie vieillissante et au ban des nations. Mais pour l’heure, Pékin, attend patiemment la fin d’un conflit régional aux effets mondiaux dont elle saura, n’en doutons pas, tirer avantageusement les conséquences.

Le poids de l’héritage

La mort de la Reine Elizabeth d’Angleterre propulse le Prince Charles sur le trône d’une monarchie dont la modernisation ne saurait plus attendre. Défi ou gageure pour le roi Charles III qui par son action héritera du titre officieux de grand roi. Ou pas.

Avec la disparition d’Elizabeth II, disparaît aussi un des derniers grands témoins du XXème siècle. La souveraine britannique aura connu la Seconde Guerre Mondiale, la Guerre Froide, la décolonisation des Indes et de l’Afrique où le Royaume-Uni était plus que partie prenante, la construction et la chute de Mur de Berlin, l’assassinat de John Kennedy…La liste est longue car non-exhaustive. La grand-mère du peuple britannique quitte donc la scène par la grande porte, elle qui avait été intronisée Reine d’Angleterre presque par effraction, d’aucuns diraient par un accident de l’histoire dynastique britannique. Mais se pose désormais la question de la succession, plus précisément que roi sera Charles III d’Angleterre. Elizabeth II, si sympathique avec es robes fleuries, ses chapeaux parfois extravagants et son énigmatique sourire, avait malgré tout corseté une monarchie qu’elle voulait à son image : lisse, exemplaire et sans scandale à même de la ternir.

Modernité et Tik-Tok

Si la souveraine a su rester au-dessus des vicissitudes de la monarchie, les scandales et les manquements à l’exemplarité n’ont quant à eux pas manqué. Loin s’en faut. Mais imperturbable, la Reine d’Angleterre a tenu le cap pour que jamais ne soit fondamentalement altéré l’image de la couronne. Le nouveau roi, forcément plus moderne que la défunte reine, ne serait qu’au regard de leur âge respectif, aura pour lourde tâche d’adapter la monarchie au XXIème déjà bien allègement lancé. Non que Charles III se lance dans la réalisation de vidéos Tik-Tok ou autres activités d’influenceurs, mais dans un monde totalement intégré, traversé de secousses multiples aux répercussions mondiales et géopolitiques, Charles d’Angleterre devra sans tarder impliquer la monarchie britannique dans la marche du monde. Si Elizabeth II ne s’est jamais départie de sa réserve, souvent à ses dépens par ailleurs, le roi Charles III se sait dans l’obligation de se montrer bien plus actif et communicant que ne l’était la souveraine. Est-ce à dire que Charles III se montrera plus actif politiquement, utilisant jusqu’à la limite ses prérogatives royales ? Nul ne le sait encore mais l’homme conscient de son âge, devra aussi transmettre à son fils William un trône au diapason du monde et non pas blotti dans le confort moelleux des salons de Buckingham.

Respect et gravité

La Reine Elisabeth II, héritière en 1952 d’une monarchie encore à la tête d’un immense empire colonial et bercée par les relents d’un âge victorien révolu, avait cherché à maintenir la royauté britannique dans une tradition séculaire invitant au respect et à la gravité de l’institution. Bien que n’étant en rien menacée dans ses fondements, le peuple britannique restant encore très attaché à l’institution monarchique, il faudra toutefois que Charles III fasse preuve d’une grande habileté pour conserver l’héritage ancestral protégé et transmis par la souveraine disparue tout en ouvrant celle-ci aux défis de son temps. Nombreux, souvent complexes et violents, ces mêmes défis seront pour Charles III des rites de passage à commencer par la question climatique et environnementale, à laquelle l’ancien Prince Charles était, et est encore, très attaché. Nul doute que l’homme sera attendu sur le sujet et ce à double titre. D’abord en qualité de fervent partisan de la défense de l’environnement, ensuite en qualité de roi. La portée et la force de sa parole, sur ce sujet, tout comme sur d’autres, seront les témoins de son implication et surtout du rôle que celui-ci entend jouer. Bref, fera de lui un grand roi ou un roi de plus dans l’histoire de la monarchie britannique.

