La retraite et le futur

Alors que s’annonce une nouvelle journée de manifestation contre le projet de réforme des retraites du Gouvernement, une analyse des réalités sociales et économiques s’impose dans une logique d’anticipation de longue durée. Explications.

Il va falloir s’y habituer. Les réformes des retraites sont comme le changement climatique global : inéluctable. Plus concrètement, le plan présenté par le Gouvernement français, qui n’a de cesse de provoquer la ire du pays au regard de la proposition phare du projet qui est de repousser l’âge légal de départ à 64 ans, ne se projette pas au-delà de 2030. C’est dire combien la proximité de cette date est particulièrement révélatrice de plusieurs réalités qu’il conviendra d’accepter dans les années à venir au risque de relancer régulièrement le débat sur la question et d’amener à de énièmes réformes. Tout d’abord, première réalité, la faiblesse démographique de la France, qui n’est d’ailleurs pas la seule dans ce cas, pèse lourdement sur l’avenir des systèmes de retraites. Le renouvellement insuffisant des générations (1,8 enfants par femme) ne permet pas en effet de s’appuyer sur ces dernières pour espérer sauver un système par répartition qui souffre de plus en plus.

Scénario ou constat

Second élément, il faudra, et ce dans les meilleurs délais, et sans être obsédé par l’inflation qui finira par s’atténuer, accepter une hausse significative des salaires et des traitements qui permettront, dernier point, d’augmenter les cotisations. Mais ce scénario, qui tient plus du constat et de la prospective s’inscrit dans une logique de maintien du système de répartition qui s’appuie sur les cotisations des actifs au profit des retraités. Autre réalité à laquelle il faudra peut-être se convertir, longtemps érigée en tabou, amener les retraités à participer à l’effort global. Mais dans quelle mesure et quel montant ? Qui sera éligible à une exemption au regard de la faiblesse de certaines pensions ? Comment amener l’opinion à une telle décision qui jetterai un regard nouveau sur la retraite et les retraités en faisant, de fait, de ces derniers des actifs indirects ? Il ne s’agit plus là d’une simple question de financement mais bien de choix de société car elle obligerait tous les actifs actuels à s’interroger sur la notion de même de retraite qui subodore par essence une forme de marginalisation de la vie active. Autant de solutions admises, ou qui le seront peut-être un jour, et qui fleurissent à chaque débat sur les retraites.

Tabou de la capitalisation

Une autre option consisterait aussi à penser que la France n’a plus nécessairement les moyens de financer les retraites qu’elle attribue à ce jour. Mais, et à raison, d’aucuns crieront à l’injustice arguant du fait que si les anciens ont profité du système, les actifs actuels sont en droit d’y prétendre. Débat sans fin aux accents tautologiques qui pousse à avancer le dernier grand tabou en la matière, la retraite par capitalisation. Honnie pour son aspect inégalitaire car fondée sur la capacités de chacun à se constituer un capital tout au long de sa vie via différents produits bancaires ou boursier, l’idée d’une retraite par capitalisation pourrait cependant dans les années à venir refaire surface. Pas nécessairement dans sa version la plus libérale mais fruit d’un amalgame à étudier entre système par répartition et capitalisation. Et au vu des projections proposées par le Conseil d’orientation des retraites (qui ne prévoit de déficit du régime que dans un cas sur quatre), toutes les solutions méritent d’être étudiées car in fine ce qui importe avant tout c’est que chacun puisse vivre sa retraite et sa fin de vie dans la tranquillité financière et la dignité.

Du pavé à la table

Les tensions sociales liées à la réforme des retraites et les risques de paralysie du pays soulèvent à nouveau l’idée d’une solution à trouver par la voie de la négociation plutôt que par la manifestation. Explications.

