Le révélateur rwandais

Si de nouveaux documents d’archives tendent à confirmer le rôle de la France dans le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994, les révélations apportées confirment en filigrane le déclin de l’influence diplomatique de l’Hexagone à l’échelle internationale.

C’est une affaire sale. De celles qui empoisonnent la République, qui tâche la réputation d’un pays qui se veut, et se prétend souvent, un modèle de vertu et de défense des Droits de l’Homme. Cette affaire, le génocide des Tutsis au Rwanda au printemps 1994, ne lâche pas la France, collée à son Histoire comme un bout de sparadrap sur ses doigts (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/afrique). Les faits sont simples : au début des années quatre-vingt-dix, sous la présidence de François Mitterrand, des signaux alarmants proviennent de ce pays d’Afrique centrale, dans la régions des Grands Lacs, mettant en évidence des violences croissantes portées à l’encontre des populations Tutsis et proférées par les Hutus, l’autre ethnie vivant au Rwanda. Les origines de cette haine qui sépare les deux peuples sont anciennes et mal appréhendées par l’ancienne puissance coloniale qu’est la France.

Françafrique et influence

Les frontières du pays, dessinées par des occidentaux totalement ignorants des rivalités existants entre les différents peuples d’Afrique, englobent donc deux ethnies incapables de négocier une cohabitation pacifiée et durable. Le génocide débutera au printemps et se soldera par près de 800.000 victimes Tutsis. Le rôle de la France est alors pointée du doigt, son influence dans la région interrogée, les réseaux de la Françafrique mis sur le grill, son statut d’ancienne puissance coloniale vilipendée, l’Opération Turquoise diligentée par l’Organisation des Nations Unies (ONU) et confiée à la France stigmatisée. Et l’affaire de s’enliser et s’enfoncer dans les remous de l’Histoire, revenant régulièrement à la surface avec son lot de nouvelles révélations accusant toujours un peu plus l’inertie et l’inaction de la France au cours de la période. (Franceinter.fr : https://www.franceinter.fr/monde) Mais au-delà des faits historiques qui deviennent au fil des années un peu plus clairs et précis, se pose aussi la question de l’influence de la France au sein d’un continent qui a longtemps été sa chasse gardée, ses rivalités sourdes avec d’autres nations européennes impliquées de manière sous-jacente dans la région telles que l’Allemagne ou le Royaume-Uni pour le contrôle tacite d’un continent aux richesses convoitées. Cette influence, que la France cherchait alors à maintenir, au lendemain de la disparition de l’affrontement Est-Ouest qui avait paralysée le Monde pendant près de 45 ans, allait démontrer toute sa faiblesse et son inanité en laissant le drame s’accomplir. Alors que s’achevait dans la douleur de la maladie incurable le deuxième septennat de François Mitterrand, que la cohabitation battait son plein et que le pays tentait de se frayer un chemin dans le nouvel ordre mondial placé sous le sceau du libéralisme le plus débridé, le génocide des Tutsis passa en France presque à la trappe de l’Histoire.

Inefficacité et médiocrité diplomatique

Incapable de tenir un rang diplomatique qu’elle avait perdu depuis la défaite de mai-juin 1940 et l’illusion de la victoire en 1945 la faisant passer, par un tour de passe-passe du Général De Gaulle, comme une grande puissance, la France s’est donc laissée embarquer dans une opération militaire qui devait établir les bases préliminaires d’une paix à venir mais qui s’est surtout révélée être d’une inefficacité aberrante. Au rôle mal défini par l’ONU, la force Turquoise, ainsi baptisée, n’a donc pas su, ou pas voulu selon la version rwandaise des évènements d’alors, enrayer le drame génocidaire. Devenue une puissance moyenne, à la sphère d’influence et à l’autorité limitées, la France a révélé, via le génocide Tutsi, toute sa médiocrité diplomatique d’alors. Concurrencé à l’échelle européenne et mondiale, à la peine dans la bataille économique de la mondialisation qui s’affirmait, l’Hexagone, soucieux de faire valoir une position internationale de second, voire de troisième rang, a abîmé son image par un rôle encore contesté. Mais 25 ans après, dans un contexte international transformé, alors que les relations entre la France et le Rwanda sont toujours tendues, que les révélations régulières sur son rôle pendant le conflit discréditent la thèse officielle du non-soutien au gouvernement rwandais d’alors, persistent des réalités qui renvoient la nation de Voltaire et de Rousseau à la liste des tâches que son Histoire lui a laissée.

Le Capitole et le poison

L’invasion du Capitole, temple de la démocratie américaine, révèle la fracture qui divise la société américaine mais aussi la présence de franges de la population affolées par des menaces fantasmées que le président Trump a instrumentalisé par conviction avec cynisme et par ambition personnelle.

