Penser l’improbable pour expliquer le pire

Les théories du complot qui pullulent sur l’origine du virus ne cesseront pas après la résorption de la crise actuelle. Entre fantasmes et manipulation secrète de l’Humanité, ces discours irrationnels révèlent l’ignorance et la faiblesse culturelle de certains individus à l’endroit des mutations et des maux contemporains.

D’origine animale, créé de toutes pièces, manipulé, perdu par hasard ou égaré par accident, depuis sont apparition, et avec elle les conséquences que nous connaissons, les thèses sur l’origine du coronavirus ont fait l’objet de nombreux fantasmes. Mais pour l’heure, force est de constater que derrière les discussions sans fin qui entourent cette origine, rares, s’ils existent, sont ceux qui pourraient préciser avec exactitude, où et comment, en Chine, le covid-19 est apparu. D’ailleurs, comme le relevait récemment l’essayiste Caroline Fourest, « peut-être ne le saurons-nous jamais« . Cette probabilité, qui n’est pas à exclure, devra potentiellement servir de seule explication dans les années à venir. Mais à vrai dire, l’urgence actuelle est-elle de savoir d’où provient le coronavirus ? A l’évidence non et la question se posera un jour.

Réseaux sociaux et victimisation

Car cette crise sanitaire sans précédent est aussi révélatrice de nombre de défauts dont notre société est porteuse. Parmi les premiers d’entre eux, la pléthore de théories qui pullulent tant sur les réseaux sociaux que dans les discussions (à distance !) entre amis, voire au sein de familles quelconques, sur les origines de ce virus. Or, la question qui se pose ainsi aujourd’hui n’est pas tant de savoir de quelle nature ces théories, souvent appelées théories du complot, sont et ce qu’elles avancent comme thèses mais plutôt de savoir pourquoi ces dernières se multiplient à l’envi. Définissons déjà ce qu’est une théorie du complot. L’idée, souvent étayée d’informations incomprises, décontextualisées et détournées, que un ou plusieurs évènements, ici la crise du Covid-19, serait le fruit d’une volonté secrètement voulue par un groupe d’individus qui tireraient un profit obscur du désordre causé. Ces théories, facilement attaquables et démontables, sont pourtant extrêmement populaires auprès de franges de populations fragiles économiquement, isolées ou mal informées culturellement et globalement effrayées par l’évolution d’un environnement direct ou indirect, proche ou globalisé, qui leur échappe ou qui échappe à leur entendement. La théorie du complot devient donc une réponse évidente, dangereusement malléable et aisée pour justifier une attitude victimaire et une inquiétude liée à une incompréhension, générale ou partielle, des mutations contemporaines. Pourtant, nul n’est besoin, (et c’est aussi en ça que le phénomène demande une attention réelle visant à sa limitation) de vivre des périodes de crise pour voir pulluler ces théories. Même en période qualifiées de calme, elles fleurissent. Pourquoi ?

Fantasme et prise de conscience

Car il apparaît finalement assez aisé et confortable intellectuellement d’imputer telle ou telle situation à telle ou telle organisation ou groupuscule secret car par définition, l’ignorance et le secret nourrissent le fantasme, y compris les plus noirs. Que faire donc pour limiter ces théories ? A vrai dire il n’existe pas de grands remparts à cela si ce n’est l’intelligence, la culture et l’ouverture de chacun à la possibilité d’un autre monde différent. Est-ce à dire que les théories du complot sont inhérentes à toutes sociétés humaines ? Les procès en sorcellerie qui ont marqué l’Histoire en témoignent, les fantasmes qui abondent sur les sociétés secrètes (qui ne le sont plus tant que cela in fine) révèlent cette tendance humaine à se vivre en victime déresponsabilisée et non en acteur, pour s’en référer à un monde occulte, invisible et décharné qui expliquerait tout sans jamais en apporter la preuve car cette dernière discréditerait, de fait, le fantasme originel. Les théories du complot renvoient plus à l’ignorance et la faiblesse culturelle de populations apeurées et acculturées qu’à la pertinence de la recherche scientifique et rationnelle de la vérité. Le stoïcisme, presque le cynisme, de l’analyse cartésienne des faits, ennemi de toute théorie du complot, impose dès lors une forme de prise de conscience de la réalité factuelle et non d’une pseudo-réalité, fruit d’un imaginaire dévoyé. La crise du covid-19 que nous subissons à l’échelle mondiale, a été, et sera encore longtemps, un terreau fertile à ces théories, amplifiées dans leur diffusion et leur interprétation, par les réseaux sociaux. Aussi, conviendra-t-il d’en tirer les leçons. En espérant que tous veuillent les entendre…

Une Chine et deux visages

Pour avoir caché l’apparition et la dangerosité du coronavirus aux première heures de sa propagation, le régime chinois a confirmé qu’il était bien une dictature dont les apparences modernes masquaient les bases du régime : autorité, méfiance et culte du secret.

