Canicule à tous les étages

La vague de chaleur qui s’abat sur la France et l’Europe interroge tant sur sa durée que son ampleur. Mais elle pousse surtout à se questionner sur les impératives adaptations que nos sociétés devront engager, les coûts qu’elles vont générer et les priorités économiques qu’elles vont imposer.

Dire que les thermomètres s’emballent et que les températures sont exceptionnellement élevées relèvent de l’euphémisme. Mais passée la figure de style, une réalité cruelle s’impose : nous ne sommes en rien préparés à de telles températures qui s’annoncent comme la norme climatique dans les années à venir, c’est-à-dire dans la décennie prochaine. Préparé ne signifie pas ici, psychologiquement prêt, encore que l’adaptation au réchauffement climatique (car il s’agit bien de lui) passe aussi par cette étape, mais préparé sous-entend matériellement adapté aux futures températures. Les modèles sont désormais formels : l’Europe en particulier et le Monde dans son ensemble, Pôles compris, verront leurs températures augmenter significativement dès le mois d’avril pour rester à des niveaux élevés jusqu’en octobre, soit six mois de l’année, transformant le cycle saisonnier, qui passera de quatre saisons à deux saisons, une saison sèche et une saison froide.

Rivières et alimentation

Mais pour en revenir à la question de l’équipement, il ne suffira pas de peindre les bâtiments et les toits en blanc, d’installer à tout va des climatiseurs (qui supposent aussi d’augmenter le nombre de centrales nucléaires elles-même implantées près de fleuves ou de rivières au cours perturbés l’été…), de végétaliser les murs ou les villes pour résoudre comme par enchantement la question climatique. Un constat s’impose : nous ne pourrons dans les années à venir que gérer les effets du changement climatique et non plus influer sur lui. Or, cette gestion va demander des efforts considérables non à l’échelle locale, inutile et sans conséquences, mais à l’échelle mondiale, plus pertinente et plus efficace. Il conviendra donc de s’interroger sur notre agriculture, nos modes de vie, notre gestion de l’eau (adieu la piscine pavillonnaire), notre alimentation, nos déplacements….Et même sur les rythmes scolaires voire les contenus des programmes éponymes. Ce n’est pas un défi qui se pose à l’Humanité, c’est sa survie. Si nous devions mesurer les efforts à engager, rien que les normes de construction des bâtiments d’habitation devront être revues pas nécessairement pour limiter la déperdition de chaleur mais l’inverse ! Comment maintenir la fraîcheur dans une bâtisse.

Rénovation

A l’échelle urbaine, l’écrasante majorité des bâtiments a été construit entre 1850 et les années quatre-vingt-dix, période durant laquelle le climat était encore, et à raison, considéré comme tempéré. Le chantier de rénovation s’annonce donc pharaonique tant dans son ampleur que dans les coûts qu’il va générer. S’il est encore temps de quelque chose, c’est certainement d’élaborer des politiques d’adaptation à long terme et de les inscrire dans les agendas des dépenses publiques, donc dans la conduite de l’État. Car le changement climatique aura aussi un impact, et non des moindre, sur les finances publiques, obligeant ces dernières à revoir leurs priorités économiques. La seule adaptation des établissements scolaires s’annoncent prohibitive et ce si les rythmes actuels devaient être concernés. Mais quel coût serait généré dans l’hypothèse où ses rythmes seraient modifiés ? La question est posée mais pas seulement au niveau de l’Education nationale mais d’une planète entière. Car la conclusion est implacable : nous devrons tout, absolument tout, revoir et reprendre si nous voulons simplement survivre.

Du pain, des jeux et la guerre

Si un accord de paix entre les Etats-Unis et l’Iran pourrait être rapidement signé, celui-ci n’occultera pas le fiasco géopolitique d’un conflit aux conséquences mondiales délétères et aux gains nuls. Essai d’explications.

Panem et circenses. Combien cette locution latine, mondialement connue, sied avec une aisance certes discutable à la manifestation organisée à la Maison Blanche à l’occasion des quatre-vingt ans du président Donald Trump. Entre violence et politique, conceptualisation du rapport entre vainqueurs et perdants, notions piliers de la politique du tycoon locataire de la Maison Blanche, la cérémonie aux relents d’un Make America Great Again triomphant n’a finalement que pour objectif de faire oublier la demie-defaite ou la demie-victoire, selon le degrés d’optimisme de chacun, consécutive à la guerre contre l’Iran. Alors que s’apprête à être signé un accord, qui n’inclut pas encore la question nucléaire, Etats-Unis et Iran se disputent la victoire dans une opposition qui n’a eu que pour seul effet de confirmer et solidifier le régime des Mollahs au détriment du peuple iranien, éludé et oublié à ce jour, mais toujours opprimé et martyrisé.

