L’ENA et les élites

Remplacée par l’Institut du service public, l’Ecole Nationale d’Administration a longtemps concentré sur elle un ensemble de critiques visant à dénoncer des lauréats accusés de former une caste élitiste hors-sol. Mais cette stigmatisation ne révélerait-elle pas une angoisse latente nourrie par les évolutions sociétales.

Annoncée comme une étape-clef, voire une révolution, du quinquennat finissant d’Emmanuel Macron, la suppression de l’Ecole Nationale d’Administration (ENA) a bousculé nombre de futurs et anciens élèves d’une institution fondée en 1945 avec pour objectif de former les hauts-fonctionnaires de la République. Rapidement accusée d’être une fabrique à élite administrative, l’ENA a agrégé autour d’elle ses partisans et ses détracteurs (leparisien.fr : https://www.leparisien.fr/politique). Ces-derniers, de plus en plus nombreux au fil des années, se sont essentiellement retrouvés dans le mouvement des Gilets Jaunes, pourfendeurs d’une institution coupable à leurs yeux d’être totalement déconnectée de la réalité sociale et économique du pays. Dans le même temps, toujours plus taxée d’élitisme, l’ENA, qui finit par compter parmi les plus prestigieuses institutions de la nation avec l’Ecole Normale Supérieure, l’Ecole Polytechnique, l’Ecole de la Magistrature, l’Ecole du Haut-Commissariat de la Marine, l’Ecole des Mines Paris-Tech et d’autres, s’est progressivement vue reprochée de s’éloigner dans son recrutement des classes moyennes, en contradiction avec les valeurs de la République que celle-ci devait, par essence, servir.

Utilité et arcanes

Formant des hauts-fonctionnaires aux compétences unanimement et mondialement reconnues, l’ENA a lentement vu son image se dégrader au sein d’une population qui, tout en reconnaissant son utilité intrinsèque, ne parvenait plus à adhérer aux logiques développées par ceux qui en sortaient, tout au service de la nation et de l’intérêt général qu’ils fussent. Cette fabrique à élite, devenue illisible pour une majorité de Français, nourrissait à son endroit doutes et méfiance. Pour autant, plusieurs questions se posent désormais alors que l’ENA se meurt et que se dresse fièrement le prochain  Institut du service public appelé à la remplacer dans la forme certes, certainement pas dans le fond. Première des questions, l’ENA formait-elle réellement des élites ? Si chacun peut apporter sa propre réponse, il semble évident que formés aux rouages et arcanes du fonctionnement de l’État, celles et ceux qui en sortaient se distinguaient par une connaissance aigue des mécaniques administratives complexes qui prévalent en France, connaissance qui, avouons-le, échappe à nombre d’entre nous. En cela, l’ENA formait d’évidence des élites. Non pas sociale mais d’abord intellectuelle qui de par leur fonction devenaient sociologiquement des élites. Autre reproche formulée à l’endroit de l’institution, l’entre soi de son recrutement. Forte d’un concours d’entrée des plus exigeants, l’ENA a pris le partie de ne sélectionner que ceux qu’elle considérait comme les plus aptes à remplir les fonctions que l’État proposait. (lepoint.fr : https://www.lepoint.fr/debats)

Collectivité et certitude

Là encore taxée d’élitisme, mais pouvait-il en être autrement, l’Ecole Nationale d’Administration, s’est bornée à former les futurs serviteurs la collectivité plus souvent enfermés dans les bureaux des ministères ou des préfectures que dans les préfabriqués posés en bordure des chantiers d’autoroutes ou des ouvrages d’art en construction. Globalement, il apparaît que la stigmatisation des élites issues de l’ENA, tout comme d’autres grandes institutions républicaines dédiées à la formation des serviteurs de l’État, renvoie aussi à la perception de ce qu’est une élite, comment celle-ci naît et perdure dans le temps. En période troublée, à l’image de celle que la planète traverse, les élites, du moins ceux considérés comme en faisant partie, représentent à leur corps défendant une forme de caste prétendue protégée des aléas du quotidien et exemptée des rigueurs du quotidien. Fondée ou non, cette certitude, renforcée par la technocratisation d’un Etat ancien, reste encore durement ancrée dans nombre de mentalités. Les années passant et les crises, que quelques natures qu’elles soient avec, il est fort probable que la question des élites ainsi schématiquement résumée, soit régulièrement convoquée. Non pas pour les accuser d’énièmes maux mais peut-être pour expier les inquiétudes et les angoisses de populations en mal de réponses et en quête de responsables, avérés ou non.

Gouverner ou partager ?

Accusé d’autoritarisme dans sa gestion de la crise sanitaire, le Président de la République est confronté à une vague d’irritation montante au regard des méthodes employées. Mais la Constitution ne se prête-t-elle pas à un exercice péremptoire et solitaire du pouvoir ?