Souvent vanté, voire admiré, mais finalement rarement, ou maladroitement, imité, le modèle allemand pourrait en ces temps de tensions sociales liées à la réforme des retraites, être fort utile. Par l’art de la concertation et du compromis, hérité d’une longue histoire syndicale et progressiste née au XIXème siècle, l’Allemagne sait éviter les conflits sociaux lourds tels que ceux qui se profilent en France. Dans l’Hexagone, les thuriféraires de la manifestation, dont l’ampleur a pour vocation tant d’impressionner que de pousser les gouvernements successifs à céder aux manifestants, peinent à adopter cette culture de la négociation jugée avec méfiance et toujours considérée comme favorable aux initiateurs des réformes contestées. La France, pays sanguin, a toujours donc préféré dans un premier temps la révolte à la discussion.

Action syndicale

Notre Histoire en témoigne avec dans nombre de mémoires, les conséquences heureuses issues des l’occupation des usines et des grèves de 1936. Certes, cette histoire qui reste gravée dans les annales syndicales est encore érigée tel un totem intouchable. Et à raison car d’autres grands mouvements de grève, notamment ceux de 1995 et 2006, respectivement contre la réforme de retraite devant démanteler les régimes spéciaux proposée par le gouvernement d’Alain Juppé et celle du Contrat Première Embauche du gouvernement de Dominique de Villepin, ont poussé les gouvernements en place à céder. Pour autant, la confrontation de masse est-elle encore productive ? La question peut se poser sans nécessairement porter atteinte à l’action syndicale. Ainsi, entamer un processus de négociation avec le gouvernement avec non seulement toutes les organisations syndicales représentatives mais aussi tous les représentants des branches professionnelles affiliés ou non à une quelconque organisations permettrait d’aborder toutes les difficultés rencontrées par chaque profession. Le processus, certes long et complexe, aurait aussi le mérite d’impliquer dans la négociations tous les ministères potentiellement concernés, tout comme les représentants des PME / TPE, permettrait d’engager des négociations salariales de fond dans l’ensemble des branches tout en analysant, avec propositions à la clef, les attentes de chaque secteur d’activité.

Romantisme et grand soir

D’aucuns, partisans d’une opposition franche destinée à faire plier le gouvernement, balaieraient cette idée en privilégiant le statu quo pour diverses raisons : histoire de luttes syndicales passées, multiplicité des profils à considérer,…Toutes ces arguties sont évidemment valables et audibles mais ont-elle encore une raison d’être alors que le nerf central du système des retraite, à savoir la démographie, est en berne ? Si la manifestation reste teintée d’une forme de romantisme syndical où s’invite les frissons de grand soir, celle-ci incarne surtout une logique binaire où s’oppose le bien contre le mal sans laisser de place aux solutions intermédiaires et présente aussi le risque de déboucher sur une paralysie du pays. In fine, se pose une seule question : Comment sauver notre système de retraite par répartition dans un contexte démographique et social tendu ? Concertation ou manifestation, la solution reste à trouver.

Les retraites ? Une question d’enfant !

Cristallisant toutes les passions sociales, la réforme des retraites s’inscrit dans la continuité de celles qui l’ont précédée : rallonger la durée de cotisation pour sauver le système par répartition. Mais la question centrale ne serait-elle pas plus démographique qu’économique ?

Mais pourquoi les réformes touchant au système de retraite provoquent-elles autant d’agitation sociale au point de cristalliser une grande partie de l’opinion contre une énième réforme, voulue par le Premier Ministre, Elizabeth Borne et le Président de la république, Emmanuel Macron. Pourtant, au regard de la situation actuelle, il est fort à parier que dans les années à venir, la question du financement des retraites sera à nouveau un enjeu social et politique majeur. Plusieurs raisons sont susceptibles d’expliquer les tensions autour de cette question. Tout d’abord, ces mêmes tensions mettent en évidence le rapport au travail que nombre d’entre nous entretiennent. Ce dernier, souvent subi plus que vécu, est fréquemment abordé, notamment pour la génération née juste après le Baby Boom (1945 – 1965), comme une contrainte lourde et pénible, qui n’a pas nécessairement donné satisfaction tant il aura fallu se battre pour en obtenir un emploi en raison des aléas économiques divers. Donc, pour beaucoup, repousser l’âge de départ, c’est souvent prolonger une souffrance, une aliénation au travail qui doit cesser.