Courtisée par les grandes puissances occidentales pour l’immensité des opportunités économiques qu’elle recèle, devenue l’un des premiers importateurs et exportateurs mondiaux, pilier de la mondialisation, la Chine, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, aurait presque fait oublier qu’elle était, encore, une dictature. Certes, convertie à l’économie de marché mais une dictature que la crise du coronavirus vient cruellement rappeler. Comment ? Les plus cyniques auraient évoqué la raison d’État, celle théorisée par Machiavel et mise en pratique par Richelieu pour expliquer le silence qui a entouré la découverte et la propagation du virus. Ne nous y trompons pas. Taire un tel accident sanitaire n’en relève pas mais plutôt de manipulations froides et calculées que l’on ne retrouve que dans des dictatures aguerries, aussi apaisées et séduisantes qu’elles puissent paraître ou veulent vouloir apparaître aux yeux du monde.

Secret, image et réussite

Car derrière le socialisme de marché se cache un pays pris dans l’étau d’un régime autoritaire d’où rien ne filtre. Ainsi, quelle démocratie digne de ce nom, respectueuse de ces citoyens et des pays qui l’entourent ou échangent avec elle aurait tu un tel secret ? Il appartient à chacun de répondre à cette question à l’aune de ces propres convictions mais la réponse semble toute trouvée. Certes, il n’y a rien d’exceptionnel à affirmer qu’en dépit d’un confort matériel comparable, pour près de 400 millions de Chinois, à celui prévalant dans l’ensemble des pays occidentaux, la Chine reste une dictature prête à enfermer, voire à exécuter ses opposants politiques, en bafouant sans vergogne les Droits de l’Homme et bercée par l’hypocrisie occidentale. (Selon Amnesty international, 1.032 personnes ont été exécutées en Chine en 2016 – lire Leparisien.fr : http://www.leparisien.fr/international). La question qui se pose aujourd’hui est de savoir pourquoi la Chine a cherché, dans un premier temps en tous cas, à étouffer l’apparition et la dissémination de ce virus. Les réponses sont multiples et pour certaines aussi mystérieuses que peut l’être l’Empire du Milieu mais la première d’entre elle pourrait être celle liée à l’image que le régime de Pékin veut donner de son pays. La réussite économique de la Chine née de la conversion à l’économie de marché ne pouvait être entachée par un tel problème relevant probablement de pratiques alimentaires pour beaucoup désuètes, à savoir la consommation de chair de pangolin, animal sauvage dont serait très friande une partie de la population chinoise. Trébucher sur un virus d’origine animale à la vitesse de propagation inédite n’était en rien concevable pour Pékin et pour un régime qui se veut exemplaire en dépit d’une corruption galopante…

Raisons et réalisme

La seconde raison est d’essence purement économique, pays-usine du monde, la Chine ne peut priver son économie des relations commerciales et industrielles qu’elle a noué avec la planète entière. Et avouer qu’un virus retors, inconnu, hautement contagieux et mortel pouvait potentiellement souiller Hommes et marchandises issus de ces terres ou de ces usines relevait de l’inimaginable. Autant de raisons qui ont poussé la Chine a se taire et à perdre un temps précieux. La troisième relève potentiellement des limites du système de santé chinois, souvent dénoncé comme défaillant, la Chine ayant alors choisi l’option de la divulgation à des fins de coopération mettant en évidence ses propres carences en matière sanitaire. Nombreux soulignerons alors combien la Chine a coopéré et transmis la carte génétique du virus au plus tôt afin que celle-ci ouvre la voie à un traitement. Mais si les raisons qui l’expliquent sont certes sanitaires et humanistes, elles sont aussi sous-tendues d’une vocation économique : agir vite pour que le cycle industrialo-économique, vital pour la Chine, reprenne au plus tôt. Cynisme ? Réalisme à la chinoise plus exactement. Et d’ailleurs comme toute dictature qui se respecte, la propagande chinoise se glose déjà des efforts accomplis en faveur des pays contaminés en leur envoyant des tonnes de masques de protection, en annonçant que ses usines sont sur le point, quand ce n’est déjà fait, de reprendre leur activité. Car ne l’oublions pas : La Chine dictature d’abord féroce aux premières heures de sa création en 1949, a su s’adapter au Monde, le socialisme de marché en est une preuve, mais n’a jamais vacillé, les étudiants révoltés de la place Tian’anmen en 1989 peuvent en témoigner.

Le covid-19 diable de la démocratie

Confrontées à la nécessité de limiter les libertés individuelles et collectives pour lutter contre le covid-19, les démocraties contemporaines sont déchirées entre défense des acquis libertaires et impératifs sanitaires castrateurs. Lequel prendra à terme le pas sur l’autre ?

Voilà un des effets pervers de la crise sanitaire générée par l’apparition et la propagation du coronavirus à l’échelle mondiale : la suppression, certes temporaire, des libertés fondamentales de chacun. D’aucuns, pour des raisons évidentes de santé publique, y voient une nécessité et, globalement, les mesures de confinement et de restriction drastiques des déplacements privés (hors déplacements professionnels ou impérieux) sont pour l’heure toutes acceptées. Pour l’heure…! Car rien ne permet d’avancer que si la situation actuelle devait perdurer, au-delà des six semaines communément admises pour singulièrement réduire les risques de contagion et de saturation des hôpitaux, l’acceptation de ces mesures serait tout aussi aisée. Et le coronavirus de poser aujourd’hui un réel problème à nos démocraties contemporaines et à nos Etats de droit.