Il a été dit et écrit beaucoup de choses sur l’art de gouverner. Or, si le pouvoir, élément consubstantiel à l’art de gouverner, fascine, celui-ci peut aussi irriter. Et c’est souvent dans les périodes de crise que cet agacement atteint son paroxysme. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/politique) L’épidémie de coronavirus, qui semble ne jamais donner de signes de faiblesse, a ainsi tendance à attiser les passions qui se déchaînent depuis plusieurs semaines contre l’exécutif français. Clairement, le Président de la République, se voit régulièrement accusé d’autoritarisme, voire de pouvoir personnel. Les faits confirment peut-être cette réalité mais seule l’Histoire saura dire si ce sentiment est fondé ou fantasmé. Pour autant, et afin d’être complet, essayer à tout le moins, sur la réflexion ou l’analyse d’une possible dérive personnelle du pouvoir, il n’est pas interdit de regarder la Constitution et l’histoire de cette dernière, éclairante sur les reproches formulés contre l’exécutif.

Oripeaux et sentences

La Cinquième République, celle qui depuis 1958, préside aux destinées de la France, a été rédigée et conçue dans une optique de pouvoir non pas exclusivement personnel, mais concentré sur un seul homme, le Président de République. Souvent vilipendée pour son caractère officieusement monarchique et habillée d’oripeaux républicains, la Vème République n’en reste pas moins le régime qui à ce jour, avec la IIIème République, a duré le plus longtemps. Parallèlement à cela, elle confère au premier d’entre nous, à savoir le Président de la République, un pouvoir décisionnel unique et un ensemble de responsabilités qui l’est tout autant indépendamment du poids que ces dernières génèrent. Pour autant, la question qui peut se poser à ce jour est la suivante : Au regard de la situation actuelle, le Président de la République peut-il décider tout seul ? A la lecture de la Constitution, rien ne l’empêche. D’aucuns arguent cependant que la multiplication des Conseils de défense, forme de messes péremptoires où sont assénées les sentences présidentielles, illustrent cette dérive personnelle devenue pour certains insupportables. Mais cette même dérive, considérée comme telle, réelle ou supposée, est-elle mal vécue parce que la situation sanitaire impose l’annonce fréquente et répétée de décisions présidentielles, donc d’essence conjoncturelle ; ou est-elle, plus simplement, structurelle, auquel cas une crise de régime semblerait se dessiner ? La question ne peut appeler de réponse tranchée sauf si celle-ci s’inscrit dans une logique purement électoraliste visant à stigmatiser les institutions et son premier représentant, quel qu’il soit. (franceinter.fr : https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-politique/l-edito-politique-22-septembre-2020

Equilibre et rigidité

Accusé d’autoritarisme, le Président de la République, pourrait aussi, en multipliant les consultations à foison, en prenant le temps de la réflexion, être accusé de ne pas respecter l’esprit des institutions qui appellent à une prise de décisions franches et nettes. L’équilibre est donc précaire et périlleux car s’affrontent deux réalités diamétralement opposées et d’essence qui le sont tout autant : un cadre constitutionnel défini et une crise sanitaire sans précédent. Concilier les deux relève, ici ou ailleurs, de la gageure. In fine, il apparaît en filigrane que le coupable de l’irritation montante, liée à la privation de libertés, à la succession de mesures toujours plus contraignantes toutes incarnées par un seul homme qui en décide les contours et l’application, trouve peut-être plus son origine dans la raideur et la rigidité de nos institutions que dans celui qui les applique. Certes ces dernières pourraient être engagées de manière plus souple, de sorte à limiter tout conflit, et cette méthode revient à celui qui en a la charge nonobstant son appréhension personnelle de l’exercice. Mais la crise sanitaire qui finira par s’éteindre, doit aussi être l’anti-chambre d’une réflexion à porter sur nos institutions, sur le caractère que nous souhaitons leur donner et surtout sur les méthodes à employer pour l’appliquer au mieux dans une logique de concorde républicaine.

Le covid, un vaccin et du cynisme

Alors que la Russie frappe à la porte de l’Union européenne en proposant un vaccin anti-covid-19, le sérum offre à Vladimir Poutine la possibilité de réintégrer le jeu diplomatique européen. Non sans une malice ironique.

Spoutnik V. Voilà le nom, pour le moins iconoclaste, donné par les Russes au vaccin sorti de l’Institut Gamaleya, présenté comme efficace à 91,6% contre la Covid-19 et susceptible d’enrayer l’épidémie de covid-19. Par les temps qui courent, d’aucuns l’auraient assimilé à une nouvelle encourageante préambule à une série de commandes à même de diffuser dans les meilleurs délais le sérum. D’autant que de l’avis de nombreux épidémiologistes, le Spoutnik V est fiable et facile d’utilisation. Seulement toutes ces qualités ne suffisent pas à convaincre les Européens, la France en tête et à contre-pied des Allemands plus ouverts à une prochaine utilisation (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/planete/article). La question qui se pose à ce jour est donc de savoir quels obstacles se posent à l’utilisation de ce vaccin sur le sol européen et français en particulier ? A vrai dire, il est inutile d’aller chercher d’autres explications ailleurs que dans la diplomatie russo-européenne. Les relations entre l’Union et la Russie, et en particulier la France et la Russie, marquées par une fraîcheur digne des grandes heures de la Guerre Froide expliquent les réticences européennes.