L’image est écornée, la réputation ternie. Certainement pour longtemps. Les Etats-Unis, souvent cités en modèle pour la vitalité de leur démocratie, ont peut-être perdu en quatre ans, durant le mandat de Donald Trump, une part de leur influence mondiale tout comme sali les institutions chères aux Pères fondateurs. L’assaut et l’invasion du Capitole par des partisans du président sortant, dont les images ont choqué le monde entier, ont révélé une nation américaine fracturée et divisée. D’aucuns argueront que Donald Trump a certainement contribué à creuser le fossé qui s’est dessiné à coups de tweets ravageurs à la pertinence discutable, de déclarations tapageuses et d’une conduite des affaires de l’État qui a laissé perplexe (liberation.fr : https://www.liberation.fr/planete). Mais si l’homme d’affaires devenu président a joué un rôle en surfant sur la vague populiste, il n’a finalement fait qu’exploiter avec cynisme et ambition personnelle les failles d’une nation décrite en crise depuis sa création. S’appuyant sur l’omnipotence des réseaux sociaux, toujours prompts à relayer, sans grande rigueur éthique, les affres de la société contemporaine, Donald Trump a nourri une forme de dégoût de la démocratie telle qu’elle se pratiquait avant son arrivée à la Maison Blanche au profit d’une autre, considérée à ses yeux comme à ceux de ses partisans plus juste.

Posture et obscurantisme

Ainsi, en se présentant comme le premier des défenseurs de la démocratie américaine, l’homme s’est enfermé dans la posture du recours et du sauveur d’institution menacées pour finir par humilier la nation à la bannière étoilée (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/chroniques-de-la-presidence-trump). Mais menacées par quoi ? La foule ivre de haine qui s’est déchaînée sur le Capitole avançait pelle-mêle et sans réelle logique dialectique ou scientifique toute une série d’arguments tous plus loufoques les uns que les autres racisme, xénophobie, complotisme, élection volée et truquée, se mêlaient dans une forme de creuset idéologique vide de sens où prédominait la violence pour seul argument d’échanges. Pétrie d’ignorance crasse et de rancoeurs cuites et recuites, de bêtise abyssale et d’obscurantisme effrayant, cette foule, préalablement et savamment excitée par les propos va-t-en-guerre de Donald Trump s’est donc ruée sur le Capitole sûre de son fait. Naturellement, les plus optimistes argueront qu’il ne s’agit que d’une minorité. Mais en est-on si sûr ? Que ce soit aux Etats-Unis, pays ultra-médiatisé ou en Hongrie, modeste membre de l’Union européenne, voire au Royaume-Uni ou ailleurs dans le monde, combien sont-ils à contester les fondements démocratiques de nos sociétés en revendiquant l’idée de posséder la seule et unique formule de la démocratie.

Carences et apocalypse

Oubliant la notion de liberté d’expression au profit de la seule volonté d’imposer leur vision, ces hommes et ces femmes, tendent à représenter aujourd’hui une par sous-estimée de nos sociétés. L’appauvrissement intellectuel des populations liées aux carences des systèmes éducatifs, l’abêtisation des sociétés entretenue par des réseaux sociaux complaisants avec la facilité dialectique proposée par certains contenus travaillent à ce que le sociologue français Gérald Bronner nomme dans son dernier ouvrage l’Apocalypse cognitive* ou ce qu’Umberto Eco nommait l’invasion des imbéciles. L’ensemble de ces facteurs, et probablement bien d’autres, ont contribué à cet épisode surréaliste de l’invasion du Capitole mais pourraient tout aussi bien expliquer d’autres atteintes à la démocratie dans les années à venir. La fracture que cet épisode de violence a révélé aux Etats-Unis n’est peut-être que le préambule à d’autres soubresauts, ailleurs, eux-mêmes annonciateurs de troubles plus lourds et plus dangereux. Tel un si lent poison…

*Apocalypse cognitive, Paris, PUF, 2021

Quand Jupiter coupe et tranche

Si la crise sanitaire a poussé l’exécutif à opter pour des mesures drastiques contestées par de nombreux élus locaux, le risque de se couper des territoires auquel s’expose l’Elysée est aujourd’hui bien réel. Explications.

Le durcissement du couvre-feu dans certains départements français voulu et décidé par l’exécutif n’a pas manqué de provoquer de nombreuses réactions, souvent hostiles, de la part des élus locaux. Hostiles dans un premier temps car totalement déconnecté, selon les élus en question, des réalités économiques des territoires où s’applique ce durcissement. Avancé à 18heures, nombre d’édiles redoutent un effet violent et durable, notamment sur les commerces dits de proximité. L’argument ô combien valable et entendu en cette période de pandémie qui n’épargne en rien la vie économique n’a pas semblé émouvoir l’exécutif. Hostiles en second lieu car ce durcissement, imposé sans consultation préalable, s’est, de fait, affranchi de l’avis d’élus qui, pour le moins, auraient aimé être interrogés sur la pertinence d’une telle décision quand plusieurs d’entre eux appelaient à un nouveau confinement, au moins local (Europe.fr : https://www.europe1.fr/emissions)