Nouvelle partition

Déclencheur ou accélérateur, le conflit ukrainien a révélé l’émergence de plusieurs pôles géopolitiques travaillant à leur survie et s’appuyant sur les peurs et les faiblesses structurelles de sociétés finalement fragiles et exposées.

N’est pas fin diplomate qui veut. Le Président de la République Emmanuel Macron en a fait l’expérience, baignée de désillusion, alors que le conflit ukrainien tend à s’inscrire dans la durée. Inutile ici de revenir sur les conséquences économiques et énergétiques de cet affrontement. Inflation générale, hausse des coûts de l’énergie, remise en cause forcée et accélérée des modèles carbonés…La liste n’est en rien exhaustive et appelle à une réflexion rapide, juste et pertinente sur les modes de fonctionnement qui doivent être impérativement les nôtres dans les années à venir. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/idees/article/) Passés ce constat alarmant, il en est un autre qui s’impose aussi. Le conflit en Ukraine a jeté les bases d’une nouvelle partition du monde. Jusqu’à alors agité par les soubresauts de conflits locaux et lointains, maîtrisés par quelques résolutions onusiennes ou l’intervention d’une puissance occidentale tiers, le monde est contraint désormais de s’adapter à l’apparition de nouveaux blocs géopolitiques, systèmes avant-coureurs d’affrontement, non pas militaires (même si ces derniers ne sont pas à totalement écarter) mais véritablement idéologiques. Inutile encore une fois de convoquer les modèles obsolètes du marxisme comme moteur de l’Histoire ou la démocratie libérale comme porte-étendard du capitalisme sauvage.

Troïka et dépendance

Par idéologie, il convient d’entendre aujourd’hui la volonté de pays unis au gré d’intérêts et de circonstances communs de créer des espaces politiques, économiques et géostratégiques à même d’assurer leur survie dans un avenir compté. Le rapprochement, fruit du conflit ukrainien, de la Russie, de la Turquie et de la Chine, illustre cette volonté de s’imposer mondialement comme une forme de troïka orientale, et ce même si la Turquie fait ici office de parent pauvre de l’attelage. Idem pour les Etats-Unis, qui, conscients de la faiblesse et des errances de l’Union Européenne face à la Russie et la question énergétique, (latribune.fr : https://www.latribune.fr/economie/) n’aura de cesse de travailler discrètement à l’affaiblissement de l’Euro, à renforcer sa coopération avec l’Arabie Saoudite ou à s’attacher à nouer des alliances particulières avec des membres de l’Union Européenne afin, officieusement, à fissurer un ensemble encore fragile compte tenu de son âge, à peine 65 ans, soit une poussière dans l’Histoire. Habile moyen pour garder l’Union européenne en situation de dépendance sous couvert d’alliance politique réelle au demeurant. La Chine, dont les yeux sont rivés depuis des années sur Taiwan, sait que toute intervention menée seule la conduirait à l’échec mais appuyée diplomatiquement par la Russie, dans un cynique jeu de billards à trois bandes, pourrait aisément dans les années à venir sauter le pas sans que les nations occidentales n’osent intervenir.

Risque et compromis

Car la peur est aussi un des éléments diplomatiques qui entre en jeu. Certes si celui-ci n’a rien de nouveau et reste une des bases fondamentales de toutes négociations, la peur a pris ces dernières années une place majeure dans nos sociétés, faisant de l’espoir et de la confiance des principes dépassés. La peur d’une escalade nucléaire, d’une crise climatique en voie d’accélération, d’un effondrement des sociétés contemporaines et autres sont en passe de devenir le leitmotiv de gouvernements prêts à trancher en faveur du compromis plutôt que du risque. Choix condamnable ? Il appartient à chacune de juger à l’aune de ses propres convictions. Mais, à l’exemple de Vladimir Poutine, convaincu et visiblement à raison, que les nations occidentales n’interviendraient pas directement en Ukraine, celui-ci a mis en évidence combien le compromis, ici accepter un conflit aux portes de l’Europe au prix d’une déstabilisation économique plutôt qu’un conflit frontal avec l’Europe de l’Ouest, restait le choix final de nations apeurées. Si le cynisme a toujours fait partie du jeu diplomatique, Talleyrand ne le démentirait pas, celui-ci atteint désormais des sommets dont on ne connaît pas encore la hauteur.