Volte-face et rapport

Ces dernières, basées sur des libertés individuelles qui font de chacun de nous des acteurs et citoyens souverains, sont désormais obligées de faire volte-face et d’appliquer des méthodes qui laissent parfois exhaler des relents de républiques bananières, voire plus comme l’exemple hongrois vient le démontrer (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international) Forces de l’ordre disséminées sur l’ensemble du territoire, contrôle des déplacements, verbalisation, fermeture des aéroports…Autant de mesures et de réalités qui éloignent les démocraties contemporaines des concepts qui les fondent. Alors oui ! Effectivement, le covid-19 défie les régimes démocratiques en les renvoyant à des extrémités que le virus impose tout en malmenant les bases de l’État de droit. L’irruption du covid-19 n’est pas sans interroger des démocraties peu habituées, voire pas du tout, à discuter leurs libertés avec un ennemi invisible et pourtant dévastateur. La question qui se pose alors est de savoir si nos démocraties seront capables d’accepter le bouleversement sociétal que génère ce virus ? Insupportable dilemme, impossible nœud gordien à trancher. Il faut désormais, sinon s’en convaincre, du moins commencer à s’y préparer, la potentielle multiplication d’épisodes pandémiques dans les années à venir va modifier notre rapport à la liberté en général et aux libertés collectives et individuelles en particulier. Nombre de nos régimes démocratiques actuels se sont créés et ont prospéré sur le postulat considéré comme intangible que la nature était au service de l’Homme. Longtemps, ce dernier a considéré sa place sur Terre comme une évidence que rien ne pouvait remettre en cause et ce dans une forme de darwinisme mal compris, appliqué à tort et sans discernement.

Insouciance et socialisation

Le covid-19, dernier épisode en date d’autres accidents viraux (Peste Noire 1347 – 1352 ; Grippe espagnole 1918 – 1919 ; SRAS 2002) a ceci de particulier qu’il a fait irruption dans un monde où la notion de liberté était fondamentalement acquise, consubstantielle de modes de vie qui se baignaient d’insouciance et que personne ne souhaitait remettre en question. A ceci s’ajoute une intégration économique paroxystique qui ne prévalait pas par le passé, y compris en 2002 où le principe de mondialisation, avancé certes, ne l’était pas autant qu’à ce jour, intégration qui démultiplie les effets du covid-19. Les interactions économiques du XIVème siècle, voire du XXème ou du début du XXIème n’égalent en rien celles qui prévalent à ce jour et expliquent aussi pourquoi aucune mesures de confinement et de restrictions des libertés n’avaient été alors appliquées. Est-ce à dire qu’il faudra vivre cloîtré et refuser toute socialisation ? Non naturellement, mais il faudra dans les années à venir peut-être admettre la réduction de certaines libertés individuelles, voire collectives, pour préserver notre mode de vie, à réinventer de surcroît. D’aucuns crieraient à des politiques liberticides ! Ils auraient raison mais force est de constater aussi que l’état du monde après le passage du covid-19 appellera certainement à une impérieuse et profonde remise en question.

Au révélateur du coronavirus

Si la crise sanitaire actuelle tend à saturer les hôpitaux français, celle-ci met en évidence les nombreuses carences d’un système de santé trop longtemps inféodé à la doxa de l’austérité économique. Essai d’explication.

Indépendamment du défi sanitaire qu’il pose à l’Humanité, bien que celle-ci ne soit pas menacée d’extinction par le coronavirus, la pandémie actuelle est révélatrice en France au moins de toutes une série de dysfonctionnements voire d’aberrations fruits de logique libérale visiblement incompatibles avec la crise que nous vivons. Ces dysfonctionnements, pour pudiquement les nommer, se résument en quelques mots : manque de masques, manque de lits, manques de structures, manque de soignants, manque de tests, manque…manque…Bref ! La liste est longue et malheureusement non exhaustive. Pourquoi ? Car depuis de nombreuses années, précisément depuis le milieu des années quatre-vingt avec l’apparition et l’affirmation de politiques libérales nourries d’austérité budgétaire, les hôpitaux français et avec eux toute la nébuleuse médicale liée aux financements publics ont été sacrifiés sur l’autel de la rentabilité. Concrètement, considéré comme un gouffre financier, l’Hôpital a vu son budget surveillé à la loupe, l’objectif du législateur étant de limiter le coût de cette institution au coeur du système de santé français. A titre d’exemple, au cours des dernières décennies, le nombre de lits dans le système hospitalier français a connu une baisse continue, puisqu’entre 1982 et 2013, il est passé de près de 600.900 à près de 429.000 lits (exactement 612.898 à 428 987), soit une diminution de 30 %.

Prix ou coût ?