Coupure et jupitérien

La ire des élus pourrait s’arrêter là et finalement ne générer aucune réaction supplémentaire au regard de la situation sanitaire dont on ne sait pas comment cette dernière évoluera dans les semaines à venir même si les contours s’en dessinent (leparisien.fr : https://www.msn.com/fr-fr/). Pour autant, derrière ce durcissement du couvre-feu, se cache aussi le risque de voir l’exécutif se couper non seulement d’élus potentiellement utiles à quelques mois de l’élection présidentielle par des décisions unilatérales mais aussi, et surtout, d’assister à un lent, mais de plus en plus visible, penchant à l’autoritarisme. Non que les institutions de la République en soient menacées, loin s’en faut, mais les relais territoriaux, ici les maires, que représentent les élus de terrain occupent une place particulière dans le mille-feuille administratif français. Cet autoritarisme bon teint, parfois dissimulé sous la nécessité qui serait, selon l’adage, érigé en loi, n’est cependant pas le fait de la pandémie et des décisions que l’exécutif a dû prendre pour l’enrayer. Le quinquennat d’Emmanuel Macron est marqué par cette forme de volonté dictée et assénée n’hésitant en rien à s’affranchir de l’avis des premiers concernés. L’exemple de la réforme des lycées menée par le Ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, illustre cette tendance où le débat, lorsque celui-ci est proposé, est facilement ignoré ou simplement escamoté. La crise du Covid-19, qui appelle certes des décisions lourdes, aussi servi à l’expression de cette volonté jupitérienne que l’Elysée interprète comme une prise en main sévère et efficace de la situation.

Opinion et scrupule

Certes, d’aucuns argueront que la situation sanitaire exige des mesures drastiques qui n’ont pas l’heurt de satisfaire les premiers concernés, mais pour autant, dans une République présentée comme démocratique, le dialogue se pose en préliminaire à toute décision impliquant la vie des citoyens. A nouveau, rien ne prouve qu’un dialogue liminaire aurait évité ou changé les décisions prises, mais dans une démocratie comme la France ou principes et valeurs sont érigés en valeurs cardinales, sous-jacents à la Constitution, ce même dialogue aurait certainement permis de trahir un jacobinisme dont le pays a du mal à se défaire. Se couper des élus locaux reste donc un pari osé et dangereux exposant l’exécutif bien en peine dans l’opinion, à un sentiment de rejet aux conséquences certaines mais à mesurer. Mais dans le même temps, la crise sanitaire marquée au printemps par les balbutiements de l’exécutif au regard de la soudaineté de la pandémie, se révèle peut-être fort utile à l’exécutif qui peut ainsi faire preuve de toute l’étendue de son autorité et de sa capacité à affronter la réalité en coupant et tranchant dans le vif sans le moindre scrupule. Répétons-le pari est osé et seul l’avenir dira au Président de la République si cette attitude recueillera l’assentiment des Français car, c’est une certitude, l’élection présidentielle se jouera sur la capacité d’Emmanuel Macron à donner au pays des motifs d’espoir suffisants et des résultats économiques à la hauteur des sacrifices demandés.

D’un problème à l’autre ?

Si le Brexit a longtemps occupé l’esprit des Européens, il a aussi occulté les difficultés et les incompréhensions entre Bruxelles et certains pays de l’Est peu disposés à respecter les principes fondamentaux de l’Union. Explication.

Il faudra donc désormais penser à vingt-sept et non plus à vingt-huit comme ce fut le cas jusqu’alors. L’Union européenne se retrouve aujourd’hui libérée du Royaume-Uni, entré dans la Communauté économique européenne en 1972 pour mettre fin à la crise économique qui le frappait pour quitter l’Union européenne au 1er janvier 2021, tenaillé par une autre crise économique….Ironie de l’Histoire que cet avatar britannique. Londres avait voulu entrer dans le Marché commun car elle jugeait profitable à son économie les échanges qui l’animait et la quitte car elle considère depuis de nombreuses années que les règles qui les conditionnent sont devenues trop strictes. Pour autant, il n’est pas question ici de revenir sur les raisons qui ont motivé le Royaume-Uni à sortir de l’Union européenne mais plutôt de s’intéresser à ce que deviendront les vingt-sept et comment ces derniers s’inventeront une nouvelle vie. Or si d’aucuns songeaient que le départ du Royaume-Uni soulagerait l’Union européenne, ce qui n’était d’ailleurs pas dénué de fondement au regard des négociations acharnées qui ont longtemps prévalu entre Londres et Bruxelles, beaucoup réalisent aussi que d’autres problèmes se poseront dans les années, voire les mois à venir. La question britannique réglée, le quatuor est-européen composé de la Pologne, de la Hongrie, de la République tchèque et de la Slovaquie (rtbf.be : https://www.rtbf.be/info) pourrait ainsi rapidement s’inviter au menu des difficultés à surmonter par l’Union pour assurer sa cohésion et son fonctionnement.