Lire aussi : lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/09/02/depuis-un-siecle-les-tres-mouvantes-frontieres-des-pays-europeens_6139912_3232.html

Incendie d’automne

Après un été brûlant et aride, l’exécutif sait devoir affronter une salve de critiques portant sur le pouvoir d’achat et l’urgence climatique. Mais ce sont surtout les effets de la nouvelle méthode vantée lors de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron qui sont attendus.

La rentrée s’annonce chargée. Entre la grogne des enseignants, un pouvoir d’achat rogné par la hausse du coût de l’énergie, les effets de la sécheresse sur l’activité agricole et les instabilités géopolitiques, le Gouvernement et le Président de la République se préparent à un automne agité. Passé un été de gestion de crise climatique lié aux différents épisodes de canicules et incendies parallèles, voilà que se dessine le temps de l’action et des décisions. Brocardé pour avoir été élu par défaut et de ne pas avoir su donner dans les premiers jours, voire premières semaines de son mandat, une ligne d’action claire, Emmanuel Macron est désormais au pied du mur avec l’obligation d’agir, sommé d’agir vite. Et bien qui plus est ! La situation du pays, tant du point de vue social, économique et environnemental le commande au plus haut point. C’en est maintenant fini des atermoiements, des virées estivales en jet-ski sur la Grande bleue ou des déclarations sur la fin de l’abondance qui n’ont eu pour effet que de remonter une opinion déjà irritée.

Nouvelle méthode

Si le Gouvernement d’Elisabeth Borne a déjà effectué sa rentrée avec plusieurs annonces concernant l’inflation, les super profits et l’environnement pour ne citer que les plus emblématiques, tous, Gouvernement compris, attendent que le Président réélu au printemps imprime sa marque par la nouvelle méthode tant vantée lors de la campagne présidentielle. C’est d’ailleurs le nœud gordien de ce nouveau quinquennat, à savoir, y-a-t-il matière à une nouvelle méthode dans un pays, en dépit des différents actes de décentralisation, qui reste fondamentalement jacobin ? Concrètement, accusé par certains d’être trop jupitérien dans sa pratique au cours de son premier mandat, le Président de la République est invité à faire preuve de plus d’humilité et de rondeur dans son style au cours du second. Il lui reste encore de nombreux mois pour s’y astreindre mais cette astreinte ne vaut en rien obligation car, comme le précise la Constitution, le Président réélu ne pourra pas se représenter pour un troisième mandat. L’humilité pourrait cependant être fort utile au Gouvernement qui, à l’Assemblée Nationale, marche sur des œufs, ne pouvant s’appuyer que sur une majorité relative et des alliances de circonstances à bien soupeser avant d’être conclues au risque de voir la rue s’enflammer. D’un été brûlant et aride, l’exécutif n’aura vraisemblablement aucun répit en ouvrant une séquence automnale qui pourrait s’avérer encore plus chaude. Les oppositions, qu’elles soient de droite ou de gauche, attendent l’ouverture des travaux parlementaires début octobre afin, et c’est leur rôle et leur raison d’être, de tirer à boulet rouge sur la politique du gouvernement et ainsi poursuivre la dynamique engagée après la réélection d’Emmanuel Macron. Est-ce à dire que le quinquennat sera composé d’une suite sans fin de confrontations entre majorité et oppositions ? Pour autant, ces confrontations, calmées par la pause estivale qui n’en fut pas réellement une car elle a permis de mesurer combien le réchauffement climatique altérait la France loin d’être prête pour le gérer dans les années à venir, promettent d’être des plus violentes. Un incendie de plus à éteindre.

