Le taux de chômage, arme politique ?

 

Emploi

Moins 1,7% en mars, c’est donc la baisse du chômage enregistrée en ce printemps 2016. Il va de soi qu’il faut accueillir la donnée statistique comme une bonne nouvelle et s’en réjouir à la mesure de sa valeur. Car se lancer dans une forme de triomphalisme, dont se sont d’ailleurs gardés le ministre du Travail, Myriam El Khomry et le Premier ministre Manuel Valls, pourrait apparaître comme fort présomptueux et très certainement prématuré au regard de la fragilité de la conjoncture et de la versatilité du taux concerné. Et si d’aventure l’un d’eux (ou un autre) devait se lancer dans une exégèse des politiques actuelles, ce panégyrique, malvenu en l’état, confirmerait une tendance qui prévaut dans notre pays depuis des années, tout comme dans d’autres d’ailleurs, à savoir considérer le taux de chômage comme une arme politique, comme un argument électoral déconnecté de toute réalité sociale. Une explication s’impose. La question de l’emploi est devenue au fil des années le juge de paix de tout élu ou aspirant à des responsabilités électives. Et pour cause, le travail, outre sa vocation sociale et intégratrice fondamentale, est aussi l’unique moyen de subsistance que l’Humanité ait trouvé pour satisfaire les besoins essentiels de chacun. La valeur travail, comme l’a très bien expliqué la sociologue Dominique Méda dans nombre de ses essais, passe avant toute chose, parfois avant même la notion de cellule familiale, c’est dire le poids de celui-ci dans la vie de l’individu.

Communication et action

Or, les difficultés auxquelles est confronté l’individu pour exercer une activité professionnelle rémunérée se heurte aussi à l’incompréhension de la sphère politique, quelque soit son obédience, qui ne ressent pas cette nécessité de la même manière. Rares sont les ministres, voire les Présidents de la République, à avoir arpenté les moquettes usées de feu l’ANPE ou aujourd’hui de Pôle Emploi….On ne peut pas leur en faire le reproche, ce n’est pas leur vocation première et s’y rendre relève souvent plus de la communication que de l’action politique de terrain. Autant s’en abstenir donc car rentrer dans une agence Pôle Emploi ne permettra jamais à l’élu de ressentir ou d’éprouver les sentiments d’un demandeur d’emploi. En revanche, il serait opportun de lui rappeler que taux de chômage et emploi, indissociables corollaires, ne se résument pas à une somme de statistiques maniées avec adresse et habileté à des fins d’ambitions personnelles. D’aucuns y verraient une forme de cynisme, d’autres une forme d’électoralisme facile. Et l’erreur d’avoir été trop souvent commise, déshumanisant la question du chômage en renvoyant sa réalité, c’est à dire un drame social et humain où se mêlent isolement et perte de confiance en soi, loin de la responsabilité effective d’un homme ou d’une femme politique en charge d’imaginer des solutions pérennes et efficaces. Non que ces derniers n’aient pas cherché à résoudre le problème, dire le contraire serait faux, mais la valeur quasi-vitale de l’emploi a conféré à celui-ci un statut de question prioritaire lui permettant de passer avant tout autre problème. A raison d’ailleurs. Donc devenus prioritaires, emploi et chômage deviennent des armes redoutables pour celui qui saura, non pas les manier, mais en connaître les ressorts. Un homme politique, quel qu’il soit, a pertinemment compris que son avenir tenait d’abord à la résolution de ces deux questions.

Encre et temps économique

Engranger des signatures de contrats est naturellement louable. Mais tant que ces signatures ne se traduiront pas par des créations effectives et directes d’emplois, leurs portées pourtant considérables, ne seront ni perçues ni appréhendées et ne se traduiront en rien dans les urnes. Voilà qui explique l’empressement de tout homme politique à préciser, l’encre du contrat à peine sèche, combien d’emplois seront créés via ces signatures. Voilà une manière comme une autre d’user de l’arme citée plus avant. Mais est-elle comprise par celui qui franchit la porte de Pôle emploi ? Le temps économique a sa propre vitesse et ce en dépit des efforts engagés par le personnel politique pour essayer de l’accélérer. C’est d’ailleurs une des limites de l’action politique dans son ensemble, celle ne pourvoir influer qu’à la marge du champ économique en essayant de créer des conditions favorables, bref de dégager le terrain. Mais cette action marginale, aussi généreuse ou efficace qu’elle puisse être, ne peut être instrumentalisée ne serait-ce que par respect et décence à l’endroit de ceux qui recherchent un emploi et qui fondent dans l’action politique de grands espoirs pour enfin sortir de l’ornière.

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