Ouvert avec l’objectif de renverser rapidement le régime des mollahs, le conflit mené par Israël et les Etats-Unis tend à s’éterniser posant la question de l’implication de troupes au sol et celle de nations jusqu’alors épargnées mais amenées à y prendre part d’abord défensivement voire plus, potentiellement.
Ce devait être une guerre courte, presque éclair, menée conjointement par deux pays déterminés, Israël peut-être plus que les Etats-Unis, qui mettrait le régime iranien à terre et ouvrirait la voie à une révolte populaire menant à une démocratie souveraine, apaisée et ouverte au monde. Cela devait. Sauf que plus de douze jours plus tard, la République islamique d’Iran, en dépit des bombardements dantesques qu’il subit, résiste toujours. Pis ! L’Iran s’offre même le luxe de bloquer le détroit d’Ormuz, via lequel transite 20 % du trafic de pétrole mondial, et de bombarder à son tour, directement, ou par le truchement de groupes affidés, ses pays voisins dans l’optique d’embraser le Moyen-Orient. Jamais, Donald Trump, convaincu de la puissance de l’armée américaine et Benyamin Netanyahou, n’auraient imaginé que Téhéran puisse résister avec autant de férocité au mépris de son propre peuple, démuni mais rempli d’espoirs de voir chuter la République islamique. Et désormais la question de la durée du conflit de se poser clairement en plus d’un autre constat : L’Iran n’est pas le Venezuela et son influence mondiale autre que celle de Caracas.
Opinions publiques
Or, si la question de la durée se pose, se pose avec elle la nécessité d’entériner ou non, l’envoi de troupes au sol pour abattre définitivement la République islamique. Et il apparaît évident que ni Donald Trump, ni Benyamin Netanyahou n’y sont enclins, leurs opinions publiques respectives non plus. Les précédents irakiens et afghans ayant refroidi les ardeurs de l’Oncle Sam en la matière, Israël est loin d’être en mesure d’envoyer des hommes in situ, Tsahal, étant plus une armée défensive qu’une armée d’occupation à grande échelle. Parallèlement, la politique intérieure ne pouvant être éludée dans cette question, les élections de mi-mandat aux Etats-Unis, sensées renouveler la Chambre des Représentants au mois de novembre, pourraient plus encore pousser le président des Etats-Unis à imaginer une issue rapide et favorable pour éviter un revers électoral à même de le paralyser jusqu’à la fin de son mandat. Cela sans compter sur un mouvement MAGA (Make America Great Again) et un vice-président J.D Vance globalement réservés sur l’intervention en Iran.
Représailles
A ce jour, force est de constater qu’aucune sortie de crise ne se dessine dans un contexte d’envolée du prix du baril de pétrole face auquel Donald Trump a répondu en autorisant l’utilisation jusqu’au 11 avril du pétrole russe saisi en représailles de la guerre opposant la Russie à l’Ukraine. L’opération permettant, au passage à Vladimir Poutine de se poser indirectement en sauveur relatif à la crise pétrolière sous-jacente, tout en infligeant un camouflet à Volodymyr Zelensky qui voit son conflit passer au second rang des préoccupations américaines. L’escalade dangereuse qu’a ouvert le conflit iranien finit d’ailleurs par toucher, en qualité de victimes collatérales, des nations à l’origine non impliquée mais qui par effet de dominos, se voient embarquées dans la confrontation. Dernier exemple en date, la France qui a perdu un soldat près d’Erbil (Kurdistan) via un drone lancé par un groupe pro-iranien décidé à viser les intérêts français. Et que dire des pays du Golfe eux-aussi sous le feu des drones iraniens, impliqués dans un conflit aux conséquences progressivement mondiales et qui échappent à ceux qui l’ont initié.