De l’enthousiasme à la lassitude

Espace de fortes oppositions depuis son renouvellement, l’Assemblée Nationale s’expose au risque croissant de voir ses travaux ralentis par des affrontements nombreux et violents quitte à lasser des citoyens en quête d’orientation claire au regard de la situation.

Alors qu’approchent les vacances parlementaires, il n’est pas inopportun de dresser un premier bilan des débats qui agitent l’Assemblée Nationale depuis son renouvellement en juin dernier. Et une réalité s’impose : les échanges et les commentaires qui précèdent chaque vote sont des plus houleux et des plus tendus. L’explication de cette agitation qui tranche singulièrement avec l’apathie habituelle du lieu tient à la composition de la dite assemblée. Sans majorité absolue et jeu démocratique oblige, le Gouvernement ferraille face à des oppositions remontées et requinquées par leurs résultats électoraux, par l’apparente faiblesse de l’exécutif contraint de composer, voire de cohabiter avec lesdits groupes d’opposition, et par la posture de certains alliés ou reconnus comme tel amenés à faire valoir leur position quand ce n’est pas leur dissidence. D’aucuns affirmeraient alors que cette activité, fiévreuse et passionnée, n’aura qu’un temps et que celui-ci aura raison de chaque groupe parlementaire poussé progressivement dans les rangs de l’intérêt général. Certes. Mais si c’est le contraire qui venait à se produire ?

Lassitude et dissolution

Si a contrario d’un scénario dominé par la sagesse, espéré à terme comme tel, le Gouvernement devait affronter cinq ans d’opposition acharnée ? Plusieurs conséquences pourraient alors voir le jour. Tout d’abord, le risque que se lasse l’opinion publique devant le ralentissement du travail parlementaire gangrené par des débats à rallonge alors que s’obscurcit singulièrement l’avenir du pays. Second risque, à long terme celui-ci, que lors des prochaines échéances électorales d’envergure nationale, les votants, déjà rares, se tournent de manière plus massive vers des choix politiques plus clairs et plus tranchés. Concrètement, oublier une Assemblée composite au profit d’une représentation nationale avec une majorité absolue qui déciderait sans pour autant nier les voix divergentes mais minoritaires. Car, n’en doutons pas, si la mandature qui s’ouvre devait s’avérer aussi tendue pendant cinq ans, la situation à l’Assemblée deviendrait intenable poussant l’exécutif à deux solutions. La première consisterait à prendre son mal en patience avec l’espoir que s’essoufflent, tôt ou tard, les oppositions ; la seconde, plus radicale et certainement plus risquée, consisterait à dissoudre l’Assemblée avec l’espoir d’obtenir une nouvelle majorité ou de devoir réellement cohabiter. Quoi qu’il en soit, le Gouvernement et le président de la République sont acculés à des solutions qui, de leur point de vue, alternent entre la peste et le choléra.

Copie-conforme

En face, la stratégie de sape et d’épuisement, notamment menée par la NUPES, aux résultats contrastés à ce jour, mais qui empoisonne la majorité macronienne, tend à contrebalancer le travail parlementaire en évitant une domination totale et dogmatique des députés Renaissance et Horizon. Quant au Rassemblement National, dont la présence dans l’hémicycle interroge plus qu’elle ne dérange tant celui semble incapable de comprendre les débats ou les enjeux liés à l’intérêt général, sa stratégie d’opposition défendue avec enthousiasme par les barons du parti se résume à rester assis et silencieux, ce qui pousserait presque à sa banalisation et ce non sans danger. Dès lors, que faire ? Si la question n’a pas de réponse pour l’heure, il apparaît cependant évident que la mandature actuelle ne sera pas la copie-conforme de celles connues par le passé. Témoin d’une forme de renouveau de la démocratie par la multiplicité des sensibilités qu’elle abrite, l’Assemblée Nationale se veut aussi l’expression de la grande déréliction que subit la démocratie hexagonale, ne sachant plus vers quelle option politique se tourner. Signe de décadence ? Désintérêt programmé et irréversible pour la chose politique ? Vacuité intellectuelle et culturelle ? Il existe certainement plusieurs réponses mais toutes convergent vers l’idée que cette mandature sera pénible. D’abord pour ses acteurs directs, ensuite pour les citoyens exposés au manque de lisibilité d’une Assemblée inédite.

