Une Chine et deux visages

Pour avoir caché l’apparition et la dangerosité du coronavirus aux première heures de sa propagation, le régime chinois a confirmé qu’il était bien une dictature dont les apparences modernes masquaient les bases du régime : autorité, méfiance et culte du secret.

Courtisée par les grandes puissances occidentales pour l’immensité des opportunités économiques qu’elle recèle, devenue l’un des premiers importateurs et exportateurs mondiaux, pilier de la mondialisation, la Chine, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, aurait presque fait oublier qu’elle était, encore, une dictature. Certes, convertie à l’économie de marché mais une dictature que la crise du coronavirus vient cruellement rappeler. Comment ? Les plus cyniques auraient évoqué la raison d’État, celle théorisée par Machiavel et mise en pratique par Richelieu pour expliquer le silence qui a entouré la découverte et la propagation du virus. Ne nous y trompons pas. Taire un tel accident sanitaire n’en relève pas mais plutôt de manipulations froides et calculées que l’on ne retrouve que dans des dictatures aguerries, aussi apaisées et séduisantes qu’elles puissent paraître ou veulent vouloir apparaître aux yeux du monde.

Secret, image et réussite

Car derrière le socialisme de marché se cache un pays pris dans l’étau d’un régime autoritaire d’où rien ne filtre. Ainsi, quelle démocratie digne de ce nom, respectueuse de ces citoyens et des pays qui l’entourent ou échangent avec elle aurait tu un tel secret ? Il appartient à chacun de répondre à cette question à l’aune de ces propres convictions mais la réponse semble toute trouvée. Certes, il n’y a rien d’exceptionnel à affirmer qu’en dépit d’un confort matériel comparable, pour près de 400 millions de Chinois, à celui prévalant dans l’ensemble des pays occidentaux, la Chine reste une dictature prête à enfermer, voire à exécuter ses opposants politiques, en bafouant sans vergogne les Droits de l’Homme et bercée par l’hypocrisie occidentale. (Selon Amnesty international, 1.032 personnes ont été exécutées en Chine en 2016 – lire Leparisien.fr : http://www.leparisien.fr/international). La question qui se pose aujourd’hui est de savoir pourquoi la Chine a cherché, dans un premier temps en tous cas, à étouffer l’apparition et la dissémination de ce virus. Les réponses sont multiples et pour certaines aussi mystérieuses que peut l’être l’Empire du Milieu mais la première d’entre elle pourrait être celle liée à l’image que le régime de Pékin veut donner de son pays. La réussite économique de la Chine née de la conversion à l’économie de marché ne pouvait être entachée par un tel problème relevant probablement de pratiques alimentaires pour beaucoup désuètes, à savoir la consommation de chair de pangolin, animal sauvage dont serait très friande une partie de la population chinoise. Trébucher sur un virus d’origine animale à la vitesse de propagation inédite n’était en rien concevable pour Pékin et pour un régime qui se veut exemplaire en dépit d’une corruption galopante…

Raisons et réalisme

La seconde raison est d’essence purement économique, pays-usine du monde, la Chine ne peut priver son économie des relations commerciales et industrielles qu’elle a noué avec la planète entière. Et avouer qu’un virus retors, inconnu, hautement contagieux et mortel pouvait potentiellement souiller Hommes et marchandises issus de ces terres ou de ces usines relevait de l’inimaginable. Autant de raisons qui ont poussé la Chine a se taire et à perdre un temps précieux. La troisième relève potentiellement des limites du système de santé chinois, souvent dénoncé comme défaillant, la Chine ayant alors choisi l’option de la divulgation à des fins de coopération mettant en évidence ses propres carences en matière sanitaire. Nombreux soulignerons alors combien la Chine a coopéré et transmis la carte génétique du virus au plus tôt afin que celle-ci ouvre la voie à un traitement. Mais si les raisons qui l’expliquent sont certes sanitaires et humanistes, elles sont aussi sous-tendues d’une vocation économique : agir vite pour que le cycle industrialo-économique, vital pour la Chine, reprenne au plus tôt. Cynisme ? Réalisme à la chinoise plus exactement. Et d’ailleurs comme toute dictature qui se respecte, la propagande chinoise se glose déjà des efforts accomplis en faveur des pays contaminés en leur envoyant des tonnes de masques de protection, en annonçant que ses usines sont sur le point, quand ce n’est déjà fait, de reprendre leur activité. Car ne l’oublions pas : La Chine dictature d’abord féroce aux premières heures de sa création en 1949, a su s’adapter au Monde, le socialisme de marché en est une preuve, mais n’a jamais vacillé, les étudiants révoltés de la place Tian’anmen en 1989 peuvent en témoigner.

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