Mécanique et crise sanitaire

Car a contrario du Royaume-Uni qui souhaitait rompre ses liens avec l’Union au prétexte de règles économiques jugées trop contraignantes, les nations précédemment citées se sont habilement fondues dans la mécanique européenne pour en devenir aujourd’hui, sinon des poids lourds, du moins des pays attentifs à la défense de leurs intérêts, propres ou communs, et n’ont aucunement l’intention de quitter un ensemble économique et diplomatique qu’elles ont longtemps voulu intégrer. Pour autant, ce n’est pas tant l’aspect économique qui pose à ce jour de réelles difficultés à Bruxelles mais le caractère assez autoritaire que ces nations présentent et ce en totale contradiction avec les principes fondamentaux défendus par les différents Traités européens (Rome, Maastricht, Nice et Lisbonne). Et, nouvelle ironie de l’Histoire, alors que les Européens n’ont jamais réellement compris les raisons qui ont poussé les Britanniques à quitter l’Union, les années à venir pourraient voir ces mêmes Européens en avancer d’autres pour que les trublions est-européens se dirigent vers la sortie. (vie-publique.fr : https://www.vie-publique.fr/parole-dexpert/) Peu probable à ce jour au regard de la crise sanitaire mondiale qui est venue perturber le quotidien des Etats, la question du renvoi de certains pays incompatibles avec les principes européens pourrait émerger si l’Union ne parvenait pas à raisonner les nations les plus exigeantes ou radicales telles que la Pologne ou la Hongrie. Ces nations est-européennes, placées sous le joug de l’Union soviétique depuis 1945 jusqu’en 1989 ont traversé de longues années de crise économique et sociale avant d’intégrer l’Union européenne en 2004 qui leur apparaissait comme un eldorado doublé d’une bouée de sauvetage.

Accélérateur et modus vivendi

Mais presque cinquante ans de communisme avaient forgé des réflexes et des habitudes pour certaines à l’opposé du fonctionnement ouest-européen. Et l’accélérateur de tensions que représente la crise du coronavirus, les incidences économiques à venir et les potentiels replis identitaires qui pourraient se faire jour par peur de l’inconnu ou de la perte d’influence ou de puissance, réelle ou supposée, sont autant de facteurs à même d’exacerber les frictions existantes entre Budapest, Varsovie, Prague, Ljubljana et Bruxelles. Pour l’heure, les incompréhensions qui se sont faites jour ont toujours été levées au profit d’un modus vivendi dont tous les acteurs ont su se contenter. Certes. Mais pour combien de temps ? L’exemple britannique qui a aussi mis en évidence les limites de l’Union européenne en dépit d’un accord globalement favorable à Bruxelles laissera des traces dans l’histoire de l’Union. Or, les incompréhensions actuelles, tues sous couvert d’arrangements de circonstances, sont toujours à même de ressurgir et de mettre l’Union face à ses responsabilités : Faire preuve de rigidité en renvoyant des pays incompatibles avec les fondamentaux européens ; éviter la crise en les conservant mais en perdant aussi une forme de crédibilité. Il ne reste donc plus qu’à attendre que se joue l’histoire…

Quand la Covid-19 redessine la géopolitique mondiale

Les bouleversements géopolitiques et géostratégiques mondiaux générés par la Covid-19 risquent de s’aggraver avec l’apparition des vaccins.

Devenus vulnérables et dépendants, Etats et Gouvernements se tournent vers des laboratoires pharmaceutiques investis d’un rôle salvateur qui nourrit leur omnipotence mondiale. Au point de dessiner une géostratégie et une géopolitique sanitaire. Explications.

Avec l’annonce par le Royaume-Uni de la propagation d’une nouvelle souche de coronavirus, présentée comme hautement contagieuse et à la diffusion 70 % plus rapide que la précédente, voilà que se pose désormais la question de la pertinence de la vaccination. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/planete/article/) Non que celle-ci soit remise en cause en tant que telle, mais au regard des vaccins développés, une interrogation émerge : ces derniers seront-ils efficaces pour lutter contre cette nouvelle souche qui reste à étudier ? Les recherches qui ont d’ores et déjà débuté livreront leurs résultats dans les jours à venir. Mais pour l’heure, ce sont sont de nouvelles lignes de force qui se dessinent depuis l’annonce de vaccins disponibles et le début de campagne de vaccination à grande échelle. Depuis l’annonce par les laboratoires Pfizer-BioNtech et Moderna de la mise à disposition de vaccins Etats et Gouvernements du monde entier se sont astreints à commander des millions de doses pour enrayer l’épidémie.

Arme diplomatique et nations désemparées

Et parallèlement d’apparaître, en marge de cette vague de commandes, une forme de géopolitique du vaccin, devenu en quelques jours une redoutable arme diplomatique et géostratégique. Plusieurs raisons expliquent cette évolution qu’il n’était pas difficile d’anticiper. La crainte suscitée par la covid-19 et les effets désormais réels sur l’économie mondiale ont poussé les Etats à se prémunir afin d’éviter un effondrement total de leur système respectif, ce qui semble une réaction des plus logiques. Pour autant, il est à craindre d’assister, en premier lieu, à une sorte de partition sanitaire d’échelle mondiale, entre les pays en mesure d’acquérir par millions des doses de vaccins et ceux qui ne le pourront pas, partition dictée par deux laboratoires d’envergure mondiale qui arbitreront leur activité en fonction de la capacité des Etats à honorer leurs engagements financiers. Car l’industrie pharmaceutique, qui n’a pas échappé à la mondialisation, réagit, à l’image de n’importe quel secteur industriel, en fonction de l’offre et de la demande et pourrait utiliser cette crise sanitaire à rebonds comme un moyen supplémentaire d’asseoir sa puissance face à des nations désemparées, prêtes à tout, mais en fonction de leurs moyens respectifs, pour s’équiper de vaccins. Il suffit pour s’imprégner de la dimension économique de cette réalité de se remémorer les bonds réalisés par les Bourses mondiales à l’annonce de la mise des vaccins sur le marché.