Retour de ma chronique hebdomadaire le 28 août prochain.

De l’autre côté des Alpes…

Confrontées à une situation inédite au regard de sa composition, l’Assemblée Nationale et la majorité présidentielle vont devoir s’habituer à défendre chaque texte et chaque loi en jouant d’une nouvelle règle : le compromis. Si cher à nos amis transalpins ! Explications.

Quel point commun existe-t-il entre la turbulente République italienne et la nôtre ? Jusqu’à ce jour, concédons que hormis la nature des régimes et leur fonctionnement, rares étaient les similarités. Un président du Conseil pour un Premier ministre de l’autre, un président de la République au pouvoir consultatif d’un côté pour un président de la République aux pouvoirs quasi-illimités d’un autre côté. Bref ! Des ressemblances de cousins germains. Ainsi, la première, régulièrement soumise à des crises gouvernementales voit les députés abandonner la confiance mise dans une majorité au profit d’une autre entraînant de fait la chute irrémédiable du gouvernement en place. Pour la seconde, la stabilité des gouvernements successifs est le fait de majorités solidement ancrées qui conférent au pouvoir en place une marge de manœuvre égale à la mandature en cours sauf motion de censure, non pas improbable, mais souvent vouée à l’échec. Pourtant, alors que couve une énième crise gouvernementale en Italie, (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article/) la France tend, de par les résultats des élections législatives de juin dernier, à se rapprocher d’une forme d’italianisation de son fonctionnement parlementaire.

Crédibilité et stabilité

Avec la multiplication des partis d’opposition au sein de l’Assemblée Nationale et de la majorité relative dont dispose le Gouvernement d’Elisabeth Borne, il apparaît désormais comme évident que le Gouvernement en question se retrouve sur le fil du rasoir à chaque texte présenté, jouant sa crédibilité sur chaque loi car dépendant d’une notion nouvelle au sein de l’hémicycle : le compromis. Avancer que celui-ci est totalement nouveau serait faux car les couloirs de l’Assemblée bruissent d’alliances sourdes ou tacites qui ont permis aux multiples majorités et gouvernements d’hier et d’aujourd’hui de faire voter sans encombre leurs lois. Pour autant, il semble bien dès à présent que le compromis se jouera à proprement parler dans l’Hémicycle, vote par vote, député par député. La vie politique française si lénifiante par le passé est soudainement devenue parmi les plus nerveuses et tendues d’Europe en raison de la nouvelle configuration électorale. Il ne serait donc pas étonnant au cours de la mandature à venir que crises gouvernementales et motions de censure viennent bouleverser une assemblée longtemps endormie dans le confort de sa stabilité. Raillée pour son aspect imprévisible et abracadabrantesque, la République italienne, et elle n’est pas la seule, se alors pose comme une forme de modèle de fonctionnement face à une République française qui goûte peu à la fantaisie politique. Et pourtant ! Il conviendra de s’habituer à ce que l’Assemblée nationale s’agite de coalitions de circonstances, d’abord en vertu de l’intérêt général, ensuite pour le bien du fonctionnement de l’État. Reste à savoir si cette nouvelle tendance ravivera la ferveur démocratique d’un pays où prés de la moitié des électeurs ne se rend plus aux urnes et où la décrédibilisation des partis et du personnel politique pousse les électeurs restant à se tourner vers les extrêmes, aussi peu crédibles ou compétents par ailleurs.Et l’avenir de dire, comme souvent, si la France et sa République sauront dépasser un mode fonctionnement visiblement obsolète.

Uber, l’État et des questions

Le scandale Uber files qui a éclaboussé le Président de la République met en évidence toutes les ambiguïtés des pouvoirs publics et des sociétés face à ces entreprises à l’influence croissante qui interrogent sur la capacité de résistance des Etats.