Destin en main

Là se cache aussi une partie de la défaite de Donald Trump qui pensait, par méconnaissance géopolitique et par l’ignorance des forces culturelles et politiques qui traversent l’antique Perse, mettre à genou la République islamique et pousser le peuple iranien à prendre son destin en main. Il s’est en réalité avéré que couper les têtes des dirigeants iraniens, y compris celle du Guide suprême l’Ayatollah Khamenei, n’aura pas suffit. Devant dès lors se contenter d’un accord a minima, sensé mettre fin aux bombardements et rouvrir le Détroit d’Ormuz, Donald Trump sait devoir aussi supporter les messes-basses ironiques et cyniques chinoises sur l’échec de l’Oncle Sam à dompter Téhéran tout comme le mécontentement de l’allié israélien toujours animé de la volonté de détruire l’État iranien, avec ou sans l’aide des Etats-Unis. D’aucuns avanceraient que ce conflit, qui a déstabilisé les marchés mondiaux, poussé l’Occident dans la récession économique, s’est révélé nul en terme de plus-value géopolitique ou géoéconomique. Les Etats-Unis, attirés par les ressources pétrolières iraniennes ne pourront donc pas user de celles-ci comme elles ont décidé unilatéralement d’en profiter au Venezuela, devront donc continuer à composer avec l’Iran, nation de 90 millions d’habitants, tenue sous le joug des mollahs, impossible à faire plier en dépit de toute la puissance de la première nation du monde.

Cadeau d’anniversaire

La réalité n’est d’ailleurs pas sans interroger et rappeler d’autres situations, notamment ukrainienne, où en dépit d’un déséquilibre patent, le plus faible, ou considéré comme tel, n’a pas cédé, tout au plus ployé mais pas rompu. En guise de cadeau d’anniversaire, Donald Trump devra se contenter de la promesse d’un accord minimaliste sensé sauver les résultats des élections de mi-mandat, la Coupe du Monde de Football en partie organisée sur le sol américain, une popularité en berne (y compris au sein de la la base Maga puisqu’à peine 38 % des sympathisants de Donald Trump adhèrent au conflit actuel) et surtout les apparences d’une nation giflée qui a buté sur un pays du Moyen-Orient, méprisé et sous-estimé par un président à l’arrogance affichée. « Happy Birthday Mister President ! » comme l’avait chanté Marylin Monroe lors de la cérémonie organisée en l’honneur de John Kennedy en 1962….A la Maison Blanche, le gâteau risque d’être amer….

L’allié encombrant

Engagés dans un conflit plus complexe que prévu, les Etats-Unis pourraient s’interroger sur la pertinence de leur alliance avec Israël. Sans dénoncer celle-ci, il apparaît pourtant que le poids des relations entre les deux nations tend à entraver les ambitions à court terme de Washington.

Et si les Etats-Unis lâchaient Israël ? L’idée peut paraître saugrenue mais, au regard des circonstances actuelle, celle-ci n’est pas dénuée d’intérêt. Plusieurs raisons pourraient pousser Washington à cette solution. Tout d’abord, le conflit contre l’Iran, qui semblerait s’orienter vers une forme de solution diplomatique, est avant tout le résultat de la pression exercée par Israël sur les Etats-Unis plus que par la volonté de la Maison Blanche, (même si l’envie de destituer le régime des Mollahs est présente depuis 1979), de véritablement déclencher une guerre avec Téhéran. Second argument qui pourrait accréditer cette thèse, l’envolée des cours du pétrole qui menace à chaque bruit de botte au Proche-Orient la croissance et l’économie mondiale déjà fragile et encore trop dépendante du pétrole des pays arabes de la région.

Normalisation

Les soubresauts à répétition du Moyen-Orient ont fini d’achever la patience des Etats-Unis, voire du restant de la planète, confronté à la paranoïa d’Israël convaincu depuis 1948 que ses voisins arabes, en dépit du soutien des Etats-Unis et de la normalisation de ses relations avec nombre de pays de la zone, veulent sa destruction. Or, à ce jour, le seul pays ayant officiellement déclaré vouloir la disparition d’Israël est l’Iran et son allié le Hezbollah. Car la question libanaise entre aussi dans l’équation. Régulièrement bombardé dans sa partie sud, ce pays du Moyen-Orient est devenu le souffre douleur de Tel-Aviv au point de l’obliger à négocier la paix sur son propre territoire. Dernier point, le bellicisme de Benyamin Netanyahou, devenu par trop encombrant pour la Maison Blanche qui peine dès lors à se faire entendre dans une région où finalement, sa voix compte notamment auprès de l’Arabie Saoudite ou l’Egypte. Préoccupé par l’avenir des ressources pétrolières de l’Iran et le devenir du Détroit d’Ormuz, la Maison Blanche se retrouve aujourd’hui associée à un allié clairement embarrassant et qu’il sera difficile de rayer d’un trait de plume. Pour autant, à quelques jours du début de la Coupe du Monde de Football (Canada, Etats-Unis, Mexique), du 250ème anniversaire de l’Indépendance américaine (4 Juillet 1776) et surtout des élections de mi-mandat où les Démocrates pourraient remporter la majorité à la Chambre des Représentants, le Président des Etats-Unis pourraient officiellement ou officieusement revoir ses priorités diplomatiques. A l’heure où les Etats-Unis vont être sous les projecteurs de la planète entière, Donald Trump entend donner de son pays une image de nation apaisée, pacifiste et humaniste, non celle d’une nation va-t-en-guerre, aux prises dans un lointain conflit moyen-oriental déjà fort impopulaire. Mais de là à franchir le pas….