De Navalny à la Syrie

En premier lieu, l’affaire Navalny, opposant au Président Vladimir Poutine et défenseur des Droits de l’Homme en Russie, figure au rang des motifs de refroidissement des relations entre Europe et Russie. A quoi s’ajoute aussi l’ingérence plus ou moins affichée de Moscou dans la crise syrienne qui entre dans sa dixième année et dont l’Europe et la France ont été écartées du fait de leur inertie et de leur incapacité à s’imposer face à Bachar El-Assad. Certes d’aucuns encore et à raison argueront du fait que le vaccin russe n’a pas été homologué par l’Agence européenne des Médicaments (AEM), offrant aux plus réticents une marge de manœuvre inespérée mais qui reste ponctuelle et temporaire. Car si l’AEM devait donner son agrément, peu de prétextes sauf purement diplomatiques pourraient entraver l’utilisation du vaccin. Passées les arguties diplomatiques, il n’est pas non plus à exclure la vexation française consécutive à l’incapacité de l’industrie pharmaceutique hexagonale à créer son propre vaccin. Et si recourir à un vaccin étranger ne semble pas heurter l’orgueil national, en revanche utiliser un vaccin russe dépasse l’entendement au sein de l’exécutif. Céder reviendrait à remettre Vladimir Poutine dans le jeu diplomatique européen quand refuser est assimilé à une forme de rétorsions diplomatiques suite à l’emprisonnement d’Alexei Navalny, au mépris affiché par Vladimir Poutine face aux protestations européennes, et plus largement aux protestations globales des européens consécutives à la politique intérieure ou extérieure russe.

Temps et urgence sanitaire

Réfugiée derrière ses principes humanistes, la France et l’Union européenne, qui ne cache plus ses divisions face à l’option du vaccin russe, tient donc tête à Moscou. Mais pour combien de temps ? (lefigaro.fr : https://www.lefigaro.fr/conjoncture) Le cynisme russe prend ici toute sa dimension. Car, en disposant d’un vaccin reconnu par beaucoup comme efficace, d’un allié de poids, ici l’Allemagne qui n’exclut pas d’y recourir, Vladimir Poutine met dans la balance du pragmatisme la possibilité d’immuniser des milliers de personnes contre des principes, essentiels et non-négociables pour toutes démocraties qui se respectent, dont la portée et la teneur risquent de s’étioler devant l’urgence sanitaire qui s’accroît. Vladimir Poutine dessine ainsi une forme de géopolitique sanitaire fondée non pas sur la puissance économique ou militaire mais sur la nécessité vitale de sauver des vies humaines au prix de principes auquel lui n’adhère pas spécialement. Et ce vaccin, opportunément nommé Spoutnik comme le premier satellite soviétique lancé en octobre 1957, de permettre à Poutine de remettre un pied dans le jeu diplomatique européen.

L’eau qui dort

Entre lassitude et résignation, Français et Européens subissent dans un silence presque inquiétant contraintes et restrictions qu’impose la propagation de l’épidémie de covid-19. Mais jusqu’à quand ?

Entre obligation et nécessité, le nouveau confinement, qui refuse d’être présenté comme tel et ce pour des raisons tenant plus de la communication politique que de l’amour de la syntaxe, suscite une question qui relève de l’évidence tant celle-ci se veut pressante : A qui le tour désormais ? D’atermoiement en hésitations, le gouvernement a pris le temps pour reconfiner près de douze millions de personnes résignées à accepter de nouvelles contraintes pour endiguer la progression de l’épidémie. Mais l’interrogation qui persiste, suscitée par la première, est aujourd’hui de savoir à quelle vitesse et dans quel espace géographique l’épidémie va-t-elle se développer. A vrai dire, depuis plus d’un an désormais, l’épidémie de coronavirus a souvent déjoué les pronostics la concernant sauf celui de sa progression, entraînant un bouleversement de toutes les projections dont il a fait l’objet. Des scientifiques alarmistes qui auraient volontiers cloîtré toute la population pendant six mois depuis le mois de novembre 2020 au gouvernement terrorisé à la seule idée d’une catastrophe économique et financière en cas de reconfinement massif et total, les Français (et d’autres au regard des mesures prises dans les pays frontaliers) ont finalement appris à vivre avec un virus qui imprime son rythme et son tempo.

