Le covid-19 diable de la démocratie

Confrontées à la nécessité de limiter les libertés individuelles et collectives pour lutter contre le covid-19, les démocraties contemporaines sont déchirées entre défense des acquis libertaires et impératifs sanitaires castrateurs. Lequel prendra à terme le pas sur l’autre ?

Voilà un des effets pervers de la crise sanitaire générée par l’apparition et la propagation du coronavirus à l’échelle mondiale : la suppression, certes temporaire, des libertés fondamentales de chacun. D’aucuns, pour des raisons évidentes de santé publique, y voient une nécessité et, globalement, les mesures de confinement et de restriction drastiques des déplacements privés (hors déplacements professionnels ou impérieux) sont pour l’heure toutes acceptées. Pour l’heure…! Car rien ne permet d’avancer que si la situation actuelle devait perdurer, au-delà des six semaines communément admises pour singulièrement réduire les risques de contagion et de saturation des hôpitaux, l’acceptation de ces mesures serait tout aussi aisée. Et le coronavirus de poser aujourd’hui un réel problème à nos démocraties contemporaines et à nos Etats de droit.

Volte-face et rapport

Ces dernières, basées sur des libertés individuelles qui font de chacun de nous des acteurs et citoyens souverains, sont désormais obligées de faire volte-face et d’appliquer des méthodes qui laissent parfois exhaler des relents de républiques bananières, voire plus comme l’exemple hongrois vient le démontrer (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international) Forces de l’ordre disséminées sur l’ensemble du territoire, contrôle des déplacements, verbalisation, fermeture des aéroports…Autant de mesures et de réalités qui éloignent les démocraties contemporaines des concepts qui les fondent. Alors oui ! Effectivement, le covid-19 défie les régimes démocratiques en les renvoyant à des extrémités que le virus impose tout en malmenant les bases de l’État de droit. L’irruption du covid-19 n’est pas sans interroger des démocraties peu habituées, voire pas du tout, à discuter leurs libertés avec un ennemi invisible et pourtant dévastateur. La question qui se pose alors est de savoir si nos démocraties seront capables d’accepter le bouleversement sociétal que génère ce virus ? Insupportable dilemme, impossible nœud gordien à trancher. Il faut désormais, sinon s’en convaincre, du moins commencer à s’y préparer, la potentielle multiplication d’épisodes pandémiques dans les années à venir va modifier notre rapport à la liberté en général et aux libertés collectives et individuelles en particulier. Nombre de nos régimes démocratiques actuels se sont créés et ont prospéré sur le postulat considéré comme intangible que la nature était au service de l’Homme. Longtemps, ce dernier a considéré sa place sur Terre comme une évidence que rien ne pouvait remettre en cause et ce dans une forme de darwinisme mal compris, appliqué à tort et sans discernement.

Insouciance et socialisation

Le covid-19, dernier épisode en date d’autres accidents viraux (Peste Noire 1347 – 1352 ; Grippe espagnole 1918 – 1919 ; SRAS 2002) a ceci de particulier qu’il a fait irruption dans un monde où la notion de liberté était fondamentalement acquise, consubstantielle de modes de vie qui se baignaient d’insouciance et que personne ne souhaitait remettre en question. A ceci s’ajoute une intégration économique paroxystique qui ne prévalait pas par le passé, y compris en 2002 où le principe de mondialisation, avancé certes, ne l’était pas autant qu’à ce jour, intégration qui démultiplie les effets du covid-19. Les interactions économiques du XIVème siècle, voire du XXème ou du début du XXIème n’égalent en rien celles qui prévalent à ce jour et expliquent aussi pourquoi aucune mesures de confinement et de restrictions des libertés n’avaient été alors appliquées. Est-ce à dire qu’il faudra vivre cloîtré et refuser toute socialisation ? Non naturellement, mais il faudra dans les années à venir peut-être admettre la réduction de certaines libertés individuelles, voire collectives, pour préserver notre mode de vie, à réinventer de surcroît. D’aucuns crieraient à des politiques liberticides ! Ils auraient raison mais force est de constater aussi que l’état du monde après le passage du covid-19 appellera certainement à une impérieuse et profonde remise en question.

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