A court de crédit

Embarqués dans un conflit plus proche de l’enlisement que de la résolution, les Etats-Unis perdent chaque jour un peu plus de leur crédibilité et de leur aura qui avaient pourtant fait leur réputation de nation libertaire, défenseur du droit international. Mais l’agression contre l’Iran relance le débat sur les objectifs de Washington à l’échelle mondiale.

D’hyperpuissance à gendarme du monde, les Etats-Unis seraient-ils devenus aujourd’hui les ennemis non officiels de la planète ? La question prend son sens au regard de l’agression de l’Iran, engagée sans l’aval du Conseil de Sécurité de l’ONU, encore moins du Congrès, voilà près de trois mois. Si le terme d’ennemi sera peut-être considéré comme excessif et violent, au moins a-t-il le mérite d’ouvrir le débat sur le rôle des Etats-Unis à l’échelle mondiale, alors que son président s’était engagé, à l’aube de son second mandat, à ne pas impliquer la patrie de l’Oncle Sam dans de nouvelles opérations extérieures, le voici enlisé dans un conflit contre un adversaire plus coriace et féroce que prévu. Mais au-delà de la question diplomatique à résoudre entre les deux belligérants, c’est la crédibilité des Etats-Unis qui est aujourd’hui mise en jeu et avec elle sa capacité à respecter le droit international, les Etats-Unis ayant donné le sentiment, voire plus, de se moquer des institutions internationales, ONU et OTAN, en tête, sans vergogne.

Annexion

De nation soucieuse de rester blottie au creux de ses frontières pour donner libre cours à la pensée trumpienne de l’America First (L’Amérique d’abord), voilà que celle-ci agresse l’Iran, pactise avec la Russie de Vladimir Poutine ou détriment de l’Ukraine, se laisse convaincre par Israël de bombarder l’Iran, cautionne les agissements de la nation hébreu à Gaza et au Liban sud sans oublier ses menaces d’annexion du Groënland et celles proférées à l’endroit de Cuba. De pays protecteur, bercé par les idéaux libertaires et humanistes du XVIIIème siècle, les Etats-Unis sont passés de modèle à suivre à exemple à oublier. Est-ce à dire que les Etats-Unis ont perdu leur aura et leur influence ? Ni l’un ni l’autre en réalité mais il est évident que l’un et l’autre sont désormais teintés de la crainte que Washington s’en prenne à n’importe quelle nation au motif le plus farfelu qui soit, en tous cas suffisamment valable aux yeux du locataire de la Maison Blanche pour déclencher une opération militaire. Cette escalade interventionniste à travers le monde risque d’avoir pour « seul effet d’affaiblir durablement la position des Etats-Unis dans le monde » reconnaissait le politiste américain néo-conservateur Robert Kagan le 26 mai dernier.

Blason

La réflexion s’avère des plus pertinentes car à la multitude des cibles visées par les Etats-Unis s’ajoute une impression de confusion globale, de recherche désespérée d’un succès, quel qu’il soit, qui permettra à la Maison Blanche de redorer son blason dans les semaines à venir tant l’opération iranienne se transforme peu à peu en fiasco militaire. Car comme le rappelait Tocqueville, «les affaires intérieures conditionnent souvent la conduite des affaires étrangères». Et hasard du calendrier électoral, les élections de mi-terms, celles sensées renouveler la Chambre des Députés doivent se dérouler en novembre et s’annoncent chargées de désillusions si l’affaire iranienne n’était pas réglée sous peu et et en termes favorables.

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