Vintage diplomatique ?

La rencontre entre Joe Biden et Vladimir Poutine révèle la volonté de contenir les tensions existantes entre les deux pays tout en posant les jalons diplomatiques qui s’imposent afin de se concentrer sur un autre objectif : la Chine.

En choisissant de se rencontrer à Genève, en Suisse, par essence espace des plus neutres qui soit, Joe Biden, le président des Etats-Unis et Vladimir Poutine, son homologue russe, donnent à ce rendez-vous diplomatique scruté de toutes parts des airs de Guerre Froide. Tout y concours : des relations diplomatiques des plus fraîches, des désaccords multiples, des ambitions divergentes et même un lieu de discussion en terrain neutre. Alors qu’attendre de ce sommet ? Pour de nombreux observateurs, il est peu probable que cette halte helvétique accouche de quelques décisions fondamentales à même de bouleverser l’équilibre actuel. (Lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article) Tant Joe Biden que Vladimir Poutine n’ont ni envie, ni intérêt à céder quoi que ce soit et ce pour plusieurs raisons qui tiennent avant tout de la géopolitique. Les Etats-Unis qui viennent, par la voix de leur président, de réaffirmer leur attachement à l’Union Européenne, savent pertinemment que ce type de déclaration marginalise une Russie qui peine à se réhabiliter sur le plan international. Du côté russe, l’idée d’endosser le rôle de nation-victime de l’alliance Etats-Unis / Europe n’est pas totalement écartée car elle serait un moyen de légitimer les actions futures du régime de Vladimir Poutine, notamment en terme de politique extérieure.

Multi-polarité et alliances

Pour autant, le jeu de la bi-polarité avancé par Joe Biden et tacitement accepté par Vladimir Poutine, peut-être, avec du recul, un avantage pour les deux géants russe et nord-américain. En renouant avec une opposition de la sorte, Etats-Unis et Russie tendent à étouffer la multi-polarité puis l’a-polarité que les relations internationales avaient mises en évidence au lendemain de la chute du Mur de Berlin. Ensuite, d’un point purement diplomatique, cette bi-polarité fixe, par définition, deux blocs autour desquels gravitent des puissances moyennes (Angleterre, Allemagne, France,…) ou clairement affidées à une puissance définie (Bielorussie, Ukraine russophone,…). Cette fixation permet ainsi aux deux grands de s’affirmer comme puissances globales non pas ouvertement mais de manière indirecte, commandées qu’elles sont, ou seraient, par les intentions de l’un ou l’autre camps. De la Guerre Froide dans le texte. Désireux de ne pas s’immiscer dans les relations internationales mondiales plus qu’ils ne le sont déjà, les Etats-Unis ont ainsi le moyen de bâtir un ensemble d’alliances qui servent leurs intérêts au sens large du terme : diplomatique, économique et financier. Pour la Russie, la volonté de se poser en puissance unique en Europe de l’Est et caucasienne, se trouve satisfaite par la carte du monde diplomatique telle que dessinée à ce jour.

Union Européenne et Chine

D’aucuns s’en étonneraient voire s’en étrangleraient d’indignation mais tant Joe Biden que Vladimir Poutine sont tous les deux des enfants de la Guerre Froide. Tous deux ont connu cette opposition toute à la fois terrifiante, car reposant sur l’équilibre de la terreur, deux arsenaux nucléaires de masse se faisant face (ce qui est d’ailleurs toujours le cas), et rassurante car figée dans la parfaite connaissance des conséquences dramatiques et irréversibles d’une opposition diplomatique amenée à dégénérer en affrontement militaire. Le nouvel équilibre mondial qui se dessine après les années de complaisance envers la Russie de Donald Trump et la volonté de ce dernier de s’extraire des relations internationales laissent pourtant deux acteurs, l’un poliment, sur la touche, l’Union Européenne (en dépit d’un soutien répété de la part de Joe Biden), l’autre volontairement marginalisé, la Chine, officiellement érigée en deuxième préoccupation nord-américaine via l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord). D’ailleurs, in fine, il n’est pas interdit de penser que derrière l’antagonisme américano-russe, maîtrisé et sous contrôle (La Russie ayant de nombreux avantages à ne pas s’agiter sur le plan diplomatique alors que remontent allègrement les cours du pétrole dont elle tire de substantiels profits), ne se cache pas une opposition bien plus profonde et plus inquiétante entre la Chine et les Etats-Unis…(courrierinternational.fr : https://www.courrierinternational.com/article)

Un président giflé, une démocratie humiliée

La gifle reçue par le Président de la République illustre la violence jusqu’alors contenue de certaines franges de la population ainsi que les défaillances de la culture de la démocratie qui a longtemps prévalu dans notre société.