Ce qu’il est devenu commun de nommer désormais le Uber files, à savoir comment la société nord-américaine est parvenue dans le courant des années 2010 à noyauter et influencer les Etats dans lesquels elle souhaitait s’implanter renvoie à une double réalité qui met en évidence hésitations, craintes et fascination. (Lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/pixels/article) La première teintée d’évidence met en exergue la puissance d’un lobby, qui, dans son rôle cherche, à faire valoir ses intérêts ; la seconde, plus inquiétante, comment un ou plusieurs Etats s’avèrent finalement poreux et perméables à ces mêmes lobbies. Plusieurs raisons peuvent l’expliquer : appât du gain, manœuvre à dessein politique, volonté d’accroître l’influence du lobby en question…Les motifs sont nombreux mais ne parviennent pas à masquer l’aspect pernicieux de la logique de ceux qui dirigent des lobbies in fine presque aussi puissants, parfois plus, que des Etats souverains. Reste donc à identifier les relais qui au sein d’une structure administrative sont à même de présenter tous les aspects positifs que revêt l’arrivée d’une entreprise lambda appuyée par un lobby.

Dictionnaire et méfiance

En France, et depuis quelques jours, c’est le Président de la République lui-même qui est accusé d’avoir favorisé l’implantation de la société Uber en France au détriment, à l’origine, des chauffeurs de taxis, qui dénonçaient alors une concurrence déloyale. Pertinente ou non, cette arrivée a bouleversé le paysage économique français au point qu’aujourd’hui le dictionnaire a fait entrer le terme Ubérisation dans ses pages et que le championnat de France de football de Ligue 1 en a aussi pris le nom, pour être qualifié de Ligue 1 Uber Eats. Passé l’anecdote, le Président de la République qui assume pleinement avoir favorisé l’implantation de la société Uber en France, se heurte aujourd’hui certes à des parlementaires outrés, plus dans une posture politicienne que réellement morale, à une forme de méfiance face au lobbies prop re à l’Europe. En voyageant hors de nos frontières, le poids, le rôle et l’influence des lobbies s’avèrent être non seulement reconnus mais aussi totalement assumés renvoyant l’Europe et ses principes à des convictions que d’aucuns jugeraient dépassées. Outre-Atlantique, les lobbies, nombreux, ne cachent en rien leur puissance et leur aire d’influence. Qu’il soit militaro-industriel, pharmaceutique ou colonne vertébrale du transport routier, les lobbies sont connus et acceptés comme des acteurs de la vie économique d’une nation côtoyant et influençant l’État et ses serviteurs sans scrupule.

Géants polymorphes

L’Europe, a tort ou à raison, retranchée derrière des principes qui lui sont propres et respectables, a toujours eu une attitude très craintive face à ces géants polymorphes, aux ramifications nombreuses et à l’influence souvent forte mais difficilement quantifiable. Est-ce à dire qu’il convient d’avoir face aux lobbies une attitude toujours empreinte de méfiance ? La question se pose et trouve une réponse partielle, au moins dans l’Hexagone, car en France les lobbies sont autorisés par la loi Sapin 2 qui reste cependant assez floue par certains aspects. Pour autant, la dimension complotiste dont peut parfois s’entourer l’appréhension que l’on peut avoir des lobbies reste, semble-t-il, assez forte. Mal compris dans leurs objectifs et dans leurs pratiques, les lobbies forcent nombre de sociétés et d’État à s’interroger sur leur capacité de résistance face à des groupement d’entreprises liées par une volonté commune : le profit. Et cette volonté est-elle compatible avec la notion d’intérêt général qui anime en théorie chaque puissance publique ? Il appartiendra à chacun de répondre à cette question à l’aune de ses principes.

L’UE plutôt que l’OTAN

La candidature de l’Ukraine en qualité de pays membre de l’Union européenne offre à cette dernière une solution diplomatique qui contente tout à la fois Kiev et Moscou, la Russie restant encore très allergique à l’OTAN et indifférente à l’Union Européenne.

