La potentielle inéligibilité de Marine Le Pen en vue de l’élection présidentielle de 2027 offre au parti d’extrême droite les éléments usuels d’une rhétorique de victimisation tout en permettant tacitement à Jordan Bardella de s’imposer comme le seul candidat valable lors de l’échéance présidentielle.
Les réquisitions portées par les avocats généraux à l’encontre de Marine Le Pen lors du procès en appel des assistants parlementaires, indûment employés et rémunérés par le Rassemblement national aux dépends du Parlement européen, serviront sans nul doute au parti d’extrême droite dans sa logique de conquête du pouvoir suprême. Rompu aux exercices rhétoriques visant à présenter le parti comme une victime de la justice, il est fort probable que le Rassemblement national use à nouveau de ce discours nourri de victimisation et de complotisme ourdi à son endroit pour le pousser au silence.
Pacte républicain
La mécanique, rodée depuis l’apparition du parti sur la scène politique dans les années soixante-dix, continue, relayée par la complosphère fort active sur les réseaux sociaux, à faire florès en dépit de la réalité des faits tendant à prouver la culpabilité des prévenus, ici Marine Le Pen. Or, il est inquiétant de constater combien, indépendamment de ce discours, le parti d’extrême droite continue à attirer à lui militants et sympathisants peu regardant sur les faits mais plutôt séduits par les personnalités qui incarnent les idées défendues par ce parti. Trait caractéristique du monde politique aujourd’hui, le capital – sympathie dégagé par un individu compte plus que les idées qu’il défend, et ce même si ses idées tendent à rompre le pacte républicain et social qui unit la nation. Et le président du Rassemblement national de profiter de cette tendance croissante dans l’opinion tout comme de la potentielle inéligibilité de Marine Le Pen pour, faussement modeste et dévot à l’endroit de la triple candidate à l’élection présidentielle, avancer ses pions en vue de 2027. Le calcul, que certains qualifieraient de machiavélique, ne relève en réalité que du simple opportunisme, Jordan Bardella, puisqu’il s’agit de lui, surfant sur la déliquescence de la pensée politique, les ennuis judiciaires de Marine Le Pen et l’inversion du processus d’élection d’un candidat reposant désormais plus sur la sympathie de ce dernier que sur son programme. Signe des temps et condamnation judiciaire définitive possible constituent pour l’homme pressé de la politique un alignement des planètes, non pas inédit, mais qu’il s’empressera d’utiliser à son profit, grillant la politesse à l’ancienne candidate. D’aucuns y verraient un cynisme sans limite mais la politique se construit aussi, à tort ou à raison, sur des sentiment humains peu flatteurs, de bas instincts que l’on condamne tous sauf ceux qui savent en profiter.