Pour une promesse

En entretenant une menace militaire et diplomatique à la frontière de l’Ukraine, Vladimir Poutine cherche à faire valoir la promesse des Occidentaux faite à Moscou en 1990 assurant que jamais l’Ukraine n’intégrerait l’OTAN. Mais c’était sans anticiper les évolutions géopolitiques de trois décennies. Explications.

Suspendue à la réaction de Vladimir Poutine, l’Europe assiste, encore une fois impuissante, à l’Histoire, ici la sienne, qui se joue à la frontière entre l’Ukraine et la Russie. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article/2022) Pourtant, à la décharge du Vieux Continent et de l’Union européenne, ce ne sont pas les relations actuelles entre l’Est et l’Ouest qui sont à l’origine des tensions croissantes. Les racines de l’attitude de Vladimir Poutine à l’endroit de l’Ukraine remontent à plus de trente, à l’heure où l’Union soviétique mourante laissait la place à une constellation de pays libérés de la tutelle de Moscou. Or, à l’orée des années quatre-vingt-dix, l’Ukraine, comme tant d’autres pays de l’ancien bloc soviétique, véritable cordon sanitaire politique et glacis idéologique, se prend à regarder timidement vers l’Ouest où Europe politique (on évoquait encore la Communauté économique européenne) et OTAN rythment la vie de peuples défaits de toutes tutelles tyranniques depuis 1945.

Promesse et identité

Quelque peu effrayée par l’accélération de l’Histoire, les dirigeants soviétiques d’alors puis Russes, dont Vladimir Poutine, alors officier du KGB, puis du FSB, se tournent à leur tour vers les instances européennes et surtout vers l’OTAN pour avoir l’assurance que jamais l’Ukraine, en contact direct avec la Russie n’intègre l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord ou que nouveaux missiles stratégiques ne soient implantés en Europe. La promesse faite alors par les nations occidentales, avec en tête les Etats-Unis de Georges Bush puis de Bill Clinton, entérine la parole donnée. Le Pacte de Varsovie caduc du fait de l’implosion de l’Union soviétique, il ne restait aux Russes que les promesses des Occidentaux pour s’assurer que le cordon sanitaire patiemment construit entre 1945 et 1990 ne vole en éclat. Rassurés par l’accord de ne pas transgresser la promesse engagée, les Russes ont donc abordé les décennies suivantes sans trop s’inquiéter des velléités de leurs proches voisins, qu’ils fussent Baltes, Polonais ou Ukrainiens. Mais en 2004, coup de semonce ! Pologne et Pays Baltes rejoignent l’Union Européenne alors que l’OTAN, peu à peu délaissée, semble se diriger vers une mort cérébrale. Pour autant, dès le milieu des années 2010, l’Ukraine, pro-européenne mais en partie russophone, se fit de plus en plus pressante en voulant intégrer l’Union européenne au grand dam de Moscou, tétanisé à l’idée de voir une des ses anciennes républiques s’émanciper. Arc-bouté sur une identité russo-slave jugé incompatible avec l’Europe de l’Ouest, Vladimir Poutine a donc commencé, par entrisme grossier et manœuvres diplomatiques sans finesse, à noyauter la société ukrainienne afin de la décourager d’intégrer l’une ou l’autre des institutions.

Armes stratégiques et manœuvres militaires

Mais, le combat actuel, certes inquiétant, n’a pour autant rien d’égal car la Russie, longtemps pays émergent, n’est plus aujourd’hui qu’une nation de second rang dont le PIB est inférieur à celui de l’Espagne (4,3 % contre 6,4% – lefigaro.fr : https://www.lefigaro.fr/flash-eco/). S’appuyant sur des ressources pétrolières et gazières lourdes et nécessaires aux Européens, elle présente via ces deux matières premières les seules vraies armes économico-stratégiques dont elle dispose et ce même si les cours du brut s’envolent de sommet en sommet. In fine, la position russe n’est aujourd’hui que le fruit d’une crainte née au lendemain de l’effondrement de l’URSS et animée par un Vladimir Poutine en marge de la communauté internationale, soucieux de conférer à la Russie une place de premier plan dans le concert des nations afin d’extraire celle-ci du marasme diplomatique et économique dans laquelle elle végète désormais. Rappeler aux membres de l’OTAN la promesse faite voilà plus de trente ans apparaît comme dérisoire au vu des bouleversements que le monde a connu depuis la chute de l’Union soviétique. Et espérer effrayer l’Ukraine et la communauté internationale à coup de manœuvres militaires relève de la méconnaissance des ressorts économiques et diplomatiques contemporains, car Vladimir Poutine le sait, une action militaire contre l’Ukraine coûterait plus à la Russie qu’elle ne lui apporterait.

