Le feu et la Raison

Les incendies qui ravagent l’Europe et la France en particulier interrogent sur la disponibilités des moyens matériels pour y faire face mais aussi sur la gestion de l’habitat humain dans un contexte de réchauffement climatique inéluctable.

Les méga-feux qui ravagent désormais, et régulièrement, l’Europe et l’Hexagone, lors de la période estivale ne peuvent qu’interroger sur nombre de sujets liés à l’apparition et au développement de ces incendies tout comme sur les moyens mis à disposition de la Sécurité civile pour y faire face. Sur ce point en particulier, le constat invite à l’humilité : Sur les douze canadairs dont la France dispose, seuls sept sont opérationnels en cette année 2026. Trop peu pour faire face au incendie actuels. Les raisons qui ont amené à cette réalité sont multiples. Sous-estimation de la situation climatique et manque de fonds dédiés à l’entretien et à la maintenance de ces appareils figurent au rang des accusés. Mais faire le procès du matériel et de ceux qui en sont en charge seraient trop facile et pourraient aisément exonérer les pouvoirs publics de leurs responsabilités alors que celle-ci reste entière. L’on pourrait aussi pointer du doigt l’entretien des espaces et massifs forestiers, des chemins vicinaux et des routes départementales, des abords des pavillons particuliers…Bref ! Tout cela pour aboutir à la réponse que la gestion des incendies est avant tout une affaire collective et globale.

Extinction

Mais au-delà des éléments cités précédemment, se pose la question de l’occupation du territoire et de la trace de l’Homme dans son environnement. Plus précisément, lorsque les sapeurs-pompiers interviennent pour assurer l’extinction d’un incendie en zone forestière ou boisée, ils agissent avec pour objectif premier de protéger l’espace concerné pour éviter que le feu ne se propage au plus près des habitations et donc des populations. Un incendie qui ravage une forêt se révèle être une catastrophe environnementale mais elle reste acceptable tant qu’aucune population n’est concernée ou menacée. Ce que nous enseigne ces incendies, c’est qu’il faudra rapidement, et ce dans la décennie qui s’annonce car le réchauffement climatique ne nous attendra pas, repenser l’implantation de nos habitats et surtout la manière d’habiter nos territoires. Il ne s’agit plus aujourd’hui d’une seule question environnementale mais d’une question d’aménagement du territoire dans un contexte global d’adaptation au changement climatique.

Essence et entraves

Limiter l’expansion urbaine et contenir les espaces forestiers, denses ou pas, étendus ou pas, dans des périmètres définis éloignés les uns des autres va devenir une nécessité, surtout à moyens financiers et économiques constants. Imaginer la plantation d’essence plus résistantes aux épisodes de canicules, éduquer les populations à l’entretien des espaces forestiers, durcir les entraves au Code de l’Environnement, sont autant de réflexions à concrétiser dans les faits pour éviter que ne se renouvellent les incendies actuels. Si la canicule d’août 2003 nous a appris à gérer et prévenir l’assistance à porter aux plus faibles, les incendies de 2026 doivent servir de base à une politique de gestion des incendies à venir, non pas au cour des brasiers mais lors de la morte saison, en hiver. In fine, ce qui brûle aujourd’hui, ce sont certes des forêts mais aussi une manière d’occuper le territoire, de gérer celui-ci et de négliger les moyens sensés le défendre. Force est de constater que tout cela est à repenser sans tarder.

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ! »

La multiplication des incendies en France et en Europe illustre les multiples effets du réchauffement climatique. Sujet central des décennies à venir, celui-ci est pourtant absent, ou discret, des discours électoraux à un an de l’élection présidentielle.

Pendant que brûlent bois et forêts, que s’échinent des compagnies entières de sapeurs-pompiers à vaincre des incendies pour certains dépassant l’entendement, d’aucuns crient au scandale devant le manque d’équipement du pays pour faire face à ces feux disséminés sur l’ensemble du territoire. Certes, et d’évidence, confrontée, comme d’autres, au réchauffement climatique, la France devra rapidement se doter d’une flotte lourde d’avions bombardiers d’eau et de canadairs, quel qu’en soit le coût car la sécurité des massifs forestiers, donc de la biodiversité, et la sécurité des populations en dépend. Pour autant, une autre évidence s’impose, éloignée du réchauffement climatique, qui ne peut dédouaner ce dernier, à savoir que de nombreux incendies ont été le fait de pyromanes, pour certains interpellés et en attente de jugement.