Taux faible

Pour autant, passée l’approche affective que met en lumière le rapport au travail, il apparaît une autre problématique, intrinsèquement liée à la question du financement, rarement abordée mais pourtant cruciale : celle de la démographie. Avec un taux moyen de fécondité de 1,84 enfants par femme, la France n’accueille pas assez de naissances. Voilà une réalité qu’il convient de mettre en avant avant les questions de report de l’âge de départ qui reste conditionné par le nombre d’individus en âge de travailler par génération actuelle et à venir. Pour ainsi être dans une situation qui lui permettrait de s’affranchir de réformes successives en matière de retraite, le taux d’enfants par femme devrait être en France, de 2.2 voire 2.3. Or la question démographique est aussi liée au rapport que les jeunes générations en âge de procréer (20 – 39 ans) entretiennent à la parentalité. Si pour la génération de leurs parents, celle-ci était centrale, répondant à un triptyque hérité de leurs propres parents, à savoir : un emploi – un logement – des enfants, la parentalité n’est plus une priorité pour nombre de générations citées précédemment. Rapport à l’emploi et à l’épanouissement par le travail différents, crainte de l’avenir au regard des enjeux climatiques, montée de l’individualisme et d’une forme d’hédonisme sont autant, parmi d’autres explications, de raisons qui peuvent justifier la baisse de la natalité en France et dans d’autres pays du monde plus gravement touchés que l’Hexagone.

Démographie en berne

L’Italie s’appuie sur un taux de 1.24, et 1.34 pour le Japon, 1,57 pour l’Allemagne et 1,72 pour les Etats-Unis. Naturellement, chaque taux est à étudier en fonction de la situation démographique et économique de chaque pays, mais il est clair qu’une démographie en berne dans des pays dits développés est un facteur d’allongement de la durée de cotisation parmi d’autres éléments à considérer telles que le nombre d’actifs, le nombre de retraités, l’état des finances publiques,….Ainsi, passées les considérations sociologiques que chacun peut entretenir au travail et réagir en fonction de ces dernières au contenu de la réforme des retraites à venir ou des futures, il convient de rappeler que toutes seront implicitement dictées par la démographie, bien plus que par les réalités économiques et sociologiques qui n’en sont que les conséquence et non les causes.

Un péril extrême

Les atermoiements qui ont présidé à l’élection du Speaker de la Chambre des Représentants aux Etats-Unis mettent en évidence l’influence croissante des mouvements radicaux dans des démocraties établies mais finalement fragiles.

Il aura fallu quinze tours de scrutin pour élire le speaker de la Chambre des Représentants (l’équivalent du Président de l’Assemblée Nationale en France), premier organe parlementaire des Etats-Unis d’Amérique. La faute à qui ? A d’interminables négociations, revendications, compromis et autres débats houleux où l’aile radicale du Parti Républicain à joué les arbitres. Alors, certes à la fin des fins c’est le républicain Kevin McCarthy qui a été élu avec les voix des radicaux républicains encouragés en ce sens par un Donald Trump absent de l’Hémicycle mais pourtant omniprésent. Pour autant, ces tergiversations, qui démontrent aussi combien la première démocratie du monde est malade et divisée (elle n’est certainement pas la seule), mettent en évidence une réalité autre : celle du poids grandissant des mouvements ou des élus radicaux présents dans les différentes assemblées et ce à l’échelle mondiale.

