Le roi et le Président

A quelques mois de l’élection présidentielle, se pose déjà la question du scrutin législatif à même de bouleverser le résultat issu de la première consultation destinée à élire le chef de l’exécutif. Car au regard de l’état de désagrégation de l’environnement politique, imaginer une majorité opposée au nouveau Président n’a rien d’impossible.

Dire que l’extrême droite n’a jamais été aussi proche du pouvoir suprême est à ce jour un euphémisme. Caracolant en tête des sondages, Marine Le Pen peut, à en croire les instituts menant les enquêtes citées, légitimement se voir siéger à l’Elysée dans un peu moins d’un an désormais. Et la voir remporter l’élection présidentielle ne serait qu’une demie surprise tant la situation intérieure et extérieure poussent les extrêmes, car il convient aussi de ne pas négliger la puissance et la force de La France Insoumise (LFI) devant les portes du pouvoir. Pour autant, et c’est certainement un des paradoxes de la Vème République, si le Président jouit de pouvoirs qui lui font revêtir les habits d’un monarque républicain, ces mêmes pouvoirs sont, Constitution oblige, partagés avec le Gouvernement, lui-même tributaire de l’Assemblée nationale. Or, nombreux furent les présidents prédécesseurs d’Emmanuel Macron à considérer, lui-aussi dans le même temps, qu’une victoire lors de l’élection présidentielle induisait automatiquement une victoire lors des élections législatives. C’est, sous la Vème République, une constante qui ne s’est jamais démentie : un Président élu a toujours pu bénéficier durant les premières années de son mandat, cinq a minima, d’une majorité.

Bon sens

Pour autant, cette automaticité ne l’est en rien et repose sur l’invocation du bon sens des électeurs que le Président élu croit plein et entier, riche de discernement et de logique qui pousserait à élire une majorité soutenant le Président de la République. Si Marine Le Pen était d’aventure élue, celle-ci, compterait légitimement s’appuyer sur une majorité qui lui serait acquise au nom des éléments énoncés ci-dessus. Mais, la science politique nous apprend que rien n’est logique au sein du corps électoral, Emmanuel Macron, avec sa dissolution a posteriori jugée comme un échec, ne le sait que trop bien désormais. Ce qui laisse donc à penser que même élue, Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon, voire un autre candidat porté à l’Elysée, peut être amené à composer avec une autre majorité que celle qu’elle ou il attendait. Concrètement, le Président pourrait aisément se retrouver en situation de cohabitation dès les premiers jours de la session de l’Assemblée nouvellement élue. Ce serait une première dans la Vème République sans pour autant être un drame car la situation exprimerait une volonté d’équilibre entre l’exécutif et le législatif, une manière de contrôler via l’Assemblée la toute puissance de l’Elysée. Et en poussant l’analyse plus loin encore, voir émerger une majorité reste relève encore de l’hypothèse car plusieurs types de majorités peuvent s’imposer : relative ou absolue, voire aucune, obligeant le Gouvernement à jongler sur des alliances construites et déconstruites au gré des circonstances. Sans entrer dans la politique fiction, ce scenario, cauchemar de tout Président de la République n’est pas si dystopique que cela.

Majorité godillot

La volonté des électeurs de sortir du schéma classique d’un Président omnipotent et de sa majorité godillot, prête à voter tout et n’importe quoi au nom d’un principe intangible d’allégeance. Le risque est donc sérieux et il affaiblirait plus encore la fonction présidentielle non pas en lui portant un coup à même de la déstabiliser mais en réduisant son champ d’action. Charles de Gaulle et Michel Debré n’avaient jamais imaginé que le Président de la République puisse un jour être l’otage de l’Assemblée mais la réforme constitutionnelle de 2002, voulue par Jacques Chirac, calquant le mandat législatif sur celui de l’exécutif, traumatisé qu’il fut pas sa cohabitation avec Lionel Jospin, a accéléré le rythme de la mécanique électorale en réduisant la durée de son action dans le temps. Ainsi, est-il interdit d’avancer que Marine Le Pen puisse être élue présidente de la République sans disposer de la majorité nécessaire à l’Assemblée nationale ? Absolument pas. La situation serait certes inédite mais le resterait le temps de le devenir car elle pourrait, au vue de la désagrégation de l’environnement politique depuis plusieurs années désormais, devenir une règle tacite du fonctionnement de nos institutions. Pour résumer : un Président oui, un monarque républicain flanqué de députés-sujets non.

