Vendée Globe, l’antidote

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Aventure humaine et sportive hors norme, le Vendée Globe est aussi une forme de placebo à la morosité ambiante.

Course à la voile devenue mythique, le Vendée Globe porte en lui le parfum d’aventures d’extrêmes capables à elles seules de lutter contre la morosité ambiante au point d’en devenir, l’espace de quelques semaines, un placebo aux maux qui nous accablent.

Certes, il y a encore la conquête spatiale qui n’a pas fini de nous faire rêver avec le projet d’expéditions martiennes ou l’exploration de l’immensité sidérale. Mais tout cela, aussi passionnant que cela puisse être, n’est pas à portée de main, voire totalement concevable au contraire du Vendée Globe, qui lui, peut apparaître aujourd’hui comme la dernière véritable aventure humaine. Pendant près de deux mois et demi, (voire plus pour celui qui arrivera le dernier), les vingt-neuf marins ayant pris le départ vont affronter parmi les éléments les plus exigeants que la Terre recèle : le vent et la mer. Pour certains, il s’agit d’un pari insensé qui n’a même pas de raison d’être. Mais pour d’autres, c’est un moment magique, de ceux où les hommes, privilégiés à bord de leur navire, se retrouvent face à la mer et face à eux-mêmes, pris dans le fracas de la nature sauvage et indomptée. Il y a dans le Vendée Globe du Jack London, un parfum d’aventure que l’on croyait suranné et perdu mais qui revient tous les quatre ans.

Ecuries richissimes

Rares, répétons-le, sont encore ces aventures humaines où l’individu ne peut compter que sur lui et son bateau, qui au fil des jours et des semaines devient son ami et son allié au point que l’un et l’autre ne font plus qu’un. Ici pas d’assistance. Seule une liaison satellite (c’est déjà beaucoup) mais face aux lames des mers du sud, et en l’état elle ne servira peut-être pas à grand chose. Le Vendée Globe, c’est peut-être aussi et encore le dernier espace de solidarité sportive et humaine, très prégnant dans le monde maritime, mais dont il serait aisé de s’inspirer. Car lorsque chavire un navire et l’homme qui le barre, celui qui s’en trouve le plus proche n’hésitera pas à se dérouter pour lui apporter secours et assistance. Le Vendée Globe n’est pas le Dakar où écuries richissimes s’affrontent pour le prestige d’une victoire en rallye-raid, ces mêmes écuries ayant depuis bien longtemps ostracisé des concurrents amateurs en mal d’émotions mais qui donnaient à la course un certain piment, un côté pittoresque et humain. Certes les navires qui sont partis dimanche 6 novembre des Sables d’Olonnes ne sont pas des coques de noix achetées sur un site spécialisé mais l’aventure qui les attend et les hommes qui les barrent savent pertinemment que la mer se fiche des millions investis.

Paquets de mer

Si les éléments le décident, qu’il soit premier ou dernier, le navigateur que la mer aura choisi de punir (ils sont généralement plusieurs) pour l’avoir bravée, paiera le prix fort. « Darwinien ! » s’écrieront certains. N’exagérons rien, il n’y a a guère de Théorie de l’Evolution dans cette affaire mais seulement le courage d’hommes (et pas de femmes pour cette édition 2016) prêts à se prendre de vrais paquets de mer dans la figure pour la passion de la course à la voile dans un univers déchaîné et fascinant. Pendant trois mois, loin de la furie du monde, les concurrents affronteront les éléments dans une bataille aux accents bibliques. N’hésitons pas le dire : il y a quelque chose de grand dans cette aventure. Mais pas une grandeur pétrie de vanité, une grandeur faite d’humilité face aux éléments. Et alors que d’autres bravent le fanatisme de Daech aux portes de Mossoul et de Rakka, il serait facile de se gausser avec mépris de ces navigateurs partis faire le tour du Monde, caprices d’enfants gâtés, insouciants du monde qui les entoure. Certes. Mais leur capacité, par leurs exploits humains, n’est-il pas un antidote, au mieux un placebo, aux maux qui nous accablent tous.

Boudu et le temps

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En prenant le temps de se déclarer ou pas candidat, le Président de la République use la patience de ses adversaires comme aimait à le faire François Mitterrand.

Le silence de François Hollande irrite détracteurs et adversaires politiques. Et il est à se demander si le Chef de l’Etat n’utilise pas le mutisme comme allié. Laissant ainsi exhaler de la situation un parfum mitterrandien…

Il est fort à parier que les mois prochains seront pour le moins difficiles pour François Hollande. Vilipendé par la droite qui l’accuse d’avoir sali la fonction présidentielle, par la gauche qui l’accuse de trahison, voilà que même le fidèle parmi les fidèles, à savoir Manuel Valls, tendrait à se désolidariser du chef de l’Etat. Et à ce jour, la question à se poser est de savoir pourquoi le Chef de l’Etat est devenu la cible de tous, le bouc émissaire d’une classe politique elle-même entourée d’un halo de suspicion croissant ? Certains avanceront des tombereaux de réponses, pertinentes ou pas, légitimes ou pas. En réalité, là n’est pas le problème. Pourquoi ? Car l’on assiste depuis quelques semaines désormais à une accélération du temps politique, celui où les invectives pleuvent et où les critiques s’abattent comme la grêle un soir d’orage. Habituellement, pareil déluge débute à quelques semaines du premier tour. Et encore ! Il n’est le fait que du camp opposé à tel ou tel prétendant. Mais là, chose étrange car jamais vue jusqu’alors, le déluge en question est aussi le fait du camp politique du président.

