La politique par le vide

Illisible pour certain, la substance du macronisme interroge. Et si celui-ci se nourrissait de son propre vide en parasitant les partis traditionnels.

Alors qu’approchent les élections régionales, test pour la majorité présidentielle, se pose à nouveau la définition du macronisme. Philosophie politique à part entière ou mode de fonctionnement dédié à la survie d’un parti et de son chef de file, la question reste entière. Tentative d’explication.

Depuis mai 2017 et l’élection d’Emmanuel Macron président de la République, nombreux sont les éditorialistes, politologues, journalistes et autres experts en sciences politiques à avoir tenté de définir ce qu’était le macronisme. L’exercice est ardu car élu contre toute attente, en renvoyant les parties traditionnels au rang d’accessoire du paysage politique, voire de variables d’ajustement parlementaires, Emmanuel Macron n’a eu de cesse de continuellement brouiller le message qui sous-tend son action : protecteur et social à l’heure de la pandémie, libéral et entrepreneurial quand s’impose la nécessité de relancer l’outil économique mis à mal par les conséquences de la pandémie, réformateur sans complexe quand l’environnement politique s’y prête. Pour beaucoup illisible et incompréhensible, le macronisme, qui ne s’incarne in fine que dans son chef de file, ne cesse d’interroger, oscillant entre doctrine et outil politique à même de répondre aux exigences imposées par la conduite d’un Etat.

Concepts structurants et alliances

Pourtant, quatre ans après son accession au pouvoir, une tentative d’explication pourrait, prudemment, être avancée et se résumerait par l’idée que, théorie politique finalement vide de concepts fondateurs et structurants, le macronisme se fondrait avec n’importe quelle philosophie politique à condition que celle-ci assure sa survie et sa pérennité, forme de parasite capable de s’adapter aux circonstances, mélange protéiforme de libéralisme assumé et de social-démocratie laïque poussée à son paroxysme. L’exemple du soutien de la République en Marche au président sortant de la région Provence-Alpes Côtes d’Azur, Renaud Muselier, en vue des élections régionales de juin prochain en est le parfait exemple, quand bien même cette alliance viendrait-elle à ternir les relations de la LREM avec les autres composantes locales. L’objectif n’est pas tant de séduire que de survivre en se ralliant à celui qui présente les meilleurs atouts pour l’emporter. Et peu importe si dans six mois ou un an il faut repenser les alliances, celles-ci ne sont étudiées qu’à des fins de conservation du pouvoir. Ce vide, évoqué plus haut, expliquerait alors en partie, le désarroi des parlementaires LREM, maëlstrom informe de centre-gauche, de centre-droit et de députés non-apparentés qui tous défendent un homme et son projet plutôt qu’un parti et ses idées. (lefigaro.fr : https://www.lefigaro.fr/politique/)

Contraintes et impuissance

Ainsi en phagocytant des ensembles politiques anciennement établis, le marcronisme a-t-il vidé de leur substance des partis incapables de proposer une synthèse aboutie de leur philosophie politique adaptée aux contraintes contemporaines. Ce qui fait alors du macronisme non pas une doctrine mais un mode de fonctionnement politique, adaptable à l’infini, rompant avec les mécaniques d’alliance basées sur des concomitances idéologiques fortes. Et pour l’heure, il semble que l’alchimie fonctionne même si le test des élections régionales donnera un aperçu de la viabilité et de la pertinence de cette logique électorale. Les cris d’orfraie poussés par Les Républicains (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/politique/article), outrés pour certains par cette alliance, n’y changeront rien mais témoignent de cette impuissance teintée de frustration à faire face à un nouveau mode de fonctionnement aux parfums darwiniens. En cela le macronisme renouvelle l’univers politique qui prévalait jusqu’alors mais en cela aussi il l’épure de principes et de certitudes politiques qui avaient borné la Cinquième République sagement ordonnée autour d’une bi-polarité rassurante. Visiblement, les temps ont changé.

Joe Biden, le trublion inattendu

La reconnaissance par les Etats-Unis du génocide arménien exprime la volonté de la première puissance mondiale de jouer un rôle nouveau dans la diplomatie internationale. Mais, politique et symbolique, cette reconnaissance sera-t-elle suivie d’autres décisions aussi fortes à même de renforcer la crédibilité des Etats-Unis de l’ère Biden ?

En reconnaissant la réalité historique du génocide arménien commis en 1915 par les troupes de l’Empire Ottoman pendant la Première Guerre mondiale, le président des Etats-Unis Joe Biden, a replacé la première puissance mondiale au centre du jeu diplomatique mondial quand son prédécesseur l’en avait progressivement extraite. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article/2021/04/24/) Plusieurs raisons président à cette reconnaissance. Tout d’abord, démocrate, Joe Biden a répondu aux convictions humanistes et altruistes de son parti à contre-pied de Barack Obama qui, bien que démocrate, n’avait jamais reconnu le génocide. Les Républicains, certainement animés des mêmes convictions, se sont toutefois toujours abstenus, arguant de la nécessité de ménager un allié précieux en Méditerranée, d’où la prudence des administrations précédentes. La seconde raison se veut clairement diplomatique et géostratégique.