L’obsession sanguinaire du nouveau tsar

La multiplication des difficultés économiques en Russie liées à la guerre en Ukraine accrédite la nécessité d’une sortie rapide du conflit. Mais la guerre menée par Poutine, qui relève plus de l’obsession personnelle que de la nécessité stratégique, interdit tout espoir de résolution de l’opposition armée. Explications.

Peu importe in fine les résultats des élections législatives qui se tiendront les 18 et 20 septembre prochains en Russie, Vladimir Poutine en autocrate élu qu’il est, s’en moque. Tout comme celui-ci se moque des effets de la guerre menée contre l’Ukraine sur la population russe. Inflation en hausse, pénurie de carburant, armements défaillants, moral des troupes en berne et front enlisé seraient pourtant, et pour n’importe quel dirigeant des motifs d’interrogations, à tous le moins, sur la pertinence du conflit en cours. Sauf que Vladimir Poutine n’est pas un dirigeant lambda. Il veut incarner un homme politique hors norme, hors du temps et sur lequel rien ni personne n’a de prise. Ainsi, la guerre menée contre l’Ukraine n’est pas une guerre banale, un simple conflit de bordure, c’est sa guerre. De fait, sans le moindre scrupule, tel les tsars ou les premiers secrétaires du Parti communiste qui l’ont précédé, Vladimir Poutine a fait du peuple russe l’outil, plus que l’acteur, de cette guerre qu’il a transformé en conflit personnel.

Omnipotence

Usant de la menace envers l’Europe pour s’assurer une relative tranquillité, en provocant l’OTAN afin de tester sa capacité de réaction, nulle pour l’instant car encore sous le joug de l’omnipotence nord-américaine, Poutine sait avoir les mains libres sur la question ukrainienne, cet ce même si les signes de défection, vite étouffés, ou les difficultés économiques, éludées, se multiplient, Vladimir Poutine veut vaincre, quel qu’en soit le prix. Tels ses prédécesseurs, Poutine n’hésitera pas à sacrifier la Russie et les Russes tant que le résultat espéré, une victoire nette, ne sera pas enregistrée. Loin d’imaginer une défaite, alors que le conflit se dirige plus vers un statu quo à même de relancer les hostilités dans un avenir à plus ou moins long terme, Vladimir Poutine tendrait à défier la réalité, quitte à la nier au regard de la multiplication des incursions de drones ukrainiens sur son territoire. La question qui désormais se pose n’est plus de savoir si Vladimir Poutine acceptera un traité de paix mais quel sera le contenu du dit traité. La Crimée, annexée depuis 2014 restera-t-elle russe ?

Prix du baril

Le Donbass conquis en partie sur le territoire ukrainien retrouvera-t-il sa souveraineté ? Les populations russophones frontalières de la Russie seront-elles enclines à potentiellement réintégrer le giron ukrainien ? Autant de questions et tant d’autres, à l’heure où flambe le prix du baril du pétrole sans que Moscou n’en tire d’avantages particuliers au regard des sanctions que subit la Russie, qui se pose avec acuité et que Poutine se pose aussi. Car l’homme fort du Kremlin sait que jamais ses exigences ne seront acceptées par Kiev tant que Volodymyr Zelensky sera au pouvoir tout comme Poutine sait que Donald Trump, allié objectif, plus intéressé par la flambée des cours du pétrole que par le devenir du peuple ukrainien, devra quitter la Maison Blanche. Entre obstination et temps qui presse, Poutine n’a finalement que peu de marge pour sortir du conflit et quasiment aucune si celui-ci s’obstine à vouloir le remporter coûte que coûte.