Curée et héritage

Mais, répétons-le, pourquoi tant d’acharnement ? La réponse est peut-être simplement dans la position et l’attitude de l’intéressé sur lequel tout semble glisser comme l’eau sur les ailes d’un canard. Flegmatique et impassible, François Hollande écoute, voit et regarde s’agiter opposants et détracteurs, tous agacés par une seule chose : son silence. Sera-t-il ou ou non candidat ? Même à droite la question taraude et finalement inquiète au point de déclencher des seaux de critiques (parfois à la limite de l’acceptable). Pis ! A gauche, elle tétanise. Que va-t-il faire et que compte-t-il faire ? Les sondages mettent le Président en présence d’une réalité sociale inédite, son propre camp le pousse vers la sortie avec l’espoir, naturellement, de prendre sa place, à défaut d’ouvrir une guerre des chef où l’inventaire de l’héritage hollandais tournerait à la curée. Lui ne dit rien et en cela irrite plus qu’il ne déçoit, revêtant ainsi les habits de l’un de ses modèles, François Mitterrand. Celui resté dans l’Histoire pour, entre autre, nombre de maximes dont la célèbre : « Il faut laisser le temps au temps », semble avoir déteint sur François Hollande qui le prend et s’en délecte.

Jouer la montre

Deux raisons peuvent l’expliquer. La première : sachant que tout est perdu et que toute candidature sera violemment sanctionnée, François Hollande savoure à sa façon ses derniers mois à l’Elysée en agissant comme bon lui semble, en distribuant bons points ou piques acerbes sans se soucier du lendemain, et pour cause. Deuxième raison : il reprend à son compte la tactique gagnante de François Mitterrand en 1988 qui avait alors lancé une campagne éclair de trois mois fatale à Jacques Chirac. Certes la situation économique d’alors était radicalement différente de celle qui prévaut à ce jour mais l’actuel locataire de l’Elysée peut aussi vouloir jouer la montre, attendant de se présenter in extremis avec les meilleures conditions économiques et sociales possibles. Le pari est risqué mais il se tient et s’autorise en plus de s’affranchir des résultats de la primaire de droite. La nervosité, qui gagne la scène politique pourrait, in fine s’avérer un allié précieux pour François Hollande poussant adversaires et détracteurs à se perdre dans une somme de spéculations par nature hasardeuses. A défaut de bilan, le temps peut aujourd’hui offrir au Président une chance de se sauver des eaux…Tel Boudu…

Calais, répétition grandeur nature

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Le démantèlement de la jungle de Calais ne peut occulter l’accroissement des inégalités à l’échelle mondiale, moteurs d’exode.

S’il répond à un impératif sanitaire et social, le démantèlement de la jungle de Calais ne peut occulter la réalité de flux migratoires dictés par la dégradation globale des conditions de vie des migrants sur leur sol d’origine. Et la question d’essence migratoire de devenir humanitaire. Explications.

La jungle de Calais est enfin démantelée. Il était temps car entre conditions d’insalubrité plus que discutables, voire extrêmes et proprement intolérables, tensions sociales exacerbées et surenchère médiatique, le point de crispation était largement atteint. Pourtant, il serait illusoire de croire que le démantèlement du camp et le placement des migrants dans des centres d’accueil, qui répondront à toutes les exigences de la dignité humaine à laquelle chacun d’eux à droit, résolvent la question migratoire en tant que telle, ou plus précisément ses multiples avatars. La jungle de Calais, il faut s’en convaincre et le comprendre aujourd’hui, faute d’aller de Charybde en Scylla dans les années à venir, n’était que la partie immergée d’un iceberg de taille planétaire. (voir article sur lemonde.fr : La « jungle » de Calais, image du futur ? ) Pourquoi ? Parce que la question migratoire n’en est qu’à ses prémisses (bien avancés pour certains) et que les décennies qui s’annoncent seront ponctuées par de puissantes vagues migratoires mues par diverses raisons d’ordre politique, économique et climatique.

Frontières et espace de survie

Politiques d’abord. Car devant l’instabilité chronique du Moyen-Orient, les soubresauts politiques de l’Afrique subsaharienne et de l’Afrique de l’Est, nombre de populations chercheront pour des raisons de survie compréhensibles à quitter les pays qui les ont vus naître mais qui sont incapables de leur offrir les conditions d’une existence paisible. Economiques ensuite. Les dérèglements de l’économie mondiale traduits par l’intégration des économies nationales au sein d’ensemble mondialisés alliés à la croissance démographique de certains continents (l’Afrique comptera 600 millions d’habitants de plus en 2030) entraîneront un creusement des inégalités socio-économiques au détriments des pays les plus pauvres et à la faveur des plus riches. Climatiques enfin. L’augmentation de la température moyenne du globe, la multiplication des épisodes secs ou des intempéries aux conséquences violentes (pluies diluviennes, inondations, submersions,…) l’épuisement des sols et plus largement les altérations d’ampleur mondiale du climat favoriseront à leur tour des vagues migratoires du Sud vers le Nord. Il est donc inutile de dresser de nouvelles frontières ou de renforcer l’arsenal législatif contre ces populations chassées de leurs terres d’origine pour de multiples raisons et qui in fine ne cherchent qu’un espace de survie. Pour mémoire, le limes romain, cette frontière qui séparait le monde et l’empire romain a cédé sous la pression des peuples dits barbares. Non pas en un jour mais au fil des décennies et des siècles, l’Empire a progressivement assimilés ces peuples non-romains. Aussi, pour ne pas être animé d’un sentiment de rejet borné, qui plus est teinté de xénophobie primaire à l’endroit de ces nouveaux migrants, autant, d’abord se référer à l’Histoire, ensuite accepter le fait que ces vagues migratoires sont devenues inéluctables et qu’elles ont toujours ponctué l’histoire des hommes.