Réfractaire et rapprochement

En malmenant un allié, fût il influent en Méditerranée orientale, Joe Biden montre, et les Etats-Unis avec lui, que les alliances ne sont en rien des blanc-seing susceptibles de couvrir ou accepter tout et n’importe quoi de l’allié en question. Dans la ligne de mire de Joe Biden, il n’y a d’autre dirigeant que Recep Tayyip Erdogan, le président turc, farouche opposant à la reconnaissance par la Turquie d’un quelconque génocide. Or, cette attitude réfractaire, accompagnée d’un double-jeu risqué vis-à-vis du terrorisme islamiste, irrite en Europe, elle aussi alliée des Etats-Unis, en en France en particulier. A ce titre, Recep Erdogan a commis une erreur que les Etats-Unis ont visiblement du mal à pardonner à quoi s’ajoute, du point de vue nord-américain en tous cas, un rapprochement jugé suspect avec la Russie de Vladimir Poutine, lui-même en délicatesse avec la Maison Blanche. En mettant la Turquie face à ses responsabilités historiques, Joe Biden fait ainsi preuve d’une forme de courage politique aux conséquences tant intérieures qu’extérieures au Etats-Unis. Le signal envoyé est ainsi des plus clairs : à ceux qui le taxaient de mollesse en raison de son âge en sont pour leurs frais.

Intérêts et influence

A la tête du plus puissants des Etats, Joe Biden pose les jalons d’une nouvelle diplomatie, plus offensive et certainement plus fine que celle de Donald Trump qui ne raisonnait pas en termes géopolitiques mais uniquement individuels, ne voyant dans ses interlocuteurs que des possibilités d’ouvertures économiques où les Etats-Unis pourraient faire valoir leurs intérêts. Le nouveau président des Etats-Unis, bien décidé à mener de front tout un ensemble de problèmes d’envergure internationale (Fiscalité, climat, terrorisme, tensions géopolitiques,…) imprime à son mandat une tonalité qui renoue avec des accents que n’aurait pas renié Ronald Reagan (1981 – 1989) quand ce dernier cherchait à réhabiliter l’image des Etats-Unis dans le monde après le fiasco vietnamien (1965 – 1975) – (lejdd.fr : http://www.lejdd.fr/International) Certainement plus fin dans son approche diplomatique que Donald Trump, Joe Biden s’appuie toutefois sur la puissance et l’influence des Etats-Unis dans le monde pour rendre à son pays la place perdue. Impérialisme ? Gendarme du monde ? Finalement ni l’un ni l’autre, mais l’envie seule de redorer le blason d’un pays longtemps accusé, et à raison, des défauts cités. Mais cette position sera-t-elle tenable ? Refroidir la Turquie par la reconnaissance du génocide arménien est certes un acte fort, à la portée symbolique et politique très forte mais pour que la crédibilité des Etats-Unis sous l’ère Biden soit renforcée et continue de l’être, il faudra certainement plus. Le mandat de Joe Biden ne fait que commencer, alors….

Du foot au football business total

Première motivation des clubs européens signataires du projet de Super League : accroître leurs revenus. Mais où est le football dans ce projet ?

La création annoncée d’une Super League européenne de football concurrente de la Ligue des Champions bouscule une UEFA otage de la professionnalisation à outrance du football lui-même devenu un pan de l’économie mondiale. Tentative d’explications.

Présentée le18 avril dernier par douze clubs européens (Arsenal, Chelsea, Liverpool, Manchester City, Manchester United et Tottenham, le Real Madrid, le FC Barcelone, l’Atlético Madrid, la Juventus de Turin, l’Inter Milan et l’AC Milan) le projet de création d’une Super League de football, concurrente déclarée de la Ligue des Champions, chère à l’UEFA (Union Européenne Football Association), a secoué le microcosme footballistique du Vieux Continent tremblant à l’idée de voir la compétition sportive européenne comptant parmi les plus suivies et les plus lucratives détrônée par une organisation aux visées purement financières. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/sport) Depuis l’annonce, les cris d’orfraie n’ont cessé de s’élever contre une initiative qui, il y a quelques années avait déjà été abordée sous la forme d’un G14 (groupe qui regroupait parmi les 14 grands clubs d’alors), pour être finalement abandonnée. Mais le projet de Super League avancé, qui permettrait aussi à quelques clubs triés sur le volet de bénéficier d’un statut d’invité pour évoluer aux côtés des clubs fondateurs, semble désormais si bien lancé que les institutions européennes paraissent bien en peine pour le contrecarrer. Certes. Mais une fois passés le constat et l’indignation, qui n’aura qu’un temps, que suscite cette initiative, la question qui émerge aujourd’hui n’est pas de savoir pourquoi une telle initiative est amenée à voir le jour mais quand est-ce qu’elle verra le jour.

