Le baril et le courtier

En passant un accord avec Vladimir Poutine sur le gazole russe, le président Trump a infligé un camouflet sans précédent aux Européens et à Volodymyr Zelensky, par ailleurs soutenu par des Occidentaux sonnés et impuissants. Pressé d’accélérer la chute du prix du baril de pétrole pour sauver son mandat, Donald Trump spécule désormais grandeur nature sur l’issue des conflits iraniens et ukrainiens.

Sauver ce qui peut encore l’être. Voilà très certainement ce qui anime l’esprit de Donald Trump, de ses Secrétaires d’État et de ses collaborateurs les plus proches, à quelques semaines des élections de mid-terms qui s’annoncent peu favorables aux Républicains. Et pour cause, l’enlisement des conflits iraniens et ukrainiens associé à l’augmentation démesurée du prix des carburants, ont poussé le locataire de la Maison Blanche à pactiser avec le diable en acceptant un accord avec Vladimir Poutine portant sur la gazole russe. En homme d’affaires qui se respecte, Donald Trump a infligé un camouflet sans précédent à la Coalition des volontaires européens et à Volodymyr Zelensky, considérant que ses intérêts politiques personnels, relèveraient-ils de la politique intérieure, devaient passer avant les questions géostratégiques. Certes d’aucuns pourront affirmer, ce qui n’est pas totalement faux non plus, que Donald Trump, via cet accord avec Poutine, détient désormais une monnaie d’échange applicable à la question ukrainienne.

Mépris et cynisme

Mais en invitant l’Ukraine, invitation qui ressemblait plus à une injonction qu’à autre chose, à changer de président afin de contenter le Kremlin et lui-même d’aventure, Donald Trump a non seulement remis le président russe, qui n’en demandait pas tant, sur les rails de la diplomatie internationale en faisant de ce dernier un acteur de la crise pétrolière mais en repoussant aussi les Européens dans leur en-but, leur faisant ainsi comprendre, avec un certain mépris, que les conflits ukrainiens et iraniens étaient choses nord-américaines, voire carrément trumpiennes. Au-delà du cynisme et de l’égocentrisme du président Trump, c’est donc le champ de l’irrationnel et de l’imprévisible, encore une fois, qui s’ouvre sous les pieds du Monde. Car si le conflit ukrainien est le fait d’un homme en mal de puissance et d’influence, le conflit iranien est celui d’un président obsédé, tout comme une grande partie de l’intelligentsia républicaine, par l’Iran et l’humiliation de 1979. Parallèlement, il n’est donc pas erroné d’avancer que la crise pétrolière actuelle, avec un baril à plus de 100$, relève de la seule responsabilité de Donald Trump. La seule question qui vaille pourtant à ce jour est : combien de temps va durer cette situation ? Tant qu’aucun accord de paix valable, crédible et respecté ne sera pas signé entre Téhéran et Washington, il est peu probable que le prix du baril baisse.

Rationalisme

Et une déconvenue républicaine aux élections de novembre pourrait-elle précipiter cet accord ? Rien n’est moins sûr car, vu d’Europe, la capacité de mobilisation de l’électorat trumpien est mal perçue, le Vieux continent, pétri de rationalisme, considérant qu’au regard de la politique menée par Donald Trump, celui-ci se doit de perdre le scrutin visant à renouveler la Chambre des Représentants. Pour autant, la force de conviction de l’homme d’affaires, indéniable et reconnue, pourrait bouleverser les prédictions. Il n’est donc en rien impossible que les Républicains, remontés en partie contre l’accord passé avec Vladimir Poutine par Donald Trump, remportent, même d’une courte majorité le scrutin. Beaucoup y perdraient leur latin. Mais en réalité, le président des Etats-Unis parie et joue sur le monde et ses aléas comme d’autres spéculent en bourse. Sans ironie, quoique, Donald Trump a revêtu ses habits de courtier en bourse, non pas à Wall Street, mais en s’asseyant à la table de jeu du monde.

Votre commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.