Une défaite rassurante ?

Ballon butPour qui le football n’est pas un centre d’intérêt, la défaite du Paris Saint-Germain le 12 avril dernier face à Manchester City en quart de finale de la Ligue des Champions est un non événement. Pour ceux qui en revanche nourrissent une certaine appétence pour ce sport, la défaite en question est de nature à soulever nombre de commentaires et réflexions. Et passées les considérations tactiques propres au jeu, en voilà un parmi tant d’autres. Ainsi, au regard du budget présenté en début de saison par le club de la capitale, soit peu ou prou 490 millions d’euros, l’élimination à ce stade la compétition peut s’avérer comme dramatique d’un point de vue économique et financier, pour in fine relever de l’accident industriel tant les attentes étaient grandes. Car aujourd’hui, le sport, en règle générale et le football en particulier, est soumis à des impératifs de retour sur investissement qui dictent la conduite que les principaux acteurs, ici les joueurs, doivent tenir. Salariés d’une entreprise à objet sportif, les footballeurs professionnels doivent gagner même si, les faits le prouvent, ils sont d’abord rétribués pour jouer au football. Pour gagner donc, de considérables moyens sont déployés avec pour finalité déclarée : atteindre l’objectif sportif visé, objectif source de nouvelles perspectives économiques, voire politiques dans certains cas.

Coût et corollaire

Au chapitre des moyens donc : joueurs de renommée planétaire enrôlés à grand renforts médiatiques, salaires dépassant le simple entendement, structures d’entraînement au luxe et au confort sans commune mesure,….A cela s’ajoute, un entraîneur réputé ou au passé sportif lourd de succès incontestables, un suivi médical de tous les instants, des séances d’entraînement sur-mesure, une cellule de communication omniprésente, des cours de média-training (pour éviter que les joueurs ne s’égarent devant les journalistes…),…Or, tout ceci a un coût. Prétextant l’amour du beau jeu et l’envie de ravir ses supporteurs, les clubs en question, qui ne sont pas si nombreux à pouvoir aligner un tel budget, attendent cependant que les investissements consentis se traduisent par des résultats probants. Mais les faits sont là : parfois cela fonctionne, parfois non. C’est le lot de la glorieuse incertitude du sport. Et par cette expression consacrée, qui fleure bon un romantisme suranné, nous entrons dans un univers qui échappe complètement aux dirigeants de clubs de football actuels (entendez les très grands clubs) pour qui la victoire est le corollaire naturel et évident de tout investissement. Pourtant, ces derniers doivent en avoir conscience, le sport, fût-il soutenu par des moyens financiers colossaux, reste du sport, pratiqué par des hommes faillibles que l’argent ne rendra par parfait. Cette notion, qui met en évidence la faiblesse naturelle des individus, sans être occultée ou excusée, est donc passée sous le vocable d’accident industriel. Pourtant, une rectification s’impose ! Une ligne de fabrication d’automobile qui tombe en panne, c’est un accident industriel ! Mais une défaite sportive à un stade jugé prématuré de la compétition ( y compris en finale) à laquelle on participe ne peut être considéré comme un accident industriel.

Ce qui est concevable et ce qui ne l’est pas

C’est une défaite et ce n’est rien d’autre, surtout si on devait la comparer aux autres maux qui accablent le monde. Parler d’accident industriel revient à juger le résultat sportif comme une donnée rationnelle, prévisible et dénuée de tout impondérable. Demander à un ordinateur de ne pas faillir est concevable (encore que conçu par l’homme il peut présenter des failles même si les derniers progrès en la matière permettent de créer des unités à même de générer des formes de raisonnements autonomes), demander à des hommes de ne pas faillir parce que leur employeur a investi d’immenses capitaux dans l’objectif à atteindre n’est pas concevable. Il s’agit en l’état d’une vision hautement mercantile du monde et des hommes qui le compose, vision incompatible en tous points avec ce qu’est le sport par essence : imprévisible et inconstant, bref humain ! Et quelque par, la défaite du Paris-Saint-Germain, même si elle plonge les supporteurs du club dans le désarroi (tout est relatif cependant) a quelque chose de rassurant et de rafraîchissant : les joueurs qui ont foulé le terrain, ceux qui étaient assis sur le banc de touch, tout comme leur entraîneur, étaient (et sont encore) des hommes imparfaits, tourmentés d’émotions diverses, capables de commettre des erreurs qui ont contrariées les desseins sportivo-industriels de leur employeur. C’est grave ? Non ! C’est naturel ! Car l’argent ne transformera jamais les hommes en machine.