Inflation et règles économiques

A la première question, la réponse qui s’impose semble d’une évidence quasi-puérile. L’inflation exponentielle des droits audiovisuels, du montant des transferts de joueurs et des budgets des clubs (par ailleurs dangereusement endettés) sans compter les recettes annexes liées à la vente de produits dérivés, expliquent cette volonté des plus grands et plus puissants clubs européens de créer un espace de jeu où le sport ne serait qu’un support à vocation financière. Devenu un pan de l’économie mondiale, le football n’échappe pas aux règles économiques au point de devoir lui aussi se diversifier afin d’assurer sa pérennité à long terme surtout en période de crise sanitaire dont les effets ont eu des conséquences sur la trésorerie des clubs. Andrea Agnelli, le président de la Juventus Turin et de l’Association des clubs européens (ECA), a récemment rappelé que la crise sanitaire pourrait entraîner un manque à gagner de 6,5 milliards à 8,5 milliards d’euros pour les clubs. Motif suffisant pour imaginer des solutions afin de limiter l’hémorragie financière fruit de la pandémie. Le raisonnement tenu par les douze clubs concernés est ainsi des plus simples : Une Super League animée par des clubs mondialement reconnus (les rencontres du Real Madrid sont suivis en Chine ou ailleurs) sera génératrice d’intérêt télévisuel, populaire, publicitaire et aussi sportif puisque les meilleurs joueurs mondiaux évoluent dans les clubs concernés.

Déficits et temps juridique

Parallèlement, cette Super League, moyen d’éponger des déficits abyssaux (en 2016, le montant cumulé des encours des 20 plus grands clubs européens s’élevait à 133 milliards d’euros) est aussi un acte d’indépendance de la part de clubs trop à l’étroit dans une UEFA (forte d’un budget s’élevant en 2019 à 5,7 milliards d’euros) jugée archaïque, et encore trop réfractaire à l’idée d’un football business total. (sportune.fr : https://www.sportune.fr/business) Et de là à ce que l’UEFA prenne les aspects d’une association caritative dédiée à la défense des clubs exclus de la Super League à venir, il n’y a qu’un pas. L’UEFA, qui n’ a cessé depuis des décennies d’oeuvrer au développement du professionnalisme le plus débridé, n’a donc pas su trouver les arguments, prise à son propre piège, pour contenir les envies sécessionnistes des grandes écuries européennes. Reste à savoir quand cette Super League verra le jour. Tout est désormais question de temps juridique et de recours devant les tribunaux mais il est fort probable que le projet aboutisse sauf si l’UEFA réformait la Ligue des Champions afin de ne conserver que les clubs sécessionnistes ce qui exclurait les autres formations européennes au risque de voir éclater de nouveaux contentieux. Cornélien…Pour l’heure, les deux camps s’observent et se toisent, attendant certainement le geste de l’une ou l’autre partie. Mais une chose est certaine, il est peu question de ballons ou de joueurs dans cette affaire mais beaucoup d’argent et de recettes. Bref, du football business total.

L’ENA et les élites

Remplacée par l’Institut du service public, l’Ecole Nationale d’Administration a longtemps concentré sur elle un ensemble de critiques visant à dénoncer des lauréats accusés de former une caste élitiste hors-sol. Mais cette stigmatisation ne révélerait-elle pas une angoisse latente nourrie par les évolutions sociétales ?

Annoncée comme une étape-clef, voire une révolution, du quinquennat finissant d’Emmanuel Macron, la suppression de l’Ecole Nationale d’Administration (ENA) a bousculé nombre de futurs et anciens élèves d’une institution fondée en 1945 avec pour objectif de former les hauts-fonctionnaires de la République. Rapidement accusée d’être une fabrique à élite administrative, l’ENA a agrégé autour d’elle ses partisans et ses détracteurs (leparisien.fr : https://www.leparisien.fr/politique). Ces-derniers, de plus en plus nombreux au fil des années, se sont essentiellement retrouvés dans le mouvement des Gilets Jaunes, pourfendeurs d’une institution coupable à leurs yeux d’être totalement déconnectée de la réalité sociale et économique du pays. Dans le même temps, toujours plus taxée d’élitisme, l’ENA, qui finit par compter parmi les plus prestigieuses institutions de la nation avec l’Ecole Normale Supérieure, l’Ecole Polytechnique, l’Ecole de la Magistrature, l’Ecole du Haut-Commissariat de la Marine, l’Ecole des Mines Paris-Tech et d’autres, s’est progressivement vue reprochée de s’éloigner dans son recrutement des classes moyennes, en contradiction avec les valeurs de la République que celle-ci devait, par essence, servir.

Utilité et arcanes

Formant des hauts-fonctionnaires aux compétences unanimement et mondialement reconnues, l’ENA a lentement vu son image se dégrader au sein d’une population qui, tout en reconnaissant son utilité intrinsèque, ne parvenait plus à adhérer aux logiques développées par ceux qui en sortaient, tout au service de la nation et de l’intérêt général qu’ils fussent. Cette fabrique à élite, devenue illisible pour une majorité de Français, nourrissait à son endroit doutes et méfiance. Pour autant, plusieurs questions se posent désormais alors que l’ENA se meurt et que se dresse fièrement le prochain Institut du service public appelé à la remplacer dans la forme certes, certainement pas dans le fond. Première des questions, l’ENA formait-elle réellement des élites ? Si chacun peut apporter sa propre réponse, il semble évident que formés aux rouages et arcanes du fonctionnement de l’État, celles et ceux qui en sortaient se distinguaient par une connaissance aigue des mécaniques administratives complexes qui prévalent en France, connaissance qui, avouons-le, échappe à nombre d’entre nous. En cela, l’ENA formait d’évidence des élites. Non pas sociale mais d’abord intellectuelle qui, de par leur fonction, devenaient sociologiquement des élites. Autre reproche formulé à l’endroit de l’institution, l’entre soi de son recrutement. Forte d’un concours d’entrée des plus exigeants, l’ENA a pris le partie de ne sélectionner que ceux qu’elle considérait comme les plus aptes à remplir les fonctions que l’État proposait. (lepoint.fr : https://www.lepoint.fr/debats)