En acceptant la candidature de l’Ukraine en qualité de pays membre de l’Union européenne, Commission et Parlement européens s’engagent dans une voie, au regard de la situation géopolitique et diplomatique actuelle, des plus prudentes. Plusieurs raisons poussent à cette analyse qui met en évidence, alors que la crise ukrainienne tendait à prouver le contraire, une forme de frilosité de la part des vingt-sept. Ainsi, en acceptant l’intégration de l’Ukraine dans l’Union européenne dans un protocole d’adhésion qui s’étale sur dix ans durant lequel devront être engagés la reconstruction du pays et la lutte contre la corruption endémique qui ronge le pays, Bruxelles s’offre une solution à moindre coût. Concrètement, intégrer l’Ukraine dans l’Union vaut toujours mieux que de l’intégrer dans l’OTAN à laquelle l’Ukraine est aussi candidate.

Opportunité ou problème

Les conséquences de l’adhésion programmée et effective de l’Ukraine seront moindre qu’une entrée dans l’OTAN à même de hérisser Vladimir Poutine véritablement allergique à l’Organisation de défense atlantique. L’absence de risque militaire et d’escalade liée ne sont pas sans rassurer des Européens qui tablent sur une fin prochaine du conflit. Certes il est fort probable qu’une issue ne soit trouvée que dans le courant de l’année 2023 mais il est quasiment certains que le volet militaire et actif du conflit sera clos d’ici 2032. En parallèle, l’Union Européenne sait aussi que tout puissant et dangereux soit-il, Vladimir Poutine n’est en rien éternel et que sa succession finira bien par se poser un jour. Le successeur de l’actuel maître du Kremlin aura devant lui la nécessité de rétablir des relations diplomatique saines avec l’Union européenne et les Etats-Unis, l’entrée de l’Ukraine dans le marché unique apparaissant alors plus comme une opportunité économique frontalière que comme un problème. Dans le même temps, intégrer l’Ukraine dans l’Union européenne permet aussi à cette dernière de s’affranchir d’une nouvelle crise politique et diplomatique. Politique car l’Union démontre sa capacité à s’élargir y compris face à la menace du géant russe, diplomatique car elle prouve qu’elle sait contourner l’obstacle de l’OTAN pour s’assurer une certaine sécurité car jamais la Russie de Vladimir Poutine ou ses successeurs n’oseront s’en prendre à un pays de l’Union européenne. Dernier point, et non des moindre, qui ouvre à l’Union une sorte de boulevard, le fait que Vladimir Poutine se moque en tous points de l’Union européenne qui n’est à ses yeux qu’un espace économique où vendre son gaz et son pétrole. Préoccupé à ce jour par l’annexion des républiques ukrainiennes pro-russes, Vladimir Poutine ne cache pas son mépris pour un ensemble, l’Union européenne, à ses yeux quasi-insignifiant sur le plan diplomatique car toujours secondé par les Etats-Unis. Reste à savoir cependant si cette adhésion, pour l’instant à l’état de projet, sera toujours appréciée par la Russie comme un avatar sans effet direct dans les années à venir. Avec ou sans Vladimir Poutine.

Ainsi vécu la Pax Europea

L’invasion de l’Ukraine a bouleversé l’équilibre géopolitique continental qui reposait depuis 1945 sur le postulat d’une Pax Europea. Confronté à son premier conflit depuis près de 80 ans, l’Europe doit se préparer à essuyer de futurs micro-conflits régionaux à même de mobiliser les alliances internationales passées avec les trois grands : Etats-Unis, Chine et Russie.

