L’échec et demain

Si d’aucuns évoquent désormais ouvertement l’échec du macronisme sans en définir pour autant les contours, se pose désormais la question d’une issue à la crise sociétale et civilisationnelle qui traverse l’Hexagone. Essai d’explication.

Au lendemain des manifestations violentes et des multiples interpellations qui s’en sont suivies, nombreux furent les commentaires arguant ou actant la fin du macronisme. Certes, il apparaît clairement que les derniers mois du quinquennat d’Emmanuel Macron risquent de plus ressembler à un chemin de croix, le comble dans un pays laïque, qu’à une fin de règne paisible. Pourtant évoquer la fin du macronisme reste une gageure car comment acter la fin de quelque chose qui n’a jamais réellement eu d’essence, voire d’existence. Reprenons les faits. Emmanuel Macron s’est fait par deux fois élire, une fois à tout le moins, sur la volonté d’atomiser les partis historiques afin d’unir toutes forces politiques à même de servir l’Etat-Providence, l’intérêt général et plus globalement une politique de centre-droit, même si celui-ci s’en défendait. Les deux premiers partis a en avoir fait les frais furent le Parti socialiste et Les Républicains, réduits à la portion congrue au sein de l’hémicycle et de l’opinion. Dès lors, une question émerge : Cette tentative d’union a-t-elle été un échec ?

Barrage à l’extrême droite

Une réponse de normand s’impose car au cours du premier mandat d’Emmanuel Macron, en dépit de la crise des Gilets Jaunes et du Covid, l’expérience politique donnait globalement raison au chef de l’État, celui-ci ayant été réélu en 2022, certes, aussi pour faire obstacle à l’extrême droite emmenée par Marine Le Pen. Mais la crise démocratique qui frappe l’Hexagone depuis des décennies et l’absence de ligne politique claire associées à l’éloignement de l’exécutif des réalités sociales et économiques pousse à dresser un bilan négatif de la tentative macronienne. Ainsi, plutôt que d’évoquer la fin du macronisme, dont il revient aux historiens de demain de fixer les bases et d’analyser les actions, peut-être serait-il plus judicieux d’engager une réflexion en creux en cherchant non pas à expliquer ce qui n’a pas fonctionné dans la tentative d’Emmanuel Macron, sans pour autant le dédouaner, mais plutôt qu’est-ce qui a provoqué l’échec de l’expérience politique qui a au moins eu le mérite d’essayer de transformer la société française. Pétrie de conservatismes et de particularismes multiples parfois, souvent d’ailleurs, entérinés par la loi, incapable de réformer son Etat-Providence rongé par un égalitarisme destructeur au détriment de l’égalité et de la méritocratie républicaines, la société française, dans sa globalité, en panne depuis la fin des années soixante-dix car incapable à nouveau d’affronter les évolutions qui la traverse, a aussi participé à l’échec du projet macronien qui n’avait rien de révolutionnaire par ailleurs. Abritant une population excédée, silencieuse ou non dans ses souffrances, écrasée par une dette devenue hors de contrôle et menaçant même jusqu’aux fondements financiers de l’État, la France se réveille aujourd’hui acculée par des extrêmes politiques qui promettent des miracles mais n’accoucheront que de démons pires que les maux qu’ils dénoncent. Où est donc la solution ? Nulle part si ce n’est dans notre capacité à réinventer un système politique et social, réinvention qui semble concerner d’autres nations européennes. Entre crises démocratiques et civilisationnelles, les premières conditionnant les secondes, il convient urgemment d’identifier une issue au risque de sombrer d’ici quelques années dans une forme de chaos institutionnel, politique et social.

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