Le compte à rebours est lancé

La nécessité de boucler avant le 30 septembre le Projet de loi de Finances révèle combien l’Etat-Providence traverse une crise de croissance associée à une instrumentalisation de ce-dernier par des candidats à l’élection présidentielle, peu soucieux, en apparence, de l’intérêt général.

Voilà un sujet peu ragoûtant mais ô combien impérieux tant il met en évidence les faiblesses de l’Etat-Providence et révèle les appétits des prétendants à la charge suprême, à savoir le budget de la Nation. En d’autres temps, simple formalité législative qui aurait entériné les dépenses et les recettes de l’État, le budget 2027, actuellement en préparation, suscite divers commentaires sur la manière dont le Premier Ministre va parvenir à le boucler. Car les obstacles sont légion : Croissance en berne, canicule et sécheresse aux effets dévastateurs sur la production agricole, crise énergétique avec un baril de pétrole qui joue aux montagnes russes, tensions géopolitiques multiples et chômage qui repart à la hausse, loin des promesses de plein emploi du Président de la République. Pourtant, ces mêmes obstacles n’ont, par la passé, jamais réellement entravé l’élaboration du budget sauf que là, force est de constater, au regard de la dette actuelle, (3 565 milliards d’euros au 9 septembre 2026, soit près de 118,5 % du PIB qui s’élève à 2 646,7 milliards) que le volet dépense va devoir être étudié par les députés.

Logique

L’Impôt sur le revenu qui rapporte environ 95 milliards d’euros par an couvre à peine les intérêts de la dette estimée à 74 milliards d’euros pour 2026, (soit le premier poste de dépense après les pensions de retraite et supérieur au budget de la Défense.) Dire que l’État-Providence est en crise s’avère donc un euphémisme, la logique imposant une réalité : l’État dépense trop. Pour autant, l’allégation, sommaire et décontextualisée, ne tient pas obligatoirement compte des nécessités sociales ou matérielles qui génèrent les dépenses constatées. Il serait alors plus juste d’avancer que l’État dépense mal les fonds publics. Le débat n’est pas nouveau mais hautement inflammable, et l’ouvrir consisterait à s’attaquer à la pertinence de la dépense publique car celle-ci impose de fait de s’intéresser à toutes les dépenses que l’État satisfait. Un rapport de la Cours des Comptes publié en juillet établissait ainsi que les prestations sociales, sans devoir être remises en cause, devaient faire l’objet de plus de cohérence dans leur attribution et dans leur calcul. Il apparaît étonnant, en outre, que l’organisme chargé de passer au crible le bilan comptable de la nation ne soit jamais, ou très rarement, suivi, dans ses recommandations. La raison ?

Intérêt général

Justement le fait qu’il s’affranchisse de toutes conceptions et orientations politiques sur la question du budget, ce qui amène à constater combien le budget, qui devrait relever de l’intérêt général, est devenu l’otage, ce qui n’a rien de nouveau en soi mais qui prend actuellement une envergure autre, de la course à la l’élection présidentielle. Entre Jean-Luc Mélenchon qui souhaite « brûler la dette » sans pour autant s’attaquer aux racines de celle-ci, Edouard Philippe qui veut allonger la durée d’activité pour sauver le régime des retraites, Marine Le Pen qui souhaite abaisser le taux de TVA sur l’énergie avec l’espoir de relancer la croissance et accroître le pouvoir d’achat des Français, entre autres propositions, aucun des prétendants à l’Elysée ne propose une nouvelle réflexion sur le fonctionnement global de l’État-Providence. Que se dessine-t-il donc pour les mois à venir, le pays devant être doté d’un plan d’action financier au plus tard le 31 décembre 2026, le Projet de Loi de finance devant être déposé à l’Assemblée Nationale le 30 septembre prochain. Et si non ? Alors les volets Dépenses et Recette resteront identiques à ceux qui prévalaient en 2026 et ce au risque de voir la dette s’envoler encore plus. Et de crise de l’Etat-Providence nous passerons à une crise financière voire de régime. Le compte à rebours est lancé…

Septembre noir

A l’heure où sonne la rentrée, rien ne laisse augurer d’issues favorables en Iran ou en Ukraine. La politique étrangère des Etats-Unis, plus illisible que jamais, contribuant pour beaucoup à cette réalité, permet cependant au rival chinois de se glisser habilement dans le chaos ambiant.