Intégrées au paysage politique

Que ce soit aux Etats-Unis, en France, en Italie, aux Pays-Bas, en Hongrie ou encore au Brésil, les mouvements dits de droite extrême, ou d’extrême-droite selon que l’on se trouve d’un côté ou de l’autre de l’Atlantique, sont désormais des parties intégrantes et intégrées du paysage politique. Et que les partis traditionnels s’en trouvent perturbés n’a rien d’étonnant car ces-derniers, par la présence de groupe radicaux, se retrouvent face à leurs erreurs accumulées ou l’inertie dont certains ont fait preuve pendant des années. Doit-on pour autant se satisfaire de cette montée en puissance de partis à la rhétorique connue mais ô combien séduisante pour des franges de populations animées d’un sentiment d’abandon et d’incompréhension ? Tout démocrate qui se respecte répondra que non tout en analysant avec sagacité que la démocratie offre, par le contingent de libertés fondamentales qu’elle porte, un tapis rouge aux mouvements radicaux qui savent user et abuser de leur liberté de parole pour justement décrier et vilipender la démocratie. Tautologie aberrante que l’on ne saurait pourtant rompre qu’en rejetant la démocratie qui, constat de fait, a toujours plus profité aux extrêmes qu’aux partis républicains ou libéraux.

Dissolution et gangrène

Que faire donc face à des élus et des mouvements qui tendent, comme l’expérimente le Rassemblement National en France, à se fondre dans la masse pour revêtir les oripeaux d’un parti de gouvernement conventionnel propre à respecter les institutions et les règles qu’imposent le jeu démocratique. L’autre danger est donc certainement là : assister à une dissolution de façade des mouvements extrêmes et de leurs discours politiques exclusifs afin d’acquérir une respectabilité et une notabilité nouvelle et séduisante, longtemps apanage de ses concurrents politiques. Si, pour reprendre un adage populaire, le loup est déjà entré dans la bergerie, comprenez qu’élus et mouvements extrémistes ont intégré les organes parlementaires des démocraties les plus connues du monde, ces-derniers se trouvent encouragés par des régimes eux-mêmes clairement anti-démocratiques tels que la Russie, la Chine ou la Corée du Nord pour ne citer qu’elles. C’est donc un péril à multi-facettes auquel les démocraties, fussent-elles gangrenées par des oppositions radicales ou extrémistes, doivent faire face. Un constat s’impose, le monde d’après, bercé par une prétendue mondialisation heureuse, se révèle in fine rongé par un rétrécissement de la pensée et l’émergence de nouvelles peurs qui tendent désormais à se normaliser.

Pékin, d’Est en Ouest

Si la guerre en Ukraine conditionnera encore la teneur des relations internationales en 2023, les bouleversements qu’elle suscite déjà pourrait encore modifier les relations sino-américaines et européennes. Au détriment d’une Russie de plus en plus esseulée.

En refusant d’évoquer une quelconque alliance militaire avec la Russie de Vladimir Poutine, préférant le terme d’alliance stratégique, la Chine a pris soin de ne pas heurter sont meilleur ennemi que sont les Etats-Unis. Ces derniers, devenus omniprésents depuis le déclenchement de l’offensive russe en Ukraine le 24 février 2022, ont par certains aspects refroidi les ardeurs chinoises notamment au regard de la question taiwanaise. Parallèlement, Pékin, englué dans une crise sanitaire liée à la propagation effrénée du covid-19 sur son sol, des manifestations appelant à desserrer l’étau des confinements successifs et du ralentissement de son économie, a tacitement choisi son camp en rejetant poliment l’alliance militaire proposée par Moscou.

Camouflet et dépendance

Vladimir Poutine, plus que jamais esseulé sur la scène internationale, sait avoir besoin d’alliés puissants à même de contrarier l’hégémonie nord-américaine qui agaçait profondément Pékin sur la façade asiatique mais qui s’exprime aussi aujourd’hui en Europe. Concrètement, où que Vladimir Poutine, regarde que ce soit à l’Est ou à l’Ouest, celui-ci ne voit que les Etats-Unis. Pensant déjouer les plans de Washington en s’alliant avec Pékin, le président russe essuie malgré tout un camouflet sévère de la part de Pékin qui n’a visiblement aucune envie de se corrompre plus avant avec un pays dépassé et au ban des nations du moins tant que Vladimir Poutine et ses successeurs mèneront la même politique. Est-ce à dire que l’année 2023 sera celle des bouleversements diplomatiques et géopolitiques? D’aucuns pourraient le penser et les faits actuels pourraient aisément confirmer leurs prévisions. Précisément, la Chine, prise au piège de sa puissance économique car lourdement dépendante de ses exportations en Europe et aux Etats-Unis, ne peut prendre le risque de se fâcher avec ses deux partenaires vitaux pour son devenir.