Vaccins développés et vulnérabilité

Sauf que cette omnipotence pourrait peut-être se se heurter sur l’apparition d’une nouvelle souche dont on ne sait à l’heure actuelle si elle sera sensible aux vaccins développés. A vrai dire, la question n’est pas nécessairement pertinente car les recherches engagées seront à même, à court ou moyen terme, en mesure d’avancer une ou plusieurs solutions pour enrayer l’épidémie (lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/idees-debats). En revanche, la vulnérabilité des Etats face à cette crise sanitaire pourrait aller crescendo, se rendant de fait de plus en plus dépendants d’une industrie pharmaceutique souvent décriée pour son opacité, son goût du lucre et sa puissance financière. Cette crise sanitaire, qui n’a rien d’inédite au regard de l’Histoire, renvoie toutefois l’Humanité, une partie à tout le moins, à sa fragilité et sa vulnérabilité intrinsèques en dépit du confort matériel dont elle dispose, mais aussi à sa dépendance à des ensembles non-étatiques, ici les laboratoires pharmaceutiques, qui pourraient dans les années à venir, avec le risque de voir apparaître de nouvelles épidémies, prendre un poids considérable et acquérir une influence considérable. Et ainsi de renforcer la dimension géostratégique que sous-entend cette crise sanitaire, enfant de la mondialisation. Véritable Hydre de Lerne, la crise sanitaire qui étreint la planète est ainsi en train de nourrir la mondialisation par les flux économiques qu’elle entrave mais qu’elle génère aussi tout en cultivant les inégalités.

La culture de la priorité

Les impératifs sanitaires présentés comme impérieux par le Gouvernement ont poussé ce dernier à prolonger la fermeture des espaces culturels. Et la décision d’interroger sur l’avenir d’un secteur fragile et de son financement public.

Considérée par beaucoup comme injuste et incompréhensible, notamment par les principaux concernés, la fermeture prolongée des lieux de culture (Cinéma, théâtre, musées, châteaux,…) met en exergue le désintérêt porté par le Gouvernement au secteur culturel et pourrait aussi, plus grave encore, amener les pouvoirs publics à repenser le financement de celui-ci. Présenté comme secondaire par le Gouvernement, le secteur culturel ne l’est pas pour autant. Le rôle de la culture n’étant plus à démontrer au regard de sa fonction sociale et pédagogique, il est donc naturel que les professionnels, comédiens, directeurs de théâtre, techniciens et autres conservateurs de musée s’étonnent et s’insurgent devant la décision prise par le Premier Ministre. Dans un quinquennat agressif, marqué par un libéralisme affirmé et assumé, la culture, parent pauvre de la politique macronienne (réalité d’autant plus surprenante au regard du parcours du Président de la République), a été renvoyée au rang de fonction subalterne alors qu’au contraire celle-ci, en ces périodes troublées, aurait pu, et sert, de lien social.

Miraculés et découverte

Mais dura lex, sed lex, la culture attendra que la pandémie se montre moins virulente moins active sur le territoire national. Et si d’aucuns vilipendent à la position d’un Gouvernement sourd au revendications exprimées par le secteur, se pose aussi le rapport qu’entretiendront les Français avec la culture et plus encore, l’État, l’un des ses premiers financeurs. Il apparaît désormais presque certain que certains espaces culturels (théâtre, cinéma,…) ne se remettront pas des effets de ces fermetures sans cesse rallongées et que ceux qui survivront seront des miraculés. Mais revenons à ce rapport si particulier que les Français entretiennent avec la culture qui renvoie souvent à leur histoire d’où l’attachement qu’ils nourrissent à son endroit. Pour autant, aussi attachés soient-ils, ces derniers risquent à terme de se détourner des lieux culturels, fatigués de trouver portes closes. Et le risque encouru de fragiliser encore plus un secteur exposé, loin d’apparaître comme une priorité, de s’avérer chaque jour plus élevé. Sans évoquer le risque de voir s’effilocher le lien qui existe encore, mais pour combien de temps, entre les Français et le secteur culturel ? La culture, cette autre école sans devoir ni professeur, péricliterait faute de spectateurs entravés dans leur démarche empreinte de curiosité et de découverte. Et que dire de l’impact économique du secteur qui s’élève à 2,4 % du PIB, soit 47 milliards d’euros, qui s’en trouverait de fait amoindri. (Lire ses.ens-lyon.fr : http://ses.ens-lyon.fr/actualites)

Moyenne européenne et sacrifice

Et la question du financement et du subventionnement d’émerger…Car la France, dont le rayonnement mondial, est aussi assuré par la vivacité et la créativité de son secteur culturel, n’est pas nécessairement la plus généreuse en matière de financement du segment, puisque située dans la moyenne européenne, soit 1,1 % du PIB (La Hongrie, l’Estonie et la Lettonie arrivent en tête), l’Hexagone dépensant 1,4 % du PIB en 2018, sans noter d’augmentation depuis plusieurs années (Lire touteleurope.fr : https://www.touteleurope.eu/actualite). Choix politique qui remonte au septennat de Charles de Gaulle et plus particulièrement de son Ministre de la Culture, André Malraux, pour qui théâtres, cinémas, musées, expositions, chansons et autres forgeaient, travaillent pour à tout le moins, à l’identité et l’affirmation de la nation d’après-guerre. Or la pandémie semble avoir rebattu les cartes des priorités économiques, bouleversement qui pourrait aussi pousser l’État à repenser dans les années à venir l’offre culturelle en France, dès lors sacrifiée sur l’autel de la nécessité sanitaire et financière. Le risque existe et se fait pour les professionnels du secteur de plus en plus prégnant. Volonté délibérée ou réelle obligation liée à des impératifs financiers et sanitaires ? La question reste entière mais impose aux acteurs du segment de s’interroger sur leur avenir. Et il y a urgence… !