Le temps des idéologies est révolu

A quelques semaines de l’élection présidentielle, un constat s’impose : les partis en présence semblent tous dénués de philosophie politique autour de laquelle fédérer en masse militants et sympathisants. Pis ! Tous semblent orphelins de leurs idéologies mères marquant ainsi la fin de modèles de pensées longtemps dominants.

Alors que une grande majorité des candidats à l’élection présidentielle s’est déclarée, sauf le président sortant qui aime à reculer l’instant certainement à des fins tactiques et politiques, il apparaît donc que tous les ingrédients rythmant le rendez-vous électoral phare de la Cinquième République soient réunis. Programmes, discours, réunions politiques, militants…Bref ! Tout y est ! Pourtant, à qui s’intéresse à la chose politique, il manque, et ce peut-être depuis plusieurs décennies désormais, un élément clef : des idéologies. Tant à droite qu’à gauche, et que dire du centre qui s’est toujours revendiqué centre de gravité sans jamais trouver le sien, comprenez sans jamais trouver sa véritable philosophie politique, il fait aujourd’hui cruellement défaut aux partis politiques contemporains français une colonne vertébrale propre à chacun autour de laquelle se structureraient des programmes fois réalistes et ambitieux, empreints de chronicité et d’avenir. Est-ce à dire que les idéologies sont mortes, en politique tout du moins ? L’idée n’est pas nécessairement saugrenue et tendrait à être confirmée dans les faits après un rapide tour d’horizon de la situation qui peut très aisément s’étendre à d’autres pays européens voire au-delà. (liberation.fr : https://www.liberation.fr/week-end)

Pourfendeur d’inégalités et libéralisme soumis

La gauche, soutenue par la pensée marxiste qui a longtemps servi d’axe de rotation aux partis progressistes de la seconde moitié du XIXème siècle jusqu’aux premières heures du XXIème, voit sa boîte à idées neuves tristement vide. Pourfendeurs des inégalités sociales, porteurs des revendications sociales à même de transformer la société, la gauche française s’est peu à peu éloignée d’une classe ouvrière déjà en déshérence depuis les années soixante-dix en se transformant en parti social-démocrate sans en assumer le nom et, en plus, en manquant cette mutation qui aurait pu la sauver. Incapable de proposer des solutions sociales empreintes d’humanisme et de pragmatisme face à la mondialisation, la gauche française s’est enfoncée dans le marasme propre aux mouvements dans l’incapacité de se transformer car plus préoccupée par son avenir que par sa vocation initiale alors que là était sa survie. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/12/07/) A droite, le libéralisme transmit par héritage et habiles mutations intellectuelle depuis la Révolution française, a cédé le pas à un capitalisme financier et boursier sauvage que la crise de 2008 a mis en évidence. Là encore incapable, tout comme à gauche, de transformer son discours pour réhabiliter l’idée de liberté d’entreprendre sans sombrer dans ce capitalisme destructeur et porteur d’inégalités devenues criantes, la droite s’est laissée subjuguer par l’extrême-droite, sophiste et populiste, tout en la combattant, trouvant là une occasion d’exister. Vaincue par elle-même, c’est-à-dire par les dérives d’une idéologie dont elle n’a pas su deviner les limites ou les dangers, la droite française, dite républicaine, nouvel attribut sensée la rendre plus fréquentable, passe le plus clair de son temps à légitimer sa présence en expliquant qu’elle n’a rien à voir avec l’extrême-droite tout en empruntant des thèmes espérant elle aussi ainsi assurer son avenir.

Chambre d’enregistrement et modèles

Or, si le combat n’est pas vain, loin s’en faut, il doit aussi s’accompagner d’autres discours à même de réhabiliter l’esprit libéral dont elle se prévalait. Quand au centre, si tant est que celui-ci ait un jour existé, qui prétend opérer la synthèse entre les meilleures avancées de ses deux rivaux, il se révèle in fine n’être qu’une chambre d’enregistrement camouflée sous les oripeaux d’un parti politique sans jamais avoir été mu par une quelconque idéologie. Or, reste à dater l’érosion des idéologies, érosion qui pourrait débuter au milieu des années soixante-dix, quand les économies occidentales se retrouvaient dans l’impasse d’un chômage de masse et de déficits publics croissants, impossibles à résorber via l’application des théories libérales ou keynésiennes classiques. La chute du Mur de Berlin, la crise de 2008, les attentats du 11 septembre sont autant d’éléments marquant qui symbolisent aussi par les conséquences engendrées la fin de modèles portés ou inspirateurs d’idéologies aptes à structurer le monde et les sociétés contemporaines. Alors affirmer que le temps des idéologies a vécu peut apparaître comme radical, voire manichéen, car d’autres prendront certainement leur place. Mais pour l’heure, soit celles-ci tardent à se dessiner soit elle sont encore en gestation.