Nier ou accepter

Certes, nombreux argueront que l’Europe est en première ligne. Certes. Mais ils serait difficile, à tout le moins compliqué, de déplacer les continents pour éviter d’être touché par telle ou telle vague migratoire. Est-ce à dire que la jungle de Calais était un avant goût de ce qui nous attend dans les années à venir ? Oui si nous nions le problème en refusant de nous y préparer. Non si nous acceptons l’idée que l’Histoire dépasse notre condition de contemporain et que les migrations font entièrement partie de celle-ci. L’Union européenne, enlisée dans son inertie, peine depuis des années à régler cette question. On peut certes lui en tenir rigueur mais seulement dans certaines limites car la dite question dépasse ses compétences et ses moyens. La problématique est aujourd’hui de dimension planétaire, abandonnant son statut de question migratoire et politique pour endosser celui de problème humanitaire global. Les capacités de résistance et d’adaptation à ce nouveau défi seront au cœur des mutations que l’union devra engager. Mais elle ne sera pas la seule. D’autres pays seront à leur tour concernés : la Chine sera un jour amenée à gérer les flux migratoires océaniens, l’Amérique du Nord, déjà confrontée à la question migratoire sud-américaine ne pourra pas éternellement se réfugier derrière ses frontières. Il s’agira alors d’affronter une nouvelle fois, un des multiples avatars de l’histoire de l’humanité, de ceux qui ont fait le Monde et construit de nouvelles civilisations.

Un président trop bavard ?

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Les confidences du Chef de l’Etat ont provoqué de multiples réactions. Mais ne travaillent-elles pas à une attente de transparence croissante sur l’exercice du pouvoir ?

La publication de l’ouvrage confidence de François Hollande a suscité un torrent de réactions stigmatisant l’imprudence du Chef de l’Etat. Mais en s’exprimant ainsi, le Président ne participe-t-il pas à une transparence salutaire réclamée par les Français sur l’exercice du pouvoir et ceux qui y gravitent ?

Un président ne devrait pas dire ça. Tel est le titre du livre de confidences publié par Fabrice Lhomme et Gérard Davet, tous deux journalistes au Monde, et qui couchent sur papier les propos du Président de la République après que ce celui-ci se soit ouvert à eux durant quatre ans de mandat (voir article sur tempsreel.nouvelobs.com : « Un président ne devrait pas dire ça » : ce qu’il faut retenir des confidences de Hollande ). Au sortir de cet ouvrage, exaspération à gauche et tonnerre de critiques à droite. D’aucuns jugeraient ces réactions somme toute normales : François Hollande étant au plus bas dans les sondages, l’on ne perçoit pas vraiment l’utilité d’un tel recueil à gauche ; à droite on voit là l’occasion de porter de nouvelles attaques contre l’ennemi politique déclaré. Répétons-le, rien d’extraordinaire à cela. Mais retournons un instant le problème, histoire de ne pas être enfermé dans un tropisme exclusif où seul régnerait la critique. Donc si un président ne doit pas ainsi se livrer en raison des réactions qui en découlent, voire des risques potentiels qu’il fait courir à la nation, que doit-il dire ? La question a tout son sens à l’heure où nombre de Français réclament clarté et transparence sur l’exercice du pouvoir. Certes l’ouvrage en question apparaît pour le Président comme un exercice de communication astucieusement préparé au regard de la conjoncture (chose qui n’aura échappé à personne) mais au moins le dit ouvrage a-t-il le mérite de travailler, partiellement certes, à cette transparence tant demandée par les Français.

Secrets et malentendus

Combien les prédécesseurs de François Hollande n’ont-ils pas été brocardés, critiqués, voire vilipendés en raison d’une pratique trop obscure du pouvoir, d’une propension à cultiver le secret ? Loin d’être une séance de psychanalyse couchée sur le papier, l’ouvrage est aussi et surtout le moyen pour le Chef de l’Etat d’expliquer les malentendus qui ont pu émailler son quinquennat. Faut-il y voir une manière habile mais un peu trop visible de se dédouaner de certaines responsabilités et d’erreurs mal assumées ? Chacun apportera la question que bon lui semble à cette question. Mais ouvrir les portes de l’Elysée, s’exprimer avec simplicité sur les rapports politiques, humains, personnels qui jalonnent la vie de l’exécutif n’est pas nécessairement une mauvaise option. Que n’a-t-on pas reproché à François Mitterrand tant de son vivant que post-mortem d’avoir caché l’existence de sa fille Mazarine ? Il s’agissait pourtant là d’une affaire strictement privée. Mais un Président de la République a-t-il le droit d’avoir des secrets comme n’importe quel quidam ? Oui certainement. Mais un Chef de l’Etat a-t-il encore le droit de s’appartenir ? La réponse est plus complexe car elle renvoie l’individu à sa place dans l’Etat et les responsabilités qui sont les siennes. François Mitterrand avait choisi de taire et cacher l’existence de sa fille. Décision et choix personnels qui lui avaient été reprochés non pas tant pour l’objet du silence mais plus pour avoir contribué à alimenter le mystère plein de méfiance qui entoure le pouvoir et ceux qui y gravitent. A l’inverse François Hollande a choisi de s’exprimer en levant le voile sur les questions jusqu’alors sans réponses qui auraient pu nourrir torrents de fantasmes et halo de suspicion. Est-ce réellement condamnable ?