Collectivité et certitude

Là encore taxée d’élitisme, mais pouvait-il en être autrement, l’Ecole Nationale d’Administration, s’est bornée à former les futurs serviteurs de la collectivité plus souvent enfermés dans les bureaux des ministères ou des préfectures que dans les préfabriqués posés en bordure des chantiers d’autoroutes ou des ouvrages d’art en construction. Globalement, il apparaît que la stigmatisation des élites issues de l’ENA, tout comme d’autres grandes institutions républicaines dédiées à la formation des serviteurs de l’État, renvoie aussi à la perception de ce qu’est une élite, comment celle-ci naît et perdure dans le temps. En période troublée, à l’image de celle que la planète traverse, les élites, du moins ceux considérés comme en faisant partie, représentent à leur corps défendant une forme de caste prétendue protégée des aléas du quotidien et exemptée des rigueurs du quotidien. Fondée ou non, cette certitude, renforcée par la technocratisation d’un Etat ancien, reste encore durement ancrée dans nombre de mentalités. Les années passant et les crises, de quelques natures qu’elles soient avec, il est fort probable que la question des élites ainsi schématiquement résumée, soit régulièrement convoquée. Non pas pour les accuser d’énièmes maux mais peut-être pour expier les inquiétudes et les angoisses de populations en mal de réponses et en quête de responsables, avérés ou non.

Gouverner ou partager ?

Accusé d’autoritarisme dans sa gestion de la crise sanitaire, le Président de la République est confronté à une vague d’irritation montante au regard des méthodes employées. Mais la Constitution ne se prête-t-elle pas à un exercice péremptoire et solitaire du pouvoir ?

Il a été dit et écrit beaucoup de choses sur l’art de gouverner. Or, si le pouvoir, élément consubstantiel à l’art de gouverner, fascine, celui-ci peut aussi irriter. Et c’est souvent dans les périodes de crise que cet agacement atteint son paroxysme. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/politique) L’épidémie de coronavirus, qui semble ne jamais donner de signes de faiblesse, a ainsi tendance à attiser les passions qui se déchaînent depuis plusieurs semaines contre l’exécutif français. Clairement, le Président de la République, se voit régulièrement accusé d’autoritarisme, voire de pouvoir personnel. Les faits confirment peut-être cette réalité mais seule l’Histoire saura dire si ce sentiment est fondé ou fantasmé. Pour autant, et afin d’être complet, essayer à tout le moins, sur la réflexion ou l’analyse d’une possible dérive personnelle du pouvoir, il n’est pas interdit de regarder la Constitution et l’histoire de cette dernière, éclairante sur les reproches formulés contre l’exécutif.

Oripeaux et sentences

La Cinquième République, celle qui depuis 1958, préside aux destinées de la France, a été rédigée et conçue dans une optique de pouvoir non pas exclusivement personnel, mais concentré sur un seul homme, le Président de République. Souvent vilipendée pour son caractère officieusement monarchique et habillée d’oripeaux républicains, la Vème République n’en reste pas moins le régime qui à ce jour, avec la IIIème République, a duré le plus longtemps. Parallèlement à cela, elle confère au premier d’entre nous, à savoir le Président de la République, un pouvoir décisionnel unique et un ensemble de responsabilités qui l’est tout autant indépendamment du poids que ces dernières génèrent. Pour autant, la question qui peut se poser à ce jour est la suivante : Au regard de la situation actuelle, le Président de la République peut-il décider tout seul ? A la lecture de la Constitution, rien ne l’empêche. D’aucuns arguent cependant que la multiplication des Conseils de défense, forme de messes péremptoires où sont assénées les sentences présidentielles, illustrent cette dérive personnelle devenue pour certains insupportables. Mais cette même dérive, considérée comme telle, réelle ou supposée, est-elle mal vécue parce que la situation sanitaire impose l’annonce fréquente et répétée de décisions présidentielles, donc d’essence conjoncturelle ; ou est-elle, plus simplement, structurelle, auquel cas une crise de régime semblerait se dessiner ? La question ne peut appeler de réponse tranchée sauf si celle-ci s’inscrit dans une logique purement électoraliste visant à stigmatiser les institutions et son premier représentant, quel qu’il soit. (franceinter.fr : https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-politique/l-edito-politique-22-septembre-2020