Quand Moscou fait monter la pression

En accentuant à dessein la pression sur les frontières de l’Ukraine, Vladimir Poutine entend non seulement entraver l’intégration de l’Ukraine dans l’OTAN mais aussi restaurer la sphère d’influence de l’Union soviétique. Instinct de protection ou course à l’omnipotence ?

Entre nostalgie de l’URSS et volonté affichée d’instaurer une sphère d’influence autour de la Russie, Vladimir Poutine a l’art, comme tout ancien membre du KGB, d’irriter ses partenaires internationaux. Ainsi, en massant depuis plusieurs mois aux abords de la frontière ukrainienne des milliers de soldats et leur matériel, le chef du Kremlin a doucement mais sûrement fait monter la tension entre lui et son homologue nord-américain Joe Biden. Car il s’agit bien de la question ukrainienne qui est au coeur des débats, question qui renvoie dans le même temps au rôle de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN – 1949) et de l’Union Européenne. Précisons synthétiquement la réalité géopolitique. L’Ukraine, pays fertile, composé d’une majorité pro-européenne et pro-atlantiste (comprenez proche de l’OTAN) s’oppose à une minorité russophone, proche de Moscou par définition et donc soutenue par Vladimir Poutine qui voit dans cette situation le moyen d’asseoir son influence en Europe orientale. Deux éléments clefs émergent de cette situation dont Européens et Nord-Américains sont totalement conscients : les limites de l’OTAN conçue pour lutter contre l’Union soviétique et les limites de l’Union européenne totalement écartée des négociations visant à éviter toute invasion possible mais peu probable de l’Ukraine par la Russie.

Défense commune et épicentre de tensions

Si cette éventualité est balayée par Vladimir Poutine, elle reste toutefois la hantise des Occidentaux qui ne sauraient comment réagir tant du point de vue diplomatique que militaire. De son côté, Vladimir Poutine, au fait de l’embarras des Européens, incapables de mettre sur pied une défense commune à même de peser diplomatiquement et militairement, incapacité d’ailleurs témoin des limites politiques d’une Union qui n’est pas une fédération mais une association d’Etats, sait aussi que l’OTAN présente des limites dans son action car inadaptée à la situation géopolitique actuelle. Les Etats-Unis, longtemps préoccupés par la puissance croissante de la Chine, voit ainsi se cristalliser en Europe orientale un nouvel épicentre de tensions dont ils auraient aimé s’affranchir. Ne pouvant compter sur l’Union européenne, ignorée et humiliée, les Etats-Unis se retrouve donc seul à affronter la Russie de Vladimir Poutine, soucieux d’éviter l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN et dans l’Union européenne. Si l’Union soviétique disposait de pays satellites, destinés avant tout à jouer le rôle de cordon sanitaire, cordon dans lequel l’Ukraine était entièrement intégrée car considérée comme une République soviétique, Vladimir Poutine entend désormais, et ce depuis de nombreuses années, restaurer cette aire d’influence qui était celle de Moscou avant 1989. Sa position discutée et certainement discutable répond à celle de Pékin et de Washington qui l’une et l’autre disposent de leur propre aire d’influence, les Etats-Unis et la Chine étant d’ailleurs en confrontation directe sur la zone pacifique et indo-pacifique, la VIIème flotte de l’US Navy naviguant régulièrement en Mer de Chine (asyalist.com : https://asialyst.com/fr/2021/02/11).

Expansion chinoise et bloc occidental

Preuve en est, le ralliement de l’Australie dans l’alliance militaro-stratégique (AUKUS) initiée par les Etats-Unis, avec l’aide du Royaume-Uni, et portant sur la fabrication de sous-marins pour contrarier l’expansion chinoise dans la zone indo-pacifique. (lemonde-diplomatique.fr : https://www.monde-diplomatique.fr/mav/178/LEYMARIE/6334) Plus simplement, il apparaît désormais évident que la Russie de Vladimir Poutine entend figurer au rang des puissances mondiales au même titre que la Chine ou les Etats-Unis, que la dépolarisation du monde dans les années quatre-vingt-dix et l’apparition d’un monde a-polaire a déstructuré les relations internationales au point de laisser le champ libre à de nouvelles ambitions, moins coûteuses que pendant la Guerre Froide mais basées sur les mêmes principes d’intimidation et de tensions soigneusement nourries. En menaçant l’Ukraine et par conséquent le bloc occidental, Vladimir Poutine détourne les points d’attention essentiellement orientés pendant près de vingt-ans vers l’Asie (Afghanistan, Pakistan, Chine) et le Proche Orient (Israël, Territoires occupés, Syrie) vers l’Europe orientale, territoire familier à celui-ci, aux réflexes connus et à la proximité suffisante pour exprimer pleinement son influence. Et n’en déplaise aux Européens et aux Etats-Unis, il semble qu’il faille désormais compter avec un nouvel acteur longtemps en sommeil, à savoir la Russie.

Une implosion programmée ?