Et à la fin ? Le Royaume-Uni céda…

En acceptant les conditions de l’Union européenne sur le règlement de la question nord-irlandaise, le Premier ministre anglais Boris Johnson ouvre la voie à un assouplissement des négociations post-brexit. Mais dictée par la nécessité politique et économique, cette flexibilité renvoie aussi à un échec relatif du discours ayant appelé à la sortie de l’Union.

Serait-on en train d’assister au dernier épisode du feuilleton politique qu’est le Brexit ? Au regard de la décision de Boris Johnson, Premier ministre du Royaume-Uni, d’assouplir sa position au sujet de la question nord-irlandaise (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international) tout pousse à croire que le british soap s’achemine vers une fin heureuse même si quelques questions encore épineuses portant sur la pêche, la manière de garantir des conditions de concurrence équitables et le règlement des éventuels futurs différends restent encore en suspend. Pour autant, l’inflexibilité dont avait fait preuve le Premier ministre anglais au cours des négociations passées, laissant apparaître le spectre d’un No Deal, a été quelque peu entamée par nombre de raisons d’ordre politique et économique. Et la première d’entre elle, politique mais aux conséquences aussi économiques, est certainement le résultat de l’élection présidentielle américaine en novembre dernier qui a vu Donald Trump, fervent partisan du Brexit et soutien de Boris Johnson, s’incliner face à Joe Biden, lui-même d’origine irlandaise. Or, le nouveau président des Etats-Unis, qui sera investi en janvier 2021, a toujours déclaré son opposition à la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, voyant dans cette dernière un partenaire économique crédible mais aussi diplomatique, capable de jouer un rôle clef sur la scène internationale.

Volonté et marginalisation

Ainsi, la crainte de voir le Royaume-Uni exclu des flux commerciaux liant les Etats-Unis et l’Union européenne a-t-elle poussé Boris Johnson à plus de flexibilité et de finesse dans les négociations avec ses ex-partenaires européens. La volonté doublée de la nécessité de ne pas froisser le cousin d’outre-Atlantique l’a aussi emportée sur la position initiale de Londres sur les conditions du retrait et sur les négociations post-brexit, les unes et les autres teintées d’une implacable fermeté. Et d’aucuns d’apprécier au passage, si besoin était de le rappeler, le poids et l’influence des Etats-Unis dans la politique européenne y compris à un niveau interne comme celui que peut représenter le Brexit. La seconde raison est en revanche clairement économique au regard des relations nouées par le Royaume-Uni avec les pays membres de l’Union européenne. Si les Etats-Unis restent le premier partenaire commercial du Royaume-Uni (Perspective monde : https://perspective.usherbrooke.ca), l’Union européenne, à commencer par l’Allemagne, la France, puis l’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas et la Belgique se présentent comme des partenaires économiques et commerciaux dont le Royaume-Uni ne peut en aucun cas s’affranchir, a fortiori dans un contexte de mondialisation où, Londres, seule et isolée, apparaîtrait comme marginale, voire hors-jeu. Dès lors, s’impose un simple constat : désireuse de sortir de l’Union européenne dont elle vilipendait les règles trop strictes, règles accusées de nuire au libre-échange dont se réclamait le Royaume-Uni, voici que Londres est aujourd’hui amené à assouplir sa position en vertu de nécessités économiques qu’incarne l’Union européenne. Alors pourquoi ce revirement ? Pour éviter les conséquences d’un chaos commercial qui brouillerait pour longtemps son avenir.

Entêtement et impuissance

L’autre constat, beaucoup plus politique que le premier, renvoie à l’entêtement et à l’aspect irréfléchi de la sortie de l’Union européenne. Soutenu par un discours populiste, jusque boutiste et limité idéologiquement, encouragé par l’élection en 2016 de Donald Trump et l’arrivée au pouvoir au sein de pays membres (Pologne et Hongrie) de l’Union européenne de dirigeants contestant les règles édictées par Bruxelles, le Royaume-Uni s’est progressivement enfermé dans une logique absolue qui a plus travaillé à son isolement diplomatique qu’à son émergence sur la scène internationale en qualité d’acteur politique ou économique. In fine, Boris Johnson, convaincu ou non de la pertinence de son combat, a dû, et devra certainement encore céder à l’Union européenne afin de permettre au Royaume-Uni de faire valoir sa position politique, diplomatique et économique. Et de là à considérer cet assouplissement comme un échec ou un aveu d’impuissance du discours qui a présidé à la sortie de l’Union, il n’y a qu’un pas. Mais une certitude s’impose, l’attitude inflexible qui a longtemps prévalu au Royaume-Uni se résume en une phrase : L’Albion a dû céder face à la nécessité et la raison. Une leçon à retenir… ?