Pis ! Le journal Le Parisien rappelait en octobre 2019 que « l’augmentation de dépenses autorisée à l’hôpital (et en clinique) pour 2020 ne doit pas dépasser 2,1 % de l’enveloppe de 2019, soit 1,5 milliard de plus que l’an dernier et un budget plafonné à 84,2 milliards d’euros. Pour 2019, le gouvernement avait accordé + 2,3 %. Ce qui impose aux hôpitaux français de trouver 800 millions d’euros d’économies ». (leparisien.fr : http://www.leparisien.fr/economie/) Il serait naturellement intellectuellement malhonnête de s’arrêter à ces seules statistiques pour expliquer la détresse des personnels hospitaliers face à l’épidémie mais ces dernières mettent en évidence une réalité : la santé est aujourd’hui devenue une préoccupation plus économique et financière qu’humaine et sanitaire. Alors si une première analyse doit être tirée de cette crise, elle s’articulera certainement autour de l’idée que les politiques de restriction budgétaires visant à contrôler le poids financier des hôpitaux et des matériels nécessaires pour faire face à un quelconque évènement est incompatible avec la réalité vécue à l’échelle nationale et mondiale. Il apparaît ainsi clairement que si la santé a un coût, celle-ci n’a pas, en parallèle, de prix, les patients atteints du covid-19 pouvant en témoigner, les familles éplorées par la perte d’un ou plusieurs proches aussi.

Epidémies et priorités

Il conviendra donc, une fois l’épidémie passée, de repenser le financement de notre système de santé, non pas l’aune de considérations financières même si celles-ci ne doivent pas être négligées, mais à l’aune de réalités sanitaires autres que celles qui prévalaient jusqu’alors. (lire franceinfo.tv : https://www.francetvinfo.fr/sante) Ne soyons pas naïfs ni candides, il y aura d’autres épidémies comparables à celle que nous connaissons aujourd’hui et qui nous obligeront à imaginer d’autres modes de vie capables de répondre par les moyens inventés aux impératifs sanitaires à venir. Ces moyens passeront certainement par une réorganisation du budget de l’État et de ses priorités. D’ailleurs, les plans de soutien massifs aux économies ne révèlent-ils pas un début de prise de conscience que l’argent n’est pas fait pour être accumulé mais pour être dépensé ? La santé devra ainsi reprendre sa place dans l’ordre des priorités pour ne plus être au service de l’économie mais, l’inverse, guider les orientations budgétaires des Etats contraints désormais de composer avec les évolutions que nous impose la planète. In fine, c’est peut-être ça le nouveau monde…

Le virus et la mouche du coche

Entre confinement, inquiétude et sidération, l’Europe et la France affrontent un virus invisible porteur d’un lot de conséquences pour l’heure inconnues mais incontournables. Parmi les premières : humilité et modestie. Pourtant nul besoin d’attendre que le virus s’éteigne pour y satisfaire.

A n’en pas douter, il y aura un avant et un après coronavirus. Confiner un pays, ici la France, voire un continent entier relève du jamais vu dans l’Histoire si ce n’est pas des causes exogènes non voulues et non commandées par les Hommes. Alors, s’interroger aujourd’hui sur le coronavirus, sa vitesse de propagation, les risques sanitaires auquel il expose,…tout cela relève de la banalité tant le virus rythme désormais le quotidien de milliards de personnes. A l’échelle française, c’est d’abord la stupéfaction qui a primé, il convient de le reconnaître. Car ce virus, venu de la lointaine Asie, ne nous apparaissaient que sur des couvertures de journaux ou de commentaires auxquels nous ne prêtions qu’une oreille discrète.

Guerre et confort

Mais lorsque le mal est arrivé, lorsque les portes se sont refermées sur nous et nos familles, il a bien fallu se rendre à l’évidence : le danger rôdait. Le président de la République, grave et hiératique, l’a annoncé solennellement : « Nous sommes en guerre ! » Diantre ! En guerre ! Certes mais contre un ennemi invisible ! Pire que cela ! Un ennemi qui peut se terrer dans chacun d’entre nous ! Foin alors de côte de popularité, de gilets jaunes ou de réformes des retraites ! Tout a été rangé au placard pour lutter contre un virus qui fait trembler jusqu’au sommet de l’État. Il faut dire que l’enjeu est lourd car, à bien y regarder, celui-ci touche au fondement même de toute société : l’Homme. Et plus avant encore, aux systèmes que celui-ci a construit pour améliorer son confort. Qui aurait pu imaginer que dans un pays comme la France, comptant parmi les plus grandes puissances économiques mondiales, parmi les plus confortables, le système de santé serait menacé car incapable de gérer l’afflux de patients. Et d’aucuns de crier à la sous-estimation de l’épidémie avant qu’elle ne pénètre sur le territoire national. C’est possible mais à vrai dire la question n’est plus là. Aujourd’hui, les préoccupations se portent sur la gestion quotidienne d’une population de 67 millions d’habitants inquiète et confinée. Le scenario est malgré tout extraordinaire, presque surréaliste au XXIème siècle. Et pourtant, il faut dès à présent penser au lendemain c’est-à-dire à ce que ce virus d’envergure mondiale va générer comme changements. Car il y en aura indubitablement. Nos habitudes professionnelles, nos modes de déplacements, nos modèles économiques et sociétaux seront bouleversés par un virus qui nous renvoie à nos faiblesses et nos erreurs.