Rumeur, plans et complots

Pourtant, il existe encore, et très certainement, des tombereaux de secrets qui appartiennent à l’histoire du pouvoir. Naturellement, et par définition, un secret reste l’apanage d’un groupe extrêmement réduit de personnes. Mais non dévoilé, il fait aussi place à la rumeur qui alimente elle-même cette idée protéiforme que le pouvoir s’apparente à une forme de lieu marginal où se trament et s’ourdissent plans et complots diaboliques. Après tout, en livrant ces confidences, le Président de la République brise à sa façon un tabou et un silence plus destructeur que l’on ne peut l’imaginer en travaillant à une sorte de proximité propre à monsieur tout-le-monde. Celui qui s’était présenté comme normal en 2012 montre finalement qu’il l’est : Que certains, tels qu’Emmanuel Macron jugent cette normalité déstabilisante pour les Français (voir l’article sur lejdd.fr : Ce qu’il faut retenir de l’interview d’Emmanuel Macron à Challenges) est un argument politique dont chacun appréciera la pertinence mais force est de constater que, à l’image de nombre de Français, le Président de la République s’interroge, se questionne, se trompe, regrette, s’entête, s’emporte, s’égare…Bref ! Comme tout un chacun. Et en cela, il n’en est que plus normal car in fine, il n’est qu’un homme. Comme le furent et le sont ces prédécesseurs : faillibles.

L’homme qui tomberait à pic

fh3Si le chef de l’Etat ne s’est pas encore exprimé sur sa candidature en vue du scrutin présidentiel, imaginer un renoncement de François Hollande n’est pas exclu. Mais un tel scénario ne serait-il pas chez le Président actuel un calcul politique à long terme ?

Et si François Hollande ne se présentait pas à la Primaire socialiste ? Certains le lui conseillent d’ailleurs telle Marie-Noëlle Lienemann (voir article sur lepoint.fr: la candidate PS Marie-Noëlle Lienemann déconseille à François Hollande de se présenter) Coup de tonnerre dans le landernau politique qui s’en remettrait certes mais qui créerait un précédent. François Hollande deviendrait alors le seul président sous la Vème République à renoncer à briguer un second mandat, restant par la même dans l’Histoire à ce titre. Mais avant de feuilleter les pages qui lui seront un jour consacrées dans les manuels scolaires, interrogeons-nous sur les conséquences de cette non candidature. Sonné le Parti socialiste enverrait le vainqueur de la Primaire en découdre. Hamon, Montebourg, Valls,… Les prétendants ne manquent pas à défaut de programmes présidentiels crédibles et, qui plus est, divergents sur bien des points. Donc, le vainqueur de la consultation interne partirait ferrailler contre le vainqueur de la Primaire des Républicains et contre Marine le Pen. La partie ne serait en rien aisée et relèverait presque, au regard de l’état actuel de l’opinion, du sacrifice, voire d’un départ pour l’abattoir. Passons sur les résultats de l’élection présidentielle en tant que telle car si déjà le candidat socialiste devait être présent au second tour, un demi-miracle se serait alors réalisé. Point de mauvais esprit dans ces lignes mais un simple constat de fait : Parti socialiste, Gouvernement et Président de la République sont si déconsidérés que batailler en finale contre le représentant des Républicains ou Marine Le Pen serait assimilé à un exploit qui laisserait, de fait, la porte ouverte à toutes les hypothèses.