Dire que la vie politique est, par essence et pour ceux qui la vivent, violente est un euphémisme. Et la gifle reçue par le Président de la République lors d’un déplacement dans la Drôme illustre à un point inédit la déliquescence dans laquelle sombre doucement notre société et plus largement les sociétés contemporaines. Car on peut naturellement, et c’est le principe fondamental de toute démocratie, ne pas être en accord avec les représentants de la Nation, on peut exprimer ces désaccords par voie de presse, par celle des urnes voire même oralement quand l’occasion s’en présente. Mais frapper le premier représentant de la Nation tout comme le dernier, qu’il soit maire, conseiller municipal au autre, témoigne de l’absence du plus élémentaire respect pour les règles démocratiques qui régissent nos sociétés. Ces agissements, forme de Loi du Talion, qui se veulent les réactions épidermiques de prétendues atteintes portées à l’on ne sait qui réellement, enfoncent un plus la démocratie dans l’obscurantisme et l’ignorance de régimes sombres et funestes que l’on pensait révolus. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/idees/article)

Espace et méfiance

Clairement, si la violence prend le pas sur l’échange et la discussion qu’appellent toutes démocraties, il n’y a plus d’espace pour ces dernières. D’aucuns argueraient qu’un vent mauvais souffle sur les démocraties modernes, tiraillées de toutes parts par des extrémismes de plus en plus virulents et revendicatifs, se présentant comme les porte-voix de peuples opprimés ou brimés dans leur expression. Si le populisme en est le premier aspect, le déchaînement de violence à laquelle nous assistons depuis peu, qu’elle soit verbale ou physique, invite à la réflexion. Qu’est-ce qui aujourd’hui peut générer de tels comportements ? La méfiance envers des élites, ou prétendues comme telles, politiques ou sociales ? Des inégalités, certes croissantes et par essence, injustes ? Un absence de culture du débat posé et respectueux ? Une avalanche de propos incendiaires, tapageurs polémiques via nombre de relais d’opinion telles que les chaînes d’information en continue ? Des carences éducatives ? Ou bien une forme de libération de la pensée suivie dans les faits par une libération des actes qui s’exprime par la violence ? Les questions sont multiples et se veulent rhétoriques car chacune d’elles correspondent à une réalité sociétale factuelle. (lefigaro.fr : https://www.lefigaro.fr/vox/societe)

Frustrations et réponse collective

Un constat s’impose : la violence est devenue consubstantielle à nos sociétés, elle les ronge et les déstructure. La gifle reçue par le Président Macron n’est peut-être que la première de nombreuses autres manifestations tout aussi violentes, voire plus, qui pourraient émailler les années à venir. Frustrations, déceptions, incompréhension, exclusions et pertes de repères sont des facteurs explicatifs de cette montée en puissance de la violence mais là encore, il convient aussi de s’attarder sur les causes qui génèrent ces frustrations et autres incompréhensions. La perte de la culture de la démocratie, à savoir que tout système politique et sociétal, ne progresse que par le dialogue concerté et la confiance accordée aux représentants élus de la Nation, semble avoir ainsi disparu. Il est inutile de chercher un ou plusieurs coupables : les boucs-émissaires des uns seront les victimes des autres. La réponse ne pourra être que collective ou ne sera pas.

L’adage et le Président

Si le Président de la République n’est pas officiellement en campagne électorale, les voyages en régions débutés en donnent le sentiment. Mais, à un an de l’échéance, ce sont les échos de ces déplacements qui influenceront les derniers mois du quinquennat. Explications.

L’adage populaire le confirme : On est jamais si bien servi que par soi-même ! C’est certainement ce que le Président Macron s’est dit avant de se lancer dans son tour de France afin d’officiellement entendre et écouter les territoires ; officieusement aller prendre le pouls des régions quelques semaines avant les élections régionales et départementales et à quelques mois de l’élection présidentielle. Le Président de la République, soucieux de son image mais plus encore de son bilan alors que débute la dernière année de son quinquennat, semble ainsi tourner le dos aux traditionnels sondages. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/idees/article) Ces derniers ne sont d’ailleurs ni accablants ni glorifiants pour le Chef de l’État. Ils sont une photo d’un échantillon de sondés interrogés via une question précise sensée refléter l’action de l’exécutif et la manière dont celle-ci est ressentie dans l’opinion. Ainsi, dans une tradition très gaullienne à laquelle tous ses prédécesseurs ont cédé, Emmanuel Macron s’en va battre la campagne. Certes. Mais quels résultats en attendre ?

Réformes, opportunisme et immobilisme

Si les échos de ces escapades régionales s’avèrent mauvais ou mitigés, il sera trop tard, au regard du temps restant avant l’élection de 2022, pour poser sur la table un lot de réformes susceptibles d’inverser le cours de la tendance avec, en plus, le risque quasi-certain, de se faire tancer par l’opposition et ses adversaires déclarés d’opportunisme. Si les échos s’avèrent en réalité plutôt positifs voire positifs, il conviendra alors de ne pas froisser une opinion versatile et susceptible. Voilà pourquoi aussi le très explosif dossier de réforme des retraites, promise en 2017, reste pour l’heure sur le bureau du Président, soigneusement rangée. Pour autant, n’est-il pas plus difficile, voire politiquement dangereux, pour le Président, dans le cas où son action recueillerait l’assentiment des Français, de céder à l’immobilisme pour à nouveau être la cible de l’opposition ? C’est un choix cornélien qui peut potentiellement se présenter devant le Président de la République, partagé entre une action limitée mais ciblée et un immobilisme sécurisant mais facteur de critiques que d’aucuns jugeraient justifiées. L’exercice auquel se livre finalement le Président de République, rempli et transi de ferveur républicaine, ouvre cependant la boîte de Pandore car nul ne sait ce qui en sortira même si lui en a une image assez claire. (liberation.fr : https://www.liberation.fr/politique)