Entre la guerre au Moyen-Orient et celle qui déchire l’Ukraine depuis plus de 4 et demi désormais, rares peuvent être à l’aube de la rentrée les motifs d’espoirs. Croissance mondiale plombée par le prix de l’énergie en hausse constante, au mieux soumis à des fluctuations telles qu’il est devenu quasiment impossible de prévoir à court ou à moyen terme qu’elles seront les conséquences de ces atermoiements, sans oublier le dérèglement climatique qui a dépassé le statut de crise pour s’ancrer dans la durée au point de devenir notre quotidien. Pour autant, il est évident que si les conflits moyen-orientaux et ukrainiens trouvaient une issue favorable, rapide et acceptable pour tous, de nombreuses difficultés se résoudraient. Car, objectivement, la stratégie de Donald Trump, dans cette région du monde est clairement devenue inaudible et incompréhensible. Se pose désormais une question simple : Quelles sont les ambitions de Donald Trump au sujet de l’Iran et de son soutien à Israël ?

Fin de règne

La problématique est d’autant plus lourde de sens à quelques semaines des élections de mi-mandat qui s’annoncent comme une débâcle, à tout le moins des plus critiques, pour les Républicains en passe de perdre la majorité à la Chambre des Représentants. De conjectures en hypothèses, la position du président des Etats-Unis laisse exhaler l’idée d’un début de fin de règne, dépassé qu’il est par la tournure des évènements. Pourtant, trop engagé dans le conflit iranien pour l’abandonner en l’état à son successeur, républicain ou démocrate, Donald Trump sait aussi devoir proposer une perspective crédible quant à l’issue du conflit ; d’abord, pour la nation américaine peu encline à guerroyer loin de ses bases quand le président en place plaidait pour un « America first », ensuite pour celui qui prendra place dans deux ans sans le Bureau Ovale. Entre volonté de contrôler le Détroit d’Ormuz, de dompter la férocité de l’Iran et de soutenir Israël coûte que coûte en dépit des déboires de Benyamin Netanyahou enlisé dans des scandales à même de sceller son destin, nul ne sait à ce jour, dans cette politique étrangère aux aspects d’Hydre de l’Erne, où Donald Trump souhaite en venir.

Détente

Constat identique au regard du conflit russo-ukrainien, si Vladimir Poutine ne semble pas prêt à la paix, profitant aussi de l’enlisement du conflit au Moyen-Orient, rien ne laisse penser à une détente proche et ce d’autant plus que l’Ukraine se montre toujours plus combative et agressive, peu impressionnée par la puissance russe. Dernier acteur, la Chine, sibylline et discrète, abhorrant le chaos qui s’est déclarée prête à intervenir, non pas dans le conflit américano-iranien, mais dans le transit des navires dans le Détroit d’Ormuz. Stratégique comme à son habitude, Pékin a depuis longtemps compris, que le conflit en tant que tel ne lui apporterait rien mais que le pétrole iranien dont elle a cruellement besoin était fondamental. L’aide chinoise qui a pour effet d’abaisser les cours du pétrole a aussi pour objectif de permettre à l’Empire du Milieu de disposer d’une ressource à un tarif plus acceptable et de se présenter sous son meilleur jour, à l’opposé des Etats-Unis, vus comme des agresseurs, la Chine comme une forme de pacificateur. Et si une lueur d’espoir devait se faire jour, c’est peut-être justement du côté de l’Extrême-Orient qu’elle poindrait, mais avec la plus grande des pondérations.