Renoncement et aura

Et François Hollande dans tout cela ? Que deviendrait l’homme qui a enflammé le Bourget en janvier 2012 pour damer le pion quelques mois plus tard à Nicolas Sarkozy. Retraite heureuse en Corrèze, strapontin au Conseil constitutionnel, ou plus improbable, travailler à la reconstruction du Parti socialiste, ou comme le fit Nicolas Sarkozy, d’un parti qui lui serait totalement affidé ? L’idée n’est pas si saugrenue que cela car en politique comme ailleurs, l’on est jamais bien aussi servi que par soi même. Alors à renoncer en 2017, pourquoi renoncer en 2022, a fortiori si la gauche est exclue des affaires. En créant son propre parti, François Hollande pourrait s’affranchir de toute consultation interne, chose qui faciliterait ô combien la désignation du candidat. L’Histoire écrira ou non cette page de la gauche française même si la probabilité d’un tel scénario reste faible. Mais renoncer aujourd’hui c’est aussi le moyen de laisser à son successeur les problèmes en cours ou à venir et surtout laisser à l’opinion le temps de comprendre combien les réformes de son quinquennat ont eu des conséquences au long cours. Combien la social-démocratie avait besoin de temps pour s’insinuer dans l’esprit des Français et devenir le référentiel de fonctionnement politique du pays. Pari risqué et osé mais l’homme sait comme un culbuto, se tenir debout en dépit des aléas. Chancelant certes mais debout ! Car là encore, en cinq ans nombreux sont les rebondissements et les événements susceptibles d’animer la vie politique. Qui, il y a encore de cela deux ans, voire un an seulement, aurait parié voir Alain Juppé, baron déchu de la Chiraquie et rangé sur l’armoire du Ministère des Affaires étrangères sous l’ère Sarkozy devenir un redoutable prétendant à la charge suprême ? Rares sont ceux aujourd’hui à avouer que le maire de Bordeaux avait encore des chances…Hypocrisie bon teint. Basse mais explicable à l’heure où va commencer la distribution officieuse des postes et des charges. Bref ! Au regard de ce scénario qui tient à ce jour de la fiction, François Hollande reviendrait alors en 2022 auréolé d’une aura de visionnaire, de héros magnanime pour le peuple qui l’avait décrié cinq ans auparavant. Car c’est bien connu, les génies sont toujours les incompris de leurs contemporains. Sauf que, hélas, les génies sont parfois compris après leur disparition ou emportés par le flot tumultueux d’affaires politico-financières aussi obscures que cruelles….Mais nous n’en sommes pas là. Pas encore…

ONU : L’impossible changement ?

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Contrainte par ses principes fondateurs, l’ONU est aussi freinée par le Conseil de sécurité où s’affrontent les intérêts particuliers des cinq pays membres.

Si le conflit syrien démontre une fois encore les limites de l’Organisation des Nations unies, celui-ci ne doit pas interdire de lancer une vraie réflexion sur le rôle de l’ONU et sur la réforme du Conseil de sécurité, vecteur d’enlisement et d’inertie.

Devant les bombardements russes et syriens qui n’ont de cesse de ravager la ville d’Alep, l’Organisation des Nations Unies (ONU) a réuni le 25 septembre dernier son Conseil de sécurité afin de demander l’arrêt des opérations militaires en cours (voir article sur lemonde.fr : Syrie : Alep sous les bombes, le Conseil de sécurité de l’ONU se réunit  ). Indignation de pure forme quant on sait combien les résolutions ou les admonestations de l’assemblée internationale ne sont respectées que lorsque les parties à qui elles s’adressent y trouvent un intérêt. Voilà des années, voire des décennies, que observateurs, diplomates, politologues, experts en relations internationales et autres organisations non gouvernementales plaident pour une refondation de l’ONU, refondation qui changerait non seulement les objectifs et les moyens de l’assemblée, mais aussi son rôle fondamental. Certes changer serait une évolution bénéfique pour une institution d’apparence monolithique et quelque peu enlisée dans des concepts qu’elle même a du mal à défendre aujourd’hui. Changer donc ! Oui ! Mais pour quoi ? Pour quelle forme et quels nouveaux objectifs ? Contrainte par la notion de non ingérence, l’ONU est paralysée par les textes qui la régissent et la fondent. Les Casques bleus, illustration de cette force armée impuissante, privée du droit d’intervenir militairement, sont devenus, sinon la risée du monde entier, du moins des cibles faciles pour belligérants en manque de cartons. Certes, et à raison, d’aucuns objecteront, que l’ONU est en mesure de faire appel à des armées nationales pour agir en son nom, que des résultats probants ont marqué son histoire mais force est de constater qu’elle n’a pas su éviter ou canaliser les conflits les plus meurtriers.

Privilèges et droit international

Fondée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour en éviter une troisième déflagration armée, l’ONU est finalement devenue un club de nations vivant à crédit sur les vestiges de leurs passés glorieux respectifs sans jamais penser à combler leur passif. (voir article sur lefigaro.fr : À quoi sert encore l’ONU ?) Comment ? En remplaçant des privilèges diplomatiques excessifs au regard de leur poids sur la scène internationale, privilèges ayant tendu à restreindre la portée du droit international sur lequel est basée l’Organisation. A l’arrivée, l’institution s’enlise dans l’inertie coupable d’un verbiage inutile sans jamais s’interroger (ou alors bien discrètement) sur son devenir ou son essence actuelle. Et à ce jour, il serait terriblement compliqué de réformer l’ONU tant les nations qui la composent sont soucieuses de préserver leurs intérêts particuliers au mépris de pays ravagés par la guerre et qui attendent (mais attendent-ils encore vraiment ?) de l’institution une forme, à défaut une esquisse, d’action concrète. Il est devenu tellement improbable et complexe de réformer l’ONU que l’on a fini par s’habituer à ce qu’elle est : une sorte de ministère des Affaires étrangères mondial où se croisent les diplomates internationaux pour digresser des malheurs de la Terre. Passionnant certes pour tout politologue mais largement insuffisant pour une institution censée réguler et tuer dans l’oeuf les poussées belliqueuses du Monde. Que faudrait-il alors pour rendre l’ONU efficace, crédible à tous le moins ? La première des choses serait peut-être, à défaut de froisser définitivement les anciennes puissances coloniales que sont la France et la Grande Bretagne, de supprimer le droit de veto. «Impensable ! » s’écrieraient tous les diplomates des nations concernées. Et pourtant, le supprimer faciliterait ô combien le rôle de l’ONU en général, et en particulier, celui des Casques bleus et de l’ensemble des offices et autres organisations qui y sont liées.