Vaccination et habileté

Convaincus qu’ils finiront par voir la pandémie s’essouffler sous le coup d’une vaccination de masse, nombre de Français et d’Européens avouent cependant leur lassitude. Cette même lassitude, parfois doublée de premiers signes d’agacement (lesechos.fr :https://www.lesechos.fr/politique-societe) , nourrie par l’absence d’échéance fixe ou avancée sur la fin de l’épidémie, à défaut sur les premiers effets des campagnes de vaccination, génère une forme silence que d’aucuns jugeraient inquiétant. Car en vertu de l’adage populaire qui veut qu’il faut se méfier de l’eau qui dort, les citoyens européens, Français compris, patients et compréhensifs, pourraient certainement se montrer moins tolérants à l’endroit du pouvoir si la crise sanitaire devait encore se prolonger ou pire, si elle devait engendrer un nouveau confinement, fut-il entouré de toutes les précautions de syntaxe qui viseraient à en déformer la forme mais pas le fond. N’hésitons pas à le dire, tous les pays confrontés à la pandémie, sont face à une situation inédite capable de générer des réactions inédites (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/societe/article). Alors que se profilent de nouvelles échéances électorales qui seront, consciemment ou inconsciemment, influencées par les résultats des campagnes de vaccination et plus largement de la gestion de la crise sanitaire, il convient pour nombre de gouvernement de faire preuve d’une habilité jusque là inconnue pour anticiper un avenir incertain et potentiellement explosif. Le degrés d’acceptabilité et la capacité de résilience des populations mis à rude épreuve depuis plusieurs mois pourraient ainsi atteindre son point ultime ce qui, in fine, est certainement le plus dangereux. Non que la guerre civile menace, loin s’en faut, mais une remise en question des protocoles de gestion de crise, de ceux qui les ont imaginés et de ceux qui les ont appliqués n’est pas à exclure. Et c’est bien là que réside le risque pour ceux qui à ce jour sont chargés de gérer l’inédit qui le restera jusqu’à son terme.

La guerre et la honte

La crise syrienne entre dans sa onzième année. Sans l’ombre d’une solution politique ou diplomatique, elle révèle surtout l’inertie coupable et les atermoiements pleutres des nations occidentales au profit du régime syrien et de Vladimir Poutine, président de la Russie.

Il est des anniversaires que l’on n’aimerait pas avoir à célébrer. Celui de la guerre civile syrienne en fait partie. Et pour cause. Marqué par des milliers de victimes et par l’obstination criminelle de Bachar El-Assad convaincu de son bon droit, ce conflit ensanglante depuis dix ans désormais le Proche-Orient qui a rarement été aussi fragile, ébranlé lui aussi par la pandémie (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/m-le-mag). Mais au-delà de cette guerre qui n’en finit pas, le conflit syrien met aussi en évidence toute l’inertie coupable et les atermoiements pleutres de la communauté internationale. Cette dernière, France en tête, qui n’a cessé de pousser des cris d’orfraie devant les crimes commis par le dictateur syrien et ses alliés objectifs ou de circonstances, à savoir Etat islamique et Russie, a surtout brillé par son incapacité à agir collectivement. Plus simplement, la crise syrienne a révélé nombre de carences et de réalités diplomatiques que beaucoup voulaient délibérément ignorer. Parmi elles, les limites de la diplomatie et de l’armée françaises, incapables par le dialogue ou par l’action armée de faire plier une Syrie qui aurait, d’un point de vue militaire, représentée un adversaire solide et des plus dangereux si un déploiement tactique d’envergure avait été engagé.

Naufrage et intérêts

Et l’Union Européenne d’avoir sombré elle aussi dans le naufrage diplomatique qu’est cette crise syrienne, naufrage interrogeant aussi sur les capacités de l’Union à faire face dans des situations analogues. Autre élément révélé par la crise, la volonté des Etats-Unis de progressivement se retirer des théâtres d’opération où la vie de ses forces armées auraient potentiellement été en jeu. Cet isolationnisme latent, basé sur la doctrine Monroe (du nom du président des Etats-Unis qui l’a initiée en 1821) n’est d’ailleurs pas né sous le mandat de Donald Trump, mais sous celui de Barack Obama, au lendemain de la déconfiture irakienne. Parallèlement, il était d’ailleurs inimaginable pour les Etats-Unis ou ses Alliés d’armer la rébellion syrienne, préférant éviter le risque de voir des fractions armées se retourner un jour contre leurs anciens amis, comme ce fut le cas en Afghanistan quand les Etats-Unis armèrent les talibans pour lutter contre l’envahisseur soviétique au début des années quatre-vingt. Enfin, cette crise a aussi révélé la capacité de la Russie a réintégrer la scène diplomatique et géopolitique en faisant valoir ses intérêts syriens.

Mare Nostrum et vaccins

Le port de Tartous, excuse suprême et plutôt facile avancée par les Russes pour légitimer leur ingérence dans le conflit, a été, et est encore, pour Vladimir Poutine, le meilleur moyen de toiser les nations occidentales en leur amputant un bout de leur Mare nostrum qu’est la Méditerranée. Dix ans de crise ont suffi à mettre à nu bien des travers et des fragilités des nations occidentales d’autant plus criantes aujourd’hui, certes dans un autre registre (et en évitant toute analogie gratuite), face à la pandémie de coronavirus. Constat dressé, il convient donc d’imaginer l’après Bachar El-Assad. Mais, là aussi, un autre constat s’impose, une simple réflexion sur la question, a fortiori la réponse, a-t-elle été engagée ? Certainement dans les cabinets silencieux et feutrés des chancelleries. Mais pour l’heure, c’est la question des vaccins qui domine pour des questions sanitaires impérieuses. (lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/monde) Et pour rappel, la crise syrienne est aussi une question sanitaire impérieuse mais avant tout humanitaire.