A quelques mois du premier tour de l’élection présidentielle, la gauche française s’enlise dans l’inertie de luttes intestines et dans l’idée d’une primaire de gauche mort-née dont le seul objectif était d’ériger la candidate du Parti socialiste comme seule prétendante à la charge suprême. Echec cuisant avant la curée ?

Les signataires du Congrès d’Epinay, celui qui avait fondé en 1972 le Parti socialiste sous la houlette de François Mitterrand, fusionnant ainsi toutes les sensibilités de gauche d’alors, doivent se retourner dans leur tombe tant le spectacle donné par la gauche française vire au règlement de compte à ciel ouvert. Siphonnée par la candidature d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle en 2017, la gauche française n’est pas parvenue en cinq ans passée dans l’opposition, plus souvent molle qu’active, à se reconstruire une image de parti politique apte à gouverner. Non que l’histoire du Parti socialiste ait joué, même si cette composante n’est pas à totalement éluder, mais la désunion affichée par les forces progressistes pendant la période, désunion qui se poursuit à ce jour, n’est pas étrangère à cette descente aux enfers. Pour autant, consciente de la faiblesse des forces de gauche à quelques semaines du premier tour du scrutin présidentiel, Anne Hidalgo, candidate investie par le Parti socialiste, avait lancé voilà peu l’idée d’une primaire de gauche.

Adage et refus

L’idée, officielle, était de présenter devant les électeurs le candidat capable de rassembler un maximum de suffrages afin d’accéder au second tour de scrutin, se reposant sur l’adage qui veut qu’au premier tour on élimine, au second tour on choisit. Mais officieusement, l’idée sous-jacente de la proposition d’Anne Hidalgo était surtout de s’affranchir de concurrents tels que Yannick Jadot ou Jean-Luc Mélenchon en les écartant par le biais d’une primaire, qui, s’appuyant sur la position dominante du Parti socialiste à gauche, l’aurait catapultée unique candidate à gauche, forçant tous les sympathisants à se ranger derrière elle. En mal de reconnaissance dans les sondages, celle-ci s’offrait ainsi une cure de jouvence électorale, certes artificielle, mais qui la plaçait à gauche comme seule rivale d’Emmanuel Macron. Le pari n’était pas spécialement risqué mais le refus essuyé (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2022/article) confirme la thèse évoquée ci-dessus, à savoir que la gauche française en pleine décomposition après le quinquennat de François Hollande s’est retrouvée atomisée en plusieurs galaxies concurrentes renvoyant à la situation qui prévalait avant 1971 : Un courant idéologique encore fort au sein du pays mais sans porte-parole unique.

Social-démocratie et points communs

Pourtant, l’élection d’Emmanuel Macron en 2017 aurait pu être une chance pour la gauche française. Délaissant le champ des inégalités et de l’injustice sociales à ses rivaux d’extrême droite qui s’en sont emparés alors que ces thèmes leur étaient globalement étrangers au point d’en faire des piliers de leurs discours et des vecteurs de réhabilitation dans l’opinion, trop obsédée par son virage social-démocrate mal négocié par ailleurs et incarné dans une vision par trop libérale par Emmanuel Macron, le Parti socialiste et la gauche française se sont égarés en luttes intestines et rancoeurs recuites sans véritablement proposer d’alternatives crédibles et notables à la politique menée par le locataire l’Elysée. (lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/elections/sondages/) Dès lors, dans ces conditions, difficile d’imaginer une union de la gauche en vue de l’élection du printemps 2022 sauf si un des candidats parvenaient se hisser au second tour. L’hypothèse est loin d’être saugrenue. Mais s’il existe des points communs entre les différents acteurs qui animent la gauche française, ces mêmes points communs sont trop rares et sont affaiblis par des méthodes d’application souvent très différentes. Donc si l’hypothèse n’est en rien électoralement saugrenue, elle est à ce jour des plus improbables.

La Nouvelle-Calédonie, jeu de grands dans le Pacifique

Comptant parmi les territoires les plus éloignés de la France d’outre-mer, la Nouvelle-Calédonie et son maintien dans la République représentait un enjeu économique, stratégique et diplomatique majeur pour l’Hexagone engagé dans une mondialisation de plus en plus agressive.

En décidant de rester dans le giron de la République française et d’ainsi tourner le dos à l’indépendance, fruit d’un processus initié en 1988 par les Accords de Matignon, le peuple néo-calédonien a, quelque part, redonné à la France une bouffée d’oxygène et ce après l’annulation par le gouvernement australien de la commande de plusieurs sous-marins au profit d’une alliance avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Plusieurs raisons expliquent le sentiment de succès éprouvé par la Présidence de la République. Tout d’abord, la capacité pour la Métropole de conserver, fut-il un des espaces les plus éloignés de celle-ci, l’intégrité du territoire dans une zone, le pacifique sud, objet de multiples convoitises, à la fois stratégiques et économiques. Stratégiques car la Nouvelle-Calédonie, carrefour naturel entre le Pacifique sud et la façade Asie-Pacifique, portée par la Chine et le Japon, est depuis de nombreuses années une cible de l’Empire du Milieu toute proche, intéressée pour des raisons économiques, par les ressources en nickel de l’île.