Invasion et compromis

Dans le même temps, la propagation du covid-19 sur son sol pourrait aussi en outre la pousser à faire appel aux vaccins étrangers, qu’ils soient d’origine européenne ou américaine, pour la rendre donc encore plus dépendante de l’Occident. Quant à la question Taiwanaise, la Chine l’a constaté de visu, les manœuvres militaires en Mer de Chine n’ont eu pour seul effet que de relever l’attention de Washington sur la question sans jamais affoler le président Joe Biden encore moins Taiwan, sur ses gardes depuis 1949, date de sa création, et prête à tous scénarios d’invasion depuis lors. Reste naturellement la question pétrolière, cruciale pour l’Empire du Milieu. Profitant de l’or noir russe à des prix très compétitifs, permettant à Moscou d’écouler sa production mais en dessous du prix du marché, Pékin sait aussi que ce rapprochement énergétique irritera à long terme ses partenaires économiques. In fine, Xi Jing Ping a donc fait comprendre à Vladimir Poutine que la Chine préférerait toujours le calme au chaos, le compromis à la rupture et que si son avenir ne passait certainement pas par Washington il ne passerait pas non plus par Moscou. Pas pour l’heure en tous cas.

Trêve des confiseurs

Mes très chers lecteurs, permettez-moi d’honorer une tradition des plus classiques que celle de la trêve des confiseurs.

Aussi, nous retrouverons-nous début janvier 2023 pour une nouvelle année que nous espérons tous pleine d’une actualité positive et des plus joyeuses.

Naturellement, vous pouvez retrouver tous mes précédents articles sur le blog à votre convenance.

D’ici là, je vous souhaite à tous d’excellentes fêtes de fin d’année.

Un ver dans le fruit

L’affaire de corruption qui secoue le Parlement européen entache non seulement la réputation d’une institution fondée sur des principes éthiques et humanistes mais jette aussi l’opprobre sur une sphère politique européenne déjà souvent critiquée.

Le mal est fait

On pensait l’institution incorruptible tant la complexité de son fonctionnement, où se succèdent organismes et commissions de contrôles, semblait entraver toute tentative de corruption. Et pourtant, voilà le Parlement Européen entaché par une affaire de pots de vin dont il serait volontiers passé et qui met, de surcroît, en exergue les relations entre le Parlement et un pays au coeur de l’actualité, à savoir le Qatar. Au-delà des personnes impliquées, dont l’une des vice-présidentes, Eva Kaili, cette affaire jette le trouble sur une institution souvent décriée et, par effet, de domino sur l’Union Européenne. Accusée de nombreux maux par ses détracteurs, l’Union perd via cette affaire une part de crédibilité qu’elle cherche à protéger depuis sa création. Sale coup donc pour l’Europe politique qui était parvenue par la guerre en Ukraine à donner le sentiment d’une solidarité nouvelle face à l’expansionnisme russe. Mais ici, point de Russie à l’horizon, mais le Qatar, pays lui aussi décrié depuis le début dela Coupe du Monde de football, notamment en raison du traitement des personnels ayant participé à la construction des stades.