La Terre ou le Ciel

L’Iran chiite se tourne vers le Saint-Siège. Préambule à un repositionnement politique du pays sur la scène internationale? Crédits : Jackson David.

La rencontre entre l’ayatollah iranien Ali Al-Sistani et le Pape François a posé les bases d’un nouveau dialogue entre les deux religions n’en déplaise aux extrémistes islamistes marginalisés, à l’image de Reda Kriket, par l’entrevue des deux dignitaires religieux.

Quel abysse sépare le Pape François de Reda Kriket, actuellement présenté devant la cours d’assise spéciale de Paris pour un projet d’attentat déjoué in extremis, le 24 mars 2016 ? La réponse tient certainement dans le mot même. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/police-justice) Alors que le Pape François, de retour d’Irak après avoir rencontré l’ayatollah Ali Al-Sistani, représentant la plus haute autorité religieuse iranienne, marquait un rapprochement notable et noté entre monde chrétien catholique et monde musulman chiite, Reda Kriket déclarait ne vouloir reconnaître que la loi divine dans son procès alors que l’homme encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Au-delà de la fracture existante, c’est véritablement l’incapacité des extrémistes islamistes, rares au demeurant à la surface de la Terre et ramené au nombre total de musulmans, à comprendre que l’islam est une religion tout à la fois plastique et malléable, capable de se fondre sans mal dans les sociétés contemporaines.

Intégration et acceptation

Arc-boutés sur des considérations religieuses désormais anachroniques avec le monde contemporain bercé de mondialisation et d’intégration économique, les islamistes de toute obédience semblent s’enfermer dans des logiques exclusives dont tendent à se détacher les franges les plus rigides de l’islam, comme le prouve la rencontre et les échanges intervenus entre l’ayatollah Ali Al Sistani et le Pape François (la-croix.com : https://www.la-croix.com/Religion) Ayant acquis la certitude que le dialogue était la seule option préalable et essentielle à toute démarche de compréhension mutuelle, l’un et l’autre ont donc accepté d’avancer plutôt que de rester sur leurs positions respectives voire de reculer. Indépendamment de l’aspect politique que revêt cette rencontre ainsi que des effets positifs qu’elle peut nourrir dans le dialogue entre les deux religions monothéistes, bien plus proches historiquement et idéologiquement l’une de l’autre que présentés par les islamistes, elle entérine surtout le principe d’une acceptation mutuelle de l’altérité religieuse dans un monde ou le fait religieux est incontestablement sur le reculoir. Faut-il ainsi voir dans la rencontre entre les deux dignitaires religieux un rapprochement tactique en vue de relancer la pratique cultuelle, notamment du côté chrétien ? L’explication serait par trop simple alors qu’y voir la décision commune d’enterrer les reliquats jaunis de Croisades ancestrales aujourd’hui vides de sens serait plus juste. Autre aspect de cette rencontre qui fera date dans l’histoire de la chrétienté latine et de l’islam, la volonté, essentiellement partagée par Ali Al-Sistani, de présenter un visage moderne et contemporain d’un pays, l’Iran, en marge du concert international.

Carte diplomatique et dogme figé

Mais à l’heure où la politique étrangère nord-américaine semble se radoucir au contraire de celle de la Chine qui semble elle prendre des accents plus fermes, l’Iran sait avoir une carte diplomatique à jouer en se repositionnant comme une puissance régionale capable de maîtriser même à distance les velléités terroristes des islamistes les plus fanatisés. Soucieuse de pouvoir mener à terme son programme nucléaire, l’Iran sait qu’apaiser les tensions religieuses et politiques, surtout lorsque les deux se lient, n’est pas inutile. Un rapprochement avec le Saint-Siège peut ainsi représenter une entrée en matière appréciée des Occidentaux toujours frileux à se nouer d’amitié avec une puissance capable de téléguider tel ou tel attentat. Dans ce contexte, les déclarations de Reda Kriket, que d’aucuns jugeraient ahurissantes et totalement déconnectées de la réalité, apparaissent presque comme anecdotiques au regard des enjeux qui se jouent ailleurs. Et la position de celui-ci d’interroger sur la conception de la modernité des extrémistes religieux, islamistes ou non par ailleurs. Car en revenant sur la notion de plasticité de l’islam, il apparaît évident que cet individu et ces comparses d’infortune n’ont a aucun moment de leur parcours pensé l’islam tel un élément constitutif des société contemporaines mais au contraire comme un dogme figé dans le temps incapable d’évoluer et de s’adapter à son environnement. Restés trop religieux pour ne pas devenir plus politique, voilà le constat que l’on pourrait dresser de ces individus enfermés dans des conceptions mortifères d’une religion, répétons-le, plastique et soluble dans nombre de régimes politiques. Pour l’heure, les progrès accomplis par le Pape François et l’ayatollah Ali Al-Sistani posent les bases de nouveaux échanges défaits de méfiance et de crainte, bercé par l’espoir de voir la détente se poursuivre.

