Le virus et la mouche du coche

Entre confinement, inquiétude et sidération, l’Europe et la France affrontent un virus invisible porteur d’un lot de conséquences pour l’heure inconnues mais incontournables. Parmi les premières : humilité et modestie. Pourtant nul besoin d’attendre que le virus s’éteigne pour y satisfaire.

A n’en pas douter, il y aura un avant et un après coronavirus. Confiner un pays, ici la France, voire un continent entier relève du jamais vu dans l’Histoire si ce n’est pas des causes exogènes non voulues et non commandées par les Hommes. Alors, s’interroger aujourd’hui sur le coronavirus, sa vitesse de propagation, les risques sanitaires auquel il expose,…tout cela relève de la banalité tant le virus rythme désormais le quotidien de milliards de personnes. A l’échelle française, c’est d’abord la stupéfaction qui a primé, il convient de le reconnaître. Car ce virus, venu de la lointaine Asie, ne nous apparaissaient que sur des couvertures de journaux ou de commentaires auxquels nous ne prêtions qu’une oreille discrète.

Guerre et confort

Mais lorsque le mal est arrivé, lorsque les portes se sont refermées sur nous et nos familles, il a bien fallu se rendre à l’évidence : le danger rôdait. Le président de la République, grave et hiératique, l’a annoncé solennellement : « Nous sommes en guerre ! » Diantre ! En guerre ! Certes mais contre un ennemi invisible ! Pire que cela ! Un ennemi qui peut se terrer dans chacun d’entre nous ! Foin alors de côte de popularité, de gilets jaunes ou de réformes des retraites ! Tout a été rangé au placard pour lutter contre un virus qui fait trembler jusqu’au sommet de l’État. Il faut dire que l’enjeu est lourd car, à bien y regarder, celui-ci touche au fondement même de toute société : l’Homme. Et plus avant encore, aux systèmes que celui-ci a construit pour améliorer son confort. Qui aurait pu imaginer que dans un pays comme la France, comptant parmi les plus grandes puissances économiques mondiales, parmi les plus confortables, le système de santé serait menacé car incapable de gérer l’afflux de patients. Et d’aucuns de crier à la sous-estimation de l’épidémie avant qu’elle ne pénètre sur le territoire national. C’est possible mais à vrai dire la question n’est plus là. Aujourd’hui, les préoccupations se portent sur la gestion quotidienne d’une population de 67 millions d’habitants inquiète et confinée. Le scenario est malgré tout extraordinaire, presque surréaliste au XXIème siècle. Et pourtant, il faut dès à présent penser au lendemain c’est-à-dire à ce que ce virus d’envergure mondiale va générer comme changements. Car il y en aura indubitablement. Nos habitudes professionnelles, nos modes de déplacements, nos modèles économiques et sociétaux seront bouleversés par un virus qui nous renvoie à nos faiblesses et nos erreurs.

Nature et mépris

Nos egos démesurés, notre confiance arrogante en notre propre pouvoir de domination sur la nature ont été giflés par un virus aux premières heures méprisés pour être finalement craint. Tout comme la Peste Noire de 1348 qui tua trente millions d’Européens, au coeur d’un XVème siècle déjà solidement engagé vers la Renaissance, le coronavirus a fauché, pour un temps, la marche en avant des phénomènes de mondialisation et d’uniformisation comme pour rappeler que c’est bien la Nature qui commande et non l’Homme qui est, l’a-t-il oublié, une multiple composante. Ce virus, mouche du coche, agace et irrite, car il bouscule une humanité pétrie d’habitudes qu’elle avait fini par assimiler ces mêmes habitudes à des certitudes ancrées au plus profond de la conscience collective. Et dire qu’en France ce virus déstructure la société est euphémisme. Les Français, toujours prompts à donner des leçons au monde entier, forts de leur histoire, de leur héritage révolutionnaire fruit de la tolérance et de l’humanisme des Lumières, se voient confinés chez eux, comme de sales gosses privés de sortie après avoir jaugé avec un peu de mépris ses voisins italiens. L’Italie justement, qui a rangé sa dolce vita dans les armoires en attendant des jours meilleurs, souffre en silence dans son pays transformé en tanière. Et se pose peut-être la première des conséquences de ce virus : Réapprendre la modestie et l’humilité. La Nature nous l’a rappelée et ne manquera pas de réitérer l’avertissement.

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