Valeur ajoutée et intérêts défendus

Métal précieux et convoité, utilisé dans la fabrication de nombreux composants électroniques, le nickel représente à ce jour le coeur de l’économie néo-calédonienne (La Nouvelle-Calédonie est le cinquième producteur mondial de Nickel avec 220.000 tonnes en 2019) et son principal attrait loin devant le tourisme. Ainsi, conserver la Nouvelle-Calédonie comme partie du territoire national permet-il à la France d’occuper non seulement un espace économique à forte valeur ajoutée mais aussi stratégique face à l’ogre chinois qui n’attendait que l’indépendance de l’île pour commencer à y implanter ses réseaux. Usant de la faiblesse des Etats ciblés, la Chine ambitionnait, comme c’est le cas sur le continent africain, de déployer par le biais d’entreprises satellites, pour contrôler la production de nickel, forme land-grabing (cairn.info : http://Un land grab chinois en Afrique sub-saharienne ? ) industriel qui aurait permis à Pékin de ne plus dépendre de puissances annexes au regard de ses besoins en matière première. Autre facteur de satisfaction généré par ce non à l’indépendance, la capacité de la France à montrer à ses alliés mais néanmoins concurrents commerciaux que l’Hexagone sait faire valoir ses intérêts y compris dans des zones où, a priori, celle-ci ne nourrit pas d’ambitions particulières.

Ambitions diplomatiques et prise de guerre

Or, en réaffirmant sa présence régionale par la décision du peuple néo-calédonien, la France confirme ses ambitions diplomatiques à l’échelle pacifique, à savoir jouer un rôle dans la régulation des échanges dans la zone en question, combattant de fait l’idée de laisser l’espace pacifique aux seuls Chinois et Nord-Américains. Plus qu’une victoire de la République, en tous cas présentée comme telle, c’est avant tout un succès diplomatique par procuration que la France vient de remporter. Victoire stratégique et économique, voire industrielle, le maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la République s’apparente aussi à une forme de prise de guerre dans la compétition que se livre les grandes puissances économiques mondiales pour le contrôle des matières premières notamment en période post-pandémie où pléthore d’éléments essentiels manquent. In fine, le non à l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, minuscule territoire de l’hémisphère-sud confirme ce paradoxe de la mondialisation économique, décrit par Edward Lorenz en 1972, dans une maxime restée célèbre :  Le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? Où comment la Nouvelle-Calédonie, en restant française, parvient à redistribuer les cartes géopolitiques de la région pacifique.

L’otage, la tentation et la faute

Investie candidate du parti Les Républicains, Valérie Pécresse devra composer avec les tendances les plus droitières de sa formation. Tout en refusant pour l’heure une compromission facile et totale, la présidente de la région Île-de-France risque pourtant de devoir se résoudre à la tentation identitaire. si elle souhaite conserver ses chances de victoire en mai 2022.

En annonçant vouloir réunir toutes les sensibilités politiques de la droite française, Valérie Pécresse, fraîchement élue pour représenter le parti Les Républicains lors de la prochaine élection présidentielle, se lance dans un exercice d’équilibriste qui pourrait aisément la pousser à délaisser une sensibilité plus qu’une autre, voire à se retourner contre elle. (Lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2022) Pour paraphraser, sans son talent, le titre de l’ouvrage de René Rémond, Les droites en France, il apparaît comme évident qu’entre une droite libérale et républicaine incarnée par Valérie Pécresse et la droite identitaire et nationaliste d’Eric Ciotti, talonné par Eric Zemmour et Marine Le Pen, la droite française va avoir beaucoup de mal à s’unir derrière une seule et même personne, fût elle légitimement élue. Enjeux différents, objectifs différents, discours opposés en dépit de quelques porosités idéologiques voilà le portait dressé par Les Républicains, écartelés par la nécessité de rassembler toutes les sensibilités, sans pour autant donner l’image d’un parti aux abois prêt à tout, quitte à s’aliéner des électeurs ou des composantes aux propos incompatibles avec l’esprit de la République.