Depuis 1945, prévalait en Europe l’idée qu’aucune crise majeure ne viendrait briser la paix voulue durable par les acteurs qui avaient animé le Second Conflit mondial. Certes, des évènements, tels la construction du Mur de Berlin (1961), la crise de Budapest (1956) ou l’invasion de la Tchécoslovaquie (1968) ont effrayé la planète qui tremblait devant les chars soviétiques. Mais jamais pourtant ces crises ne dégénérèrent. Beaucoup figèrent la géopolitique européenne pendant des décennies mais aucune ne parvint à sérieusement altérer le consensus pacifique qui régissait les rapports Est-Ouest. Plusieurs raisons peuvent l’expliquer. D’abord la dissuasion nucléaire fut l’un des éléments majeurs de cette Pax Europea. La peur de l’arme nucléaire a tétanisé des générations d’Européens qui préféraient pourtant la posséder mais sans l’utiliser. Cet équilibre par la terreur qui reposait sur le risque que l’une des puissances détentrices de la Bombe ne l’utilise à ses dépends a longtemps servi de pilier diplomatique. Second élément, la volonté pour les peuples d’Europe de construire, à l’Ouest au moins, un ensemble politique géographiquement dense et continu que l’on nomme aujourd’hui Union Européenne. Passons sur les critiques qui s’abattent sur les institutions européennes mais force est de constater que l’Union européenne constitue un ensemble pacifié, sécurisé et globalement respecté dans le monde.

Vocation et points chauds

Pourtant, la guerre en Ukraine semble avoir rebattu les cartes de cet ordonnancement désormais bouleversé par les ambitions d’un homme Vladimir Poutine soucieux, pour des raisons qui lui sont propres, de rendre à son pays la Russie, l’aura et la puissance dont elle jouissait par le passé, ici au XIXème siècle. En parallèle, ont émergé des nations, fruits de l’éclatement de l’Union soviétique, désireuses aujourd’hui de rallier l’Europe de l’Ouest, non d’un point de vue géographique mais économique et culturel. Le processus amorcé en 2004 par l’entrée de nouveaux pays dans l’Union européenne, avait vraisemblablement vocation à se poursuivre mais s’est vu interrompu par l’invasion de l’Ukraine. En créant une zone de conflit au coeur du continent européen, la Russie, puissance nucléaire reconnue, a totalement déstabilisé les fondations d’un espace géographique construit depuis près de 80 ans autour de la notion de paix. Est-ce à dire que cette ère est révolue ? Il semble bien que oui car si le conflit ukrainien, appelé à durer, finira par s’arrêter, il est à craindre que d’autres émergeront dans les années à venir. Les points chauds ne manquent pas. Turquie, Géorgie, Kurdistan,…Sont autant de sources de conflits certes en périphérie de l’Europe mais qui sont par les pays qui sont impliqués, pleinement liés à l’Europe, à l’Union européenne et ses principes pacifiques ou à l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord)

Havre de paix

Si les historiens sont encore trop prudents pour l’admettre, et leur position est compréhensible, il apparaît que la crise ukrainienne a marqué un tournant dans l’appréhension des futures relations internationales, géopolitiques et géostratégiques. L’Europe n’est plus le havre de paix qu’elle était, preuve en est la volonté la Suède et de la Finlande, bastions de neutralité depuis des décennies, de rejoindre les rangs de l’OTAN pour se protéger de la Russie. La question qui agite désormais les nations européennes n’est même plus d’ordre énergétique car le pétrole, voué à être remplacé, ne figurera qu’un temps au chapitre des préoccupations essentielles. La question est avant tout sécuritaire au point que les chancelleries vont toutes, si ce n’est pas déjà le cas, entrer dans des phases de négociations actives afin de trouver dans les meilleurs délais des accords de coopération défensifs efficaces. De terre globalement pacifiée de l’Atlantique à l’Oural, l’Europe menace de devenir un espace de micro-conflits, extrêmement violents et destructeurs, qui n’embraseront pas la planète mais qui solliciteront les alliances internationales articulées autour des Etats-Unis, de la Chine et de la Russie. Et pour qui en douterait, il semble désormais certain que le monde a définitivement basculé pour entrer dans une ère de conflictualités nouvelles basées sur le poids et l’influence des alliances plus que sur la pertinence des principes ou prétextes avancés pour conquérir tel ou tel territoire. La raison du plus fort en somme.