Influence et euphémisme

Affirmer que le locataire de l’Elysée y risque aujourd’hui son élection est infondé et prématuré mais avancer que les échos de ce tour de France des régions auront une influence sur les onze mois à venir est incontestable. Pour le résumer très schématiquement, la campagne présidentielle qu’ouvre Emmanuel Macron par ces premiers voyages en régions expose politiquement l’individu, ce qui est par ailleurs et très classiquement, le principe de toute campagne électorale. Et affirmer que celle-ci a un goût particulier, entre souvenir des Gilets jaunes et relents de pandémie, est un euphémisme tant le candidat-président part chargé d’un passif, pour le premier grossièrement réglé, pour le second encore trop récent pour faire l’objet d’un passage au crible de l’histoire. De tous ces éléments et évènements, plus d’autres qui manquent ici à l’appel, Emmanuel Macron, en a produit une synthèse via laquelle il se présente comme le dénominateur commun, celui qui a su les résoudre, hier, comme aujourd’hui et évidemment, à ses yeux, comme demain. Car comme le dit l’adage populaire, encore un, qui veut voyager loin,…. (in Les Plaideurs, Jean Racine, 1668)

Union européenne : L’heure du choix

La crise biélorusse révèle en filigrane toutes les limites de la diplomatie de l’Union Européenne face à la Russie, soutien indéfectible d’Alexandre Loukachenko. Désormais, à l’Union de devenir une puissance et non plus un partenaire parfois écouté.

L’agitation diplomatique qui prévaut depuis quelques jours suite au détournement d’un avion de la compagnie Ryan Air par la Biélorussie au motif que celui-ci abritait un opposant au régime du président Loukachenko n’est pas sans mettre en évidence toute l’ambiguïté des Européens de l’Ouest et l’Union européenne en particulier à l’égard de la Russie. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article) Car si c’est bien le président Biélorusse qui a poussé au détournement de l’aéronef irlandais, il faut voir dans la hardiesse d’Alexandre Loukachenko la main invisible de Vladimir Poutine trop heureux de pouvoir, une fois encore, contrarier des Européens toujours aussi embarrassés à son endroit. Cet embarras s’explique par une situation diplomatique et économique complexe qui lie la Russie à l’Europe de l’Ouest. Diplomatique d’abord car, une fois la Guerre Froide achevée, Moscou et l’Union européenne ont commencé une politique de rapprochement qui visait à rétablir des relations longtemps distendues. Ce rapprochement s’était avéré nécessaire et a d’ailleurs quelque part permis l’intégration d’anciens pays de l’Est, pays satellites de l’URSS disparue, dans l’Union européenne. Cette intégration, que Moscou a vu comme la création d’une forme de cordon sanitaire, s’est pourtant révélée à terme problématique pour le Kremlin, surtout lors de l’intégration de la Pologne, qui mettait l’Union européenne aux portes de la Russie.

Tolérance et droits de l’Homme

Cette proximité a d’ailleurs été à l’origine de l’intervention, certes sous-jacente, de la Russie en Ukraine quelques années plus tard, soucieuse d’intégrer à son tour l’Union. Pour autant, la Russie de Vladimir Poutine ou Dmitri Medvedev s’est montrée tolérante tant que l’Union Européenne ne se mêlait pas de ses affaires internes où les atteintes aux droits de l’homme étaient légions. Cette cohabitation diplomatique concernait certes la Russie mais aussi des pays vassaux du Kremlin dont la Biélorussie qui s’accommodait fort bien d’un Occident volontairement aveugle devant les atteintes portées aux libertés individuelles et collectives, effrayé qu’il était par la susceptibilité et, malgré tout, par la puissance militaire, de l’ours russe. Economiquement car la Russie reste un partenaire au poids non négligeable. Ainsi, l’Union Européenne est-elle le partenaire économique le plus actif de la Russie (52,3 % de l’ensemble du commerce extérieur russe en 2008). En parallèle, 75 % des investissements directs à l’étranger (IDE) en Russie proviennent également de l’Union européenne. Celle-ci a ainsi exporté 105 milliards d’euros de marchandises vers la Russie en 2008 quand Moscou a exporté 173,2 milliards d’euros à l’Union européenne. Pour autant, le principal ressort des relations économiques entre l’Union européenne et la Russie reste l’exportation des hydrocarbures (gaz et pétrole) qui représentent 68,2 % des exportations russes vers l’UE. (Lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers)

Prudence et influence

La question énergétique est centrale dans cette crise diplomatique car elle oblige l’Union Européenne a beaucoup de prudence afin de ne pas froisser Moscou qui pourrait, par mesure de rétorsions mutuelles jugées trop sévères, couper l’approvisionnement en matière première. Via ces tensions, l’Union Européenne touche ainsi aux limites de son action diplomatique et de son influence géopolitique. Le noeud gordien biélorusse en illustre toute l’ampleur en dépit d’une position commune et unanime de la part des vingt-sept. Mais désormais il convient de s’interroger à Bruxelles comme dans nombre de pays membres de l’Union, sur la manière dont l’Europe politique peut peser à l’échelle européenne et continentale, comment celle-ci peut dépasser sa dépendance à la Russie pour ne plus en être tributaire, pour ne pas dire effrayée ? Finalement, il apparaît que la crise biélorusse interroge l’Union européenne sur son devenir et sa capacité à se vivre en puissance et non plus en partenaire.