Grandeurs nationales obsolètes

Outre cet aspect, l’ONU deviendrait un véritable acteur diplomatique défait de freins aujourd’hui ancestraux attachés à des grandeurs nationales devenues obsolètes voire fantasmatiques. Second point, donner aux Casques bleus une vraie autonomie militaire, un pouvoir d’intervention voté en assemblée naturellement mais qui serait désormais libéré d’un rôle passif qui prêtait à sourire. Censée assurer la paix dans le Monde grâce à un dialogue permanent des pays y siégeant, l’ONU s’est vite transformée en une réunion privée de cinq grandes puissances (considérées comme tel en tous cas pour la France et la Grande-Bretagne) qui décidaient selon leur bon vouloir de telle ou telle intervention, se réfugiant derrière le sacro-saint droit de veto si leur image ou leur intérêt étaient menacés. Les exemples ne manquent pas… Dernier point et non des moindres, à la frontières du droit et de la philosophie, repenser le droit d’ingérence non plus comme un obstacle à l’intervention de l’ONU ou d’un pays désigné en son nom mais comme un passeport à la sauvegarde de l’intérêt général et de la protection des populations. Le concept, multiple et complexe pourrait être étudié en ce sens et ce au plus vite. Aujourd’hui pourtant, malgré les limites criantes de son action, l’ONU reste la seule structure mondiale dédiée au maintien de la paix. Preuve que son existence n’est pas vaine mais que son mode de fonctionnement doit être amélioré. Vite car en Syrie et ailleurs, pleuvent les bombes…

Mourir pour renaître au XXIème siècle

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Quelque soit le résultat de l’élection présidentielle, le Parti socialiste devra entamer une remise en question de ses objectifs et de son mode de fonctionnement.

Contraint de se présenter uni lors de l’élection présidentielle, le Parti socialiste tente de réconcilier les frères ennemis. Entre coups de poker et coups tactiques, le parti sait aussi qu’une remise en question de ses objectifs et de ses formes est désormais vitale. Pour enfin épouser le XXIème.

Les arrangements entre François Hollande et Martine Aubry sont-ils en mesure de permettre à la gauche, vraisemblablement au président de la République de remporter l’élection présidentielle ?  (Voir l’article sur huffingtonpost.fr : Pourquoi Martine Aubry n’a (toujours) pas lâché François Hollande) Seul l’avenir le dira. Et encore, rien ne dit qu’en cas de victoire les alliances passées seront à l’origine d’un succès qui s’annonce difficile. Ce qui est sûr en revanche, c’est que ces arrangements nourrissent l’idée, entre autres, chère au Front national, que la politique n’est que le fruit de compromis faciles, d’alliances de circonstances et de rapprochements de façades à pure visée électoraliste. Le Parti socialiste n’avait pas besoin de ce type de commentaires qui finiront bien par être tenus, à moins qu’il ne l’aient déjà été, le parti d’extrême droite ne reculant devant rien pour séduire un électorat fragile et prompt aux raccourcis idéologiques. Pour autant, ce rapprochement, s’il devait réussir (comprenez se traduire par la victoire de la gauche) revêt tous les atours d’une mauvaise nouvelle. Pourquoi ? Créé en 1971 au Congrès d’Epinay pour permettre à François Mitterrand de remporter un scrutin présidentiel, le Parti socialiste a vécu et survécu, a connu bien des vicissitudes qui en auraient emporté d’autres sans jamais imploser ou exploser, s’imposant au fil des années comme un pilier de la vie politique française.

Crise fatale

Mais aujourd’hui alors que le Monde a fondamentalement changé de logiciel de fonctionnement, a rangé aux rangs des souvenirs nombre de références jugées archaïques, le Parti Socialiste résiste. A-t-il raison ? Et surtout combien de temps y parviendra-t-il ? En cas de défaite en 2017, il est certain que le PS traversera une crise qui lui sera fatale. En cas de victoire, le Parti devra accepter une complète transformation au risque d’échouer à nouveau à conquérir un électorat demandeur d’un progrès social adapté au XXIème siècle. Renvoyer à plus tard toute remise en question suivie de fait serait là aussi fatale. L’enthousiasme de la victoire ne peut faire office d’arbre qui cache la forêt et tout immobilisme, présenté comme légitime au regard de potentiels résultats positifs, serait interprété, étrange paradoxe, comme une fuite en avant. L’archaïsme et la lourdeur, dont peut être parfois accusé ce parti, représentent aujourd’hui une terrible menace à sa survie mais il est n’est pas le seul. Longtemps conçu comme une machine à gagner (comme nombre de partis politiques) le PS est passé (à l’instar de nombreux autres partis) à côté du tournant du XXIème siècle, à savoir le débat et la démocratie numérique. Car c’est aussi aujourd’hui sur le net, et précisément les réseaux sociaux, que se joue l’avenir politique, que se forge l’opinion et les opinions au XXIème siècle! Plus et pas seulement dans les sections désertées par des militants en manque de projets ou d’idées qui, lorsqu’elles émergent, finissent par être vampirisées par un bureau national tétanisé par les enjeux électoraux. La description pourrait s’appliquer à l’ensemble des partis qui ont très mal cerné dans leur majorité la notion de démocratie participative à laquelle les réseaux sociaux contribuent aussi.

Viabilité

Certes toutes les formations politiques sont présentes sur le net, disposent de sites et de relais, mais la toile est immense et incontrôlable et aucun parti, fut-il des plus organisés, n’est en mesure de dominer cet environnement mouvant et virtuel. Passé cet avatar numérique, reste une réalité et une question : Le PS est-il encore viable dans sa forme actuelle ? Et s’il ne l’est pas, vers quoi tendre et aller ? Un parti de gauche unique, version parti démocrate à l’italienne (voir notre article : S’il ne doit en rester qu’un?). D’aucuns ont en horreur cette idée, d’autres la caressent. Accepter une victoire à tous prix est-il une solution pérenne, intellectuellement honnête ? Le rapprochement Aubry-Hollande interroge et peut désarçonner jusque dans les rangs même du PS tant les divergences entre les deux sont lourdes. Mais devant le risque de la défaite, l’unité prévaut, factice et artificielle certes, mais prime sur les intérêts et les ambitions autres que celles du candidat désigné. « C’est le jeu ma pov’ Lucette ! » comme l’affirmait une publicité télévisée voilà quelques années. D’une manière générale, les partis politiques souffrent en raison avant tout d’un cruel manque de légitimité et de représentativité, d’un manque de transparence dans leur fonctionnement idéologique. Le Parti socialiste n’échappe pas à la règle mais étant aux affaires aujourd’hui, les regards et les projecteurs se tournent plus facilement sur lui. C’est la règle. Mais elle ne peut pas empêcher, elle ne doit pas entraver une remise en question nécessaire, voire vitale. Alors, dans ces conditions, le rapprochement entre Hollande et Aubry est-il un vrai coup tactique politique ou une tentative désespérée pour sauver les meubles d’une histoire passée ? Le temps le dira.

Et s’il ne doit en rester qu’un….?

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Honni par nombre de candidats de gauche, François Hollande pourrait finalement se poser comme le seul recours face à la droite. Un autre art de la synthèse…

A gauche, si nombre de prétendants à l’élection présidentielle font acte de candidature en réaction à François Hollande, tous savent que cette rébellion s’éteindra dans la nécessaire union de la gauche dès le premier tour. La menace venue de l’extrême droite et les difficultés liées à un risque d’éparpillement des voix renverraient à des responsabilités lourdes à assumer.

Embouteillage à gauche ! Devant le nombre de prétendants, d’aucuns se féliciteraient de la vitalité du débat intellectuel. Pourtant, cette débauche de candidats, tous remontés comme des pendules contre François Hollande, qu’ils ont servi et qui sont aussi, à des degrés différents, comptables du quinquennat qui s’achève, n’est pas en mesure aujourd’hui d’inquiéter le locataire de l’Elysée dont la candidature semble chaque jour qui passe de plus en plus évidente. Pourquoi donc ces candidats, brillants et bavards, perspicaces et sagaces pour certains, très politiques pour d’autres, ne sont-ils pas en mesure de gêner François Hollande. L’explication se trouve, et Christiane Taubira l’a très bien compris (voir l’article sur le huffingtonpost.fr : Christiane Taubira: « Je n’ai pas les compétences pour guérir les gens du Figaro » ), de l’autre côté de l’échiquier politique. La menace, réelle, que fait peser l’extrême droite sur le scrutin pousse la gauche à se présenter en ordre de marche : comprenez unie et le petit doigt sur la couture ! Et encore ! Cette attitude ne garantit en rien la présence de la gauche au second de l’élection en question. Pain béni pour François Hollande qui voit donc, de fait et par obligation politique et stratégique, passer à la trappe de vrais concurrents dont il pouvait vraiment se méfier.

Panache et enfants gâtés

Emmanuel Macron, qui n’est pas socialiste certes, mais qui s’inscrit dans une mouvance plus progressiste que conservatrice pourrait attirer à lui les partisans d’une social-démocratie plus avancée et plus affirmée ; Arnaud Montebourg, caution de gauche, séducteur des déçus du hollandisme post-discours du Bourget présente toutes les caractéristiques d’un excellent candidat : tribun, politique, idéologue, sincère et généreux. Benoît Hamon, certes un peu vert pour la déflagration électorale que représente l’élection présidentielle, joue le rôle que Martine Aubry avait endossé en 2011 ; Jean-Luc Mélenchon, redoutable et agressif est sans doute celui dont François Hollande doit le plus se méfier mais l’homme est otage de ses qualités ; quant à Cécile Duflot, le panache de sa candidature cache la vacuité d’un programme politique à l’image des écologistes : brouillon voire velléitaire. Ainsi, ces candidats apparaissent-ils in fine comme des enfants gâtés du hollandisme (hormis Jean-Luc Mélenchon) et de la gauche de Gouvernement, tous ambitionnant de faire payer à François Hollande ses erreurs sans en avoir les moyens. Et beaucoup d’imaginer que leur possible candidature respective sera portée par un élan romantico-politique qui feraient d’eux des acteurs incontournables du scrutin à venir. Or, et François Hollande le sait, tous se rallieront derrière le candidat désigné, et tant qu’à faire, doit-il penser dans son bureau élyséen, « autant que ce soit moi ! ». Et les candidats rebelles qui s’agitent à ce jour de le savoir aussi, de comprendre que leurs atermoiements sont voués à l’échec sauf si l’un d’entre eux devait remporter la primaire qui semble s’éloigner et se fondre dans un avenir plus qu’incertain. (voir article sur lemonde.fr : A gauche, tous voudraient renverser la table, mais aucun n’a la main)