Nature et mépris

Nos egos démesurés, notre confiance arrogante en notre propre pouvoir de domination sur la nature ont été giflés par un virus aux premières heures méprisés pour être finalement craint. Tout comme la Peste Noire de 1348 qui tua trente millions d’Européens, au coeur d’un XVème siècle déjà solidement engagé vers la Renaissance, le coronavirus a fauché, pour un temps, la marche en avant des phénomènes de mondialisation et d’uniformisation comme pour rappeler que c’est bien la Nature qui commande et non l’Homme qui est, l’a-t-il oublié, une multiple composante. Ce virus, mouche du coche, agace et irrite, car il bouscule une humanité pétrie d’habitudes qu’elle avait fini par assimiler ces mêmes habitudes à des certitudes ancrées au plus profond de la conscience collective. Et dire qu’en France ce virus déstructure la société est euphémisme. Les Français, toujours prompts à donner des leçons au monde entier, forts de leur histoire, de leur héritage révolutionnaire fruit de la tolérance et de l’humanisme des Lumières, se voient confinés chez eux, comme de sales gosses privés de sortie après avoir jaugé avec un peu de mépris ses voisins italiens. L’Italie justement, qui a rangé sa dolce vita dans les armoires en attendant des jours meilleurs, souffre en silence dans son pays transformé en tanière. Et se pose peut-être la première des conséquences de ce virus : Réapprendre la modestie et l’humilité. La Nature nous l’a rappelée et ne manquera pas de réitérer l’avertissement.

Covid-19 made in USA

Devenue un phénomène global, l’épidémie de coronavirus pourrait se transformer en piège pour les prétendants à la Maison Blanche. Car tout propos ou décisions jugés bienvenus ou maladroits auraient un effet sur l’économie mondiale. Quel qu’il soit…

Vue d’Europe, et de France en particulier, l’élection du prochain président des Etats-Unis semble aujourd’hui aussi lointaine qu’incertaine. Et pour cause, tenue en novembre à venir, le Vieux Continent est plus absorbé à gérer ses propres questions sanitaires que des questions de politiques internationales qui émergeront à la fin de l’année. Tout au plus sait-on que c’est vraisemblablement vers un débat entre Joe Biden, le Démocrate (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/article), et Donald Trump, le Républicain que les Etats-Unis se dirigent. Pourtant ce désintérêt, qui en période classique, entendez sans la menace du coronavirus, aurait cédé la place à des débats peu à peu passionnés à l’approche de l’échéance, pourrait soudainement s’inverser pour cause de pandémie mondiale.

Propagation et positions

Car après avoir vu trembler la Chine, puis l’Europe, c’est désormais au tour des Etats-Unis, et plus largement de l’Amérique du Nord et du Sud de s’inquiéter de la propagation du virus. Dans l’absolu, il n’y a là rien de dramatique si sont prises les précautions sanitaires qui s’imposent. Mais c’est surtout la capacité et la vitesse de réaction des Etats-Unis, et Etats voisins, pour endiguer l’épidémie qui va être scruté à la loupe et notamment les positions des candidats face à la contagion à venir. Et de ces positions découleront des conséquences d’abord boursières puis économiques à l’échelle mondiale. Déjà violemment secouées par la propagation du virus, le manque de coordination des Etats touchés et les difficultés à endiguer le virus, les places boursières avaient lourdement chuté voilà peu et ne sont d’ailleurs toujours pas à l’abri d’un nouvel accident. Si l’Europe et le monde en règle générale ont toujours été attentifs aux décisions et prises de positions outre-Atlantique, l’ampleur de l’épidémie dans un contexte de mondialisation poussée à son paroxysme rend la parole et les actes des partenaires nord-américains pour l’essentiel primordiaux.

Confiance et trouble

Certes Joe Biden ne peut préciser qu’elles seront ses intentions ou décisions si celui-ci était élu tout comme Donald Trump qui se borne à gérer la crise plus qu’à ne l’anticiper (latribune.fr : https://www.latribune.fr/economie/international). En revanche, l’un et l’autre savent pertinemment que passé l’été, voire avant, tout propos ou toute intention pourraient générer soit un regain de confiance soit un trouble à même de déstabiliser l’économie mondiale déjà fragile. Cette interdépendance, qui fait désormais de chaque pays tout à la fois un acteur et une victime de la sphère économique, transforme le moindre événement potentiellement porteur de conséquences d’envergure mondiale. Dès lors, les deux candidats supposés à la Maison Blanche savent que chacun de leurs mots concernant l’épidémie sont susceptibles de précipiter le monde, sinon dans le chaos, du moins dans l’inquiétude renforçant par la même l’idée et la réalité factuelle que l’économie est aujourd’hui plus un jeu de pouvoirs et de communication qu’une science au service des hommes. La responsabilité est donc énorme pour celui qui sera dans quelques mois à la tête de la première économie du monde menacée, comme d’autres, par l’émergence d’un virus inconnu et qui n’est sûrement que le premier d’une longue série.