Car pour beaucoup, cette affaire de corruption n’en serait qu’une de plus si elle ne concernait pas l’Union européenne. Cette dernière, fondée dès son origine sur le respect des droits humains et de l’Homme en général, se voit salie par une affaire mettant en cause un pays où justement les droits humains dans son acception la plus large est des plus contestables et des plus contestés pour le moins. Voilà en quoi la crédibilité de l’institution, qui souffrait déjà d’une image plus ou moins dégradée, se voit altérée car adossée par devers elle désormais à la polémique portant sur les conditions de travail pratiquées dans l’émirat. Certes, cette affaire de corruption ne concerne qu’un nombre restreint de personnes rapidement ostracisées mais comme l’affirme l’adage populaire, « le mal est fait ». Et les commentaires fondés ou infondés, sur l’influence de la puissance qatarie de certainement redoubler dans les semaines et les mois à venir. Autre évidence mise en exergue par cette affaire, au-delà de la crédibilité entachée, l’avidité de certains élus, pourtant sensés défendre les idéaux humanistes et égalitaires avancés par l’Union européenne. Mais là encore, répétons-le, il ne s’agit que d’une infime minorité d’individus sauf si les investigations menées par la police belge venaient à faire émerger d’autres cas de collusions. Et par cette affaire de voir à nouveau l’image et la probité d’élus et plus largement de la sphère politique gravitant autour du Parlement et de l’Union européenne d’être aussi altérées. Séduits, voire éblouis au point d’en perdre le sens de leur mission originelle par la réussite économique du Qatar, certains élus ont donc succombé aux sirènes de l’argent en échange de décisions favorables à l’émirat qatari. Ainsi, dans une logique de soft power que d’aucuns qualifieraient d’un peu grossière dans son exécution (car le but d’une influence est de rester invisible), l’émirat s’est infiltré via des complicités choisies au sein d’une institution une fois de plus fragilisée.

L’Iran lève le voile ?

Alors que l’Iran est bousculé depuis plusieurs mois par des manifestations appelant à une libéralisation du régime, la République des Mollahs a annoncé abolir la Police des Moeurs tant redoutée par les femmes iraniennes. Premier signe d’effondrement ou simple geste tactique ?

Avec l’annonce de l’abolition de la Police des Mœurs qui veillait au respect de la loi imposant aux femmes de porter le voile sur l’ensemble du territoire iranien, d’aucuns penseraient que le régime montre ici une première faille. Il est vrai que ce qui peut être assimilé à un signe d’ouverture de la part de République islamique laisse à penser que l’Iran se dirige vers la voie d’une modernisation attendue tant en interne qu’en externe, de nombreux pays réclamant l’abolition du port du voile depuis de nombreuses années et plus largement un desserrement du régime englué dans une crise sociale, politique et économique sans fin. Pour autant, aussi encourageant que soit ce geste, il faut rester prudent sur les ambitions des dignitaires du régime certes talonnés par des réformateurs de plus en plus puissants et écoutés.

Une jeunesse tournée vers l’Ouest

Prudence donc et plusieurs raisons y invitent à commencer par la volonté des mollahs de vouloir calmer rapidement par un geste fort et concret la contestation sociale qui agite le pays depuis le 16 septembre suite à l’arrestation le 13 septembre dernier de Mahsa Amini, jeune étudiante kurde iranienne qui avait défié le pouvoir en retirant son voile. Deuxième raison, en décrétant l’abolition de la Police des Moeurs, le régime détourne aussi les manifestants des autres motifs de contestation susceptibles d’ébranler plus encore un régime fragilisé. Rongée par l’inflation, perclus de sanctions internationales, discréditée et isolée sur le plan international, l’Iran ne plus compter aujourd’hui que sur le soutien de la Russie et de la Chine, eux-mêmes en mal de reconnaissance, notamment la Russie. Enfin, dernier point, et non des moindres, alors que l’Iran est fortement suspectée d’enrichir de l’uranium à des fins militaires, l’abolition de cet organe d’État, donne à l’Occident des gages de bonne volonté et de compréhension face à une jeunesse désormais plus tournée vers l’Ouest de vers l’Est. In fine, équation complexe que celle à laquelle est confronté le régime car à trop céder à une population iranienne globalement jeune et avide de modernité, le risque de voir la République islamique sérieusement vaciller, puis déborder, devient réel. Dans un autre temps, ne se contenter que de ce seul geste pourrait apparaître comme un minimum appelant à d’autres avancées tant le peuple iranien aspire à de profonds changements tant dans le statut des femmes en premier lieu mais aussi dans le fonctionnement de la société iranienne. Ainsi, affirmer que l’Iran est au bord d’une seconde révolution est certainement excessif mais n’est pas totalement inopportun pour autant. Etouffée par des principes religieux jugés aujourd’hui dépassés, la population iranienne, cultivée et éduquée, ne saurait se satisfaire de la seule abolition de la police des Moeurs, cherchant très certainement dans les semaines à venir à pousser son avantage tant les manifestations ont su effrayer le régime.