La Police hors la loi ?

Les récentes manifestations organisées à Paris ont encore une fois été émaillées de violences policières qui illustrent les excès d’une institution dépassée par les évolutions d’une société où se côtoient liberté d’expression et malaises sociaux. Explications.

Fallait-il des manifestations entachées de énièmes violences policières pour illustrer le malaise qui étreint l’institution placée en droite ligne sous la direction du Ministère de l’Intérieur ? A l’évidence non. Mais il est désormais clair que depuis quelques années aujourd’hui, il existe un malaise lourd et profond au sein de l’institution policière, les actes commis par les forces de l’ordre au cours des derniers mois en témoignent et ont souvent pour exutoire, pour ne pas dire bouc émissaire, des citoyens, parfois certes prompts à provoquer les gardiens de la paix, souvent amenés à subir les assauts excessifs des forces de l’ordre. Or, les manifestations qui se dont déroulés le 28 novembre dernier à Paris, ont certainement été celles qui ont fait déborder le vase de la patience du Président de la République, de l’Assemblée nationale et plus encore des Français fatigués de courir le risque de s’exposer à une série de violences policières à chaque rassemblement organisé sur la voie publique.

Saturation et confiscation

Reste désormais à établir les causes de ces débordements policiers jugés, à raison, comme intolérables en démocratie où la liberté d’expression, fût elle exprimée par la manifestation publique, est aussi garantie par le droit de l’exercer en sécurité et sous la protection de la police républicaine. D’aucuns avancent alors les problèmes structurels dont souffre la Police nationale : Manque d’effectifs, saturation psychologique des personnels, atteintes et menaces à leurs personnes et à leurs familles, manque de formation avancée des agents, contexte global de menace terroriste,… Les arguments ne manquent pas. Mais permettent-ils tout ? Il appartiendra à chacun de répondre à cette question mais il est aussi évident que la Police nationale n’est pas une milice au service d’un Etat que certains croient avoir confisqué ou dévolu à leur bon plaisir. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/idees/) La Police nationale est avant tout une institution républicaine sensée protéger et servir les citoyens qui appellent à sa rigueur et à son impartialité. Les violences constatées semblent ainsi durement enracinées dans une institution dépositaire de la force publique non pour se défendre elle-même ou régler des comptes de vendetta mafieuse mais pour protéger des citoyens en droit de réclamer une exemplarité inaltérable de ces forces de l’ordre.

Société malade et critères mouvants

Mais passé ce constat, il convient aussi de rappeler que l’institution policière est aussi, quelque par, le reflet d’une société malade et émotive, encline à la facilité intellectuelle, à la judiciarisation tout aussi facile, à des relents d’ignorance parfois crasse, violente dans ses modes d’expressions et à des poussées racistes ou xénophobes insupportables. L’institution policière se révèle ainsi dépassée par l’évolution de notre société car ancrée dans des schémas de fonctionnement hiérarchiques désormais obsolètes, celle-ci agit et réagit en fonction de critères qu’elle croyait figés et qui s’avèrent mouvants. Ici encore, il appartiendra à chacun de juger à l’aune de ses critères et, pour autant, avancer que la dégradation de nos sociétés a un effet pervers sur nos institutions, à commencer par celle de la Police nationale, n’est pas dénuée de vérité.

L’impossible défaite

Alors que les Etats-Unis s’apprêtent à investir leur nouveau président, Donald Trump semble plus que jamais absent du sommet de l’État. Plusieurs raisons l’expliquent et parmi elles : l’impossibilité d’accepter la défaite. Non sans conséquences.

Elu en 2016 à la surprise générale, voire peut-être même à la sienne, Donald Trump s’apprête à quitter le pouvoir. Les derniers commentaires le présentent comme errant comme un général défait dans une Maison Blanche désertée. Seulement, le trublion politique qu’il a été, et sera certainement encore, semble ne pas digérer la défaite. Mais, outre le fait de rejoindre le club très fermé des président non réélus au terme de leur premier mandat (Jimmy Carter emporté par les effets de la crise économique du milieu des années soixante-dix et Georges Bush par la tornade Bill Clinton), Donald Trump donne aujourd’hui le sentiment de nourrir une rancoeur tenace, presque incompréhensible, à l’égard de Joe Biden désormais appelé à gouverner. Quitte à défier la Constitution. (courrierinternational.com :https://www.courrierinternational.com/revue-de-presse)

Démonstration et démocratie

Et force est de constater que nombreuses sont les questions qui se succèdent face à cette attitude qui relève plus de la cabale personnelle que du sens de l’État, de la guérilla politique que de l’intérêt général. Et si par cette attitude, qui interroge par delà les frontières de la première démocratie du monde, Donald Trump ne faisait pas la démonstration nue de ce qu’a été son mandat : une succession coup de mentons, de caprices, d’incohérences et de contradictions qui se sont souvent soldés par le lent discrédit de l’État et de la Nation américaine ? N’est-il pas juste d’affirmer, ou tout du moins de s’interroger sur le fait que le mandat de Donald Trump a plus terni la démocratie nord-américaine qu’elle ne l’a grandi ? (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/chroniques-de-la-presidence-trump/) Chacun apportera sa réponse à cette question à l’aune de ses convictions mais il est aussi vrai que rarement dans l’histoire des Etats-Unis, une élection aura été autant scrutée et suivie à travers le monde. Au-delà du personnage Donald Trump, le président sortant s’est révélé comme un sujet d’étude pour nombre de politologues qui ont cherché, et chercheront, à comprendre comment cet homme a pu accéder à la charge suprême.