Discours et tentation

Prise dans un étau idéologique qui va progressivement se refermer sur elle, imposant de fait un durcissement du discours originel fait de signes d’ouverture, la candidate de droite sait qu’elle devra tôt ou tard céder à l’obligation identitaire voulue par une partie de la droite. Et là est la faute. Car si elle le sait, d’autres, ses ex-concurrents en interne comme en externe le savent aussi. Si les premiers peuvent utiliser cette arme pour la pousser à incliner son discours vers des tendances qu’elle réfute à demi-mot aujourd’hui, mais pour combien de temps, ses adversaires hors partie auront tôt fait de le lui reprocher. Ce dilemme idéologique, propre à la droite française, a longtemps, et hante encore aujourd’hui les rangs du parti conservateur. La tentation identitaire, séduisante car facile, généreuse car prompte à attiser les basses passions et les vils instincts des individus en mal de repères, cousine germaine d’un populisme sournois et agressif, reste un tabou chez une partie de la droite alors qu’il est aujourd’hui de plus en plus assumé par d’autres. Et c’est d’ailleurs ce qui risque de plomber la campagne de Valérie Pécresse, toute euphorique à l’idée de représenter la droite, pense-t-elle unie, à savoir cette incapacité à endosser cet héritage pour finir par être par dépassé par lui au point de perdre le contrôle de sa campagne.

Echec et otage

Nicolas Sarkozy avait, lors de la campagne 2012, tenté de s’aliéner les forces les plus droitières de son parti d’origine sous la férule de Patrick Buisson. L’échec de cette tactique s’était matérialisé dans les urnes. Mais dix ans plus tard, le paysage politique français a changé, radicalement mué, pour laisser place à des discours politiques décomplexés en raison de la désertion idéologiques des partis piliers de la démocratie et de la République. Toute investie qu’elle soit par une élection aux accents croquignolesques car n’épousant en rien les formes de primaires tout en s’attachant à en défendre l’idée et l’image, Valérie Pécresse se retrouve désormais plus otage de divisions politiques avec lesquelles elle devra composer que maître d’une campagne électorale dont elle risque, si ce n’est déjà le cas, de perdre la direction. Prise au piège par Eric Ciotti, Eric Zemmour (lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses) et Marine Le Pen, soucieuse de défendre l’image libérale républicaine du parti sans froisser l’électorat sensible au progrès social de centre-droit, la présidente de la région Île-de-France fait aujourd’hui plus figure de pantin que de candidat à même de l’emporter en mai prochain.

Le virus et l’agenda du monde

Confrontée à l’apparition d’un nouveau variant, source d’inquiétude de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’Humanité partagée entre la nécessité de lutter contre la pandémie et ses obligations économiques vitales, reste otage d’un variant qui dicte son agenda.

Il faut bien l’admettre : la liste des variants du coronavirus semble ne jamais connaître de fin. Et le monde, à chaque apparition d’un nouveau virus muté, à l’image du Omicron, de trembler à l’idée de devoir encore se confiner comme ce fut le cas au printemps 2020. Pour autant, si la menace reste entière devant le variant Omicron, dont on sait finalement peu de chose, la situation n’est pas nécessairement identique à celle qui prévalait il y a dix-huit mois quand la planète, sidérée et stupéfaite, se confinait pour donner l’impression d’une terre désertée par les hommes. Forts de vaccins efficaces, produits en quantité industrielle, les différents pays de la planète encouragent leurs populations respectives à franchir le pas de la vaccination, transformant même pour certains la nécessité en une intolérable obligation jugée liberticide. Plusieurs raisons expliquent la volonté des pays concernés, tous à vrai dire, à vivement conseiller la vaccination.

Nouveaux virus

Des raisons sanitaires dans un premier temps. La planète, déjà confrontée à une crise écologique à la gravité croissante et exponentielle, qui pourrait elle-aussi générer l’apparition de nouveaux virus (notamment par la fonte du permafrost dans les régions circumpolaires telles que la Sibérie russe) n’a aucunement l’intention de combattre le virus pendant encore de longues années. L’idée maîtresse étant de l’éradiquer par la vaccination de masse qui, résultats à l’appui, fonctionne. La seconde raison, liée à la première renvoie cependant à une forme de pragmatisme teinté de cynisme qui veut que l’Humanité apprenne à vivre avec le virus et ce pour des motifs avant tout d’ordre économique. Porté par une croissance quasi-inédite depuis des décennies, croissance elle-même fruit des effets que l’on pourrait qualifier positifs de la pandémie, le monde et les grandes économies qui le composent ne souhaitent en rien voir se briser le cercle vertueux d’une croissance presque inespérée. Pour autant, cette dynamique économique a un coût et la récente COP 26 organisée à Glasgow en été le témoin et la victime. Or laisser se répandre ce nouveau variant pourrait effectivement enrayer le cycle économique mondial amorcé et que nombreux sont soucieux d’exploiter pour les années à venir.