Antienne et matériel

L’influence du réchauffement climatique est donc à relativiser dans le déclenchement des feux mais non pas dans les conditions qui ont permis à ces incendies de se développer. Car c’est désormais devenu une antienne estivale : La France et l’Europe sont devenues chaque été, voire dès la fin du printemps, en proie à des conditions climatiques favorisant les sinistres que l’on connaît. Une question essentielle se pose donc, indépendamment de la nécessité de s’équiper du matériel indispensable pour lutter contre ses incendies : comment se préparer à ces feux qualifiables pour certains de méga-feux ? Dans une ambiance d’apocalypse aux relents acres de fumées et de bois consumés, il est singulièrement inquiétant de constater que les seuls à se sentir concernés par ces incendies à répétition sont les sapeurs-pompiers, et les victimes, qui alertent depuis des années sur la faiblesse des moyens alloués à la sécurité civile. Et alors que la campagne électorale pour l’élection présidentielle de 2027 s’ouvre tambour battant par une avalanche de candidats, force est de constater qu’aucun n’a proposé de plan particulier ou de projet cohérent et construit pour tenter de lutter contre les conséquences, ici les incendies, du réchauffement. Si il est certes très compliqué de lutter contre la pyromanie, imprévisible par essence, il est en revanche possible d’anticiper les effets du réchauffement dès le printemps sur les zones sensibles.

Energies carbonées

Cette absence de considération pour la question témoigne du désintérêt du personnel politique, hors écologistes, pour ces catastrophes tout en révélant, avec une certaine acuité, combien la problématique n’ a pas été intégrée dans son ensemble. L’utilisation des énergies carbonées tendant à augmenter la production de gaz à effet de serre, donc du réchauffement, reste encore au coeur des programmes électoraux. Pourtant les effets seront autres qu’environnementaux ou climatiques puisque les risques d’incendies vont entraîner une hausse des polices d’assurance, une réflexion et un coût induit sur l’entretien des massifs forestiers, des propriétés privées et de l’implantation des zones d’habitation, et, naturellement de la gestion de l’eau. La sécheresse, conséquence directe du réchauffement, pendant de l’utilisation raisonnée de la ressource, ne pourra plus être sous-estimée et rester la seule préoccupation des agriculteurs. Les lacs collinaires, souvent décriés, pourraient ainsi de multiplier pour offrir des réserves d’eau non plus dédiées à l’agriculture mais à l’extinction des feux. Autant d’éléments, parmi tant d’autres, qui sont à ce jour absent des discours et programmes alors que, comme l’avait dit Jacques Chirac, à la tribune des Nations Unies en 2002, « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ».

Le maître et son discipline

Si la condamnation par la Cour d’appel de Paris a poussé Marine Le Pen à se présenter, non sans risque, à l’élection présidentielle de 2027, la présence en embuscade de son discipline devenu encombrant Jordan Bardella, l’a certainement motivée plus encore afin de ne pas être balayée par la popularité de ce-dernier.

Au lendemain de la condamnation de Marine Le Pen, l’avalanche de commentaires sur sa décision de se présenter, sous le coup d’un pourvoi en Cassation, ne cesse d’alimenter la chronique politique nationale qui n’aura de cesse de se remplir jusqu’au printemps 2027. D’aucuns de rappeler que si, Marine Le Pen est élue, elle bénéficiera de l’immunité présidentielle dévolue au chef de l’État, que la Cours de Cassation pourrait casser la décision de la Cour d’Appel et imposer le port du bracelet électronique qui la contraindrait à mener campagne avec le bracelet en question et potentiellement d’entrer à l’Elysée avec. Ubuesque ou non, grotesque ou non, en totale contradiction avec son discours sur l’indispensable probité des hommes et des femmes politiques, consciente de fouler du pied la justice de la République, Marine Le Pen a décidé de se présenter. Pour autant, la raison, et certainement la plus valable de toute, qui l’a poussée à se présenter se situe dans son entourage propre, à savoir son dauphin, Jordan Bardella.

Ambitions et vague

Favori des sondages, populaire au sein de l’électorat du Rassemblement national, notamment dans ses composantes les plus jeunes, proches des milieux d’affaires et des grands patrons français, bien plus libéral que ne l’est la candidate aujourd’hui déclarée, qui a cependant annoncé qu’elle ferait de Jordan Bardella son Premier Ministre en cas de victoire, ce-dernier se voit aujourd’hui contraint de ranger ses ambitions présidentielles et de soutenir Marine Le Pen. Cruel dilemme pour cet homme pressé, accompagné d’un princesse de sang royal, tombée à point nommé pour crédibiliser le jeune et prétentieux carabin qu’il était en homme mature et responsable. Car Marine Le Pen l’a bien compris, si d’aventure, elle avait laissé Jordan Bardella se présenter, condamnée ou pas, son avenir politique était définitivement scellé. Incarnant en quelque sorte les courants ancestraux et fondateurs du Rassemblement national, anciennement Front National, Marine Le Pen est pleinement consciente que la vague Bardella l’aurait submergée et engloutie. Et la promesse d’en faire son Premier Ministre en cas de victoire n’est finalement que le moyen de retarder une échéance inéluctable tout en plaçant l’ambitieux sous sa coupe toute relative. Pour autant, ce potentiel os à ronger ne suffira pas. Car les désaccords et les divergences entre les deux sont nombreux et ne manqueront pas de resurgir durant la campagne.