Petite histoire du vide et de l’excellence

La pauvreté des discours politiques français interroge sur la capacité de notre société à se renouveler et à sortir d’une facilité qui confine à la passivité et à la médiocrité institutionnalisées. Essai d’explication.

A quelques jours du premier tour des élections municipales qui s’annoncent violentes et cruelles pour La République En Marche (LREM), un constat s’impose : il n’existe plus en France de clivage droite-gauche tel qu’il prévalait encore il y a encore cinq ans. D’aucuns argueront, et ils auront partiellement raison, que la responsabilité en revient à Emmanuel Macron, lui qui par un discours empreint de pragmatisme a fait voler en éclat des différences idéologiques qui tendaient déjà depuis plusieurs années à s’essouffler pour en perdre in fine leur sens et surtout leur pertinence. Mais le Président de la République n’est pas le seul responsable de ce vide idéologique qui pèse sur un pays longtemps habitué à se fracturer autour de modèles de pensées qui opposaient globalement progressistes et conservateurs, gauche sociale-démocrate et droite libérale républicaine attachée à l’ordre.

Confort et doxa

S’il fallait donc chercher historiquement d’autres coupables, l’on pourrait citer pelle-mêle, le reniement des acteurs de Mai 68, pour beaucoup aujourd’hui engoncés dans un confort bourgeois, la gauche mitterrandienne qui a sacrifié en 1983 l’espoir du progrès social sur l’autel de l’austérité libérale, la droite républicaine qui a laissé s’instiller en elle le poison extrémiste porté par le Front National de Jean-Marie Le Pen,…Les exemples ne manquent malheureusement pas et leur aspect pléthorique qui confine au constat ne comble en rien ce vide qui ampute la nation de toute créativité politique. Car c’est là que le bât blesse : l’absence de nouveaux courants de pensée capables de réinventer une société française rangée au confort de la mondialisation, tremblante devant un exotique coronavirus, presque résignée devant la doxa présidentielle, choquée par l’utilisation du 49.3 mais pas suffisamment pour réclamer la primauté de la démocratie sur l’autoritarisme légitimé d’une Constitution devenue incompatible avec notre modernité. Il convient donc aujourd’hui de s’interroger, non sur l’action du Président Macron qui finalement occupe un espace intellectuel et idéologique laissé vacant et abandonné, mais sur ce que pourrait être les principes d’une nouvelle société. A ce jour, rien ne semble poindre dans un paysage politique pauvre et médiocre où la superficialité fait office de contenu idéologique. Pourtant dans cette inertie coupable, certains, ont-ils raison ou tort, pensent que l’issue environnementaliste et écologique serait une solution perenne. Mais un discours, aussi pertinent et fondé soit-il, ne peut se substituer à un corpus dense et entier, construit et pensé, capable, une fois uni, de constituer un modèle sur lequel fonder les bases d’une nouvelle société ? Le défi est certainement là.

Obsolescence et cynisme

Imaginer et penser une société que les idéologies défuntes ont longtemps structuré, telles des matrices inamovibles, désormais obsolètes. N’hésitons pas à l’affirmer, le discours ambiant et tenu par le Président de la République offre, non pas un modèle, mais un succédané par défaut face à l’incapacité de notre société à se renouveler. Il y a d’ailleurs quelque chose d’inquiétant dans cette situation, à savoir que notre modèle sociétal serait désormais à court d’idées, augurant ainsi un attentisme et une passivité aussi rampantes que dangereuses car tacitement d’accord avec le principe que le minimum sera toujours plus facile à obtenir que l’excellence qui appelle une réflexion devenue rare. Françis Blanche, comédien acerbe et délicieusement cynique d’un autre temps avait lancé cet aphorisme plein de sens aujourd’hui et qui sied parfaitement à notre société résignée : « Mieux vaut viser l’excellence et la manquer que viser la médiocrité et l’atteindre ! » Il serait aisé de méditer des heures sur cette citation des plus gourmandes pour la commenter et en faire la plus fine des exégèses mais il conviendra en conclusion de l’admettre, nous avons bien atteint notre cible : la médiocrité.

Bouillon de culture

L’apparition et la propagation du coronavirus à l’échelle mondiale interroge aussi sur les origines du virus et notamment sur le rôle du réchauffement climatique et de la mondialisation.

A des fins alarmistes, nous dirions que le coronavirus est la nouvelle Peste noire, celle qui a ravagé l’Europe du XIVème siècle (1347 – 1352) et qui décima près de 25 millions d’Européens. Naturellement, les vecteurs de propagation de la pestilence médiévale n’étaient pas identifiés comme ceux qui véhiculent le coronavirus, bien que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) s’interroge sur l’apparition de cas en Europe en dehors des canaux habituels de transmission (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international/), mais la crise sanitaire est suffisamment grave par son étendue pour préoccuper la planète entière.

