Du nom à l’identité…ou l’inverse ?

CapitoleLe choix du nom de la nouvelle région unissant Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon laisse émerger la question d’une identité commune : existe-t-elle déjà ou est-elle à créer ?

Pourquoi ne pas appréhender la consultation à laquelle sont conviés les habitants de Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, consultation visant à baptiser d’un nom unique la grande région regroupant les deux territoires comme le moyen de dessiner les prémisses d’une identité commune, voire d’une identité tout court ? Ces deux régions, ressemblant aujourd’hui peu ou prou à ce que fut l’ancien Comté de Toulouse, n’avaient, à l’ère contemporaine, jamais réellement brillé par leurs velléités identitaires. L’une tutoyait la Provence sans en être, l’autre était trop orientale pour réellement se prévaloir de sud-ouest géographique. Et ce ne sont pas les mouvements occitanistes qui animent le débat identitaire actuel qui sont à même de créer une dynamique comparable à celles qui agitent le Pays basque, la Corse ou encore la Catalogne. Pourtant, fortes d’une démographie croissante, de centres économiques eux aussi engagés dans des phases d’expansion exponentielles, les deux régions suscitent de plus en plus d’intérêt. Beaucoup d’éléments y contribuent : économie (aéronautique, tourisme estival et hivernal,…), patrimoine historique, climat, art de vivre,…Mais force est de constater qu’en dépit de ces atouts que d’autres régions leur envient, l’identité midi-pyrénéenne et languedocienne marque le pas. Et ce n’est pas la croix occitane, présente à Toulouse et Montpellier, qui servira de fondation commune…L’argument serait facile et fallacieux.

Occitan et histoire

Personne n’envisage cependant pour la faire valoir de passer par la lutte armée, ce qui, outre son aspect totalement illégal, disqualifierait toute tentative identitaire en l’enfermant dans une logique auto-destructrice. Comment alors créer une identité commune, un socle social et historique commun ? La langue occitane est un vecteur certes mais si son enseignement perdure, celui-ci n’est pas majoritaire et les flux migratoires qui modifient la structure sociale de la grande région tendent à diluer la pratique et la nécessité de s’exprimer en occitan. L’histoire des deux régions pourraient être un élément. Nous évoquions précédemment l’ancien Comté de Toulouse sur lequel s’est posé, à son corps défendant, la nouvelle région. Certes ! Mais les traces qu’il a laissés dans l’Histoire sont, à n’en pas douter, lourdes et encore prégnantes, mais sont-elles partagées par celles et ceux qui élisent la nouvelle entité comme terre d’accueil ? C’est peu probable et il serait difficile de les en blâmer. Toutes, et à raison certainement, se tournent vers l’avenir et non le passé, fût-il des plus prestigieux. Alors comment créer cette identité, cette force tout à la fois sociale, historique, économique, linguistique, démographique et artistique qui pourrait extraire cette région grande comme l’Autriche d’une discrétion avalisée (voire d’un anonymat) par beaucoup comme une normalité ? Peut-être que les ferments de la nouvelle identité, passée l’anecdote du nom qui sera choisi, germeront dans l’avenir que ces deux régions voudront créer ensemble. Il n’est pas de destin individuel en la matière et tant à Toulouse qu’à Montpellier, il faudra imaginer un futur à la fois unique et commun. Mais à vouloir créer une identité qui démarquerait la nouvelle région, ne risque-ton pas de gommer des sous-identités ? Personne ne nie la réalité du pays catalan, de l’Aveyron, du pays toulousain, des plaines maritimes languedociennes ou des plateaux de Lozère.

Conflits culturels de mondialisation

Aussi, convient-il, non seulement de les préserver mais aussi d’en extraire l’essence commune, celle que l’on peut retrouver de toute éternité du Gers à La Lozère, du Lot à l’Aude. Pari compliqué car l’héritage culturel, autre pendant de la question identitaire, d’un Gersois n’est pas nécessairement, et à l’évidence, le même que celui d’un Héraultais vivant en bord de mer…Sans entrer dans une logique de conflits culturels, il est cependant clair que le changement de nom ne créera pas ex-nihilo une identité propre à la nouvelle région qui devra en forger une au fil des années. Travail de longue haleine, notamment à l’heure où la mondialisation, déjà derrière nous car éminemment présente au quotidien, tend à gommer chaque jour un peu plus particularismes et spécificités. Plus qu’un nom, se pose la nécessité, loin d’être vitale toutefois, de créer un espace commun où chacun pourra se reconnaître dans l’autre sans que ne soit gommé sa spécificité propre. La République, longtemps accusée d’avoir sapé les particularisme locaux tout en préservant leur existence dans la sphère culturelle nationale (ce qui rend caduque l’accusation précédente) pourrait servir d’exemple à la tâche qui s’annonce. Répétons-le, ce n’est pas tant le nom qui sera choisi qui importera mais ce que y sera mis dedans et qui forgera l’image et le visage de la grande région.

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