Si le poids de la dette se fait sentir au quotidien sur les taux d’intérêt réglés par la France tout comme sur l’incapacité de cette dernière à rassurer les marchés, se pose la question de la pertinence et de l’avenir de l’Etat-Providence issu de la Seconde Guerre mondiale.
Et si notre Etat-Providence, vanté et admiré de tous, n’était plus compatible, à tous le moins adapté à l’environnement économique et financier qui prévaut aujourd’hui ? La question n’est pas sans intérêt car, sans cynisme mais avec réalisme et lucidité, un Etat endetté à 119 % doit obligatoirement se pencher sur l’état de ses finances et au-delà sur les dépenses qui engagent. Il ne suffira pas aux parlementaires, députés et sénateurs, de censurer le Projet de Loi de Finances pour effacer la dette ou contourner la réalité pour espérer voir le crédit de la France s’effacer. S’impose désormais, malgré lui peut-être, un débat, évité depuis le milieu des années soixante-dix, quand les Trente Glorieuses s’éteignaient doucement sous les coups, alors discrets, d’une dette croissante et inéluctable, sur le rôle et surtout les dépenses que doit accepter l’État-Providence. La question fera certainement grincer des dents si elle devait être posée mais il apparaît évident que l’État à ce jour ne peut plus résoudre toutes les difficultés économiques ou sociales.
Miracle
Trop longtemps, les Français ont pris l’habitude de se tourner vers l’État, comme les sujets du royaume le faisait vers le Roi absolu, pour que celui-ci accouche, comme par miracle d’une solution finie et arrêtée, remède à tous les maux. Or, à ce jour, les caisses sont vides et l’État n’est plus en moyen de financer son corollaire, à savoir, la répartition de la richesse nationale. Qui sera donc victime des réductions budgétaires ? L’on pourra toujours accuser le train de vie de l’État, des Ministres, du Président….Certes. Mais guillotiner Louis XVI n’a pas remis de l’or dans les caisses de l’État révolutionnaire. Dépenses symboliques alors ? Non. Mais marginales au regard de ce qu’il conviendra d’entreprendre ce qui ne signifie pas affranchir l’État d’une cure d’amaigrissement qui lui ferai le plus grand bien. Les deux cibles que les prochains gouvernements devront avoir en ligne de lire sont les aides aux entreprises, trop souvent opaques et mal orientées ; l’aide sociale à repenser dans sa totalité afin de lui conférer plus de cohérence.
Constater et repenser
Quand aux ministères régaliens, ici la Défense ou l’Education nationale, leur survie dépend du degrés de priorité qu’ils représenteront dans les années à venir. In fine, constater la dette est une chose, accepter de repenser l’Etat-Providence à la française de fond en comble, par une remise à plat de notre système de répartition et de péréquation en est une autre qu’il faudra accepter. L’obstacle financier et économique franchi, restera le plus compliqué, l’obstacle social qui consistera à faire entendre, comprendre et accepter que l’Etat-Providence, issu de la Seconde Guerre mondiale, dans un pays meurtri et en souffrance, voyait dans l’État un pilier protecteur, ne peut plus être perçu comme tel mais comme un acteur économique et financier amené à être géré comme une entreprise et non comme un tonneau des Danaïdes.