Virus et mondialisation

Pour autant, là n’est peut-être pas l’essentiel car in fine, chercheurs et biologistes finiront par trouver les moyens d’endiguer le virus. En revanche, se pose la question d’identifier les facteurs ayant provoqué l’apparition de ce virus. Et il n’est pas inopportun d’avancer la thèse du réchauffement climatique comme l’une des causes potentielles (m.reporterre.net : https://m.reporterre.net). L’augmentation globale, ici à l’échelle mondiale, des températures a possiblement généré l’apparition de nouvelles maladies ou virus jusqu’alors endormis ou inexistants en raison de températures trop froides ou de conditions biologiques inadéquates pour assurer leur développement respectif. Pour résumer, il convient alors de considérer la planète comme un gigantesque bouillon de culture où grouillent et cohabitent tout un ensemble de pathologies et de virus, déclarés ou à venir, dont l’homme serait victime sans en être la cible première ou voulue. Aussi opérer un rapprochement avec la Peste Noire de 1347 n’est il pas si aventureux que cela car au XIVème siècle l’absence de règles d’hygiène strictes, la prolifération des puces et des rats dans les villes médiévales traversées de toutes parts d’échanges commerciaux croissants et européanisés ont tous contribué à la diffusion de la maladie venus d’Orient. Il en est aujourd’hui de même avec le coronavirus encouragé par des conditions climatiques favorables et une mondialisation des échanges, notamment les flux de passagers transportés par voies aériennes qui, en toute ignorance, véhiculent le virus.

Flux et artefact

Est-ce à dire que les flux de passagers doivent cesser sine die ? Certaines compagnies aériennes ont pris cette décision mais est-ce la meilleure, en tous cas la plus efficace ? Une telle épidémie, susceptible de se transformer en pandémie, ne choisit en rien la compagnie avec laquelle voyager pour rester à quai si les vols sont annulés ! Réduisons les gaz à effet de serre dans ce cas ! L’humanité a déjà commencé mais avec moult difficultés et pour l’heure sans résultats réellement concrets. Ce trait d’humour, un brin cynique, nous renvoie à un présent qu’il sera impossible de réécrire, à savoir que la mondialisation est devenue une réalité incompressible et que le réchauffement climatique, lui aussi en cours, est aussi lié à la première. Certes, les solutions existent mais il est à considérer des plus sérieusement désormais que ce type de crises sanitaires sera de plus en plus fréquents dans les décennies à venir dessinant un nouveau paysage biologique mondial et confirmant l’idée que l’Homme reste un accident de l’Histoire de la planète, un artefact fragile et exposé à une nature qu’il a cru domestiquer mais qui lui est parfois hostile car indifférente à sa présence.

Benjamin Griveaux, l’hubris brisé

Les révélations à caractère sexuel ayant poussé Benjamin Griveaux à retirer sa candidature aux élections municipales à Paris en mars prochain offrent aussi au Président de la République l’opportunité d’écarter sans frais un homme convaincu de son destin. Explications.

Peut-être se voyait-il déjà maire de Paris ? Lui l’ambitieux, le fils spirituel souvent sentencieux, irritant de perfection, au mot souvent juste et la faconde toujours d’à propos face aux journalistes les plus rompus à la chose politique. Seulement voilà ! Benjamin Griveaux ne sera pas maire de Paris. Et il est probable qu’il ne soit plus rien pendant quelque temps. L’enfant prodige de la macronie, qui visait l’Hôtel de Ville en attendant plus grand, a tout simplement explosé en vol, désintégré par des révélations aussi crasses que vulgaires. Inutile de revenir sur les détails scabreux d’une affaire qui embarrasse un personnel politique bien discret depuis la diffusion des vidéos coupables (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/politique/article) . Une vraie tragédie grecque ! De celles où le destin d’un homme se brise sous la colère des dieux, agacés par un hubris démesuré ! Pour autant, l’essentiel n’est pas là car ce scandale, qui finira par s’éteindre comme tous les scandales, est aussi porteur de conséquences politiques non négligeables. Une explication s’impose. Jusqu’alors fidèle parmi les fidèles, Benjamin Griveaux, pouvait s’enorgueillir de la confiance d’Emmanuel Macron. Rare et précieux….

Héraut et incontournable

Patient et dévoué, prêt à défendre coûte que coûte la politique engagée par le Président de la République, l’homme était devenu le porte-parole du Gouvernement, le héraut de la parole présidentielle. Pourtant, cette fidélité que le premier personnage de l’État appréciait, et apprécie certainement encore, avait, comme tout, des limites. Et la candidature de Benjamin Griveaux à la Mairie de Paris en marquait la première. Pourquoi ? L’ambition politique et l’attrait pour le pouvoir nourris par Benjamin Griveaux ne pouvaient le contenir dans un rôle de second, ou pire, de faire-valoir. Certes l’ex-candidat à la Mairie de Paris ne se serait jamais présenté en rival direct du président en 2022 mais il aurait, certainement, Emmanuel Macron réélu ou pas, et en toute indépendance, tracé sa route, posé ses jalons pour à terme viser autre chose que le rôle de premier édile parisien pour ainsi devenir incontournable voire incontrôlable dans un parti protéiforme et globalement mal structuré. Concrètement, si la perte de Benjamin Griveaux dans les eaux noires d’un scandale graveleux est un coup porté à la République en Marche et au Président qui soutenait activement cette candidature, elle est aussi pour ce dernier et sa garde rapprochée le moyen d’évincer un potentiel trublion. Car en politique, il n’y a pas pire ennemi que ses proches amis, de ceux qui un jour en appellent à la gratitude de celui qu’ils ont patiemment et silencieusement servi.