Le dernier bastion de la Guerre Froide

Les affrontements qui ensanglantent le Proche-Orient mettent en évidence l’inertie des organisations internationales à résoudre une opposition profonde mais révèlent aussi l’existence de rivalités diplomatiques dignes de la Guerre Froide.

Entre traités de paix signés puis bafoués et reprises des hostilités toujours plus cruelles au fil des années, le conflit israélo-palestinien n’en finit pas d’alimenter depuis plus de soixante-dix ans l’actualité internationale, entre espoirs de réconciliation déçus et affrontements où même la violence la plus dure semble avoir été dépassée. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article) Pourtant, outre les causes de ce conflit, il n’est pas inutile de s’intéresser à ce que celui-ci représente encore aujourd’hui, au-delà de l’opposition entre Palestiniens et Israéliens. Créé au lendemain de la fureur destructrice de la Seconde Guerre mondiale, l’État d’Israël s’est imposé sur la scène internationale dans une climat de Guerre Froide naissante et où se dessinaient les premières lignes de fractures qui allaient perdurer jusqu’au début des années soixante-dix. D’abord soutenu par la France dans les années soixante, Israël s’est progressivement détaché de Paris pour se tourner vers les Etats-Unis qui sont alors devenus, et pour le rester, les premiers soutiens de l’État hébreu.

Allié et bi-polarité

Et si Joe Biden, le président des Etats-Unis récemment élu, s’est révélé réticent à intervenir afin d’apaiser les tensions et la nouvelle flambée de violence, le pays à la bannière étoilée demeure le premier allié d’Israël. Dans cette configuration, quid alors des soutiens au peuple palestinien ? L’Europe occidentale, consciente de la nécessité pour Israël de disposer d’un Etat, s’est toujours aussi montrée favorable dans son ensemble à la reconnaissance d’une entité palestinienne autonome et indépendante, tout comme l’est d’ailleurs la Russie de Vladimir Poutine, active dans la région via son intervention en Syrie. Ainsi, au vu de ses éléments, qui confirment une forme de bi-polarité que l’on pensait désuète voire disparue, se dégage un parfum de Guerre Froide dont Israël serait le dernier bastion l’ultime espace de confrontation, où Etats-Unis et Russie soutiennent l’un et l’autre un camp dans le cadre d’une opposition par procuration loin de s’être évanouie avec la chute du Mur de Berlin. L’État hébreu qui vit en état de guerre permanent depuis 1948 n’a finalement pas profité de la dislocation de l’affrontement Est-Ouest qui a longtemps prévalu. Au contraire, à son corps défendant, il le nourrit et l’entretient, Russie et Etats-Unis voyant là le moyen d’exercer leurs influences respectives et s’assurer par là même des soutiens précieux dans une région explosive.

Terre et véto

Point de fixation et de crispation diplomatique, le conflit israélo-palestinien continue dès lors à révéler l’inertie de nations prises au piège par la nécessité de reconnaître, à deux peuples, le droit à un Etat sur la même terre. Cornélien… ! L’Organisation des Nations Unis (ONU) qui depuis 1967, et la Guerre des Six-Jours, condamne l’occupation des territoires éponymes et multiplie les résolutions afin de faire respecter le droit international, se heurte de manière systématique au véto soit des Etats-Unis, soit de la Russie, décrédibilisant un peu plus son image, son action et son utilité puisque bafouée par deux nations majeures. L’Union Européenne, coincée entre culpabilité et nécessité, continue elle à se perdre en atermoiements où se bousculent des déclarations d’intentions sans effet. (lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/monde/afrique-moyen-orient) Ainsi, alors que la région semble se diriger vers des situations sociales et humaines inextricables fruits de positions sur le point de devenir irréconciliables, le conflit qui oppose Palestiniens et Israéliens demeure encore un l’espace d’une confrontation dépassée et obsolète. Et pour quel résultat ?

La sécurité du Président

En se saisissant de la question sécuritaire, le Président de la République entend rassurer les Français sur sa capacité à affronter sans fard les réalités qu’elle impose. Mais l’opération ne relèverait-elle pas autant de l’électoralisme que de l’opportunisme ?