Equilibre et rigidité

Accusé d’autoritarisme, le Président de la République, pourrait aussi, en multipliant les consultations à foison, en prenant le temps de la réflexion, être accusé de ne pas respecter l’esprit des institutions qui appellent à une prise de décisions franches et nettes. L’équilibre est donc précaire et périlleux car s’affrontent deux réalités diamétralement opposées et d’essence qui le sont tout autant : un cadre constitutionnel défini et une crise sanitaire sans précédent. Concilier les deux relève, ici ou ailleurs, de la gageure. In fine, il apparaît en filigrane que le coupable de l’irritation montante, liée à la privation de libertés, à la succession de mesures toujours plus contraignantes toutes incarnées par un seul homme qui en décide les contours et l’application, trouve peut-être plus son origine dans la raideur et la rigidité de nos institutions que dans celui qui les applique. Certes ces dernières pourraient être engagées de manière plus souple, de sorte à limiter tout conflit, et cette méthode revient à celui qui en a la charge nonobstant son appréhension personnelle de l’exercice. Mais la crise sanitaire qui finira par s’éteindre, doit aussi être l’anti-chambre d’une réflexion à porter sur nos institutions, sur le caractère que nous souhaitons leur donner et surtout sur les méthodes à employer pour l’appliquer au mieux dans une logique de concorde républicaine.

Le covid, un vaccin et du cynisme

Alors que la Russie frappe à la porte de l’Union européenne en proposant un vaccin anti-covid-19, le sérum offre à Vladimir Poutine la possibilité de réintégrer le jeu diplomatique européen. Non sans une malice ironique.

Spoutnik V. Voilà le nom, pour le moins iconoclaste, donné par les Russes au vaccin sorti de l’Institut Gamaleya, présenté comme efficace à 91,6% contre la Covid-19 et susceptible d’enrayer l’épidémie de covid-19. Par les temps qui courent, d’aucuns l’auraient assimilé à une nouvelle encourageante préambule à une série de commandes à même de diffuser dans les meilleurs délais le sérum. D’autant que de l’avis de nombreux épidémiologistes, le Spoutnik V est fiable et facile d’utilisation. Seulement toutes ces qualités ne suffisent pas à convaincre les Européens, la France en tête et à contre-pied des Allemands plus ouverts à une prochaine utilisation (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/planete/article). La question qui se pose à ce jour est donc de savoir quels obstacles se posent à l’utilisation de ce vaccin sur le sol européen et français en particulier ? A vrai dire, il est inutile d’aller chercher d’autres explications ailleurs que dans la diplomatie russo-européenne. Les relations entre l’Union et la Russie, et en particulier la France et la Russie, marquées par une fraîcheur digne des grandes heures de la Guerre Froide expliquent les réticences européennes.

De Navalny à la Syrie

En premier lieu, l’affaire Navalny, opposant au Président Vladimir Poutine et défenseur des Droits de l’Homme en Russie, figure au rang des motifs de refroidissement des relations entre Europe et Russie. A quoi s’ajoute aussi l’ingérence plus ou moins affichée de Moscou dans la crise syrienne qui entre dans sa dixième année et dont l’Europe et la France ont été écartées du fait de leur inertie et de leur incapacité à s’imposer face à Bachar El-Assad. Certes d’aucuns encore et à raison argueront du fait que le vaccin russe n’a pas été homologué par l’Agence européenne des Médicaments (AEM), offrant aux plus réticents une marge de manœuvre inespérée mais qui reste ponctuelle et temporaire. Car si l’AEM devait donner son agrément, peu de prétextes sauf purement diplomatiques pourraient entraver l’utilisation du vaccin. Passées les arguties diplomatiques, il n’est pas non plus à exclure la vexation française consécutive à l’incapacité de l’industrie pharmaceutique hexagonale à créer son propre vaccin. Et si recourir à un vaccin étranger ne semble pas heurter l’orgueil national, en revanche utiliser un vaccin russe dépasse l’entendement au sein de l’exécutif. Céder reviendrait à remettre Vladimir Poutine dans le jeu diplomatique européen quand refuser est assimilé à une forme de rétorsions diplomatiques suite à l’emprisonnement d’Alexei Navalny, au mépris affiché par Vladimir Poutine face aux protestations européennes, et plus largement aux protestations globales des européens consécutives à la politique intérieure ou extérieure russe.

Temps et urgence sanitaire

Réfugiée derrière ses principes humanistes, la France et l’Union européenne, qui ne cache plus ses divisions face à l’option du vaccin russe, tient donc tête à Moscou. Mais pour combien de temps ? (lefigaro.fr : https://www.lefigaro.fr/conjoncture) Le cynisme russe prend ici toute sa dimension. Car, en disposant d’un vaccin reconnu par beaucoup comme efficace, d’un allié de poids, ici l’Allemagne qui n’exclut pas d’y recourir, Vladimir Poutine met dans la balance du pragmatisme la possibilité d’immuniser des milliers de personnes contre des principes, essentiels et non-négociables pour toutes démocraties qui se respectent, dont la portée et la teneur risquent de s’étioler devant l’urgence sanitaire qui s’accroît. Vladimir Poutine dessine ainsi une forme de géopolitique sanitaire fondée non pas sur la puissance économique ou militaire mais sur la nécessité vitale de sauver des vies humaines au prix de principes auquel lui n’adhère pas spécialement. Et ce vaccin, opportunément nommé Spoutnik comme le premier satellite soviétique lancé en octobre 1957, de permettre à Poutine de remettre un pied dans le jeu diplomatique européen.

L’eau qui dort

Entre lassitude et résignation, Français et Européens subissent dans un silence presque inquiétant contraintes et restrictions qu’impose la propagation de l’épidémie de covid-19. Mais jusqu’à quand ?