Univers et mauvaise passe

Avancer que la désintégration politique de Benjamin Griveaux est pour la République en Marche et Emmanuel Macron la bienvenue serait faux. Celle-ci n’était ni attendue ni espérée mais elle rebat singulièrement l’univers macronien en l’affranchissant d’un ambitieux déclaré. Répétons-le, Benjamin Griveaux ne se serait jamais présenté à l’élection présidentielle de 2022. Mais élu à la Mairie de Paris, celui-ci aurait certainement tourné son regard vers l’Elysée dès 2027. Pourtant, l’élection de Benjamin Griveaux à l’Hôtel de Ville parisien en mars prochain, qui n’avait rien d’évidente au regard des sondages le plaçant en troisième position, aurait vraisemblablement donné une bouffée d’air frais à un pouvoir dans l’oeil du cyclone, le scandale en cours ne faisant que confirmer cette mauvaise passe. Cette élection aurait permis, même de manière symbolique et indirecte, de légitimer la politique menée par le Président de la République. Mais désormais, la macronie devra composer sans Benjamin Griveaux. Et la classe politique française de voir disparaître un prétendant à la fonction suprême…Cela rappelle quelqu’un ? Mais qui… !

Le Brexit et la vie continue !

Le départ définitif du Royaume-Uni de l’Union Européenne ne semble avoir en rie bouleversé les autres pays membres, tous conscients des forces et des avantages de l’Union en dépit de ses défauts.

Maintenant c’est désormais chose acquise et officielle ! Le Royaume-Uni a quitté l’Union Européenne le 31 janvier dernier. Et avec ce départ, vient l’heure d’un premier bilan après presque quatre ans de tergiversations, d’espoirs, de doutes, de reculades, de suspens et de rebondissements durant lesquels auront été prédits tous les destins à l’Union : Disparition, renforcement, affaiblissement, démembrement, perte de nouveaux Etats…Une vraie tragédie grecque à l’ombre de l’hubrys d’hommes ambitieux ! Pourtant force est de constater que le départ du Royaume-uni s’est effectué dans une relative indifférence sur le continent car nombre d’Européens avaient depuis fort longtemps entériné le départ de l’Albion au point d’être définitivement passé à autre chose et que, à part Londres, aucune autre capitale européenne, n’a fait part de velléités de départ. (Lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/)

Pragmatisme, avatar et raison

De multiples raisons peuvent expliquer cette indifférence et l’absence de nouveaux processus de départ. La première est certainement la longueur du Brexit qui a fini par lasser des Européens conscients, au fil des mois, que la sortie du Royaume-Uni n’allait en rien bousculer ni les fondements de l’Union ni la zone Euro puisque désormais trois européens sur quatre utilisent la monnaie unique. La seconde relève d’un certain pragmatisme. D’aucuns, notamment parmi les eurosceptiques et les partis populistes, qui accablent régulièrement l’Union Européenne de tous les maux, l’accusant de brider les Etats et leur souveraineté, de réguler plus qu’elle ne libère les énergies et les Hommes qui la composent ont tous intégré l’idée que l’Union, certes porteuse de défauts et d’impérities structurelles est aussi forte de qualités rares et aujourd’hui précieuses. Sa stabilité diplomatique et politique, son environnement démocratique qui est une des bases essentielles de ses textes fondateurs, sa générosité financière via les fonds européens régulièrement attribués, son équilibre monétaire et économique, souvent décrié mais globalement porteur en dépit de difficultés ponctuelles récentes (lacroix.fr : https://www.la-croix.com/Economie) restent tous très appréciés des Européens qui ont ainsi plus vu le Brexit à la lumière d’un avatar, voire d’un incident de parcours que comme une catastrophe propre à faire trembler les bases de l’Union. La raison et l’esprit européens semblent ainsi avoir parlé renvoyant Londres à ses choix.

Douanes et intégration

Rien qu’en France, comptant parmi les pays fondateurs, la contestation de la réforme des retraites et la propagation du corona virus en Chine (associée aux risques potentiels sur le territoire) ont plus préoccupé autorités et population que la sortie du Royaume-Uni tenue pour irrémédiable. Dès lors, au lendemain du 31 janvier, alors que se posent des questions d’ordre essentiellement douanier et maritime avec le Royaume-Uni, peu d’Européens continentaux se sentent émus ou bouleversés par le départ de Londres de l’Union tant celle-ci durant quarante-sept ans d’adhésion a fait valoir sa différence refusant clairement d’être pleinement intégrée aux principes régissant la Communauté économique (CEE), puis le Marché Unique enfin l’Union Européenne. Et aujourd’hui pointe un regret, pas nécessairement celui de voir le Royaume-Uni quitter l’Europe politique mais celui de ne pas avoir su, aussi, peut-être développer un environnement qui aurait incité Britanniques et Irlandais du Nord à rester au sein de l’Union. Mais ça c’est une autre histoire.