Emancipation

La question des retraites, de l’augmentation des salaires et des traitements, des taux de TVA ajustables,…Autant de questions qui séparent les deux rivaux mais officiellement toujours amis et complices politiquement parlant. Hélas pour Marine Le Pen, le disciple s’est émancipé et a pris son destin en main, quand bien même cette émancipation devrait le conduire à s’éloigner de Marine Le Pen, ce qui serait pour cette dernière la pire des choses, car elle devrait se priver de la popularité de celui-ci. D’ailleurs, un constat s’impose et il ne manque pas de cruauté pour l’héritière de Jean-Marie Le Pen : elle est aujourd’hui Jordano-dépendante et les affaires judiciaires dans lesquelles elle est impliquée apparaissent finalement presque comme accessoires tant la sphère politique aujourd’hui méprise la justice et ses décisions. Car une affaire judiciaire peut ralentir, même interrompre une carrière politique mais laisser filer un rival issu de son propre camp peut s’avérer encore plus dangereux. Après tout César, n’aurait jamais pensé que Brutus porterait aussi le glaive contre lui.

Chaud et froid

Alors que l’Europe en a fini de suffoquer avant le prochain épisode caniculaire, émerge une nouvelle interrogation sur les effets mal appréhendés du réchauffement climatique sur les terres froides du globe, débordantes de virus à la dangerosité inconnue et de millions de tonnes de méthane et de carbone, tous deux gaz à effet de serre.

Et si la menace ne venait pas des épisodes de canicule, de sécheresse ou des inondations amenés à meurtrir la planète et les Hommes qui l’habitent mais plutôt de toute la panoplie de virus longtemps contenus en raison d’un climat mondial régulé mais qui via le réchauffement global trouvent un espace d’expansion et de développement inédit. Et à commencer par le virus Ebola. Certes, celui-ci connu, et indépendant du changement climatique, frappe actuellement l’Afrique équatoriale et centrale avec une intensité qui ne manque pas d’inquiéter, y compris en Europe, pourtant éloignée des foyers infectieux. Mais avec l’accélération constante de la mondialisation, donc des flux humains qui y sont liés, est-il aberrant de penser qu’un jour, proche ou lointain, le virus fasse son apparition sur le Vieux Continent au point de provoquer une réaction massive des autorités sanitaires ?

Terres froides et oxygène

Pour autant, si la question concernant le virus Ebola ne se pose pas, encore, la problématique est différente au sujet des virus et autres bactéries contenus dans les terres froides du globe, à savoir la toundra canadienne ou russe. Prisonniers depuis des milliers, voire des millions d’années au coeur du permafrost (sol dont la température se maintient en dessous de 0°C pendant plus de deux ans consécutifs. Il représente 20% de la surface terrestre de la planète. Le permafrost est recouvert par une couche de terre, appelée couche active qui dégèle en été et permet ainsi le développement de la végétation appelée toundra.), ces organismes en sommeil se trouveraient libérés par l’augmentation des températures et ainsi se développer à la faveur de cette dernière. Certes, nombre d’entre-elles mourraient au contact de l’oxygène mais celles qui résisteraient seraient, par définition, certainement les plus dangereuses pour les Hommes ou les animaux, voire la flore. Il ne s’agit pas d’un scénario catastrophe visant à affoler les populations mais une réalité géographico-sanitaire qu’il convient de prendre en compte au même titre que l’adaptation aux fortes températures, la gestion de l’eau, la construction de bâtiments isolés et autres.

Défi et permafrost

Car qui dit nouveaux virus ou nouvelles maladies, dit aussi nouveaux traitements et nouveaux vaccins. L’expérience Covid a prouvé que l’Humanité était capable de réagir en conséquence dans des délais brefs. Mais elle était alors confrontée à un seul défi : La Covid. Dans le cas décrit ci-dessus, le défi biologique serait associé au défi climatique dans toute tout son ampleur. D’où la nécessité d’agir à l’échelle mondiale et concernée plus encore que ne le fait l’Organisation mondiale de la santé (OMS), bien esseulée face à cette épreuve qui s’annonce, d’autant plus qu’elle se révèle être des plus sous-estimées. Autre danger lié à la fonte du permafrost, le risque, en cas dégel avancé et continu, de voir s’échapper dans l’atmosphère des millions de tonnes de matière organique essentiellement composée de carbone et de méthane, deux gaz responsables du réchauffement climatique. In fine, une conclusion s’impose : que ce soit par un virus inconnu ou par les effets directs du réchauffement climatique, l’avenir s’annonce compliqué, pour ne pas dire sombre.