Une pandémie si politique

A un an de l’élection présidentielle, le Président de la République Emmanuel Macron prend le pari de politiser la pandémie de coronavirus en dépassant son statut sanitaire. L’intégrer dans son bilan pourrait ainsi être une clef de voûte de son programme. Explications.

Plus qu’un problème sanitaire, la question de la vaccination de masse, et plus largement de la gestion de pandémie de coronavirus, est aujourd’hui devenue un enjeu politique sur lequel nombre de gouvernants seront probablement jugés. La capacité pour un pays et le gouvernement qui lui est associé, quels qu’ils soient, à organiser une campagne de vaccination met de fait en évidence plusieurs éléments qui relèvent tant de sa puissance que son degrés d’évolution. En France, les atermoiements qui ont précédé la situation actuelle ont été très mal appréhendés par l’opinion publique qui ne comprenait pas, et à raison, les retards accusés au regard de la gravité de la situation. La question qui se pose ainsi est donc de savoir si cette même opinion en tiendra grief au Président de la République qui avant l’arrivée du vaccin avait fait le pari que le pays apprendrait à vivre avec le virus.

Critiques et dysfonctionnements

Parallèlement, en décidant de ne pas reconfiner de manière dure (lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/politique-societe/) à l’image de ce qui avait été entrepris en mars-avril 2020, l’Elysée fait du covid-19 non plus un problème sanitaire mais bel et bien un enjeu politique. A quelques mois de l’élection présidentielle d’aucuns reconnaîtront que le pari est risqué mais a au moins l’avantage de poser le Président de la République, du moins est-ce son intention, en véritable décideur de la nation, coupant et tranchant dans le vif sans se soucier des commentaires ou des oppositions. Partant du principe que le coronavirus ne rythmera éternellement pas l’existence des Français et que sa gestion figurera au rang des critiques qui lui seront adressées, Emmanuel Macron a pris le parti d’intégrer la gestion de la crise sanitaire comme un élément constitutif de son bilan. Et le Président de la République de le présenter non comme une fatalité qui s’est abattue sur le pays mais comme un révélateur des dysfonctionnements de notre système de santé, des difficultés rencontrées par les étudiants et mises en évidence par la pandémie, du malaise des soignants,….Autant de réalités que le chef de l’État, candidat à sa succession a passé au prisme de la politisation pour ne plus en faire des faiblesses de son mandat actuel mais des forces d’un potentiel mandat futur.

Rebond et urnes

Il serait alors peu crédible de l’accuser ne pas avoir su tirer un enseignement d’une crise à l’envergure internationale dans laquelle la France est plongée. Pour autant, avancer que la nation sera en mesure de se reconstruire sur les effets de la pandémie ne répond pas nécessairement à la situation actuelle notamment au regard d’un possible rebond sévère de l’épidémie qui étoufferait un système hospitalier au bord de l’asphyxie, des établissements scolaires amenés à jongler avec des formules d’enseignement entre distanciel et présenciel, des entreprises poussées au télétravail et une économie éreintée par près d’un an de yo-yo entre reprise d’activité et reconfinement (la-croix.com : https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique) Il s’avère donc à l’aune de ce constat que le pari est des plus risqués car le Président de la République sera le seul à être jugé dans les urnes pour la gestion. Pourtant si ses opposants ne pourront que l’accabler de reproches, lui pourra avancer un ensemble d’actes. Et à treize mois du premier tour de l’élection présidentielle, cet ensemble d’acte constituera une partie du bilan du quinquennat. Car après la crise sanitaire, la politique reprend le dessus…

Débat à haut risque sur l’islamo-gauchisme

Le débat suscité par les propos du Ministre délégué à l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, sur la réalité de l’islamo-gauchisme à l’Université expose l’exécutif à une polémique porteuse de risques politiques élevés. Explications.

Voilà un débat aux accents polémiques, dont Emmanuel Macron se serait volontiers passé à quatorze mois du premier tour de l’élection présidentielle prévue en avril 2022. Non que celui-ci ne soit pas en mesure de l’affronter et de l’éteindre sans délais, mais le débat sur la diffusion supposée de l’islamo-gauchisme dans les rangs de la communauté universitaire revêt tous les ingrédients du piège politique. (lire le parisien.fr : https://www.leparisien.fr/politique) Pour autant, avant d’aborder les différentes facettes du piège en question, une définition de l’islamo-gauchisme, notion clivante, active et réelle pour certains, notamment dans les milieux d’extrême-droite, brillant par sa vacuité pour d’autres qui n’hésitent pas à dénoncer un abus de langage, s’impose. Textuellement donc l’islamo-gauchisme est un néologisme désignant une proximité supposée entre idéologies et partis de gauche et milieux islamiques ou islamistes. Composé des termes islam et gauchisme, le terme est également utilisé pour symboliser une ligne de fracture politique sur les causes du djihadisme.

