La multiplication des incendies en France et en Europe illustre les multiples effets du réchauffement climatique. Sujet central des décennies à venir, celui-ci est pourtant absent, ou discret, des discours électoraux à un an de l’élection présidentielle.
Pendant que brûlent bois et forêts, que s’échinent des compagnies entières de sapeurs-pompiers à vaincre des incendies pour certains dépassant l’entendement, d’aucuns crient au scandale devant le manque d’équipement du pays pour faire face à ces feux disséminés sur l’ensemble du territoire. Certes, et d’évidence, confrontée, comme d’autres, au réchauffement climatique, la France devra rapidement se doter d’une flotte lourde d’avions bombardiers d’eau et de canadairs, quel qu’en soit le coût car la sécurité des massifs forestiers, donc de la biodiversité, et la sécurité des populations en dépend. Pour autant, une autre évidence s’impose, éloignée du réchauffement climatique, qui ne peut dédouaner ce dernier, à savoir que de nombreux incendies ont été le fait de pyromanes, pour certains interpellés et en attente de jugement.
Antienne et matériel
L’influence du réchauffement climatique est donc à relativiser dans le déclenchement des feux mais non pas dans les conditions qui ont permis à ces incendies de se développer. Car c’est désormais devenu une antienne estivale : La France et l’Europe sont devenues chaque été, voire dès la fin du printemps, en proie à des conditions climatiques favorisant les sinistres que l’on connaît. Une question essentielle se pose donc, indépendamment de la nécessité de s’équiper du matériel indispensable pour lutter contre ses incendies : comment se préparer à ces feux qualifiables pour certains de méga-feux ? Dans une ambiance d’apocalypse aux relents acres de fumées et de bois consumés, il est singulièrement inquiétant de constater que les seuls à se sentir concernés par ces incendies à répétition sont les sapeurs-pompiers, et les victimes, qui alertent depuis des années sur la faiblesse des moyens alloués à la sécurité civile. Et alors que la campagne électorale pour l’élection présidentielle de 2027 s’ouvre tambour battant par une avalanche de candidats, force est de constater qu’aucun n’a proposé de plan particulier ou de projet cohérent et construit pour tenter de lutter contre les conséquences, ici les incendies, du réchauffement. Si il est certes très compliqué de lutter contre la pyromanie, imprévisible par essence, il est en revanche possible d’anticiper les effets du réchauffement dès le printemps sur les zones sensibles.
Energies carbonées
Cette absence de considération pour la question témoigne du désintérêt du personnel politique, hors écologistes, pour ces catastrophes tout en révélant, avec une certaine acuité, combien la problématique n’ a pas été intégrée dans son ensemble. L’utilisation des énergies carbonées tendant à augmenter la production de gaz à effet de serre, donc du réchauffement, reste encore au coeur des programmes électoraux. Pourtant les effets seront autres qu’environnementaux ou climatiques puisque les risques d’incendies vont entraîner une hausse des polices d’assurance, une réflexion et un coût induit sur l’entretien des massifs forestiers, des propriétés privées et de l’implantation des zones d’habitation, et, naturellement de la gestion de l’eau. La sécheresse, conséquence directe du réchauffement, pendant de l’utilisation raisonnée de la ressource, ne pourra plus être sous-estimée et rester la seule préoccupation des agriculteurs. Les lacs collinaires, souvent décriés, pourraient ainsi de multiplier pour offrir des réserves d’eau non plus dédiées à l’agriculture mais à l’extinction des feux. Autant d’éléments, parmi tant d’autres, qui sont à ce jour absent des discours et programmes alors que, comme l’avait dit Jacques Chirac, à la tribune des Nations Unies en 2002, « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ».