Des Primaires ! Mais pourquoi ?

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Démocratiques et plurielles, les Primaires élisent souvent, non pas le meilleur programme, mais le candidat à même de l’emporter lors du scrutin présidentiel. 

Les Primaires organisées par la Droite républicaine et la Gauche ont mis en exergue une multitudes de divergences idéologiques au sein des partis concernés. Mais l’exercice ne tient-il pas plutôt de la recherche d’une caution démocratique que de la croyance en la pluralité ? Explications.

Voilà donc l’exercice télévisé des Primaires achevé. A gauche comme à droite, chacun à sacrifié à ce qui est devenu en quelques années un rituel démocratique, organisé avec le concours de chaînes de télévision qui n’en demandaient pas autant. Bref ! Là n’est pas le sujet. Que penser finalement des Primaires ? Preuve de la bonne santé de la démocratie ? Exercice bénéfique car permettant à chacun d’exposer ses idées et ses divergences ? Moment de la vie politique ou le grand public est associé à un débat qui d’habitude lui échappe ? Toutes ces questions méritent des réponses positives car effectivement, les débats qui précèdent les Primaires sont porteurs et suivis, il suffit pour s’en convaincre, d’étudier les taux d’audience réalisés par les chaînes ayant diffusé les débats. Certes… ! Mais les Primaires en tant que telles ? Si d’aucuns y verraient un exercice salvateur, d’autres pourraient y voir un échec, du moins une fausse victoire, de la démocratie. Comment ? Une explication s’impose. En présence, deux grand partis politiques (Parti socialiste et Les Républicains) auxquels s’ajoutent des satellites idéologiques plus ou moins affidés aux écuries dominantes, satellites qui peinent à exister et qui s’agitent désespérément, voire pathétiquement, pour donner une substance politique à leur discours.

Rassembler en ordre serré

Deux grand partis donc composés d’hommes et de femmes (plus d’hommes que de femmes d’ailleurs et à l’heure de la parité le constat n’est pas sans interroger) qui digressent et discutent sur des thèmes choisis et définis via lesquels sont censées s’exprimer divergences ou connivences. A grand renfort de campagnes électorales, de saillies idéologiques ou discursives, les candidats se déchirent, se rallient, se séparent, se retrouvent, pactisent, trahissent, pardonnent…avec l’espoir que les électeurs proches de leurs positions les choisissent pour, in fine, être celui qui se présentera à l’élection suprême. Moult débats et moult idées pour choisir un représentant derrière lequel se rassemblera, en ordre serré et le petit doigt sur la couture (ou pas très loin en tous cas faute de recadrage de la part du semi-élu) les anciens prétendants, tous se rangeant sagement, et en silence de préférence, derrière le préféré des urnes. Et comme l’onction populaire légitime tout ! Les commentaires sont priés de rester aux vestiaires. A ce compte là, à quoi bon des Primaires ? Puisque à l’arrivée les divergences et les différences d’appréciation sont de fait gommées et absorbées par une une candidature unique. Concrètement, alors que la pluralité prévalait jusqu’alors, la voilà décapitée. Certes le candidat choisi pourra toujours intégrer dans son programme quelques éléments extérieurs issus de la réflexions de ces anciens adversaires, mais rien ne l’y oblige, François Fillon en est l’archétype. Intelligents, les électeurs ne choisissent pas nécessairement le meilleur programme mais le candidat qui sera à même de l’emporter, à défaut, d’être présent au second tour de l’élection présidentielle.

Mécanique retorse

Utilité discutable donc d’un exercice qui sous une façade démocratique (et un grand tapage médiatique) renvoie à un pragmatisme empreint de cynisme. Un des points positifs des Primaires est qu’il permet au futur président de la République de commencer à constituer, dans l’ombre en tous cas, son Gouvernement. L’exercice de 2011 l’a prouvé et ô combien. A droite comme à gauche, les esprits s’aiguisent et faute de présidentielle, un poste ministériel fera l’affaire dans l’hypothèse où le candidat retenu par les électeurs prenne ses fonctions à l’Elysée. Restent ceux qui ont préféré ne pas participer à l’exercice et ce pour éviter d’être prisonnier d’une mécanique finalement assez retorse à même de se retourner contre eux. Imaginez donc ! S’opposer au candidat élu au sein de la primaire pour une fois l’élection présidentielle passée, intégrer son Gouvernement. La crédibilité du concerné en prendrait un sacré coup même si celui-ci se défendrait en arguant de sa pleine liberté de parole et de pensée. Classique et éculé mais la pratique a le mérite de fonctionner et de rendre à celui qui s’y contraint une sorte de d’honnêteté et de probité morale. Mais en partie seulement. Pour autant la pratique des Primaires semble désormais acquise en qualité de pratique d’échanges idéologiques soumise à l’onction populaire. Mais l’exercice reste fragile car tous les partis ne s’y adonnent pas. Aussi, la légitimité de la dite pratique ne reste que partielle pour entretenir par devers elle l’image d’un exercice artificiel qui tiendrait plus de volonté d’imprimer une caution démocratique aux partis s’y pliant que de la croyance en la force de la pluralité.

L’Homme est seul

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Dans un un univers physique pour l’heure fini, l’humanité a oublié de lever la tête pour renouveler sa pensée pour finalement s’appauvrir intellectuellement.

Confronté à un univers physique fini, l’humanité s’est enfermée dans des schémas artificiels pauvres où dominent confort et matérialisme. Au point d’oublier que l’essence de l’Homme est de scruter l’horizon. Et aujourd’hui, il est seul.