Entre obligation et nécessité, le nouveau confinement, qui refuse d’être présenté comme tel et ce pour des raisons tenant plus de la communication politique que de l’amour de la syntaxe, suscite une question qui relève de l’évidence tant celle-ci se veut pressante : A qui le tour désormais ? D’atermoiement en hésitations, le gouvernement a pris le temps pour reconfiner près de douze millions de personnes résignées à accepter de nouvelles contraintes pour endiguer la progression de l’épidémie. Mais l’interrogation qui persiste, suscitée par la première, est aujourd’hui de savoir à quelle vitesse et dans quel espace géographique l’épidémie va-t-elle se développer. A vrai dire, depuis plus d’un an désormais, l’épidémie de coronavirus a souvent déjoué les pronostics la concernant sauf celui de sa progression, entraînant un bouleversement de toutes les projections dont il a fait l’objet. Des scientifiques alarmistes qui auraient volontiers cloîtré toute la population pendant six mois depuis le mois de novembre 2020 au gouvernement terrorisé à la seule idée d’une catastrophe économique et financière en cas de reconfinement massif et total, les Français (et d’autres au regard des mesures prises dans les pays frontaliers) ont finalement appris à vivre avec un virus qui imprime son rythme et son tempo.

Vaccination et habileté

Convaincus qu’ils finiront par voir la pandémie s’essouffler sous le coup d’une vaccination de masse, nombre de Français et d’Européens avouent cependant leur lassitude. Cette même lassitude, parfois doublée de premiers signes d’agacement (lesechos.fr :https://www.lesechos.fr/politique-societe) , nourrie par l’absence d’échéance fixe ou avancée sur la fin de l’épidémie, à défaut sur les premiers effets des campagnes de vaccination, génère une forme silence que d’aucuns jugeraient inquiétant. Car en vertu de l’adage populaire qui veut qu’il faut se méfier de l’eau qui dort, les citoyens européens, Français compris, patients et compréhensifs, pourraient certainement se montrer moins tolérants à l’endroit du pouvoir si la crise sanitaire devait encore se prolonger ou pire, si elle devait engendrer un nouveau confinement, fut-il entouré de toutes les précautions de syntaxe qui viseraient à en déformer la forme mais pas le fond. N’hésitons pas à le dire, tous les pays confrontés à la pandémie, sont face à une situation inédite capable de générer des réactions inédites (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/societe/article). Alors que se profilent de nouvelles échéances électorales qui seront, consciemment ou inconsciemment, influencées par les résultats des campagnes de vaccination et plus largement de la gestion de la crise sanitaire, il convient pour nombre de gouvernement de faire preuve d’une habilité jusque là inconnue pour anticiper un avenir incertain et potentiellement explosif. Le degrés d’acceptabilité et la capacité de résilience des populations mis à rude épreuve depuis plusieurs mois pourraient ainsi atteindre son point ultime ce qui, in fine, est certainement le plus dangereux. Non que la guerre civile menace, loin s’en faut, mais une remise en question des protocoles de gestion de crise, de ceux qui les ont imaginés et de ceux qui les ont appliqués n’est pas à exclure. Et c’est bien là que réside le risque pour ceux qui à ce jour sont chargés de gérer l’inédit qui le restera jusqu’à son terme.

La guerre et la honte

La crise syrienne entre dans sa onzième année. Sans l’ombre d’une solution politique ou diplomatique, elle révèle surtout l’inertie coupable et les atermoiements pleutres des nations occidentales au profit du régime syrien et de Vladimir Poutine, président de la Russie.

Il est des anniversaires que l’on n’aimerait pas avoir à célébrer. Celui de la guerre civile syrienne en fait partie. Et pour cause. Marqué par des milliers de victimes et par l’obstination criminelle de Bachar El-Assad convaincu de son bon droit, ce conflit ensanglante depuis dix ans désormais le Proche-Orient qui a rarement été aussi fragile, ébranlé lui aussi par la pandémie (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/m-le-mag). Mais au-delà de cette guerre qui n’en finit pas, le conflit syrien met aussi en évidence toute l’inertie coupable et les atermoiements pleutres de la communauté internationale. Cette dernière, France en tête, qui n’a cessé de pousser des cris d’orfraie devant les crimes commis par le dictateur syrien et ses alliés objectifs ou de circonstances, à savoir Etat islamique et Russie, a surtout brillé par son incapacité à agir collectivement. Plus simplement, la crise syrienne a révélé nombre de carences et de réalités diplomatiques que beaucoup voulaient délibérément ignorer. Parmi elles, les limites de la diplomatie et de l’armée françaises, incapables par le dialogue ou par l’action armée de faire plier une Syrie qui aurait, d’un point de vue militaire, représentée un adversaire solide et des plus dangereux si un déploiement tactique d’envergure avait été engagé.

