Penser l’improbable pour expliquer le pire

Les théories du complot qui pullulent sur l’origine du virus ne cesseront pas après la résorption de la crise actuelle. Entre fantasmes et manipulation secrète de l’Humanité, ces discours irrationnels révèlent l’ignorance et la faiblesse culturelle de certains individus à l’endroit des mutations et des maux contemporains.

D’origine animale, créé de toutes pièces, manipulé, perdu par hasard ou égaré par accident, depuis sont apparition, et avec elle les conséquences que nous connaissons, les thèses sur l’origine du coronavirus ont fait l’objet de nombreux fantasmes. Mais pour l’heure, force est de constater que derrière les discussions sans fin qui entourent cette origine, rares, s’ils existent, sont ceux qui pourraient préciser avec exactitude, où et comment, en Chine, le covid-19 est apparu. D’ailleurs, comme le relevait récemment l’essayiste Caroline Fourest, « peut-être ne le saurons-nous jamais« . Cette probabilité, qui n’est pas à exclure, devra potentiellement servir de seule explication dans les années à venir. Mais à vrai dire, l’urgence actuelle est-elle de savoir d’où provient le coronavirus ? A l’évidence non et la question se posera un jour.

Réseaux sociaux et victimisation

Car cette crise sanitaire sans précédent est aussi révélatrice de nombre de défauts dont notre société est porteuse. Parmi les premiers d’entre eux, la pléthore de théories qui pullulent tant sur les réseaux sociaux que dans les discussions (à distance !) entre amis, voire au sein de familles quelconques, sur les origines de ce virus. Or, la question qui se pose ainsi aujourd’hui n’est pas tant de savoir de quelle nature ces théories, souvent appelées théories du complot, sont et ce qu’elles avancent comme thèses mais plutôt de savoir pourquoi ces dernières se multiplient à l’envi. Définissons déjà ce qu’est une théorie du complot. L’idée, souvent étayée d’informations incomprises, décontextualisées et détournées, que un ou plusieurs évènements, ici la crise du Covid-19, serait le fruit d’une volonté secrètement voulue par un groupe d’individus qui tireraient un profit obscur du désordre causé. Ces théories, facilement attaquables et démontables, sont pourtant extrêmement populaires auprès de franges de populations fragiles économiquement, isolées ou mal informées culturellement et globalement effrayées par l’évolution d’un environnement direct ou indirect, proche ou globalisé, qui leur échappe ou qui échappe à leur entendement. La théorie du complot devient donc une réponse évidente, dangereusement malléable et aisée pour justifier une attitude victimaire et une inquiétude liée à une incompréhension, générale ou partielle, des mutations contemporaines. Pourtant, nul n’est besoin, (et c’est aussi en ça que le phénomène demande une attention réelle visant à sa limitation) de vivre des périodes de crise pour voir pulluler ces théories. Même en période qualifiées de calme, elles fleurissent. Pourquoi ?

Fantasme et prise de conscience

Car il apparaît finalement assez aisé et confortable intellectuellement d’imputer telle ou telle situation à telle ou telle organisation ou groupuscule secret car par définition, l’ignorance et le secret nourrissent le fantasme, y compris les plus noirs. Que faire donc pour limiter ces théories ? A vrai dire il n’existe pas de grands remparts à cela si ce n’est l’intelligence, la culture et l’ouverture de chacun à la possibilité d’un autre monde différent. Est-ce à dire que les théories du complot sont inhérentes à toutes sociétés humaines ? Les procès en sorcellerie qui ont marqué l’Histoire en témoignent, les fantasmes qui abondent sur les sociétés secrètes (qui ne le sont plus tant que cela in fine) révèlent cette tendance humaine à se vivre en victime déresponsabilisée et non en acteur, pour s’en référer à un monde occulte, invisible et décharné qui expliquerait tout sans jamais en apporter la preuve car cette dernière discréditerait, de fait, le fantasme originel. Les théories du complot renvoient plus à l’ignorance et la faiblesse culturelle de populations apeurées et acculturées qu’à la pertinence de la recherche scientifique et rationnelle de la vérité. Le stoïcisme, presque le cynisme, de l’analyse cartésienne des faits, ennemi de toute théorie du complot, impose dès lors une forme de prise de conscience de la réalité factuelle et non d’une pseudo-réalité, fruit d’un imaginaire dévoyé. La crise du covid-19 que nous subissons à l’échelle mondiale, a été, et sera encore longtemps, un terreau fertile à ces théories, amplifiées dans leur diffusion et leur interprétation, par les réseaux sociaux. Aussi, conviendra-t-il d’en tirer les leçons. En espérant que tous veuillent les entendre…

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