On a tous besoin de politique…

Déstructuré par la disparition progressive ou programmée des partis politiques historiques, le corps électoral français oscille désormais entre tentation extrémiste et apologie de l’individualisme renvoyant l’intérêt général au rang de préoccupation obsolète.

Relégué sur l’une des multiples chaînes d’information en continue, le débat organisée pour la présidence du parti Les Républicains n’aura finalement passionné personne. Et pour cause, nombre de téléspectateurs en ignoraient jusqu’à la tenue. Et quand bien même, il y a désormais longtemps que les débats politiques n’intéressent plus grand monde aujourd’hui. Idem à gauche, où Europe Ecologie Les Verts et le Parti socialiste doivent dans quelques jours élire leurs nouveaux chefs de file, élection qui promet de rivaliser de discrétion et ce pour les causes avancées ci-dessus. Pourtant, il n’est pas inopportun de se demander s’il n’y a pas quelque chose d’inquiétant dans cette désaffection pour la vie politique dans une démocratie telle que la nôtre. Pour apporter, essayer à tout le moins, un élément de réponse, plongeons-nous d’abord dans le monde d’avant, celui qui présidait la vie politique du pays avant 2017.

Fidélité politique

Alors, plusieurs partis entraient régulièrement en concurrence, avec leur cortège de militants ou de sympathisants, leur grand’messe pré-électorale où chacun pouvait compter ses troupes avant la batailles des urnes. Décriés car devenus obsolètes, ces mêmes partis ont donc implosé ou explosé, c’est selon, mais tous avaient une vertu : celle de structurer l’opinion publique autour de principes, de cristalliser des pans entiers du corps électoral qui par fidélité idéologique, historique ou familiale adhéraient au discours de l’un ou de l’autre. Et les résultats électoraux se voulaient le reflet de cette polarisation politique. Quelques années plus tard, le changement de paradigme est total et complet. Les partis historiques peinent à s’imposer dans l’opinion, y compris même parfois auprès de leurs militants historiques, au point d’être devenus les supplétifs d’un unique parti présidentiel, polymorphe et sans fondement idéologique historique ou politique affirmé. La disparition de la dimensions structurante des partis, consécutive à celle de l’opinion a ainsi engendré une vie politique binaire, voire manichéenne, ou le camp de la démocratie s’oppose à celui de l’extrémisme. Non que la bi-polarité gauche-droite qui prévalait historiquement dans la vie politique française n’était porteuse que de bienfaits, loin s’en faut, mais au moins avait-elle le mérite de marginaliser les extrêmes qui profitent aujourd’hui, certes de frustrations sociales diverses, mais peut-être aussi avant tout de l’appauvrissement intellectuel et politique des partis d’antan.

Assèchement culturel

Cette opposition binaire, que d’aucuns qualifieraient de dangereuse et pernicieuse, ne semble pas pour autant sur le point de disparaître. Car si l’urgence à limiter la progression des extrêmes s’avère impérieuse, il apparaît aussi que l’assèchement culturel d’une grande partie de la population contribue au développement d’un malaise social propre à favoriser les dits extrêmes. Passés les différents constats, aussi catastrophiques les uns que les autres, reste désormais à avancer des solutions dont l’une passe par la nécessité de retisser le lien qui existait entre les Français et la politique. Exercice ardu car il faudrait pour cela remonter, entre autre, à l’étymologie du mot, Polis en grec qui renvoie à la cité et donc à la vie de la cité. Cette définition pleine de sous-entendus altruistes et humanistes, se fracasse néanmoins aujourd’hui sur l’ultra-individualisme qui structure notre société, et par-delà, les sociétés occidentales et globales. Est-ce à dire que se profile la fin du politique ou de la politique. Certes non, mais il est à penser que dans les années à venir, sauf revirement de situation, la politique ne sera plus le processus visant à satisfaire l’intérêt général mais l’intérêt particulier.

