Crise économique, fantasme migratoire et chômage de masse ne peuvent seuls expliquer la montée des partis d’extrêmes droites. Car l’Europe nourrit depuis des siècles les ferments d’une violence sourde que l’historien Pierre Renouvin a identifié sous le nom de Force profondes.
La poussée de l’extrême droite autrichienne, quelque soit le résultat des élections du 22 mai à venir est, on l’a déjà dit et écrit à de multiples reprises, l’illustration locale et au delà des frontières de l’Autriche, de la faillite d’un modèle de société créé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Les commentaires, d’essence sociologique, économique et autres sont revenus sur ce phénomène de croissance des mouvements d’extrême droite qui ne touchent pas que l’Autriche où cependant, en raison de son passé, le risque de voir la nation de Strauss et Stefan Zweig basculer revêt un caractère historique symbolique lourd. Pourtant, répétons-le, l’Autriche n’est pas le seul pays de l’Union européenne et de l’Europe géographique à être menacée par l’arrivée au pouvoir de mouvements extrémistes. Les partis concernés ne cachent ni leurs velléités, ni leurs intentions une fois le pouvoir conquis, s’appuyant sur un électorat poreux aux idées défendues. Tenter d’expliquer les raisons de l’adhésion de certaines franges de la population à ces thèses a naturellement fait l’objet d’explications multiples : crise économique, chômage de masse, fantasme migratoire, perte d’identité,…la liste est longue.
Explications et réflexes
Mais tout ces éléments ne répondent toutefois qu’à un moment de l’Histoire, un volet du temps qui s’affranchit d’une explication historique plus précise. Revenons donc pour ce faire au concept de Forces profondes, concept développé par l’historien spécialiste des Relations internationales, Pierre Renouvin (1893-1974). Pour essayer de synthétiser une pensée complexe sans la dénaturer, Renouvin défendait la thèse que lorsque les Hommes échouent ou peinent à réaliser un dessein commun, ces derniers se laissent submerger par des réflexes jusqu’alors enfouis et qui ressurgissent soudainement sous l’effet de la peur, de l’ignorance ou de l’échec. Et ces réflexes d’être alors assimilés à des solutions aux difficultés rencontrées. N’assisterions-nous pas finalement aujourd’hui à une forme de résurgences de ces forces profondes réveillées par les difficultés, ou prétendues comme tels, rencontrées par les peuples européens ? La question se pose avec acuité devant l’impasse dans laquelle l’Union européenne se trouve dans la résolution de la crise des migrants qui a révélé de vraies fractures idéologiques entre les pays membres, l’incapacité des gouvernements à résoudre, sauf rares exceptions dont l’Autriche fait partie (le taux de chômage est de 5,7 % pour une population de 8,4 millions d’habitants)* le chômage de masse ou à appréhender avec justesse et efficacité les agressions terroristes (nulles en Autriche au demeurant). Ces forces profondes, qui apparaissent à certains comme une réponse à la peur, infondée et irraisonnée qui les ronge, travaillent des peuples européens pourtant à l’abri des grandes secousses du Monde. Mais ces forces profondes sont aussi porteuses, l’Histoire l’a prouvé, d’autres maux tels que la xénophobie ou l’antisémitisme qui gangrènent le continent depuis des siècles et tendent l’un et l’autre à se développer de manière exponentielle. L’Europe est-elle cependant condamnée à vivre avec ces forces profondes jusqu’à la disparition de la planète ? Ces mauvais génies, qui ressurgissent à chaque grande crise sociale ou sociétale, sont malheureusement ancrés dans un continent qui s’escrime à trouver sa place dans l’espace mondial que la mondialisation a généré.