Comme nombre de ses prédécesseurs, Emmanuel Macron s’est saisi à quelques mois de l’élection présidentielle de la question sécuritaire. Ainsi, avec un nouveau projet de loi anti-terroriste prochainement présenté devant l’Assemblée nationale, le Président de la République entend faire taire les critiques qui s’élèvent, notamment dans l’opposition de droite, jugeant trop laxiste l’arsenal juridique et judiciaire en vigueur au regard de l’importance du sujet. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/politique/article) Pour autant, la question qui émerge devant cette surenchère, aisément taxée de facile, et qui ne fait en définitive qu’alourdir le dispositif existant, est de savoir si celui-ci aboutit à des résultats probants. Il appartiendra à chacun d’en juger mais il est en revanche certain qu’il y a dans cette pratique inaugurée par Jacques Chirac en 2002 une forme de cynisme des plus désagréables et qui s’exprime par l’idée que la sécurité de la collectivité ne semble avoir d’intérêt qu’à l’approche du scrutin présidentiel.

Préoccupations et crise

Est-ce à dire que la thématique sécuritaire disposerait de son propre calendrier pour n’être évoquée qu’en période pré-électorale, renforçant de fait son caractère purement électoraliste ? Il n’est pas interdit de le penser tant la thématique s’absente des préoccupations au fur et mesure que le rendez-vous électoral phare de la Cinquième République s’éloigne. Or, il est aussi vrai que le Président, qui, de bonne guerre, se défendra de toutes visées électoralistes dans la remise au goût du jour de la question, a cherché a accélérer le temps. Passée la pandémie, engagée la vaccination de masse et présenté le plan de déconfinement, secteur par secteur, la priorité de l’exécutif est désormais de répondre à l’urgence, du moins jugée comme telle, de la sécurité. Rassurer les Français, et potentiellement les touristes à venir dans un été considéré comme crucial que tous espèrent post-covid, apparaît comme primordial pour celui qui souhaite prolonger son bail à l’Elysée. (lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/politique-societe) Il n’est donc pas impossible dans les mois qui s’annoncent d’assister à une avalanche de lois sécuritaires dont l’efficacité ne pourra être jugée qu’à l’épreuve des faits. C’est d’ailleurs un des inconvénients de cette thématique et des lois qui l’accompagnent : leurs effets ne sont visibles qu’en cas de crise majeure.

Manœuvres et synthèse

Le renforcement de la présence policière récemment voulu par le Président de la République n’est en définitive que l’un des rares, si ce n’est le seul caractère concret, de ce type de manœuvres. Alors quel adjectif pourrait qualifier le soudain intérêt du Président pour cette question certes obérée par la crise sanitaire et les impératifs économiques. Opportunisme apparaît comme évident. Exploiter les craintes, réelles ou supposées, des Français au regard de la situation sécuritaire n’est en rien nouveau. Et le Président de la République ne faillit pas à la règle en reprenant ce thème. Mais là où le bât blesse c’est que celui qui voulait incarner une nouvelle manière de gouverner, au-delà des partis et de leurs bases idéologiques sensées être dépassées pour aboutir à une synthèse globale empreinte de social-démocratie 2.0, voire 3.0, retombe, falot et lourdement, presque grossièrement, dans les antiennes des décennies passées. Le nouveau monde ressemble finalement et étrangement encore à l’ancien…

La politique par le vide

Illisible pour certain, la substance du macronisme interroge. Et si celui-ci se nourrissait de son propre vide en parasitant les partis traditionnels.

Alors qu’approchent les élections régionales, test pour la majorité présidentielle, se pose à nouveau la définition du macronisme. Philosophie politique à part entière ou mode de fonctionnement dédié à la survie d’un parti et de son chef de file, la question reste entière. Tentative d’explication.

Depuis mai 2017 et l’élection d’Emmanuel Macron président de la République, nombreux sont les éditorialistes, politologues, journalistes et autres experts en sciences politiques à avoir tenté de définir ce qu’était le macronisme. L’exercice est ardu car élu contre toute attente, en renvoyant les parties traditionnels au rang d’accessoire du paysage politique, voire de variables d’ajustement parlementaires, Emmanuel Macron n’a eu de cesse de continuellement brouiller le message qui sous-tend son action : protecteur et social à l’heure de la pandémie, libéral et entrepreneurial quand s’impose la nécessité de relancer l’outil économique mis à mal par les conséquences de la pandémie, réformateur sans complexe quand l’environnement politique s’y prête. Pour beaucoup illisible et incompréhensible, le macronisme, qui ne s’incarne in fine que dans son chef de file, ne cesse d’interroger, oscillant entre doctrine et outil politique à même de répondre aux exigences imposées par la conduite d’un Etat.

