Faux procès

Accusé de profiter à outrance des conséquences du conflit au Moyen-Orient liées au prix de l’énergie, TotalEnergie se retrouve pris au piège d’une cabale qui devrait plus relever de la critique du système économique que des profits issus de la crise géopolitique.

En annonçant, il y a de cela quelques jours, près de 5 milliards de profits supplémentaires en raison de la crise énergétique elle-même liée au conflit américano-iranien, TotalEnergies n’a pas manqué de faire bondir tous les thuriféraires et les parangons de l’austérité financière et de la répartition des richesses, accusant le géant pétrolier français de profiter de la guerre en cours pour s’enrichir plus encore. L’argument apparaît d’évidence comme imparable car la flambée des cours du pétrole engendre de fait une augmentation des tarifs des produits pétrolier et gaziers, ces derniers étant indexés sur les premiers. Pour autant, si l’accusation s’appuie sur un constat impossible à contredire, il convient cependant de la pondérer en la passant au crible d’une autre réalité. Car le problème ne réside pas tant dans le montant des profits que dans le système économique dans lequel il s’inscrit.

Approche morale

Dans un système libéral, tel que conçu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et conforté dans ses fondements par l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), une entreprise privée a pour vocation de produire des profits. C’est sa fonction. Et l’approche morale qui en découle relève plus de l’appréciation de chacun et de ses propres convictions que d’une obligation de gestion. Juger que les profits actuellement encaissés par TotalEnergies sont indécents n’est finalement que le reflet, non pas d’une incompréhension du système économique mondial, mais du refus de sa conception et de son fonctionnement. TotalEnergies, et d’autres entreprises, profitent effectivement des conséquences du conflit sur les cours du pétrole et avec eux actionnaires et investisseurs divers et variés. Or, au regard du système économique mondial, non pas impossible de critiquer ce-dernier mais il s’avère malaisé de le brocarder plus encore au risque de mettre en jeu la crédibilité de ceux qui le dénoncent. Si les profits en question étaient encaissés par une entreprise publique, dédiée à la collectivité, il est fort à parier que les critiques sur les profits en question seraient moins virulentes, les fonds en question étant alors orientés vers des politiques publiques.

Hypocrisie

Le procès intentés aux entreprises évoluant sur le secteur de l’énergie revêt ainsi un aspect ponctuel, car une fois le conflit achevé, les profits en question baisseront mais resteront cependant élevés, et un aspect que l’on pourrait qualifier de quelque peu hypocrite car plus que les entreprises concernées c’est avant tout le procès du libéralisme économique qu’il faudrait tenir. Or, qui le souhaite en réalité ? A vrai dire personne car les politiques critiques proposées cherchent avant tout à en limiter les effets et non pas à le remplacer, voire plus simplement à l’adoucir. Accuser TotalEnergies et les autres entreprises du secteur relèvent finalement plus de l’effet d’aubaine à visée politique que d’une réelle réflexion sur les fondements du système libéral qui prévaut aujourd’hui, porteur et générateur d’inégalités visibles et constatées quand les profits en question ne sont eux que la conséquence d’une organisation économique tacitement acceptée.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.