Rétrécissement idéologique

La montée en puissance des courants extrémistes et des populismes à l’échelle mondiale conjuguée à la crainte climatique illustre la croissance d’une pensée individuelle et autarcique dans un monde de plus en fragmenté.

Les tensions apparues voilà quelques jours entre la France et l’Italie au sujet des migrants embarqués à bord du l’Océan-Viking met certes en exergue la question de la gestion de ces hommes et ces femmes en quête d’une vie meilleure mais, plus largement, celle-ci fait émerger un rétrécissement idéologique en cours dans de nombreux pays, rétrécissement qui passe par une érosion des principes élémentaires de fraternité et d’humanité. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article/) Si l’Italie a récemment fait le choix d’un gouvernement d’extrême-droite, elle n’est pas le seul pays à être tenté par la dérive populiste ou extrémiste. La poussée des Républicains les plus radicaux lors des élections de midterms aux Etats-Unis, l’ombre de Boris Johnson au Royaume-Uni, les atteintes répétées aux droits de l’Homme de Viktor Orban en Hongrie ou les coups de menton diplomatiques de Kim Jung Hun en Corée du Nord finissent par démontrer que le monde dans lequel nous vivons se tourne progressivement vers des courants de pensées plus xénophobes et autarciques que vers l’altruisme et l’ouverture.

Autorité et sens collectif

Ce rétrécissement idéologique, concerne sans surprise les pays déjà familiers de modes de gouvernement autoritaires tels que la Russie ou la Corée du Nord, mais, plus inquiétant, il commence à toucher singulièrement les démocraties bien établies telles que les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne. La France, bien qu’encore protégée, à quand même vu par trois fois des candidats d’extrême-droite (2002, 2017 et 2022) parvenir au second tour de l’élection présidentielle. En Algérie et en Tunisie, deux poids lourds d’Afrique du Nord, les régimes en place durcissent chaque jour un peu plus leur emprise sur des populations partagées entre défense de la tradition et appel de la modernité. Autre forme d’individualisme croissant, le rapprochement de la Chine, qui n’est pas à proprement parlé un parangon de démocratie, et de l’Allemagne, qui irrite autant qu’il intrigue ses partenaires européens, mais qui témoigne à son échelle d’une perte de sens collectif quand la situation internationale le commande, y invite à tout le moins. (larevolutionpermanente.fr : https://www.revolutionpermanente.fr/La-relation-entre-l-Allemagne-et-la-Chine-redevient-une-source-de-tensions-avec-les-Etats-Unis) Plusieurs raisons pourraient expliquer cette fuite en avant vers les populismes et les extrêmes : peur des conséquences des flux migratoires, défi climatique mal appréhendé, perte de sens du message politique originel et incapacité de ce dernier à résoudre les malaises sociétaux inhérents à toutes communautés humaines…

Réflexion globale

Autant d’éléments qui effraient et poussent les électeurs vers des voies radicales qui proposent des solutions rapides, séduisantes et à court terme. Quoi qu’il en soit, il apparaît évident que l’heure est à la fièvre individualiste et non plus à la réflexion globale. A ce titre, les dangers qui guettent le monde sont nombreux et particulièrement périlleux car certains peuvent aisément déboucher sur des brouilles diplomatiques, voire dans le pire des cas, sur des conflits armés. Sans imaginer le pire, il n’est pas cependant interdit de s’en prémunir, la guerre en Ukraine l’a prouvé. Si bien que l’Union Européenne, prise d’un frisson sécuritaire, réfléchit à son tour à la manière de prévenir un conflit armé. Ainsi, d’aucuns dans un fatalisme consommé diraient que le monde va mal. La question qui se pose cependant est de savoir s’il va plus mal aujourd’hui que par le passé, et là encore, conviendrait-il de définir ce qu’est le passé. Plus concrètement, il apparaît que l’érosion des principes démocratiques dans une société mondialisée est devenue un réel enjeu d’avenir au même titre que la question environnementale qui d’ailleurs n’en est plus une puisque cette dernière impose désormais une réponse.