Socle et espace d’expression

Définition posée, pourquoi le débat ouvert par Frédérique Vidal, Ministre déléguée à l’enseignement supérieur, suscite-t-il tant d’inquiétudes dans la majorité et la ire des milieux universitaires ? La réponse réside d’abord dans la situation globale à laquelle l’exécutif doit aujourd’hui faire face qui n’a aucune envie de devoir affronter d’une part la communauté scientifique, en partie socle de son électorat, et, d’autre part, encore moins l’envie de devoir se lancer dans une analyse sur le poids et l’influence de l’islamisme en France. Sujet sensible, la question de l’islamisme associé à une potentielle complicité tacite des milieux universitaires à son endroit au regard de certaines thèses avancées par celui-ci, n’est en rien au programme du candidat Macron. Alors que l’exécutif cherche à tout prix à s’extraire de la crise sanitaire sans recourir à un nouveau confinement tout en contenant les dégâts économiques occasionnés par les mesures de restrictions liées à la pandémie, un débat, ne serait-ce que superficiel sur la question de l’islamo-gauchisme serait une perche tendue aux milieux d’extrême-droite et notamment à sa principale rivale, présentée comme telle en tous cas, Marine Le Pen qui trouverait là un espace d’expression presque béni.

Probabilité et institutionnel

Faible et mal informée sur les questions d’ordre économique, la président du Rassemblement National pourrait facilement user dans ce débat des thèses complotistes qui nourrissent le discours d’extrême-droite, discours sur lequel Emmanuel Macron n’a aucune prise car infondé. Mais le risque de devoir se lancer dans une séance d’explication collective visant à dédouaner la communauté scientifique de toute manipulation subie sans désavouer un ministre devenu très encombrant s’avère de plus en plus probable si le feu de la polémique n’est pas immédiatement éteint. Peu de solutions s’offrent finalement au Président de la République. Si le renvoi, par ailleurs probable, de la Ministre en question en est une (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/societe/article), elle ne fera que satisfaire la communauté universitaire sans pour autant clore définitivement la discussion. Et si la polémique devait enfler, une intervention du Président ou du Premier Ministre s’avérerait nécessaire au risque de donner au débat une tournure institutionnelle aux conséquences lourdes. In fine, le débat ouvert par Frédérique Vidal, pertinent ou pas, pose l’exécutif face à la fronde des universitaires et à une question qui appelle une réponse rapide au risque de rester accroché au semelles du Président.

Ambiguïtés africaines

Alors que se pose la question du retrait des forces françaises de l’opération Barkhane au Sahel, les ambiguïtés de la France au regard de ces anciennes colonies émergent aussi. Explications.

Ancienne puissance coloniale, la France a souvent eu, depuis l’indépendance de celles qui furent ces possessions africaines, une attitude des plus ambiguës. Entre volonté d’émancipation et coopération dissimulée sous une forme d’ingérence qui ne voulait pas dire son nom, Paris a vu, et voit encore, dans les pays d’Afrique de l’Ouest en particulier, tout à la fois un ensemble de partenaires économiques et un espace-tampon sensé protéger la France contre la mouvance islamiste ayant pris place dans le Sahel. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/afrique/article) L’opération militaire Barkhane, initiée par l’ancien président de la République François Hollande en 2013 en vue de sécuriser la zone au regard de la présence de milices islamistes radicales à même de menacer le territoire national, est ainsi aujourd’hui source d’interrogations de la part de l’Etat-Major français mais aussi des pays concernés, à savoir le G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad).

Partir ou rester

En redessinant les lignes de forces géostratégiques du Sahel, l’action de la force française qui s’est progressivement étendue au-delà des frontières fixées par la mission initiale qu’était le Nord Mali, a mis en exergue toute la complexité du règlement de la question du terrorisme islamiste. Et les questions sur l’utilité de la présence française de se poser avec acuité. Financièrement et humainement coûteuse, dépassée géographiquement, l’opération Barkhane porte en elle toutes les ambiguïtés de la politique africaine de la France : Laisser les puissances du G5 gérer la sécurité de la zone concernée en acceptant de fait de perdre la maîtrise des opérations et de ses objectifs ; maintenir la présence des forces françaises au risque de voir émerger une sorte de néocolonialisme. L’ambiguïté initiale se transforme alors en problème cornélien attisé par une opinion publique hexagonale de moins en moins encline à accepter une opération militaire coûtant près d’un milliard d’euros par an indépendamment des pertes humaines de l’ordre de 50 soldats tués à ce jour. (vingtminutes.fr : https://www.20minutes.fr/monde) Car la multiplication des pertes humaines dans un contexte de lutte contre le djihadisme au sein d’un espace sahélien éloigné de la France, interroge aussi une opinion publique prompte à questionner la pertinence d’une telle opération. Lancée sur le postulat d’une lutte contre les mouvances islamistes sur leur propre territoire, l’opération Barkhane s’est alors vite transformée en une guerre décentralisée menée par la France sur un continent sensible, exposant l’Hexagone a un conflit long et complexe, sans véritable porte de sortie si ce n’est confier au G5 la gestion des opérations sans garantie, aujourd’hui ou demain, que la menace terroriste s’éteigne.