Concepts structurants et alliances

Pourtant, quatre ans après son accession au pouvoir, une tentative d’explication pourrait, prudemment, être avancée et se résumerait par l’idée que, théorie politique finalement vide de concepts fondateurs et structurants, le macronisme se fondrait avec n’importe quelle philosophie politique à condition que celle-ci assure sa survie et sa pérennité, forme de parasite capable de s’adapter aux circonstances, mélange protéiforme de libéralisme assumé et de social-démocratie laïque poussée à son paroxysme. L’exemple du soutien de la République en Marche au président sortant de la région Provence-Alpes Côtes d’Azur, Renaud Muselier, en vue des élections régionales de juin prochain en est le parfait exemple, quand bien même cette alliance viendrait-elle à ternir les relations de la LREM avec les autres composantes locales. L’objectif n’est pas tant de séduire que de survivre en se ralliant à celui qui présente les meilleurs atouts pour l’emporter. Et peu importe si dans six mois ou un an il faut repenser les alliances, celles-ci ne sont étudiées qu’à des fins de conservation du pouvoir. Ce vide, évoqué plus haut, expliquerait alors en partie, le désarroi des parlementaires LREM, maëlstrom informe de centre-gauche, de centre-droit et de députés non-apparentés qui tous défendent un homme et son projet plutôt qu’un parti et ses idées. (lefigaro.fr : https://www.lefigaro.fr/politique/)

Contraintes et impuissance

Ainsi en phagocytant des ensembles politiques anciennement établis, le marcronisme a-t-il vidé de leur substance des partis incapables de proposer une synthèse aboutie de leur philosophie politique adaptée aux contraintes contemporaines. Ce qui fait alors du macronisme non pas une doctrine mais un mode de fonctionnement politique, adaptable à l’infini, rompant avec les mécaniques d’alliance basées sur des concomitances idéologiques fortes. Et pour l’heure, il semble que l’alchimie fonctionne même si le test des élections régionales donnera un aperçu de la viabilité et de la pertinence de cette logique électorale. Les cris d’orfraie poussés par Les Républicains (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/politique/article), outrés pour certains par cette alliance, n’y changeront rien mais témoignent de cette impuissance teintée de frustration à faire face à un nouveau mode de fonctionnement aux parfums darwiniens. En cela le macronisme renouvelle l’univers politique qui prévalait jusqu’alors mais en cela aussi il l’épure de principes et de certitudes politiques qui avaient borné la Cinquième République sagement ordonnée autour d’une bi-polarité rassurante. Visiblement, les temps ont changé.

Joe Biden, le trublion inattendu

La reconnaissance par les Etats-Unis du génocide arménien exprime la volonté de la première puissance mondiale de jouer un rôle nouveau dans la diplomatie internationale. Mais, politique et symbolique, cette reconnaissance sera-t-elle suivie d’autres décisions aussi fortes à même de renforcer la crédibilité des Etats-Unis de l’ère Biden ?

En reconnaissant la réalité historique du génocide arménien commis en 1915 par les troupes de l’Empire Ottoman pendant la Première Guerre mondiale, le président des Etats-Unis Joe Biden, a replacé la première puissance mondiale au centre du jeu diplomatique mondial quand son prédécesseur l’en avait progressivement extraite. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article/2021/04/24/) Plusieurs raisons président à cette reconnaissance. Tout d’abord, démocrate, Joe Biden a répondu aux convictions humanistes et altruistes de son parti à contre-pied de Barack Obama qui, bien que démocrate, n’avait jamais reconnu le génocide. Les Républicains, certainement animés des mêmes convictions, se sont toutefois toujours abstenus, arguant de la nécessité de ménager un allié précieux en Méditerranée, d’où la prudence des administrations précédentes. La seconde raison se veut clairement diplomatique et géostratégique.

Réfractaire et rapprochement

En malmenant un allié, fût il influent en Méditerranée orientale, Joe Biden montre, et les Etats-Unis avec lui, que les alliances ne sont en rien des blanc-seing susceptibles de couvrir ou accepter tout et n’importe quoi de l’allié en question. Dans la ligne de mire de Joe Biden, il n’y a d’autre dirigeant que Recep Tayyip Erdogan, le président turc, farouche opposant à la reconnaissance par la Turquie d’un quelconque génocide. Or, cette attitude réfractaire, accompagnée d’un double-jeu risqué vis-à-vis du terrorisme islamiste, irrite en Europe, elle aussi alliée des Etats-Unis, en en France en particulier. A ce titre, Recep Erdogan a commis une erreur que les Etats-Unis ont visiblement du mal à pardonner à quoi s’ajoute, du point de vue nord-américain en tous cas, un rapprochement jugé suspect avec la Russie de Vladimir Poutine, lui-même en délicatesse avec la Maison Blanche. En mettant la Turquie face à ses responsabilités historiques, Joe Biden fait ainsi preuve d’une forme de courage politique aux conséquences tant intérieures qu’extérieures au Etats-Unis. Le signal envoyé est ainsi des plus clairs : à ceux qui le taxaient de mollesse en raison de son âge en sont pour leurs frais.