La question taraude les astrophysiciens depuis des décennies. Sommes-nous seuls dans l’Univers ? La question pour l’heure sans réelle réponse pourrait aussi ronger philosophes et penseurs. Pourquoi donc ? Parce que plus que de solitude physique qui ferait de lui un cas unique dans l’Univers, presque un accident historico-biologique (s’il ne l’est pas déjà) l’Homme semble souffrir de solitude intellectuelle. L’état du Monde actuel ne pousse guère à l’enthousiasme et à quelques jours, à titre d’exemple, de l’investiture de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis ou après les propos de de Bachar El-Assad sur la guerre et la mort, rien ne semble prouver que l’Humanité soit guidée vers les chemins de la grandeur. Un constat rapide s’impose : l’Homme est pauvre et indigent intellectuellement ou l’est-il progressivement devenu. Certes, et à raison, d’aucuns objecteront que celui-ci a créé, innové, généré pour son bien et celui de ses semblables inventions, progrès et autres avancées fondamentales. Mais est-ce que tout cela a été suffisant pour donner une impression globale de grandeur ? La question se pose et ce ne sont pas ces lignes qui prétendront y répondre, tout au moins, essaieront-elles d’alimenter le débat, à condition qu’il existe déjà.

Débat appauvri

Pourquoi l’Homme est-il si seul ? D’abord, une explication physique. Nous n’avons pas trouvé d’autres intelligences comparables ou supérieures à la nôtre qui pourraient stimuler notre créativité technique ou cérébrale. Un défaut d’altérité serait donc à l’origine de cet appauvrissement global. Ensuite, puisque nous évoluons sur une planète dont la taille se réduit tous les jours en raison des performances des nouvelles technologies qui nous affranchissent du temps et de l’espace, nous nous sommes progressivement libérés de la contrainte spatio-temporelle qui pouvait par le passé être source de créativité. Concrètement, l’immédiateté a rompu le charme, le plaisir ou la nécessité de la recherche, de l’imagination et de la réflexion. Troisième point, l’appauvrissement du débat, gagné par une médiocrité lancinante (il suffit pour s’en convaincre de lire ou entendre les discours des élites ou prétendues comme telles) est aussi lié à une forme de consanguinité intellectuelle où se retrouvent sans cesse les mêmes débats, les mêmes questions, les mêmes interrogations et souvent les mêmes réponses. Pour s’en convaincre et sans user à nouveau de l’argument du débat politique, lisons les programmes électoraux des candidats à l’élection présidentielle, relisons le programme de Donald Trump ou les délires identitaires des populistes qui fleurissent un peu partout et qui trouvent des oreilles attentives et bienveillantes pour les écouter.

Pieds et horizon

Tout cela n’est-il pas la preuve d’un appauvrissement du discours, des ambitions, des envies d’un peuple mondial qui semble s’être confortablement rangé derrière un modus-vivendi où règne en maître le matérialisme le plus primaire ? « Insultant ! Dément ! » crieraient certains à la lecture de ces lignes mais n’y a-t-il pas, qu’on le veuille ou non, une réelle carence de la pensée et ce à l’échelle mondiale ? Enfermé dans son monde physique, la Terre, et un sur-monde qu’il s’est artificiellement créé, les différentes sociétés dans lesquelles chacun évoluent, l’Homme s’est peut-être détaché de ce qui nourrissait son ascension et sa progression, à savoir l’envie de dépasser sa condition en imaginant un autre avenir. A trop regarder ses pieds, l’Homme a oublié de lever la tête et de scruter l’horizon. Alors aujourd’hui, l’Homme semble bien seul dans cet univers froid et silencieux. Sur Terre, où le ciel bleu domine, il erre plus qu’il n’avance, il suggère mais ne pense pas. Bref ! Il tourne en rond ! Et le tour n’est pas prêt de s’achever, car pour information, la Terre est ronde ! Passé ce trait d’humour (fumeux certes), persiste un constat : à l’excellence nous avons choisi la médiocrité et la facilité. Chemin plus court et moins chaotique mais qui ne mène nulle part. Car aujourd’hui, l’Humanité a besoin d’espérance et non d’impasses à répétition.

La guerre psychologique de l’Etat Islamique

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Généraliser la peur et la crainte d’une attaque terroriste n’importe où et n’importe quand constitue pour l’Etat islamique une première victoire.

Le nouvel attentat perpétré par Daech confirme la capacité de l’organisation terroriste de frapper à sa guise en instaurant un climat de guerre et de tension psychologique usant. Et accepter la fatalité de l’horreur ne serait-il pas une première victoire pour les terroristes ? Explications.

L’Etat islamique a encore frappé. Date symbolique et lieu festif ont été sa cible. Dans l’escalade de violence et de morts à laquelle s’adonne l’organisation djihadiste, voilà une information qui revêt presque un caractère banal et usuel tant le Monde s’est malheureusement fait à l’idée qu’attentats et autres crimes ponctueraient encore 2017 et les années à venir. Et le drame n’est-il finalement pas là ? Dans cette sorte de fatalité et d’habitude que nous avons pris à accepter l’horreur et le sang comme des éléments constitutifs de nos vies respectives ? Le penser ne serait-il pas un premier pas vers la une forme de capitulation sordide qui tendrait à faire croire aux barbares de Daech qu’ils ont gagné la guerre psychologique à défaut de gagner la confrontation militaire. Car il s’agit bien, en marge des opérations militaires menées au Moyen-Orient, d’une guerre psychologique. Faire régner la peur et la crainte de surprendre n’importe qui n’importe où par une attaque terroriste aussi soudaine que meurtrière. La question de la résilience chère à Boris Cyrulnik, n’est-elle pas au cœur de ce défi qui nous est posé ? Sur le terrain, certes l’Etat Islamique recule, régulièrement ses chefs locaux sont éliminés par les frappes de la coalition et il n’est pas impensable que d’ici un à deux ans, l’Etat islamique et ses territoires soumis ne seront plus qu’un mauvais souvenir. Mais, et c’est là que réside la force de cette organisation, restera le discours et la capacité de celui-ci à embrigader des âmes faibles et perdues dans une logique destructrice.

Permanence et capacité

A l’arrivée, et il ne s’agit pas ici de minimiser les souffrance endurées par les populations soumises à Daech, loin s’en faut, mais le combat psychologique livré à l’organisation se poursuivra bien après la fin des hostilités physiques. L’Etat Islamique dispose en effet d’un réservoir de combattants externalisés partout dans le Monde, issu certes de milieux sociaux identifiables, mais qui représentent une menace dormante. La radicalisation via internet, redoutable outil, ou via d’autres moyens ne s’arrêtera pas une fois les territoires perdus reconquis. La permanence du discours haineux, sa capacité à traverser et convaincre des franges sociales affaiblies, défavorisées ou exclues perdurera. Pour oser une métaphore médicale, si la tumeur maligne sera extraite et détruite, resteront les métastases. Comment alors résoudre ce défi, car c’en est un véritable, qui se pose à l’Humanité ? Elles pourraient être d’abord d’ordre économique et sociale mais si l’on ne décrète pas la croissance, il est tout aussi difficile de décréter le bonheur. Cette guerre psychologique à laquelle Daech se livre ne serait-elle pas aussi un cruel avatar de la crise sociale qui traverse nombre de sociétés contemporaine ? Perte de confiance en des élites dépassées et refermées sur elles-mêmes, impasse économique qui sanctionne les limites du libéralisme, du néo-conservatisme ou du néo-libéralisme, fragmentation du corps social au profit de réflexes individualistes sont autant d’éléments, entre autres, à même d’expliquer la poussée des thèses défendues par Daech dans certaines catégories sociales qui ne perçoivent aucune issue à leur destin. Crise civilisationnelle ou simple passage à vide ? Seule l’Histoire le dira mais pour l’heure il est évident que nous continueront à pleure nos morts tant que nous n’accepterons pas de regarder en face les carences et les lacunes de nos systèmes qui sont autant, à leur échelle, de bombes à retardement.

La Pythie fait la gueule !

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Dans la Grèce antique, la Pythie de Delphes se faisait l’écho de la parole du dieu qui s’exprimait par sa voix pour énoncer ses prédictions. (Image : John Collier – DR)

Rien au terme de l’année 2016 ne semble annoncer une année 2017 de meilleur tonneau. A moins qu’individualisme, populisme, xénophobie et technologie à outrance ne cèdent le pas à une vraie réflexion sur le devenir de l’Humanité. Utopique ? Non ! Question de bonne volonté.

L’exercice tient du marronnier et à ce titre il n’a guère plus de réelle valeur informative si ce n’est celle de s’astreindre à dresser un panorama de l’année écoulée. Essayons donc, quelques heures avant le passage à la nouvelle année que beaucoup espèrent meilleure et d’autres moins pire, de proposer le plus objectif des bilans de 2016. Des Britanniques en rupture de ban, Nice ensanglantée, Trump aux affaires, Alep rasée, Berlin dans la tourmente et des embarcations de fortune qui continuent à traverser la Méditerranée chargées d’hommes et de femmes en quête d’une vie meilleure…Soyons lucides : Tout cela n’invite guère à festoyer le 31 décembre prochain en trinquant à la nouvelle année. Et pourtant certains, nombreux à n’en pas douter, célébreront l’an nouveau. Ils n’auront pas tort, en tous cas, il serait difficile de les blâmer. Ne pas souhaiter une bonne année à ses proches n’entravera pas les malheurs du Monde. Hélas ! Ce serait trop facile ! Donc,… Pour autant, rien n’empêchera une fois les premières minutes de 2017 entamées de s’interroger sur ce que ce nous voudrons faire de 2017. Nous n’irons pas dire que 2016 fut une annus horribilis, mais nous ne sommes pas loin de le penser car la frontière entre ce que le Monde a connu et la dite annus horribilis est ténue.

Indécente gourmandise

Deux mille seize fut ainsi marquée par une telle avalanche d’événements aux répercussions mondiales telles qu’elle restera non seulement dans les mémoires mais aussi dans les livres d’histoire comme l’une des plus riches en bouleversements à même de traduire les profondes crises sociétales, voire civilisationnelles, que le Monde traverse. Car derrière la facilité que nous offre par exemple les nouvelles technologies, derrière la virtualité de rapports sociaux factices et artificiels dont Internet se repaît avec une indécente gourmandise, des hommes et des femmes continuent de mourir. Pas si loin de chez nous d’ailleurs : A trois heures d’avions de Paris, en Syrie, le sang coule. En Afrique, au Mali précisément, la guerre civile couve, attisée par des groupuscules islamiques. En Europe, France, Allemagne, Italie et autres vivent en alerte constante dans la crainte d’un nouvel attentat. Aux Etats-Unis, le populisme (sous des aspects bon teints) a pris le pouvoir. En Russie, la démoctature ou la dictacratie de Poutine effraie autant qu’elle intrigue. Y a-t-il dans tous cela motif à se réjouir le 31 décembre prochain ? N’y a-t-il pas en revanche pléthore de questions à se poser sur notre civilisation, notre Monde, nos références, nos certitudes et nos préjugés que nous avons tôt fait d’ériger en principes fondamentaux ? L’individualisme forcené qui régit notre quotidien a totalement déstabilisé un Monde fragile car fait d’humains eux aussi structurellement et naturellement fragiles. A l’heure où se rompent des équilibres précaires entretenus jusqu’à présent par des fantasmes de puissance révolue, 2017 s’annonce sous de mauvais auspices.

Bon sens et soupçon d’utopie

Les Dieux ne semblent pas enclins à nous accorder leur bienveillance et la Pythie de Delphes de faire la gueule ! A moins que, et c’est le propre de l’Homme, nous ne parvenions à nous renouveler. Explications. Point de manipulations génétiques ici ou de sombres expériences à l’alchimie douteuse. Non ! Rien que du cérébral ! Ho la ! Compliquée cette affaire !? Pas tant que cela. Un peu de bon sens et un soupçon d’utopie (cela ne peut pas faire de mal). Imaginons que les intérêts particuliers cèdent enfin le pas à l’intérêt général, que le tout-économique soit enfin battu en brèche par une vision plus souple et plus humaine des modes de production et de consommation, que les nouvelles technologies certes si séduisantes et si pratiques (reconnaissons-le!) ne soient plus le centre de nos vies qui méritent mieux que la futilité et la légèreté de téléphones mobiles devenus omniprésent. « Ridicule ! Stupide ! » crieront certains. Pourquoi pas ? Mais en y réfléchissant bien est-ce que cette petite liste de résolutions ne pourrait pas s’avérer bénéfique si chacune d’elle était mise en pratique ? L’affirmer serait péremptoire et prétentieux mais essayer ne coûte au rien. Car au point où nous en sommes… !

Alep ou le cimetière des Droits de l’Homme

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Malgré l’envoi d’une mission d’observation, l’ONU semble avoir agi trop tard devant me drame humanitaire vécu par la population d’Alep

La mission d’observation envoyée par l’ONU à Alep révèle l’impuissance de l’institution internationale à endiguer le drame humanitaire qui se noue dans la cité syrienne alors que s’échappe un sentiment de lâcheté inavoué qui plombe une communauté internationale incapable de toute solidarité.

Alors que Berlin pleure légitimement les victimes de l’attentat qui a endeuillé la capitale allemande le 19 décembre, Alep continue d’enterrer les siennes. Point de cynisme dans ce propos mais le constant d’une simple réalité. Mais ce serait trop vite oublier aussi que le Conseil de Sécurité de l’Organisation des Nations unies, a, le même jour, ironie du sort, décidé d’envoyer une mission d’observation sur les conditions d’évacuation et de protection des populations civiles. (voir l’article sur lemonde.fr : Alep : le Conseil de sécurité de l’ONU vote à l’unanimité l’envoi d’observateurs ) L’intention est louable, maigre mais louable. Pourtant, aussi bien intentionnée soit-elle, cette même mission, qui donne le sentiment de vouloir cacher l’inertie coupable de l’ONU dans le conflit syrien et de certains de ces membres (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne), ne parviendra pas à occulter la lâcheté de ces mêmes pays qui ont abandonné Alep et les rebelles syriens aux mains du régime de Bachar El Assad et de son affidé russe. Ainsi, avec cette mission, sommes-nous passés de la honte au pathétique. Quel mélange ! Quelle gloire ! Soyons francs un instant : A quoi va donc servir cette mission d’observation après des mois et des mois de guerre ? Après qu’Alep a été rasée ? Que des centaines de victimes civiles ont été la cible de bombardements aveugles et meurtriers ? A quoi donc ? Peut-être à vérifier que la ville ne tient plus debout ? Que la mort et la désolation rôdent dans chacune de ces rues ?

Honneur perdu

Par cette mission aux allures presque grotesques si elle ne s’inscrivait pas dans un cadre dramatique, la communauté internationale appréhende avec la justesse qui sied à l’événement toutes les limites de l’action de l’ONU et de ses membres. Et comble du cynisme, le représentant de la Russie au Conseil de Sécurité, a voté la résolution ! N’hésitons pas à le penser à défaut (soyons magnanimes…!) d’en avoir la preuve formelle : le conflit syrien a poussé le monde occidental dans ses derniers retranchements moraux en mettant à nu son hypocrisie et sa lâcheté. A Alep, l’ONU et la communauté internationale ont perdu leur honneur. D’un point de vue plus hexagonal, la France, toujours prompte à dispenser au Monde des leçons sentencieuses et empreintes de condescendance sur les Droits de l’Homme, s’est elle aussi enlisée dans la faiblesse de l’inaction coupable. « Mais nous n’allions pas faire seuls la guerre à Bachar El Assad et à son allié russe ?! » s’écrieraient d’aucuns y compris au plus haut sommet de l’Etat. Certes. Mais la France qui se veut un grand pays, à l’histoire porteuse de valeurs universelles fruits de la Révolution française, a failli en prouvant qu’elle n’était in fine qu’une puissance de second rang, finalement peu écoutée et juste capable de suivre les ordres donnés par les Etats-Unis ou de se taire devant la Russie de Vladimir Poutine. Il ne serait pas juste de renvoyer la responsabilité de l’enlisement du conflit syrien sur la seule France. Naturellement, Etats-Unis et Grande-Bretagne et plus largement le monde occidental ont leur part de responsabilité.

Faiblesses révélées

Mais n’aurait-il pas été plus honnête de déclarer lors de l’éclatement de la guerre civile syrienne, au lieu de pousser aujourd’hui des cris d’orfraies, que le conflit en question restait une affaire syro-syrienne et que jamais les puissances occidentales ne s’amuseraient à aller déstabiliser plus encore une région déjà fragile au risque, qui plus est, de heurter le géant russe (très surestimé cependant) ? Honnête ? Oui ! Peu glorieux certes mais au moins cette non-intervention aurait-elle été un temps soit peu assumée. La situation action actuelle n’est jamais révélatrice que des faiblesses patentes d’ordre moral, politique, économique, stratégique et militaire. Autant de faiblesses qu’aucune de ces nations n’est prête à assumer et à reconnaître, chose que Vladimir Poutine a très bien compris d’ailleurs pour en faire sont lit. Paul Morand, dans New-York (1929), biographie éponyme de la ville américaine, eut ce mot prémonitoire : « Les nations occidentales vivent sur le crédit de leur grandeur passée ». Certes le mot d’alors n’incluait pas les Etats-Unis mais il n’en reste pas moins porteur de sens. La crise syrienne l’aura ô combien démontré, révélant avec un cynisme froid l’inertie des nations concernées, la médiocrité des institutions internationales censées régenter les excès constatés et emportée avec elle les espoirs de solidarité internationale au profit d’un égoïsme généralisé, voire codifié. Triste époque…!

Leçon de cynisme à la russe

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Vladimir Poutine a su exploiter l’inertie des Occidentaux et instrumentaliser l’Etat islamique pour faire de la Russie un acteur incontournable de la résolution du conflit.

La reprise de Palmyre par les forces de l’Etat islamique pourrait permettre à Vladimir Poutine de conforter son statut d’interlocuteur unique dans la résolution du conflit syrien. Comment ?  En usant de la lâcheté des Occidentaux et en instrumentalisant l’Etat islamique à son profit via la peur que celui-ci véhicule.

Dire que la diplomatie russe, et derrière elle Vladimir Poutine, fait preuve d’un cynisme paroxystique serait un euphémisme que d’aucuns, spécialistes ou non de la question syrienne, pourrait constater sans prendre le risque de se tromper. Mais ce cynisme, dont le régime de Bachar El Assad use et abuse, en pilonnant sans cesse, et dans l’indifférence générale, Alep est aussi lié à la reprise de Palmyre par l’Etat islamique. (voir l’article sur lemonde.fr : Syrie : l’organisation Etat islamique a repris le contrôle de Palmyre ) Une explication s’impose. Vladimir Poutine sait combien la puissance militaire et diplomatique de la Russie le protège de toute intervention armée qui pourrait être menée contre lui par les puissances occidentales, l’homme fort du Kremlin en profite donc pour agir à sa guise à Alep et ainsi conforter localement ses positions. Parallèlement, Vladimir Poutine sait combien la reprise de Palmyre par les forces de l’Etat islamique ne manquera pas de provoquer émotions et réactions dans le monde occidental, celui-ci considérant la ville antique comme un lieu de mémoire, préférant oublier au passage le martyre enduré par Alep. Aussi, une fois Alep définitivement rentré dans le giron du régime syrien par la force et le sang, les forces russes et gouvernementales syriennes, se tourneront à nouveau vers Palmyre, même si ces dernières ne l’avaient jamais réellement oubliée.

Instrument et obstacle

Pour autant, une réalité s’impose : devant l’inertie des puissances occidentales et notamment le renoncement de Barack Obama en août 2013 de ne pas intervenir en Syrie, Vladimir Poutine est devenu un acteur incontournable de la crise syrienne.  (voir l’article sur lemonde.fr :Syrie : « Les Etats-Unis ont laissé le champ libre à la Russie, devenue incontournable » ) Choisissant ses priorités comme bon lui semble, soutenant selon son bon vouloir, et dans la mesure qui lui convient, le régime syrien. A ce jour, la Russie est devenue l’arbitre du conflit, glissant avec aisance et sans le moindre scrupule sur la lâcheté occidentale et l’impasse diplomatique dans laquelle Europe et Etats-Unis se sont enlisés ainsi que sur les ambitions de Bachar El Assad. Et l’Etat islamique dans tout cela ? Annoncée agonisante, repoussée dans ses derniers retranchements, celle-ci prouve cependant qu’elle est encore suffisamment active et dangereuse pour poursuivre son combat. Mais sans le savoir, et sur le territoire syrien en tous cas, l’Etat islamique est devenue l’instrument de Vladimir Poutine. Une précision s’impose. Il est clair et évident que la puissance militaire russe aura raison de l’Etat Islamique, l’organisation terroriste aussi bien armée soit-elle ne pourra naturellement jamais rivaliser avec l’armée russe. Mais pour avoir plus encore les mains libres vis-à-vis des Occidentaux, Poutine n’hésitera pas à jouer de l’Etat islamique et de sa progression en se posant comme le seul obstacle crédible à l’organisation terroriste.

Blanc-seing

Dans un raisonnement simple et une logique quasi-machiavélique, Vladimir Poutine profite sans fard de la lâcheté occidentale pour se poser en unique recours local, l’homme ayant compris que les puissances occidentales lui accorderaient tacitement ou officiellement un blanc-seing pour se débarrasser coûte que coûte de l’Etat Islamique. Ces mêmes puissances soucieuses de préserver leurs sols de toutes nouvelles attaques terroristes, seront prêtes à tout accepter de Vladimir Poutine (la position d’allégeance de François Fillon à l’endroit de ce dernier le prouvant aisément), quitte à sacrifier Alep, voire Palmyre si la situation l’exigeait. In fine, mis au banc des accusés pour soutenir Bachar El Assad, Vladimir Poutine pourrait être devenu l’homme de la situation en syrienne, non pas en raison de talents diplomatiques extraordinaires mais parce qu’il a su exploiter avec intelligence les faiblesses occidentales vis à vis de Bachar El Assad et leurs peurs du terrorisme. C’est ce que l’on appelle du cynisme : froid, pragmatique, amoral et dénué de toutes émotions.

Coupables d’inertie

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Enfermé dans une spirale sans fin, le monde occidental se refuse encore à admettre que le Monde a changé et que les modèles d’antan sont révolus.

L’inertie dans laquelle s’enlise aujourd’hui les peuples occidentaux est révélatrice de l’incapacité et de la peur de ces mêmes peuples à générer des modèles sociétaux pérennes face à l’échec du libéralisme et du néo-keynésianisme. Et certains de se tourner vers un passé fantasmé pour construire l’avenir.

Voilà un étrange et indéfinissable sentiment qui se dégage d’Europe et d’Occident depuis quelques temps. Tout a commencé au printemps avec la montée de l’extrême droite autrichienne, puis le Brexit britannique, le mouvement s’est ensuite amplifié avec l’élection de Donald Trump, s’est accéléré avec la Primaire de la Droite et du Centre en France, pour s’achever (peut-être !) avec la démission de Matteo Renzi, le président du Conseil italien qui avait lié son destin au résultat du référendum portant sur la réforme constitutionnelle proposée par son Gouvernement. Quel point commun entre tous ces événements qui, pris individuellement, ne semblent pas avoir de lien direct ? Et pourtant à y regarder de plus près, tous témoignent de la volonté des peuples concernés de préserver un certain statu-quo fait d’inertie et d’immobilisme (comme en Italie) ou de plébisciter un vrai retour à une sorte de conservatisme social et économique qui, pour résumer, pourrait se traduire par une forme de retour en arrière politique et social. L’élection présidentielle autrichienne annulée en avril dernier et qui avait porté un candidat d’extrême droite en tête des suffrages n’était que le prémisse d’une vague de mécontentent alors jugée exceptionnelle mais qui est devenue aujourd’hui une lame de fond, voire une norme. La sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne avait confirmé ce scepticisme envers des politiques publiques intégratrices au sein d’ensemble dépassant le cadre national et ce à la faveur de mouvements souverainistes plus ou moins affirmés, le succès de François Fillon lors de la Primaire de la Droite et du Centre illustrant cette tendance. Et que dire de l’accession de Donald Trump à la présidence américaine.

