Si la condamnation par la Cour d’appel de Paris a poussé Marine Le Pen à se présenter, non sans risque, à l’élection présidentielle de 2027, la présence en embuscade de son discipline devenu encombrant Jordan Bardella, l’a certainement motivée plus encore afin de ne pas être balayée par la popularité de ce-dernier.
Au lendemain de la condamnation de Marine Le Pen, l’avalanche de commentaires sur sa décision de se présenter, sous le coup d’un pourvoi en Cassation, ne cesse d’alimenter la chronique politique nationale qui n’aura de cesse de se remplir jusqu’au printemps 2027. D’aucuns de rappeler que si, Marine Le Pen est élue, elle bénéficiera de l’immunité présidentielle dévolue au chef de l’État, que la Cours de Cassation pourrait casser la décision de la Cour d’Appel et imposer le port du bracelet électronique qui la contraindrait à mener campagne avec le bracelet en question et potentiellement d’entrer à l’Elysée avec. Ubuesque ou non, grotesque ou non, en totale contradiction avec son discours sur l’indispensable probité des hommes et des femmes politiques, consciente de fouler du pied la justice de la République, Marine Le Pen a décidé de se présenter. Pour autant, la raison, et certainement la plus valable de toute, qui l’a poussée à se présenter se situe dans son entourage propre, à savoir son dauphin, Jordan Bardella.
Ambitions et vague
Favori des sondages, populaire au sein de l’électorat du Rassemblement national, notamment dans ses composantes les plus jeunes, proches des milieux d’affaires et des grands patrons français, bien plus libéral que ne l’est la candidate aujourd’hui déclarée, qui a cependant annoncé qu’elle ferait de Jordan Bardella son Premier Ministre en cas de victoire, ce-dernier se voit aujourd’hui contraint de ranger ses ambitions présidentielles et de soutenir Marine Le Pen. Cruel dilemme pour cet homme pressé, accompagné d’un princesse de sang royal, tombée à point nommé pour crédibiliser le jeune et prétentieux carabin qu’il était en homme mature et responsable. Car Marine Le Pen l’a bien compris, si d’aventure, elle avait laissé Jordan Bardella se présenter, condamnée ou pas, son avenir politique était définitivement scellé. Incarnant en quelque sorte les courants ancestraux et fondateurs du Rassemblement national, anciennement Front National, Marine Le Pen est pleinement consciente que la vague Bardella l’aurait submergée et engloutie. Et la promesse d’en faire son Premier Ministre en cas de victoire n’est finalement que le moyen de retarder une échéance inéluctable tout en plaçant l’ambitieux sous sa coupe toute relative. Pour autant, ce potentiel os à ronger ne suffira pas. Car les désaccords et les divergences entre les deux sont nombreux et ne manqueront pas de resurgir durant la campagne.
Emancipation
La question des retraites, de l’augmentation des salaires et des traitements, des taux de TVA ajustables,…Autant de questions qui séparent les deux rivaux mais officiellement toujours amis et complices politiquement parlant. Hélas pour Marine Le Pen, le disciple s’est émancipé et a pris son destin en main, quand bien même cette émancipation devrait le conduire à s’éloigner de Marine Le Pen, ce qui serait pour cette dernière la pire des choses, car elle devrait se priver de la popularité de celui-ci. D’ailleurs, un constat s’impose et il ne manque pas de cruauté pour l’héritière de Jean-Marie Le Pen : elle est aujourd’hui Jordano-dépendante et les affaires judiciaires dans lesquelles elle est impliquée apparaissent finalement presque comme accessoires tant la sphère politique aujourd’hui méprise la justice et ses décisions. Car une affaire judiciaire peut ralentir, même interrompre une carrière politique mais laisser filer un rival issu de son propre camp peut s’avérer encore plus dangereux. Après tout César, n’aurait jamais pensé que Brutus porterait aussi le glaive contre lui.