Solidarité

La question qui se pose désormais est donc de savoir si, toute munie de vaccins qu’elle soit, l’Humanité, saura dépasser ses craintes et faire preuve d’une solidarité mondiale ? D’aucuns, parmi les plus optimistes, l’affirmeront sans débat, arguant du fait qu’il est dans la nature de l’homme de domestiquer son environnement et qu’une action mondiale sera la seule réponse à la pandémie, ce qui est objectivement juste. D’autres, plus pessimistes, se réfugieront derrière les expériences passées, où terrassée par des épidémies de peste ou de choléra, l’Humanité a vu les populations que la composent drastiquement se réduire, faisant passer la question de la solidarité au second plan. Pour l’heure, soucieux de contenir le variant Omicron sans altérer l’activité économique, les différents pays de la planète optent pour des restrictions raisonnables et prudentes, loin de celles qui avaient présidées au printemps 2020, mais dont on ne sait sur quelles autres mesures elles pourraient déboucher. Car c’est seulement l’évolution du variant qui le décidera, comme souvent depuis bientôt deux ans, lui qui dicte l’agenda du monde.

En arriver à ce stade…

Devenue incontrôlable, la violence qui gangrène les rencontres de football professionnels appelle à s’interroger sur les causes qui la génère.

La flambée de violence qui gangrène les tribunes des stades de football lors des rencontres de championnat de Ligue 1 paralyse clubs et instances dirigeantes. Mais passé le constat d’une dégradation de l’atmosphère des rencontres, se posent les raisons de tels incidents.

D’ici quelques semaines, voire quelques mois, les plus brillants sociologues et psychologues auront analysé les raisons sensées expliquer la flambée de violence qui gangrène les stades de football et plus particulièrement les rencontres professionnelles du championnat de Ligue 1. Ainsi, les derniers évènements en date, à savoir ceux qui ont amené à l’interruption définitive du match opposant l’Olympique de Marseille à l’Olympique Lyonnais le 21 novembre, viennent allonger une série déjà longue d’incidents à l’endroit des joueurs, quel que soit le club pour lequel ils évoluent. Au-delà de cette réalité qui interroge aussi sur la sécurité dans les stades pour les joueurs mais aussi pour les spectateurs venus paisiblement assister à une rencontre sportive, il convient surtout de s’arrêter, avant les sociologues, sur les motifs qui amènent ce type de supporteurs, qui n’en ont que le nom, et les raisons qui les poussent à de telles violences. D’aucuns, et de manière justifiée, parleraient de bêtise. Certes mais le terme est trop générique pour servir de seule explication.

Identitarisme et flux financiers

Jalousie sociale éprouvée à l’encontre de sportifs professionnels rémunérés dans des proportions et des volumes que ces mêmes supporteurs ne peuvent imaginer, même espérer percevoir dans leur existence ? Haine de l’équipe adverse et des joueurs qui la composent ? Forme d’identitarisme incarné dans l’équipe qu’ils supportent ? Les explications se multiplient sans qu’aucune ne s’impose clairement au point de former un ensemble de raisons dans lequel chacune se dispute. Pour autant, se pose désormais la question de la sécurité dans les enceintes sportives qui, force est de le constater, sont fréquentées par des individus qui n’y ont absolument pas leur place. Car cette avalanche de violence, qui salit le football autant qu’elle agit tel un répulsif à l’endroit d’un sport déjà décrié pour les flux financiers qu’il génère, renforce l’idée que le football contemporain se veut consubstantiel d’agitations et de heurts. Et il serait difficile de contester cette réalité au regard des ultimes agressions survenues ces dernières semaines. Alors que faire ? Interdire l’accès au stade à certains individus ? La solution n’est que ponctuelle car il seront remplacés par d’autres. Réduire les flux financiers dans le sport professionnel et le football en particulier afin de relativiser les enjeux ? Mais les défenseurs du professionnalisme répondraient que le football est aujourd’hui devenu un pan de l’économie mondiale via la notoriété commercialisée des clubs à l’audience internationale.

Faiblesse intellectuelle et vies insipides

Il est à craindre en revanche que cette violence ne soit que le reflet de celle qui prévaut dans le monde occidental depuis plusieurs décennies et qui se trouve décuplée pour de multiples raisons. La faiblesse intellectuelle de certains supporteurs qui voient dans le football professionnel un exutoire, facteur de reconnaissance sociale et d’aisance financière peut, avec précaution, être avancée comme un premier champ d’explication. Ainsi, incapables dans leurs propres vies, transparentes et insipides, d’attirer l’attention dévolue aux sportifs professionnels, ici de football, ces mêmes supporteurs expriment leur aigreur et leur frustration par une violence gratuite, facile et vécue comme une fierté. Plusieurs moyens existent cependant pour essayer de lutter contre ce fléau. L’éducation apparaît comme le premier rempart, celle-ci permettant à l’individu de prendre tout le recul nécessaire sur la réalité sportive et économique que le football professionnel englobe. Pour autant, si l’éducation est un rempart, celle-ci ne pourra cependant rien contre la bêtise et l’ignorance de certains supporteurs véritables verrues à toute pratique sportive.