Perte d’influence
Cela ne signifie pas que ces mêmes forces étaient absentes lors des décennies passées mais le confort économique associée à une forme de prédominance européenne sur le monde les avaient globalement étouffées. Mais la disparition du bloc soviétique, la fin de la Guerre Froide, la multi-polarisation du Monde et par conséquence la perte d’influence de l’Europe (vécue par certains comme une agression) dans les échanges et les décisions internationales a accéléré la renaissance d’un sentiment de peurs et de craintes, redisons-le, totalement infondées et dénuées de réalités empreintes de quelconque menaces pour les modèles sociaux qui ont les nôtres. Certes, chômage de masse et difficultés économiques sont des réalités impossibles à balayer d’un revers de main mais elles ne sont pas pires que celles qui prévalaient au début du XXème siècle quand l’Europe se préparait à la déflagration de 1914. Le propos n’a effectivement rien de rassurant et ne dédouane en rien les peuples prêts à s’abandonner aux extrêmes. D’abord car rien ne les y oblige ; ensuite parce qu’arguer des forces profondes chères à Renouvin ne peut constituer une excuse supérieure, voire quasi-divine, dépassant de fait l’individu. Pourtant, elles sont capables d’expliquer que l’Europe, hier comme aujourd’hui, reste tiraillée en son sein par des courants identitaires et extrémistes prêts à se greffer sur n’importe quel drame social. Que faire alors ? S’il serait prétentieux et condescendant de présenter ici une liste de solutions, un des réflexes naturels à nourrir serait peut-être d’avoir à l’esprit que notre équilibre social reste fragile et abrite des forces souterraines puissantes dont il convient d’avoir connaissance et de maîtriser au lieu de les accepter comme une fatalité ou une justification.
Sources : Eurostat Avril 2015*
François Hollande a menacé de plafonner les revenus des grands patrons. Mais le contraste entre simple salarié et grand dirigeant ne renvoie-t-il pas à la place que nous accordons à l’argent dans notre vie ?
Le choix du nom de la nouvelle région unissant Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon laisse émerger la question d’une identité commune : existe-t-elle déjà ou est-elle à créer ?
La loi Travail l’a mis en évidence. Et bien que beaucoup s’en doutaient, il existe aujourd’hui deux gauches. Une de Gouvernement, guidée par des thèses socio-libérales ; une parlementaire, fidèle à l’histoire idéologique du parti fondé par François Mitterrand au Congrès d’Epinay en 1971. La fracture, nette et profonde, n’est pour certains en aucun cas tenable et pourrait coûter à François Hollande sa réélection. Lieu commun que ces quelques lignes mais qui introduisent cependant une autre forme d’interrogation. La gauche doit-elle se convertir au libéralisme pour rester au pouvoir ? En un mot, faut-il appliquer et promouvoir une politique de droite tout en étant de gauche, ou prétendu comme tel, pour conserver le pouvoir ? C’est, à y regarder de plus près, le pari pris par le locataire de l’Elysée. Et dans ce cas là pourquoi se représenter sous une étiquette progressiste tout en sachant pertinemment que reconduit à la tête de l’exécutif, sera menée à nouveau une politique d’inspiration, au mieux socio-libérale, au pire de centre-droit avec le turbulent Emmanuel Macron en qualité de Premier ministre. Bref ! Spéculations pour l’heure ! Là n’est pas l’objet. Qu’est devenu la gauche française ? La question se pose. Un ensemble de valeurs progressistes qui cherchent à bousculer l’ordre établi ? L’affirmation de la puissance publique via le renforcement de l’Etat-providence ? Une attention particulière portée aux plus démunis ? Autant de questions qui trouvent leurs réponses à gauche de l’échiquier mais aussi à droite.
Alors que la Loi Travail agrège autour d’elle un ensemble toujours plus lourd de mécontents et que se rapproche l’échéance du vote au Parlement, voilà que le Premier ministre Manuel Valls reconnaît ne pas exclure le recours à l’article 49.3 de la Constitution. Naturellement, la seule évocation de celui-ci, toutes majorités confondues, n’est pas sans provoquer commentaires et cris d’orfraie. Car rappelons-le, le dit article permet au Gouvernement, qui redoute une mise en minorité sur un projet de loi présenté au vote des parlementaires, de s’affranchir de ces derniers et de leurs avis pour promulguer directement la loi. Héritage tenace et régulièrement utilisé par tous les Gouvernements de la Vème République, car extrêmement pratique et pour cause. Mais la question se pose aujourd’hui, comme hier cependant, de savoir ce qui se cache derrière l’utilisation du 49.3. D’aucuns crieront à une marque de faiblesse du Gouvernement amené à l’employer. L’argument est valable car il est aussi le témoin d’une fracture dans la majorité censée soutenir le Premier ministre en place qui, une fois l’article utilisé et la loi adoptée, ne peut arguer que d’une victoire à la Pyrrhus.