Peur et échec

Mais passé ce constat, il convient de se pencher sur les raisons qui poussent certains peuples à dire non à l’évolution qui leur est proposée (mais dont ils oublient aussi qu’ils en sont aussi des acteurs), évolution qui visiblement ne les contente pas. La crise financière puis économique de 2008 (dont les effets se font encore cruellement sentir) a jeté aux yeux de la population mondiale des réalités multiples (sociales, économiques, politiques,..) ignorées jusqu’alors pour des questions de confort et de veulerie généralisée. Aujourd’hui, alors que l’Europe peine à s’extraire de ce marasme économique (hormis l’Allemagne certes mais le pays traverse d’autres crises qu’il devra résoudre aussi), beaucoup imaginent qu’un retour à une époque révolue et fantasmée de prospérité économique permettra de résoudre les maux actuels. Pourquoi pas ? Voilà une orientation politique qui se défend au regard de l’incapacité de la social-démocratie à avancer des solutions pérennes et viables. (voir l’article sur slate.fr :  Le renoncement de François Hollande ou la social-démocratie épuisée) Mais l’ancien fera-t-il mieux que le moderne ? Le libéralisme a échoué et l’extrémisme politique mort-né est incapable d’assumer les complexités sociétales. Alors se pose une nouvelle question. Pouvons-nous continuer à vivre dans la peur du lendemain que traduit ce repli ? Il faudra tôt ou tard, que les Européens et de manière plus large le monde occidental qui a très largement profité des bienfaits de la croissance mondiale, acceptent de passer au XXIème siècle. Aussi, l’impression qui se dégage aujourd’hui est-elle celle d’un ensemble de peuples qui n’a pas encore réalisé qu’il était en 2016 et non plus en 1999, que le XXIème siècle est là, et que le XXème était révolu. Bref ! Que le Monde a changé ! Est-il concevable en 2016 de raisonner comme nous le faisions en 1950 ?

Inertie globalisée

D’aucuns en riraient et railleraient cette question mais, dans le même temps, compterions nous parmi les moqueurs des individus effrayés par demain et qui tairaient leurs angoisses. La valse des gouvernements ou de dirigeants politiques pourtant établis a été interprétée comme la volonté des peuples d’en finir avec une certaine classe politique jugée inapte à résoudre les maux actuels. Là encore, l’interprétation (c’est sa faiblesse structurelle) est contestable car celles et ceux qui ont été choisis ou qui pourraient potentiellement l’être sont déjà aguerris à la joute et à la pratique politique. Il ne s’agit en rien de débutants et tous sont issus des rangs de ceux qui ont été remerciés. Aussi, assistons-nous à une forme d’inertie globalisée qui, sous couvert de modernité, recycle d’anciennes méthodes en les présentant comme modernes et efficaces. In fine, un double constat s’impose : l’échec des modèles libéraux et néo-keynésiens associé à celui d’une incapacité chronique à nous réinventer à travers de nouvelles sociétés, d’où le plébiscite accordé aux anciennes recettes car faute de mieux, d’imagination et de courage.

La victoire des chiffres ?

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Si la victoire de François Fillon est impressionnante et encourageante pour le candidat de la droite, elle doit être pondérée par une réalité comptable liée au corps électoral.

Impressionnante, la victoire de François Fillon doit être pondérée au regard de la masse totale du corps électoral et par la capacité de mobilisation de la gauche face à un programme clivant et ultra-libéral.

A l’évidence, le score réalisé par François Fillon lors du second tour de la Primaire de la droite et du centre a tourné au plébiscite. On ne le dira jamais assez mais celui que les sondages et nombre d’entre nous avaient enterré au motif d’un manque de charisme ou d’enthousiasme naturel en ont été pour leur frais. François Fillon a balayé Nicolas Sarkozy et Alain Juppé comme des fétus de paille. Que dire des autres candidats ! Pourtant, au regard de ces résultats, une question se pose : Le pays a-t-il réellement envie d’une cure, voire d’une purge libérale, comme celle que promet le vainqueur de la Primaire de droite ? Car à y regarder de plus près qui a voté pour François Fillon ? D’ardents défenseurs du libéralisme économique, des franges de la population séduites pas le côté catholique bon teint de l’ancien Premier ministre et des retraités de plus de 65 ans en mal de nostalgie. L’analyse est un peu rapide certes mais elle épouse les contours de l’électorat de ceux qui ont porté aux nues l’ancien député de la Sarthe. (voir l’article sur lemonde.fr :Primaire de la droite : où chaque candidat a-t-il obtenu son meilleur résultat au second tour ? ) Impressionnant certes mais sera-ce suffisant pour l’emporter en mai 2017 ? Rien n’est moins sûr et ce pour plusieurs raisons, d’essence idéologique et politique d’abord, comptable ensuite.

Clivage et mobilisation

François Fillon a jusqu’alors défendu un programme qualifié de très droitier et conservateur s’appuyant sur des valeurs chères à la droite traditionnelle, autant de valeurs qui sont combattues par l’électorat de gauche et ce de manière très véhémente. Première opposition politique donc : Trop clivant, trop raide, trop droit, François Fillon, au contraire d’Alain Juppé, n’offre pas de saillies sociales prononcées qui pourraient, travaillées ou amendées, offrir, a minima, une forme de garantie auprès de ceux qui sont attachés à l’Etat providence, l’homme donnant plus le sentiment de vouloir le liquider que de le protéger. Certes nombreux argueront du fait qu’il devra pondérer sa position, la « socialiser » en quelque sorte, pour, une fois arrivé à la présidence (à condition d’y parvenir) devoir s’adapter à la réalité avant d’imposer son programme. Ce clivage réel sera donc à même de mobiliser un électorat de gauche et de centre gauche (peut-être même de centre-droit) qui se serait accommodé d’une présidence Juppé, au fond plus proche d’un radical-socialisme libéralisé du point de vue économique que de la droite franchement libérale revendiquée par François Fillon. Le second point est comptable. François Fillon a mobilisé 66,5% du corps électoral qui a voté (soit précisément 2.851.487 voix sur 4.287.154 votants) pour l’ancien Premier ministre. Répétons-le : le score est impressionnant car il ne représente qu’une partie de l’électorat de droite, celui qui a accepté de participer à la Primaire et quelques sympathisants de gauche au nombre faible, marginal et difficilement calculable. Mais si le résultat est impressionnant il est aussi incomplet car le corps électoral français compte 44,6 millions d’électeurs, ce qui laisse une marge considérable pour les autres candidats notamment pour les candidats de gauche, et a fortiori, au seul candidat de gauche si celui-ci devait arriver au second tour.