L’Union européenne dans le mur

Face à une pression migratoire aujourd’hui exprimée sur sa frontière orientale, l’Union européenne se retrouve encore une fois confrontée à ses contradictions dans un jeu géopolitique mené par Vladimir Poutine toujours plus cynique.

En décidant la construction d’un mur entre sa frontière et la Biélorussie, la Pologne, illustre tous les paradoxes et toutes les ambiguïtés de l’Union Européenne face à la question migratoire. (lexpress.fr : https://www.lexpress.fr/actualite/monde) Car, même si en l’état, la crise en question est en sous-main agitée par la Russie et Vladimir Poutine, afin de semer plus encore la zizanie au sein de l’Union, l’afflux de réfugiés à la frontière biélo-polonaise pousse Bruxelles dans ses retranchements. Officiellement terre d’accueil et de partage, l’Union Européenne se voit ici confrontée à des nécessités, en tous cas présentées comme telles, de sauvegarde de son territoire, arguant du fait que ces réfugiés ont vocation à repartir dans leur pays d’origine car rien ne peut les attendre dans l’Union européenne. Terre cible de migrants désireux d’échapper à des conditions de vie indignes et à des existences précaires, régulièrement amenée à gérer des flux par les voies méridionales de son espace (Espagne et Italie) ou septentrionales (Nord de la France), l’Union européenne ne sait plus désormais comment aborder la question si ce n’est en cautionnant la position polonaise de construire un mur entre son territoire propre et la Biélorussie, ce qui revient à dire un mur entre l’Union européenne et la Biélorussie, accessoirement satellite de la Russie.

Murs et instrumentalisation

Il n’est d’ailleurs pas inutile de s’arrêter sur cette volonté, quand les peuples se sentent menacés, qu’ils le soient réellement ou pas, de recourir à un mur pour se protéger. Athènes, au Vème siècle av. J.-C. construisit elle aussi un mur allant de la ville au Pirée pour la protéger en cas de siège ou de guerre, l’Allemagne de l’Est vit s’ériger une nuit d’août 1961 un mur coupant Berlin en deux quand l’empereur romain Hadrien, au IIème siècle après J.-C. fit construire une muraille éponyme dans le nord de l’Angleterre pour protéger l’Empire des Scots, redoutables guerriers celtes opposés à l’omnipotence romaine. L’Histoire regorge d’exemple et la décision polonaise s’inscrit dans cette veine où coulent tout à la fois la peur d’une submersion et la volonté de protéger leur territoire. (cafes-thucydide.com : http://cafes.thucydide.com/Les-murs-dans-l-histoire.html) Pour autant, que ce soit dans l’Antiquité ou dans un passé plus récent, la question relative à la construction d’un mur ne peut s’appréhender que dans une optique géopolitique. Instrumentalisés à des fins purement et bassement politiques, au point d’en confiner au cynisme le plus glacial, la misère et le désespoir qui animent ces réfugiés ne sont en rien considérés comme tels mais écartés pour ne voir en eux qu’un moyen de pression visant à déstabiliser l’Union européenne, prise en étau entre ses fondements humanistes, ses réalités politiques, économiques et diplomatiques. Ainsi, en imaginant l’Union européenne comme une entité unique, défaite de frontières souveraines qui organisent chaque nation la composant, commence à se détacher le voile d’une matérialité il y a longtemps décrite par Tocqueville qui voulait que la politique extérieure des Etats était commandée par leur politique intérieure.

Espace et cynisme

Conscient de cela, la Russie et la Biélorussie savent par un jeu habile et pervers renvoyer l’Union à ses contradictions d’autant plus criantes en temps de pandémie car dans l’obligation de limiter les flux à des fins sanitaires, même si cette nécessité peut aussi servir de prétexte crédible. Pour autant, les Etats auront à terme raison de la pandémie et viendra le jour où il sera malaisé de se réfugier derrière elle pour justifier la fermeture de l’espace européen. Mais à Moscou et à Minsk, d’où partent les oléoducs remplis de gaz, si vitaux pour l’Union européenne, la question sanitaire ne semble pas être une préoccupation essentielle. Vladimir Poutine, agacé par la présence de l’Union Européenne à ses portes, via la Pologne, et par le traitement accordé à Alexandre Loukachenko, son allié biélorusse, par les Européens, prompts à le stigmatiser au nom de droits de l’homme bafoués, s’amuse avec cynisme, devant la situation, sachant pertinemment qu’aucun membre de l’Union n’osera décrocher son téléphone pour le tancer vertement. De son côté, Bruxelles au fait de la situation, laisse discrètement la Pologne construire son mur en protestant pour la forme contre les agissements d’Alexandre Loukachenko, tout en sachant les frontières de l’Europe de l’Est sont aussi poreuses que celles du sud et qu’il sera difficile, pour ne pas dire impossible d’entraver les flux migratoires, même en se claquemurant derrière de prétendues frontières hermétiques.