Contestée dans son rôle et son action depuis sa création, l’Organisation des Nations Unies traverse avec les conflits ukrainiens et iraniens une forme de procès en légitimité tant elle semble dépassée et incapable d’influer sur les affrontements actuels en témoigne la Finul, endeuillée et otage du conflit opposant Israël au Hezbollah.
Avec la mort de deux soldats français au Liban, tous deux engagés au sein de la FINUL (Force intérimaire des Nations Unies au Liban), voilà que se pose à nouveau le rôle de son organe de tutelle, l’Organisation des Nations Unies (ONU). Si l’OTAN (Organisation de l’Atlantique Nord) semble peu à peu voir son sort scellé dans les années à venir, qu’en est-il de l’ONU ? Pour comprendre sa potentielle évolution ou mort annoncée, il convient de revenir sur les principes qui ont présidé à sa création en 1945 et comment ses derniers se retrouvent en adéquation, ou inadéquation, avec le nouvel ordre mondial. Créée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par une Humanité traumatisée par un conflit sans précédent, l’ONU est fondée sur le principe de la négociation entre nations afin d’éviter tout embrasement. Humaniste et philanthropique, le principe s’accompagne dans les faits d’un ensemble de structures visant à contrôler l’action de l’ONU, dont un conseil permanent, un conseil de sécurité, et d’une force armée, les Casques bleus (à laquelle la Finul appartient), effectif militarisé sensé assurer la paix non par l’utilisation d’armes mais par sa seule présence in situ.
Intérêt particulier
Pour autant, créée alors que s’amorce la Guerre froide, l’ONU se retrouve rapidement enfermée par ses principes et par ses institutions dont le Conseil permanent, composé des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de la France, de la Russie (avant 1991 de l’URSS) et de la Chine, tous dotés d’un droit de véto qui leur permet de s’opposer in fine à toute décision prise par le Conseil de sécurité si leur intérêt particulier se retrouve en jeu. Cette inertie structurelle explique donc en partie aujourd’hui l’incapacité de l’ONU à agir et justifie surtout les questions qui émergent quant à son utilité dans le nouvel ordre mondial. Lors de la Guerre froide, dans un monde bi-polaire, l’ONU pouvait s’orienter soit vers l’un ou l’autre bloc en fonction des circonstances mais dans un monde déstructuré et multi-polarisé, elle se retrouve reléguée au rang d’organe international à l’influence quasi-nulle quand celle-ci était déjà faible avant 1991. Le Général de Gaulle qui l’avait qualifiée en 1960, de manière presque prophétique, de « machin » ne pensait peut-être pas si bien dire au regard de la situation actuelle ramenée au cas libanais. Israël soutenu par les Etats-Unis, détenteur d’un droit de veto au sein du conseil permanent et allié de l’État hébreu sait pertinemment que son action militaire au sud Liban, là où est stationnée la Finul, ne sera jamais condamnée. Quand aux autres Etats, pris en otages par le droit de veto américain, la nécessité d’éradiquer le Hezbollah au sud-Liban et d’assurer la sécurité d’Israël, leur marge de manœuvre s’avère finalement extrêmement faible.
Cynisme et violence
Quel avenir donc pour l’ONU ? La question n’est pas nouvelle et revient tel un serpent de mer depuis sa création et ses premiers échecs. Prise au piège de ses principes non-violents dans un monde qui l’est devenu à outrance, otage du fonctionnement de ses institutions datées car imaginées au lendemain d’un traumatisme mondial aujourd’hui renvoyé à l’Histoire, l’ONU se révèle impuissante bien qu’articulée autour de valeurs humanistes qui n’ont plus cours à ce jour. La violence de Vladimir Poutine ou de Donald Trump, le cynisme de Benyamin Netanyahou ou la fausse délicatesse de Xi Jing Ping ont fini d’achever une organisation anachronique. Alors, d’évidence, se pose la question de savoir s’il existe des motifs capables de soutenir l’existence future de l’ONU. Oui à condition que celle-ci se renouvelle tant dans sa charte originelle que dans ses moyens et ses objectifs, en s’adaptant au défi du temps, c’est-à-dire, en optant pour une position active et non plus passive, sans nécessairement devenir une institution supra-nationale mais un organe international défait des influences partisanes. Le chemin s’annonce encore long…