Il y a parfois dans l’existence des moments que l’on attend sans qu’ils soient consciemment espérés. C’est peu ou prou ce qui est train de se préparer aux Etats-Unis où les Américains se dirigent vers un affrontement entre Donald Trump et Hillary Clinton. Tout les oppose. Leur seul point commun est de vouloir accéder à la présidence des Etats-Unis. Donc ce moment attendu semble se dessiner, notamment après l’annonce du retrait de Ted Cruz, celui-ci ayant compris que son option ultra-conservatrice ne le mènerait nulle part, si ce n’est à l’échec face à la tornade populiste Trump. De France et d’Europe, l’on s’étonne que près de 50% des Américains aient pu, et puissent continuer jusqu’en novembre prochain, accorder leur confiance au magnat de l’immobilier. Lui si misogyne, si sexiste, si ignare des affaires du monde, si xénophobe, si tout ce que Européens et Français en particulier bercés d’idéaux humanistes (certes en recul ces dernières années) détestent. Mais pouvait-il en être autrement ? Les Etats-Unis, terre manichéenne par excellence ou le bien ne côtoie que le mal et inversement, ou les problèmes ne se résolvent que selon des logiques binaires, les Etats-Unis donc ne pouvaient qu’accoucher, au regard des dernières années, d’un tel affrontement. L’expérimentée et politique Hillary contre le milliardaire Donald. Tout deux incarnent à leur manière deux Amérique qui s’opposent et cohabitent.

Ainsi, un courriel malencontreux et malheureux a trahi les intentions de Nicolas Sarkozy, le message en question laissant très clairement supposer que l’ancien Chef de l’Etat serait candidat aux primaires du parti Les Républicains. Trahison ou stratégie finement calculée ? D’aucuns, connaisseurs ou non, des rouages qui meuvent la politique savent que rien n’est jamais innocent ou accidentel en terme de fuite. Donc, le secret de Polichinelle, gardé jusqu’alors avec des précautions toutes relatives, a été dévoilé à dessein. Il serait naïf d’y voir une maladresse ! « Oups ! J’ai gaffé ! » aurait pu alors se dire l’expéditeur du mail. Que nenni ! Il convient cependant de se demander pourquoi, alors que le scrutin devant désigner le candidat des Républicains à l’élection présidentielle ne se tiendra qu’à l’automne prochain, un tel message a été diffusé ? La raison tient dans le contexte actuel qui fait office d’espace-temps au sein même de l’opposition et dans la personnalité de l’ex-président. Le contexte tout d’abord. A droite, les prétendants s’agitent et s’activent. Alain Juppé, Bruno Lemaire, François Fillon (candidats parmi les plus dangereux pour l’ancien président) n’ont jamais caché leurs ambitions personnelles défendant chacun d’eux des projets plus ou moins viables ou crédibles. Si certains d’entre eux visent clairement l’Elysée (Alain Juppé et François Fillon), le dernier, Bruno Lemaire, bataille aujourd’hui avec l’espoir de s’inviter au festin présidentiel avec en point de mire la table de Matignon. Portés par les sondages pour certains, écrivains à succès pour d’autres, tous, quels qu’ils soient, sont actifs et existent dans l’espace médiatico-politique.
La force de l’Histoire est de révéler l’action des hommes quand ces derniers, aveuglés par l’instant présent, ne peuvent livrer un jugement affranchi de toutes passions, de certaines en tous cas. Alors puisque sonne déjà le bilan, (quand ce n’est pas l’hallali), du quinquennat de François Hollande, pourquoi ne pas jeter un regard critique sur son action. Mais précisons-le d’emblée, non pas une critique loi par loi, erreur par erreur, ou point positif par point positif. Il s’agit en fait de porter un regard global non sur l’action mais sur l’héritage à venir et l’appréciation qui en sera faite. Première question : Et si François Hollande décrié, poussé vers la sortie, y compris par son propre camp, avait eu raison avant l’heure, avait pressenti les réformes nécessaires au nouvel accomplissement du pays ? D’aucuns crieraient au scandale à la simple évocation de cette idée. Pourtant, la France décrite comme un pays impossible à réformer pour cause de conservatismes divers et variés, qui pullulent à droite comme à gauche, a connu depuis l’arrivée de François Hollande une cure sociétale des plus drastiques en dépit des railleries de ses détracteurs, trop contents en coulisse que le Président de la République actuel s’y casse les dent pour in fine en récolter les fruits. Contraindre la France à la social-démocratie n’était pas gagné d’avance et il se pourrait que François Hollande y parvienne, du moins qu’il imprime un pli que nous ne pourrons qu’épouser.