Socle électoral et charisme

Alors désormais se pose la question : Donald Trump a-t-il été un accident de l’Histoire ou le signe annonciateur d’une nouvelle offre politique ? Une analyse pragmatique de la situation pousse à avancer que Donald Trump a su constituer en 2016 et 2020 un socle électoral qui pourra, à lui ou un autre candidat républicain, servir. Donc la thèse de l’accident peut s’évacuer d’elle-même car même si des Etats clefs ont basculé dans le camp démocrate pendant le scrutin, la victoire de Joe Biden n’est en rien écrasante. Ce qui relance l’idée de la présence d’un corps électoral encore fidèle au président déchu car les Etats-Unis, nation souvent manichéenne, ne saurait se contenter d’hommes ou de femmes politiques neutres ou sans relief. Il n’est en rien abusif d’affirmer que Donald Trump a su user de son charisme, de son expérience d’homme d’affaires mais aussi de discours souvent faciles et réducteurs pour séduire une Amérique apeurée en quête de réponses et de certitudes. Reste à savoir si dans quatre ans, lui ou un autre, s’appuiera sur cette Amérique.

Le covid, la résilience et l’avenir

Entre durcissement des phases de confinement et lassitude teintée de colère des populations, le coronavirus met à l’épreuve la capacité de résilience de chacun. Sans que ne se dessinent les contours d’une nouvelle société fruit d’une prise de conscience collective.

Alors que se durcissent un peu plus tous les jours les mesures visant à limiter la propagation du coronavirus, commencent à éclater ici et là des mouvements de rébellion que d’aucuns jugeraient compréhensibles au regard de la situation endurée. Dernier en date, celui des catholiques français qui en appellent au Gouvernement pour que celui-ci autorise à nouveau les messes. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/sante/article) Mais, à l’image de nombreuses manifestations ou rassemblements, les offices religieux, quels qu’ils soient, sont purement interdits. Risque de contamination oblige. Certes. Alors émerge, en parallèle de la colère dénonçant la privation de liberté individuelle et fondamentale, une question des plus sensibles, qui fait écho à la propagation du virus. Jusqu’à quel point accepterons-nous les contraintes imposées par le confinement ?

Résilience et gravité

L’interrogation renvoie à la capacité de résistance d’un individu face à une obligation d’essence verticale, c’est-à-dire imposée de manière jacobine et pyramidale par le Gouvernement. Cette résilience, mise à rude épreuve depuis plusieurs mois désormais, pourrait cependant trouver ses limites (Voir youtube.fr : Boris Cyrulnik – https://www.youtube.com/watch?v=oV3T55KmGE4). Tout d’abord parce que l’être humain n’est pas naturellement programmé pour vivre enfermé ou contraint. Ensuite, car, habitués à un confort social qui nous a longtemps permis de nous déplacer et d’agir à notre guise, nous sommes aujourd’hui dans l’incapacité progressive d’assumer cette privation de nos libertés usuelles. Si le cas des fidèles catholiques ayant défilé dans les rues de la capitale parisienne peut prêter à sourire, il reste aussi symptomatique d’une société, et plus largement de sociétés, qui ne comprennent ni n’appréhendent la gravité de la situation sanitaire. Point de bêtise ou de stupidité, mais dans un monde globalement empreint d’aisance et de facilité, la soudaineté et la violence du Covid-19 ont bousculé et surpris une humanité encore sous le choc des effets des mesures annoncées. Et preuve tout à la fois de la lassitude éprouvée face à la pandémie et l’agacement à l’endroit des protocoles sanitaires entravant toutes sorties non essentielles, il apparaît que les Français se déplacent plus au cours de cette seconde phase de confinement que lors de la première.

Fossoyeur et réflexion

Si la pandémie laissera des traces sanitaires et psychologiques, il semble, pour ne pas dire certain, que le confinement et les mesures associées en laisseront aussi et pour de nombreuses années. Est-ce à dire que le Covid a tellement bousculé nos existences qu’il se révèle être le fossoyeur du monde d’avant et le couloir menant au nouveau monde, tant vanté au lendemain du premier confinement ? Rien n’est moins sûr. Pour autant, la réalité semble plus sombre. La pandémie a surtout révélé les fragilités organiques de nos sociétés, quelles qu’elles soient, développées ou émergentes, les limites de nos systèmes de santé dépassés car rongés par la contrainte budgétaire, l’incapacité, quoi qu’il puisse en être dit, de proposer de nouvelles orientations sociétales, de générer une réflexion globale sur ce que pourrait être un autre monde. Il suffit pour cela de constater le silence des corps organisés (Partis politiques, syndicats, associations,…) devant la prise de conscience qu’impose la pandémie. In fine, cette résilience tant louée, risque surtout d’accoucher d’une société égale à celle qui prévalait avant le covid-19, à la rigueur matinée de quelques changements mais ô combien marginaux.