Tropisme

Que faut-il comprendre alors ? Simplement que François Fillon a été élu représentant d’un parti politique sur une base électorale extrêmement étroite, tout comme le sera celui de la gauche en janvier prochain. Sous le coup du tropisme liée à la victoire écrasante de l’ancien Premier ministre, beaucoup ont oublié que les 2,8 millions d’électeurs ayant choisi François Fillon ne représentait que 6,4% du corps électoral total, ce qui au premier tour de l’élection présidentielle ne qualifierait pas l’ancien Premier ministre pour le second tour, sauf à être en présence d’une vingtaine de candidats. On comprend mieux l’attachement soudain des partis actuels à demander des primaires : éviter une malheureuse dispersion des voix au premier tour de l’élection. La route est donc encore longue pour François Fillon, car tous les Français, y compris à droite, n’adhèrent pas nécessairement à son programme, que le corps électoral peut s’exprimer de manière diffuse, sans réelle logique, que la multiplication des candidats peut être un facteur à risque et que, une fois dans l’isoloir personne ne sait quel bulletin est glissé dans l’enveloppe. (voir l’article sur lefigaro.fr : « Il est probable que François Fillon sera le prochain président de la France ») Plus que sur le plan des idées, la prochaine élection présidentielle se jouera aussi sur le plan tactique et comptable avec en filigrane la capacité à agréger le plus grand nombre d’électeurs possibles autour de points de fixation politique compréhensibles, audibles et acceptables.

Une présidence à risques

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La fragilité de la charge suprême ne serait-elle pas liée à l’inadéquation du discours politique au temps présent ?

Les Primaires de la droite et du centre, celles à venir à gauche, poussent à s’interroger sur l’extrême fragilité des locataires de l’Elysée aujourd’hui rarement assurés d’être réélus. La raison de cette fragilité ne résiderait-elle pas dans une carence qualitative du discours politique inadapté au siècle et au Monde ?

Les résultats du premier tour de la Primaire de la droite ont livré, outre un lot de surprises inattendues, bien d’autres enseignements que le temps nous invite tous à méditer. Parmi eux, la volatilité de l’électorat, la faiblesse des instituts de sondage, la défiance adressée à un ensemble de préjugés et d’idées reçus qui voyaient Alain Juppé et Nicolas Sarkozy au second tour,… Si le premier est passé à travers les mailles du filet, le second a échoué à convaincre. L’Histoire retiendra que l’ancien chef de l’Etat à dirigé le pays pendant cinq ans. Voilà tout. Là n’est pas cependant le propos. Parmi ces enseignements donc, l’un qui semble émerger pour ce placer au-dessus de la mêlée est celui du temps politique, c’est-à-dire la capacité d’un individu à capter l’attention d’un peuple dans le temps. Si bien qu’entre 2002 et 2017 (dans l’hypothèse où François Fillon soit élu président de la République mais le raisonnement tient aussi si Alain Juppé devait l’être), la France aura été dirigée par trois présidents de la République différents en quinze ans (Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande ont tous été soumis au régime du quinquennat).

Siège éjectable

Nous n’en sommes pas encore là, car François Hollande peut aussi être réélu dans l’hypothèse où celui-ci se représentait, mais force est de constater que la vie politique d’un individu prétendant à l’Elysée devient au fil des années pour le moins précaire et quelque peu risquée. Il est loin le temps des réélections quasi-automatiques comme les ont connus Charles de Gaulle et François Mitterrand, encore que en 1965, de Gaulle avait été mis en ballottage favorable par Mitterrand. Alors, certes les candidats en présence lors de cette primaire avaient des parcours politiques lourds qui leur permettaient de briguer légitimement la fonction suprême. Mais aussi suprême soit-elle, la fonction en question est devenue un siège éjectable extrêmement sensible. Cette fragilité tient-elle au quinquennat ? Peut-être mais seulement en apparence. Le quinquennat accélère la fréquence de la consultation électorale en raccourcissant la durée du mandat mais n’intervient finalement pas sur la capacité du locataire de l’Elysée à séduire au-delà d’un mandat. Répétons-le, rien ne prouve que François Hollande sera battu, rien ne prouve le contraire non plus. Et se fier aux sondages est devenu un jeu plein de surprises, pour ne pas dire hasardeux… !