Sur la route d’Emmanuel Macron

Pour qui roule Emmanuel Macron ? Pour lui ? Plausible. L’homme est jeune et porte beau, incarnant presque à lui seul la social-démocratie sur laquelle beaucoup se sont cassés les dents. Iconoclaste, il n’hésite à pourfendre les dogmes établis en matière économique y compris au sein de son propre parti, ce qui lui vaut la ire de certaines grandes figures du PS. Ambassadeur et instigateur nouvelle génération de la social-démocratie, Emmanuel Macron a ainsi créé un mouvement, et non un parti, la nuance a son importance, pour attirer tout ceux qui à gauche ou à droite sont revenus du clivage traditionnel qui structure le paysage politique français. Donc en route pour 2017 ! Peut-être…Car finalement rien ne le prouve vraiment. Qu’Emmanuel Macron nourrisse de plus grandes ambitions que celles qui l’ont conduit au Ministère de l’Economie est un secret de Polichinelle. Intelligent et sagace, il sait que la troisième voie qu’il propose, remaniée selon ses convictions faite d’un libéralisme assumé et d’une inclination prompte à rappeler le rôle protecteur de l’Etat, sera le socle d’une élection future quand ce ne sera pas celui d’un programme à venir.

Souplesse et trahison

Car pour l’heure point de programme, juste un objectif : celui de rassembler tout ceux qui se reconnaissent dans son projet, un Chaban-Delmas des temps modernes en quelque sorte mais sans le fardeau de l’héritage gaullien. Mais l’homme cumule aussi les handicaps. Jamais élu mais choisi par le prince, il occupe un Ministère cible de nombreuses attaques. Son passé au sein d’une grande banque d’affaires n’est pas non plus totalement oublié. D’ailleurs Emmanuel Macron n’a pas créé un parti mais un mouvement. Plus souple qu’un parti, toujours borné par ses statuts et engoncé dans ses principes idéologiques fondateurs qui lui interdisent toutes saillies vers d’autres formations au risque d’être accusé de trahison, un mouvement est malléable, homogène, non engagé et plus ouvert au débat qu’un parti où les motions (surtout au Parti socialiste) s’achèvent souvent en luttes fratricides sources de désunion. Alors s’il ne roule pas pour lui, pour qui ? Et s’il travaillait pour François Hollande. Le président qui, au cours de son quinquennat a eu beaucoup de mal (et c’est peu dire) à convertir le pays à la social-démocratie, ne se servirait-il pas de son ministre pour labourer le champ électoral afin d’y instiller méthodiquement l’idée que seule la social-démocratie peut sortir le pays de l’ornière et plus encore d’être son avenir. Sachant pertinemment qu’il ne pourra plus compter sur l’aile gauche du Parti socialiste et de ses sympathisants, hostiles à la politique actuelle et peut-être à l’homme, François Hollande ne peut compter que sur le centre gauche, le centre (si la notion a encore un sens), le centre-droit voire certains Républicains (militants ou sympathisants) agacés par les gesticulations au sein de leur famille politique.

Pari et droit d’inventaire

Et envoyer sur le terrain son ministre de l’Economie avec son mouvement En Marche pour ratisser large n’est pas nécessairement un mauvais calcul. Emmanuel Macron s’y forgera un expérience de terrain utile, le président éloignant, dans le même temps et à dessein, un potentiel rival qui pourrait un jour lui échapper, défend aussi son bilan. Une fois convaincue, ce qui est loin d’être acquis, l’opinion balancerait quasi-naturellement vers le président sortant. Car pour beaucoup de Français, mieux vaut une social-démocratie version François Hollande plutôt qu’un libéralisme-social prôné par Alain Juppé, (même si l’homme se prétend modéré) ou que d’autres candidats plus cassants ou moins consensuels. Là encore, l’ordre et le sens des mots ont leur importance. Parler de social-démocratie, c’est placer l’intérêt général avant les questions économiques abordées sous l’angle libéral ; le libéralisme social, c’est l’inverse et reste à savoir quelle place occupera la question sociale. Rien d’innocent donc dans ce nouveau mouvement qui suscite moult commentaires. En cela le pari est déjà gagné et le Président de la République que beaucoup pensaient hors-jeu, y compris son Premier ministre (car en politique il faut toujours se méfier de ses amis et de leurs ambitions), reviendrait dans la course sans avoir eu, pour l’instant, à coup férir. Malin si cela se confirmait car la tactique prendrait de cours nombre de ses adversaires. Mais est-ce que l’opinion sera sensible à la manœuvre qui vise à expliquer que le salut ne passe que par la révérée social-démocratie ? Quant à Emmanuel Macron, il sait qu’il a tout à gagner dans cette affaire. En cas de succès, entendez la réélection de François Hollande, il en sortira grandi et pourra voir plus grand. Dans le cas contraire, il pourra toujours se réfugier derrière un éventuel droit d’inventaire et rompre avec l’héritage hollandien arguant du fait qu’il avait pas totalement les mains libres au regard de sa position de ministre. Et voir tout aussi grand.Emmanuel_Macron_(1)

Risquer d’être battu pour être mieux élu ?