Naufrage et intérêts

Et l’Union Européenne d’avoir sombré elle aussi dans le naufrage diplomatique qu’est cette crise syrienne, naufrage interrogeant aussi sur les capacités de l’Union à faire face dans des situations analogues. Autre élément révélé par la crise, la volonté des Etats-Unis de progressivement se retirer des théâtres d’opération où la vie de ses forces armées auraient potentiellement été en jeu. Cet isolationnisme latent, basé sur la doctrine Monroe (du nom du président des Etats-Unis qui l’a initiée en 1821) n’est d’ailleurs pas né sous le mandat de Donald Trump, mais sous celui de Barack Obama, au lendemain de la déconfiture irakienne. Parallèlement, il était d’ailleurs inimaginable pour les Etats-Unis ou ses Alliés d’armer la rébellion syrienne, préférant éviter le risque de voir des fractions armées se retourner un jour contre leurs anciens amis, comme ce fut le cas en Afghanistan quand les Etats-Unis armèrent les talibans pour lutter contre l’envahisseur soviétique au début des années quatre-vingt. Enfin, cette crise a aussi révélé la capacité de la Russie a réintégrer la scène diplomatique et géopolitique en faisant valoir ses intérêts syriens.

Mare Nostrum et vaccins

Le port de Tartous, excuse suprême et plutôt facile avancée par les Russes pour légitimer leur ingérence dans le conflit, a été, et est encore, pour Vladimir Poutine, le meilleur moyen de toiser les nations occidentales en leur amputant un bout de leur Mare nostrum qu’est la Méditerranée. Dix ans de crise ont suffi à mettre à nu bien des travers et des fragilités des nations occidentales d’autant plus criantes aujourd’hui, certes dans un autre registre (et en évitant toute analogie gratuite), face à la pandémie de coronavirus. Constat dressé, il convient donc d’imaginer l’après Bachar El-Assad. Mais, là aussi, un autre constat s’impose, une simple réflexion sur la question, a fortiori la réponse, a-t-elle été engagée ? Certainement dans les cabinets silencieux et feutrés des chancelleries. Mais pour l’heure, c’est la question des vaccins qui domine pour des questions sanitaires impérieuses. (lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/monde) Et pour rappel, la crise syrienne est aussi une question sanitaire impérieuse mais avant tout humanitaire.

La Terre ou le Ciel

L’Iran chiite se tourne vers le Saint-Siège. Préambule à un repositionnement politique du pays sur la scène internationale? Crédits : Jackson David.

La rencontre entre l’ayatollah iranien Ali Al-Sistani et le Pape François a posé les bases d’un nouveau dialogue entre les deux religions n’en déplaise aux extrémistes islamistes marginalisés, à l’image de Reda Kriket, par l’entrevue des deux dignitaires religieux.

Quel abysse sépare le Pape François de Reda Kriket, actuellement présenté devant la cours d’assise spéciale de Paris pour un projet d’attentat déjoué in extremis, le 24 mars 2016 ? La réponse tient certainement dans le mot même. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/police-justice) Alors que le Pape François, de retour d’Irak après avoir rencontré l’ayatollah Ali Al-Sistani, représentant la plus haute autorité religieuse iranienne, marquait un rapprochement notable et noté entre monde chrétien catholique et monde musulman chiite, Reda Kriket déclarait ne vouloir reconnaître que la loi divine dans son procès alors que l’homme encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Au-delà de la fracture existante, c’est véritablement l’incapacité des extrémistes islamistes, rares au demeurant à la surface de la Terre et ramené au nombre total de musulmans, à comprendre que l’islam est une religion tout à la fois plastique et malléable, capable de se fondre sans mal dans les sociétés contemporaines.

Intégration et acceptation

Arc-boutés sur des considérations religieuses désormais anachroniques avec le monde contemporain bercé de mondialisation et d’intégration économique, les islamistes de toute obédience semblent s’enfermer dans des logiques exclusives dont tendent à se détacher les franges les plus rigides de l’islam, comme le prouve la rencontre et les échanges intervenus entre l’ayatollah Ali Al Sistani et le Pape François (la-croix.com : https://www.la-croix.com/Religion) Ayant acquis la certitude que le dialogue était la seule option préalable et essentielle à toute démarche de compréhension mutuelle, l’un et l’autre ont donc accepté d’avancer plutôt que de rester sur leurs positions respectives voire de reculer. Indépendamment de l’aspect politique que revêt cette rencontre ainsi que des effets positifs qu’elle peut nourrir dans le dialogue entre les deux religions monothéistes, bien plus proches historiquement et idéologiquement l’une de l’autre que présentés par les islamistes, elle entérine surtout le principe d’une acceptation mutuelle de l’altérité religieuse dans un monde ou le fait religieux est incontestablement sur le reculoir. Faut-il ainsi voir dans la rencontre entre les deux dignitaires religieux un rapprochement tactique en vue de relancer la pratique cultuelle, notamment du côté chrétien ? L’explication serait par trop simple alors qu’y voir la décision commune d’enterrer les reliquats jaunis de Croisades ancestrales aujourd’hui vides de sens serait plus juste. Autre aspect de cette rencontre qui fera date dans l’histoire de la chrétienté latine et de l’islam, la volonté, essentiellement partagée par Ali Al-Sistani, de présenter un visage moderne et contemporain d’un pays, l’Iran, en marge du concert international.