Intérêts et influence

A la tête du plus puissants des Etats, Joe Biden pose les jalons d’une nouvelle diplomatie, plus offensive et certainement plus fine que celle de Donald Trump qui ne raisonnait pas en termes géopolitiques mais uniquement individuels, ne voyant dans ses interlocuteurs que des possibilités d’ouvertures économiques où les Etats-Unis pourraient faire valoir leurs intérêts. Le nouveau président des Etats-Unis, bien décidé à mener de front tout un ensemble de problèmes d’envergure internationale (Fiscalité, climat, terrorisme, tensions géopolitiques,…) imprime à son mandat une tonalité qui renoue avec des accents que n’aurait pas renié Ronald Reagan (1981 – 1989) quand ce dernier cherchait à réhabiliter l’image des Etats-Unis dans le monde après le fiasco vietnamien (1965 – 1975) – (lejdd.fr : http://www.lejdd.fr/International) Certainement plus fin dans son approche diplomatique que Donald Trump, Joe Biden s’appuie toutefois sur la puissance et l’influence des Etats-Unis dans le monde pour rendre à son pays la place perdue. Impérialisme ? Gendarme du monde ? Finalement ni l’un ni l’autre, mais l’envie seule de redorer le blason d’un pays longtemps accusé, et à raison, des défauts cités. Mais cette position sera-t-elle tenable ? Refroidir la Turquie par la reconnaissance du génocide arménien est certes un acte fort, à la portée symbolique et politique très forte mais pour que la crédibilité des Etats-Unis sous l’ère Biden soit renforcée et continue de l’être, il faudra certainement plus. Le mandat de Joe Biden ne fait que commencer, alors….

Du foot au football business total

Première motivation des clubs européens signataires du projet de Super League : accroître leurs revenus. Mais où est le football dans ce projet ?

La création annoncée d’une Super League européenne de football concurrente de la Ligue des Champions bouscule une UEFA otage de la professionnalisation à outrance du football lui-même devenu un pan de l’économie mondiale. Tentative d’explications.

Présentée le18 avril dernier par douze clubs européens (Arsenal, Chelsea, Liverpool, Manchester City, Manchester United et Tottenham, le Real Madrid, le FC Barcelone, l’Atlético Madrid, la Juventus de Turin, l’Inter Milan et l’AC Milan) le projet de création d’une Super League de football, concurrente déclarée de la Ligue des Champions, chère à l’UEFA (Union Européenne Football Association), a secoué le microcosme footballistique du Vieux Continent tremblant à l’idée de voir la compétition sportive européenne comptant parmi les plus suivies et les plus lucratives détrônée par une organisation aux visées purement financières. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/sport) Depuis l’annonce, les cris d’orfraie n’ont cessé de s’élever contre une initiative qui, il y a quelques années avait déjà été abordée sous la forme d’un G14 (groupe qui regroupait parmi les 14 grands clubs d’alors), pour être finalement abandonnée. Mais le projet de Super League avancé, qui permettrait aussi à quelques clubs triés sur le volet de bénéficier d’un statut d’invité pour évoluer aux côtés des clubs fondateurs, semble désormais si bien lancé que les institutions européennes paraissent bien en peine pour le contrecarrer. Certes. Mais une fois passés le constat et l’indignation, qui n’aura qu’un temps, que suscite cette initiative, la question qui émerge aujourd’hui n’est pas de savoir pourquoi une telle initiative est amenée à voir le jour mais quand est-ce qu’elle verra le jour.

Inflation et règles économiques

A la première question, la réponse qui s’impose semble d’une évidence quasi-puérile. L’inflation exponentielle des droits audiovisuels, du montant des transferts de joueurs et des budgets des clubs (par ailleurs dangereusement endettés) sans compter les recettes annexes liées à la vente de produits dérivés, expliquent cette volonté des plus grands et plus puissants clubs européens de créer un espace de jeu où le sport ne serait qu’un support à vocation financière. Devenu un pan de l’économie mondiale, le football n’échappe pas aux règles économiques au point de devoir lui aussi se diversifier afin d’assurer sa pérennité à long terme surtout en période de crise sanitaire dont les effets ont eu des conséquences sur la trésorerie des clubs. Andrea Agnelli, le président de la Juventus Turin et de l’Association des clubs européens (ECA), a récemment rappelé que la crise sanitaire pourrait entraîner un manque à gagner de 6,5 milliards à 8,5 milliards d’euros pour les clubs. Motif suffisant pour imaginer des solutions afin de limiter l’hémorragie financière fruit de la pandémie. Le raisonnement tenu par les douze clubs concernés est ainsi des plus simples : Une Super League animée par des clubs mondialement reconnus (les rencontres du Real Madrid sont suivis en Chine ou ailleurs) sera génératrice d’intérêt télévisuel, populaire, publicitaire et aussi sportif puisque les meilleurs joueurs mondiaux évoluent dans les clubs concernés.

Déficits et temps juridique

Parallèlement, cette Super League, moyen d’éponger des déficits abyssaux (en 2016, le montant cumulé des encours des 20 plus grands clubs européens s’élevait à 133 milliards d’euros) est aussi un acte d’indépendance de la part de clubs trop à l’étroit dans une UEFA (forte d’un budget s’élevant en 2019 à 5,7 milliards d’euros) jugée archaïque, et encore trop réfractaire à l’idée d’un football business total. (sportune.fr : https://www.sportune.fr/business) Et de là à ce que l’UEFA prenne les aspects d’une association caritative dédiée à la défense des clubs exclus de la Super League à venir, il n’y a qu’un pas. L’UEFA, qui n’ a cessé depuis des décennies d’oeuvrer au développement du professionnalisme le plus débridé, n’a donc pas su trouver les arguments, prise à son propre piège, pour contenir les envies sécessionnistes des grandes écuries européennes. Reste à savoir quand cette Super League verra le jour. Tout est désormais question de temps juridique et de recours devant les tribunaux mais il est fort probable que le projet aboutisse sauf si l’UEFA réformait la Ligue des Champions afin de ne conserver que les clubs sécessionnistes ce qui exclurait les autres formations européennes au risque de voir éclater de nouveaux contentieux. Cornélien…Pour l’heure, les deux camps s’observent et se toisent, attendant certainement le geste de l’une ou l’autre partie. Mais une chose est certaine, il est peu question de ballons ou de joueurs dans cette affaire mais beaucoup d’argent et de recettes. Bref, du football business total.