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Etrange paradoxe que celui qui pourrait être celui de François Hollande si ce dernier le faisait sien. Une explication s’impose. A quelques mois de l’élection présidentielle, il devient chaque jour évident que le Chef de l’Etat briguera un second mandat. Gouvernement remanié autour d’une poignée de fidèles convaincus, noyautage des écologistes, réformes accélérées pour remplir un calendrier dont la date butoir, à savoir le premier tour de l’élection, se rapproche. Il faut faire vite pour satisfaire un électorat aux attentes diffuses mais hanté par le chômage. Pourtant une autre réalité s’impose. Jamais Chef de l’Etat n’a été aussi impopulaire sous la Cinquième République. Le Président de la République déçoit, mais pire encore, il a déçu et dans ses rangs mêmes ! On ne pouvait pas faire pire et le scénario actuel ne semble pas présenter d’alternatives autres que celles engagées. Irrémédiablement donc, François Hollande se prépare à l’élection présidentielle avec, au regard de la situation globale du pays, une certitude : celle de ne pas être présent au second tour. Car le sans-dent se révèle rancunier (ce qui prouve qu’il en a encore…). Lâché par ses partisans et ses sympathisants, par un électorat centriste qui finalement se serait accommodé de la rondeur et de l’art de la synthèse hollandienne, le Chef de l’Etat est aussi tiraillé par son propre parti qui veut organiser une primaire à laquelle le locataire de l’Elysée se refuse arguant du fait qu’il est le candidat naturel de la gauche. Le raisonnement pourrait encore être crédible si François Hollande avait, durant cinq ans, mené une politique de gauche (n’allons pas demander une vraie politique de gauche), une politique orientée vers l’intérêt général, le bien-être et l’avenir de la collectivité. Non que nous en soyons à des lieux mais nous en sommes malgré tout assez éloignés et pour tout dire, tout cela ressemble à une politique centriste que Valéry Giscard d’Estaing, voire Georges Pompidou n’auraient pas renié.

L’espoir si….

François Hollande n’est plus le président qui a été élu, même s’il se revendique encore de gauche, nécessité électorale oblige. Revenons donc à cette primaire, dont il est aussi issu et dont François Hollande louait les mérites quand il était encore élu de Corrèze, quand il était dans l’opposition, quand finalement la conduite des affaires de l’Etat ne relevait pas de sa responsabilité. Et si in fine, cette primaire redoutée lui permettait de conquérir à nouveau l’Elysée. Mettons nous à sa place. Impopulaire, le chef de l’Etat craint d’être éliminé du scrutin interne au PS et de la gauche dans son ensemble (pour ce qu’il en reste). Actuellement, il a raison. Le risque de se présenter avec l’espoir d’être choisi pour représenter la gauche à l’élection présidentielle est faible, très faible. A quoi s’ajoutent aussi des convictions mêlant orgueil et certitudes. Mais l’espoir en question n’est pas nul si François Hollande se plie à l’exercice en expliquant en préambule que sa démarche est dictée par la volonté sincère de d’abord susciter l’adhésion chez les siens avant de la susciter chez les autres français. Marque d’humilité et d’honnêteté qui pourrait lui permettre alors d’espérer. Car se présenter devant ses troupes dans les oripeaux d’un impétrant plutôt que dans ceux d’un baron prétentieux aurait certainement un effet plus que positif sur les sympathisants et autres partisans, y compris dans l’opinion publique en général, qui ne pourraient les uns et les autres, toutes convictions confondues, que saluer le courage de la démarche même si celle-ci reste empreinte de calcul politique.

Adversaires déstabilisés

Dès lors annoncer sa candidature à la primaire reviendrait à penser, devant le risque encouru, que l’homme ne se présenterait pas pour un second mandat présidentiel. Ces adversaires, y compris au sein du parti en seraient déstabilisés, interdits devant une telle attitude, ces derniers ne pouvant arguer, eux d’un quelconque bilan même si celui de François Hollande est discutable et discuté. Le gain politique, serait considérable, a fortiori en cas de victoire, en terme d’image, de crédibilité et de capacité à se remettre en question, il renverrait l’homme à sa condition d’homo politicus simple et nu, au point de retourner l’opinion. Non dans sa totalité, mais au moins ceux qui animent son camp naturel et qui l’ont élu en 2012. Naturellement pareille annonce déchaînerait les passions et les commentaires à l’emporte-pièce, violents et incisifs mais sans réelles portées car nourris par la frustration d’un coup politique d’une grande finesse. Toutes glisseraient sur l’homme qui étoufferait ainsi toute polémique en s’en remettant au jugement des siens. L’effet de surprise associé à celui du courage politique entamerait durement le capital confiance d’une opposition qui peine elle à se plier à l’exercice, la droite nourrissant, naturellement, plus facilement le culte du chef que celui du collège électif. Laisser planer le doute d’une potentielle candidature via le périlleux exercice de la primaire au lieu d’imposer le dogme d’une certitude intangible permettrait à François Hollande de se relancer politiquement, même en cas de défaite, l’homme pouvant endosser après coup le rôle d’une autorité morale à la parole respectée. Dans le cas contraire, partir en découdre avec un électorat naturel au mieux fatigué et déçu, au pire amer et perdu, pourrait s’avérer des plus risqués, tout comme la primaire certes, mais avec en prime l’assurance de sombrer définitivement. Et la deuxième question de se poser : Vaut-il mieux perdre la primaire avec grandeur que perdre l’élection présidentielle dans la froideur de l’humiliation ?