Carte diplomatique et dogme figé

Mais à l’heure où la politique étrangère nord-américaine semble se radoucir au contraire de celle de la Chine qui semble elle prendre des accents plus fermes, l’Iran sait avoir une carte diplomatique à jouer en se repositionnant comme une puissance régionale capable de maîtriser même à distance les velléités terroristes des islamistes les plus fanatisés. Soucieuse de pouvoir mener à terme son programme nucléaire, l’Iran sait qu’apaiser les tensions religieuses et politiques, surtout lorsque les deux se lient, n’est pas inutile. Un rapprochement avec le Saint-Siège peut ainsi représenter une entrée en matière appréciée des Occidentaux toujours frileux à se nouer d’amitié avec une puissance capable de téléguider tel ou tel attentat. Dans ce contexte, les déclarations de Reda Kriket, que d’aucuns jugeraient ahurissantes et totalement déconnectées de la réalité, apparaissent presque comme anecdotiques au regard des enjeux qui se jouent ailleurs. Et la position de celui-ci d’interroger sur la conception de la modernité des extrémistes religieux, islamistes ou non par ailleurs. Car en revenant sur la notion de plasticité de l’islam, il apparaît évident que cet individu et ces comparses d’infortune n’ont a aucun moment de leur parcours pensé l’islam tel un élément constitutif des société contemporaines mais au contraire comme un dogme figé dans le temps incapable d’évoluer et de s’adapter à son environnement. Restés trop religieux pour ne pas devenir plus politique, voilà le constat que l’on pourrait dresser de ces individus enfermés dans des conceptions mortifères d’une religion, répétons-le, plastique et soluble dans nombre de régimes politiques. Pour l’heure, les progrès accomplis par le Pape François et l’ayatollah Ali Al-Sistani posent les bases de nouveaux échanges défaits de méfiance et de crainte, bercé par l’espoir de voir la détente se poursuivre.

Une pandémie si politique

A un an de l’élection présidentielle, le Président de la République Emmanuel Macron prend le pari de politiser la pandémie de coronavirus en dépassant son statut sanitaire. L’intégrer dans son bilan pourrait ainsi être une clef de voûte de son programme. Explications.

Plus qu’un problème sanitaire, la question de la vaccination de masse, et plus largement de la gestion de pandémie de coronavirus, est aujourd’hui devenue un enjeu politique sur lequel nombre de gouvernants seront probablement jugés. La capacité pour un pays et le gouvernement qui lui est associé, quels qu’ils soient, à organiser une campagne de vaccination met de fait en évidence plusieurs éléments qui relèvent tant de sa puissance que son degrés d’évolution. En France, les atermoiements qui ont précédé la situation actuelle ont été très mal appréhendés par l’opinion publique qui ne comprenait pas, et à raison, les retards accusés au regard de la gravité de la situation. La question qui se pose ainsi est donc de savoir si cette même opinion en tiendra grief au Président de la République qui avant l’arrivée du vaccin avait fait le pari que le pays apprendrait à vivre avec le virus.

Critiques et dysfonctionnements

Parallèlement, en décidant de ne pas reconfiner de manière dure (lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/politique-societe/) à l’image de ce qui avait été entrepris en mars-avril 2020, l’Elysée fait du covid-19 non plus un problème sanitaire mais bel et bien un enjeu politique. A quelques mois de l’élection présidentielle d’aucuns reconnaîtront que le pari est risqué mais a au moins l’avantage de poser le Président de la République, du moins est-ce son intention, en véritable décideur de la nation, coupant et tranchant dans le vif sans se soucier des commentaires ou des oppositions. Partant du principe que le coronavirus ne rythmera éternellement pas l’existence des Français et que sa gestion figurera au rang des critiques qui lui seront adressées, Emmanuel Macron a pris le parti d’intégrer la gestion de la crise sanitaire comme un élément constitutif de son bilan. Et le Président de la République de le présenter non comme une fatalité qui s’est abattue sur le pays mais comme un révélateur des dysfonctionnements de notre système de santé, des difficultés rencontrées par les étudiants et mises en évidence par la pandémie, du malaise des soignants,….Autant de réalités que le chef de l’État, candidat à sa succession a passé au prisme de la politisation pour ne plus en faire des faiblesses de son mandat actuel mais des forces d’un potentiel mandat futur.

Rebond et urnes

Il serait alors peu crédible de l’accuser ne pas avoir su tirer un enseignement d’une crise à l’envergure internationale dans laquelle la France est plongée. Pour autant, avancer que la nation sera en mesure de se reconstruire sur les effets de la pandémie ne répond pas nécessairement à la situation actuelle notamment au regard d’un possible rebond sévère de l’épidémie qui étoufferait un système hospitalier au bord de l’asphyxie, des établissements scolaires amenés à jongler avec des formules d’enseignement entre distanciel et présenciel, des entreprises poussées au télétravail et une économie éreintée par près d’un an de yo-yo entre reprise d’activité et reconfinement (la-croix.com : https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique) Il s’avère donc à l’aune de ce constat que le pari est des plus risqués car le Président de la République sera le seul à être jugé dans les urnes pour la gestion. Pourtant si ses opposants ne pourront que l’accabler de reproches, lui pourra avancer un ensemble d’actes. Et à treize mois du premier tour de l’élection présidentielle, cet ensemble d’acte constituera une partie du bilan du quinquennat. Car après la crise sanitaire, la politique reprend le dessus…