L’ENA et les élites

Remplacée par l’Institut du service public, l’Ecole Nationale d’Administration a longtemps concentré sur elle un ensemble de critiques visant à dénoncer des lauréats accusés de former une caste élitiste hors-sol. Mais cette stigmatisation ne révélerait-elle pas une angoisse latente nourrie par les évolutions sociétales ?

Annoncée comme une étape-clef, voire une révolution, du quinquennat finissant d’Emmanuel Macron, la suppression de l’Ecole Nationale d’Administration (ENA) a bousculé nombre de futurs et anciens élèves d’une institution fondée en 1945 avec pour objectif de former les hauts-fonctionnaires de la République. Rapidement accusée d’être une fabrique à élite administrative, l’ENA a agrégé autour d’elle ses partisans et ses détracteurs (leparisien.fr : https://www.leparisien.fr/politique). Ces-derniers, de plus en plus nombreux au fil des années, se sont essentiellement retrouvés dans le mouvement des Gilets Jaunes, pourfendeurs d’une institution coupable à leurs yeux d’être totalement déconnectée de la réalité sociale et économique du pays. Dans le même temps, toujours plus taxée d’élitisme, l’ENA, qui finit par compter parmi les plus prestigieuses institutions de la nation avec l’Ecole Normale Supérieure, l’Ecole Polytechnique, l’Ecole de la Magistrature, l’Ecole du Haut-Commissariat de la Marine, l’Ecole des Mines Paris-Tech et d’autres, s’est progressivement vue reprochée de s’éloigner dans son recrutement des classes moyennes, en contradiction avec les valeurs de la République que celle-ci devait, par essence, servir.

Utilité et arcanes

Formant des hauts-fonctionnaires aux compétences unanimement et mondialement reconnues, l’ENA a lentement vu son image se dégrader au sein d’une population qui, tout en reconnaissant son utilité intrinsèque, ne parvenait plus à adhérer aux logiques développées par ceux qui en sortaient, tout au service de la nation et de l’intérêt général qu’ils fussent. Cette fabrique à élite, devenue illisible pour une majorité de Français, nourrissait à son endroit doutes et méfiance. Pour autant, plusieurs questions se posent désormais alors que l’ENA se meurt et que se dresse fièrement le prochain Institut du service public appelé à la remplacer dans la forme certes, certainement pas dans le fond. Première des questions, l’ENA formait-elle réellement des élites ? Si chacun peut apporter sa propre réponse, il semble évident que formés aux rouages et arcanes du fonctionnement de l’État, celles et ceux qui en sortaient se distinguaient par une connaissance aigue des mécaniques administratives complexes qui prévalent en France, connaissance qui, avouons-le, échappe à nombre d’entre nous. En cela, l’ENA formait d’évidence des élites. Non pas sociale mais d’abord intellectuelle qui, de par leur fonction, devenaient sociologiquement des élites. Autre reproche formulé à l’endroit de l’institution, l’entre soi de son recrutement. Forte d’un concours d’entrée des plus exigeants, l’ENA a pris le partie de ne sélectionner que ceux qu’elle considérait comme les plus aptes à remplir les fonctions que l’État proposait. (lepoint.fr : https://www.lepoint.fr/debats)

Collectivité et certitude

Là encore taxée d’élitisme, mais pouvait-il en être autrement, l’Ecole Nationale d’Administration, s’est bornée à former les futurs serviteurs de la collectivité plus souvent enfermés dans les bureaux des ministères ou des préfectures que dans les préfabriqués posés en bordure des chantiers d’autoroutes ou des ouvrages d’art en construction. Globalement, il apparaît que la stigmatisation des élites issues de l’ENA, tout comme d’autres grandes institutions républicaines dédiées à la formation des serviteurs de l’État, renvoie aussi à la perception de ce qu’est une élite, comment celle-ci naît et perdure dans le temps. En période troublée, à l’image de celle que la planète traverse, les élites, du moins ceux considérés comme en faisant partie, représentent à leur corps défendant une forme de caste prétendue protégée des aléas du quotidien et exemptée des rigueurs du quotidien. Fondée ou non, cette certitude, renforcée par la technocratisation d’un Etat ancien, reste encore durement ancrée dans nombre de mentalités. Les années passant et les crises, de quelques natures qu’elles soient avec, il est fort probable que la question des élites ainsi schématiquement résumée, soit régulièrement convoquée. Non pas pour les accuser d’énièmes maux mais peut-être pour expier les inquiétudes et les angoisses de populations en mal de réponses et en quête de responsables, avérés ou non.