Petite histoire du vide et de l’excellence

La pauvreté des discours politiques français interroge sur la capacité de notre société à se renouveler et à sortir d’une facilité qui confine à la passivité et à la médiocrité institutionnalisées. Essai d’explication.

A quelques jours du premier tour des élections municipales qui s’annoncent violentes et cruelles pour La République En Marche (LREM), un constat s’impose : il n’existe plus en France de clivage droite-gauche tel qu’il prévalait encore il y a encore cinq ans. D’aucuns argueront, et ils auront partiellement raison, que la responsabilité en revient à Emmanuel Macron, lui qui par un discours empreint de pragmatisme a fait voler en éclat des différences idéologiques qui tendaient déjà depuis plusieurs années à s’essouffler pour en perdre in fine leur sens et surtout leur pertinence. Mais le Président de la République n’est pas le seul responsable de ce vide idéologique qui pèse sur un pays longtemps habitué à se fracturer autour de modèles de pensées qui opposaient globalement progressistes et conservateurs, gauche sociale-démocrate et droite libérale républicaine attachée à l’ordre.

Confort et doxa

S’il fallait donc chercher historiquement d’autres coupables, l’on pourrait citer pelle-mêle, le reniement des acteurs de Mai 68, pour beaucoup aujourd’hui engoncés dans un confort bourgeois, la gauche mitterrandienne qui a sacrifié en 1983 l’espoir du progrès social sur l’autel de l’austérité libérale, la droite républicaine qui a laissé s’instiller en elle le poison extrémiste porté par le Front National de Jean-Marie Le Pen,…Les exemples ne manquent malheureusement pas et leur aspect pléthorique qui confine au constat ne comble en rien ce vide qui ampute la nation de toute créativité politique. Car c’est là que le bât blesse : l’absence de nouveaux courants de pensée capables de réinventer une société française rangée au confort de la mondialisation, tremblante devant un exotique coronavirus, presque résignée devant la doxa présidentielle, choquée par l’utilisation du 49.3 mais pas suffisamment pour réclamer la primauté de la démocratie sur l’autoritarisme légitimé d’une Constitution devenue incompatible avec notre modernité. Il convient donc aujourd’hui de s’interroger, non sur l’action du Président Macron qui finalement occupe un espace intellectuel et idéologique laissé vacant et abandonné, mais sur ce que pourrait être les principes d’une nouvelle société. A ce jour, rien ne semble poindre dans un paysage politique pauvre et médiocre où la superficialité fait office de contenu idéologique. Pourtant dans cette inertie coupable, certains, ont-ils raison ou tort, pensent que l’issue environnementaliste et écologique serait une solution perenne. Mais un discours, aussi pertinent et fondé soit-il, ne peut se substituer à un corpus dense et entier, construit et pensé, capable, une fois uni, de constituer un modèle sur lequel fonder les bases d’une nouvelle société ? Le défi est certainement là.

Obsolescence et cynisme

Imaginer et penser une société que les idéologies défuntes ont longtemps structuré, telles des matrices inamovibles, désormais obsolètes. N’hésitons pas à l’affirmer, le discours ambiant et tenu par le Président de la République offre, non pas un modèle, mais un succédané par défaut face à l’incapacité de notre société à se renouveler. Il y a d’ailleurs quelque chose d’inquiétant dans cette situation, à savoir que notre modèle sociétal serait désormais à court d’idées, augurant ainsi un attentisme et une passivité aussi rampantes que dangereuses car tacitement d’accord avec le principe que le minimum sera toujours plus facile à obtenir que l’excellence qui appelle une réflexion devenue rare. Françis Blanche, comédien acerbe et délicieusement cynique d’un autre temps avait lancé cet aphorisme plein de sens aujourd’hui et qui sied parfaitement à notre société résignée : « Mieux vaut viser l’excellence et la manquer que viser la médiocrité et l’atteindre ! » Il serait aisé de méditer des heures sur cette citation des plus gourmandes pour la commenter et en faire la plus fine des exégèses mais il conviendra en conclusion de l’admettre, nous avons bien atteint notre cible : la médiocrité.

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