Sphères culturelles et pandémie

Politiquement risquée, au regard des enjeux humains ou financiers qu’elle révèle, l’opération Barkhane a tout du cadeau empoisonné. Car derrière la volonté d’éradiquer le terrorisme islamiste dans ses bases initiales, un autre élément est venu ternir la pertinence de cette opération. Les récents attentats perpétrés sur le sol français non par des individus fanatisés issus du Sahel mais par des hommes occidentalisés ou proches des sphères culturelles occidentales ont remis en question la nécessité de mener un conflit loin de ses bases. En outre, dans un contexte de pandémie liée au covid-19, d’autres priorités semblent se dégager au sein de l’opinion et de l’exécutif. Est-ce à dire que la force Barkhane va cesser ses opérations pour un retour imminent ou programmé ? Les thèses avancées ne plaident pas en faveur de cette solution. Mais une possible redéfinition de la mission, un recentrage de son action géographique et une plus grande latitude accordée au G5 Sahel pourraient vraisemblablement être envisagés afin de limiter les effets d’une opération à la popularité décroissante et à l’efficacité sinon contestée du moins entourée d’un halo de doutes jusqu’à présent tus. Mais pour combien de temps ?

Les casseroles de Birmanie

La lutte pacifique du peuple birman pour le retour de la démocratie invite à s’interroger sur la confrontation de deux cultures, occidentales et asiatiques, face à l’oppression et la violence.

Entre lutte pour la démocratie et combat contre l’épidémie de coronavirus, le peuple birman a choisi la première option. Alors que la planète entière se débat dans une course effrénée pour obtenir dans les meilleurs délais les vaccins salvateurs, la Birmanie, fait face à la junte militaire qui s’est emparée du pouvoir via un coup d’État fomenté depuis plusieurs mois. Poussant le chef de l’État de cette nation du sud-est asiatique de 53,7 millions d’habitants, Aung San Suu Kyi en résidence surveillée, les nouveaux maîtres de la Birmanie entendent ainsi rétablir l’ordre et la discipline dans un pays qui, selon eux, en manquait. L’avenir dira si ce coup d’État, pour l’heure des plus contestés tant au sein du pays qu’à l’échelle internationale, se concrétisera définitivement par la mise en place d’un régime militaire.

Force et violence

Mais au-delà des réactions internationales suscitées par l’évènement, c’est surtout l’enthousiasme et la ferveur du peuple birman qui a surpris et surprend encore. En organisant une résistance civile pacifique, où la violence est bannie à des fins de crédibilité du mouvement, les Birmans donnent une leçon au monde entier en démontrant qu’à la force ne peut répondre la force. (lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/monde/) Par les manifestations organisées dans les rues de Rangoon, capitale économique du pays, et partout sur l’ensemble du territoire, les Birmans défendent un idéal démocratique devant la junte est impuissante car dans l’incapacité de s’appuyer sur une quelconque forme de violence. Masques sur le visage afin de respecter les consignes sanitaires et éviter la propagation du virus, les Birmans, solidaires et déterminés, réinventent le principe de la contestation en opposant à la brutalité un pacifisme que nombre de pays ont oublié. Convaincu de la justesse de sa cause, le peuple birman, nourri par des principes démocratiques auxquels il est viscéralement attaché, défile en frappant des casseroles, épousant ainsi la mystique populaire qui prétend que battre le métal de ces ustensiles éloignent les esprits. D’aucuns souriraient de cette pratique, la jugeant puérile et infantile et totalement déconnectée de ce qu’appelle une telle situation.

Cultures occidentales et rohingyas

Pourtant, elle met en évidence toute la culture pacifique asiatique, celle où prévalent sagesse et réflexion, a contrario des cultures occidentales promptes à l’affrontement souvent brutal et facteur d’inertie. Si rien ne permet d’avancer que la tactique des manifestants finira par aboutir à un retour de la démocratie et à la libération de Aung San Suu Kyi, le combat mené par ces derniers ne peut qu’inspirer un respect qui dépasse celui dû à tous les peuples défendant la démocratie et les libertés fondamentales. Dans une nation pourtant longtemps martyrisée par la dictature, récemment sous les feux de l’actualité en raison des violences commises par l’armée birmane à l’endroit des rohingyas (voir ci-dessous) dans l’Est du pays depuis 2016, la Birmanie semblait évoluer sur le fil du rasoir. Exposant sa démocratie aux agissements nationalistes et xénophobes de l’armée, mis au banc des accusés des nations après avoir enfreint les droits de l’Homme au regard de la question rohingya, la Birmanie a cédé à ses vieux démons. Mais les casseroles sont là ! Qu’elles continuent à raisonner.

Les Rohingyas, un groupe apatride

Les Rohingya ou Rohingyas constituent un groupe ethnique indo-aryen apatride de langue indo-européenne, majoritairement musulman, mais comprenant une minorité de chrétiens et d’hindous. Les Rohingya vivent principalement dans le nord de l’Etat d’Arakan, dans l’ouest de la Birmanie.