Mesure du temps

L’autre raison expliquant cette volatilité présidentielle tient peut-être aussi à la faiblesse de l’offre qualitative du discours politique au regard des changements que connaît le Monde. Les hommes qui se sont succédé à l’Elysée depuis 2002 n’ont pas réellement pris la mesure du temps et cette incapacité à se fondre dans le siècle nouveau pour en épouser les formes et les contours s’est traduite dans leur discours, a fortiori dans leur action. François Fillon n’échappe pas à la règle avec un gaullisme social dépoussiéré teinté d’une grosse dose de thatcherisme assumé. Séduisant pour certains mais fruit d’une réflexion datant du XXème siècle. Il en va de même pour Alain Juppé. Rien de neuf sous le soleil sauf de vieilles recettes qui seraient administrées via une série d’ordonnances et ce pour s’affranchir de la lenteur du Parlement. Bref ! Rien qui ne convienne au siècle nouveau. Jacques Chirac, (indépendamment de son âge et d’un premier septennat) n’aurait pas été réélu en 2007 pour cinq ans, Nicolas Sarkozy en a fait les frais et François Hollande pourrait aussi en pâtir. Si bien que la question qui se pose aujourd’hui ne réside pas tant dans la personnalité à élire que dans le programme qu’elle portera. Or, y-a-t-il aujourd’hui dans le personnel politique actuel un homme ou une femme capable de générer un discours neuf, affranchi de référence à un passé révolu et impossible à reconstruire ? Et la faute ne revient pas seulement au personnel politique mais aussi à nous, électeurs, apeurés par l’inconnu (ce qui peut se comprendre) et qui par réflexe tendons à nous réfugier dans le linceul d’une prospérité fantasmée dont on nous promet le retour. « De l’audace ! encore de l’audace, toujours de l’audace » disait Danton. Mais n’est pas Danton qui veut ! En même temps, il a fini sur l’échafaud…Ce qui, on l’imagine, donne à réfléchir à son avenir politique car la guillotine aujourd’hui, ce sont les urnes.

Trump et ses fantasmes

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Qui a élu Donald Trump ? Un électorat en quête d’un passé fantasmé où cohabitaient prospérité économique et bien-être social.

L’élection de Donald Trump a surpris autant qu’elle a bouleversé la perception que le Monde avait des Etats-Unis et de son peuple. Mais derrière cet homme au langage outrancier et tapageur suit un électorat en quête d’un passé fantasmé et révolu.

Voilà quelques semaines, sur ce même blog, était titré un article intitulé Les Américains adorent se faire peur ! Cet écrit, que l’actualité a démenti, et ô combien, tentait d’expliquer que finalement, malgré toutes les outrances auxquelles le candidat à la Maison Blanche s’était livré, Donald Trump ne pourrait jamais accéder au bureau ovale. C’était alors occulter le fait que l’homme avait progressivement séduit une majorité d’électeurs américains. Et l’article en question concluait sur le fait que le milliardaire new-yorkais ne parviendrait pas à s’imposer face à Hillary Clinton. Force est de constater que l’article et son auteur, se sont trompés, d’aucuns diraient « trumpés » dans un jeu de mots facile. Passée la surprise de l’élection, vient désormais le temps de la compréhension. Pourquoi cet homme, milliardaire tapageur, vedette de la télé-réalité, marié si souvent que la vie d’un homme classique n’y suffirait pas, a fini par s’imposer ? Beaucoup, et à raison, ont évoqué les profondes divisions de l’Amérique, celle d’une classe sociale fracturée avec d’un côté des élites cultivées et éduquées de tendance démocrates, de l’autre des hommes et des femmes bousculés par la crise économique, au faible bagage scolaire ou universitaire et qui ne trouvent pas dans l’Amérique d’aujourd’hui les réponses attendues, comprenez celles que le rêve américain est censé leur apporter et de tendance républicaine. Qu’est ce qui a donc pu pousser les Américains à élire, et de manière nette, cet homme ? L’explication politique ne suffit pas car y compris des démocrates ayant porté Barack Obama au pouvoir ont voté pour Trump. L’Histoire (encore elle) nous éclaire. Ainsi, l’élection de 2016 ressemble un peu à celle de 1980, celle où Jimmy Carter, homme probe (il était pasteur et démocrate) et cultivé avait cédé sous les coups de boutoir républicain de Ronald Reagan. La culture contre l’apparence, la douceur du welfare state contre la violence du self-made-man, cure libérale à la clef.

Cow-boy moderne

Certes la présidence de Ronald Reagan ne se résume pas une série télévisée pailletée des années quatre-vingt, constellée de millionnaires indifférents au sort du Monde, loin s’en faut. Mais en 2016, l’impression que les Américains ont voulu élire un cow-boy moderne reste prégnante, un J.R Ewing du XXIème siècle sans Stetson et sans Sue Ellen ! Mais au-delà des artifices et de l’ironie domine surtout le sentiment que l’électorat de Donald Trump court après la réalité fantasmée d’une grandeur économique et d’un bien-être social passés et révolus. Et l’homme le sait tant et si bien qu’il appelle les anti-trump à ne pas avoir peur, à se rallier à lui pour former une unité sociale, réelle ou de façade, qui lui permettrait à terme d’édulcorer son discours au nom d’une gouvernance pour tous et ainsi éviter de décevoir un électorat remonté comme une pendule contre le Monde entier. (Voir article sur lemonde.fr : Ce qu’il faut retenir de la première interview du président Trump) Contrairement à ce que pensent une grande majorité des Américains ou certains européens tentés par le populisme, la prospérité économique est derrière eux et nous. Elle appartient à l’Histoire. Promettre son retour est un pari risqué qui occulte les bouleversements du Monde depuis près d’une trentaine d’années.

Solutions dépassées

L’électorat de Trump refuserait-il la réalité ? D’aucuns l’affirmeront, d’autres avanceront que non mais que pour s’affranchir des affres et des avatars que cette réalité abrite, ce même électorat fait appel à des solutions dépassées qui ont conduit le Monde dans l’état dans lequel il est aujourd’hui. Ce manque de perspective historique qui traduit clairement une ignorance et une indifférence pour les événements extérieurs voire internes aux Etats-Unis, explique en partie l’élection de Donald Trump. En partie seulement car l’Histoire n’est pas le fruit d’une seule et unique explication, fut-elle séduisante (donc facile). Mais Trump en a eu cure. Il a usé et abusé de ce vide abyssal qu’est l’ignorance elle-même fruit de divers facteurs sociaux qui de France et d’Europe nous échappent mais qui peuvent, par certains aspects, être communs aux deux continents. Désormais, Donald Trump est président des Etats-Unis, président d’une nation qui se réveille sous les regards inquiets. Seul l’avenir dira si l’élection de Donald Trump est un accident de l’Histoire ou, au contraire la première marche vers une autre civilisation car cette question ne pourra pas éternellement être renvoyée aux calendes grecques.