Courage politique

Comment imaginer un candidat issu de la dite primaire en concurrence avec François Hollande si celui-ci venait à se déclarer officiellement ? Car lequel de ces candidats sera prêt à assumer un éparpillement des voix de gauche au premier tour, éparpillement qui condamnerait toute présence d’un candidat de gauche au second tour ? La question mérite d’être posée et les réponses des intéressés en diraient aussi très long sur leur courage politique. Car si tel devait être le cas, la gauche en général et le Parti socialiste en particulier imploseraient, obligeant les anciens caciques et les militants déboussolés à reconstruire une alternative crédible et cohérente avec son temps. Reconstruire donc ? Mais quoi ? Un autre Parti socialiste, un parti social-démocrate ou un parti démocrate à l’italienne qui irait de Jean-Luc Mélenchon à François Hollande ? Pourquoi pas ? L’idée, dont la pertinence reste à étudier et à mesurer, ouvrirait la voix à de larges coalitions, moins dogmatiques et plus malléables qu’actuellement. Certes exposées à des renversements inopportuns (encore que l’intérêt politique de la chose reste à prouver) elles stabiliseraient l’espace politique dans lequel évolue la gauche sans en nier les nuances mais en rassemblant toutes les composantes autour d’un objectif commun, clair et identifié qui en finirait avec des accointances et des porosités non-dites et mal assumées. Mais ça…c’est une autre histoire… !

Freud et l’avis de tempête

Freud et l'avis de tempête
Mauvais temps politique ! La démission d’Emmanuel Macron a bousculé l’agenda de l’Elysée mais inquiète aussi la droite.

Le vent de panique provoqué par la démission d’Emmanuel Macron renvoie droite et gauche dans des dilemmes à trancher au plus tôt. Mais pour l’Elysée, elle bouscule l’agenda et atteste d’une forme d’incapacité à mesurer les conséquences d’une politique mal assumée.

Emmanuel Macron aurait-il tué le père ? Passé du statut de conseiller privilégié à celui de ministre de l’Economie, l’homme s’est affranchi de François Hollande qui en avait fait son disciple au point de l’imaginer prendre sa suite en 2022. Mais la romance a tourné court et le prodige de la politique, ministre à 37 ans a décidé de voler de ses propres ailes. Il est vrai que les signes avant-coureurs n’ont eu de cesse de se multiplier : lancement en avril de son mouvement En marche, déclarations iconoclastes, tensions visibles en pleine séance au Parlement avec le Premier ministre…Bonjour l’ambiance ! La situation d’Emmanuel Macron devenait de plus en plus intenable et à vrai dire, non seulement il le savait mais il cultivait cette ambiguïté qui naturellement lui servait et le poussait inéluctablement vers la sortie du Gouvernement. Pourtant, si cette sortie arrange l’intéressé désormais libre de toute entrave mais qui ne l’exonère pas cependant de trouver, et dans les meilleurs délais, des soutiens lourds et puissants, elle a aussi pour effet d’accélérer le calendrier de François Hollande. Lui qui avait décidé de ne s’exprimer qu’en fin d’année va certainement devoir donner rapidement quelques signes sur ces intentions.

Piège et fumée blanche

Concrètement, quelle que soit sa décision, il faudra avant la fin de l’année laisser échapper quelques fumerolles blanches pour au moins donner une indication, sinon claire, du moins assimilable à une tendance. En démissionnant de son poste, Emmanuel Macron a considérablement perturbé l’agenda de François Hollande. Politiquement, la liberté d’Emmanuel Macron est un vrai handicap car l’homme peut attirer à lui centre-gauche et centre-droit, rallier à lui des sociaux-démocrates convaincus mais pas par le style de François Hollande désormais pris au piège. Car ce dernier, s’il décide de se présenter devra séduire et convaincre à nouveau l’aile gauche du Parti socialiste, militants et sympathisants compris. Exercice ô combien difficile tant le fossé, voire la rupture entre les deux camps est consommée et profonde. Si Emmanuel Macron peut, en cas de candidature, compter sur l’électorat centriste et social démocrate, François Hollande aura plus de mal à agréger le dit électorat. Entouré d’un halo de méfiance voire de défiance à gauche, piégé par Emmanuel Macron, le président de la République a vu s’envoler avec la démission de son ministre sa caution sociale-démocrate, celle-là même qui aurait pu le renvoyer à l’Elysée. Manque de lucidité, excès de prudence, mauvaise appréciation des capacités de nuisance d’un individu à qui l’on passait beaucoup et qui se retourne sans la moindre gratitude contre le père politique ? Autant de questions que se pose invariablement aujourd’hui François Hollande qui doit regretter non pas son virage social-démocrate mais son incapacité à l’avoir ouvertement assumée. Au final, Emmanuel Macron incarne à lui seul ce virage que le Président de la République a opéré ne comprenant pas qu’il serait à terme débordé et dépassé par un changement de politique pour laquelle il n’a pas été élu. L’art de la synthèse qui a longtemps marqué le style de François Hollande semble ici trouver ses propres limites. Elu par un peuple de gauche soucieux de progrès social et par un profond anti-sarkozysme, François Hollande a cru pouvoir jouer sur les deux tableaux en se posant comme un incontournable chef d’orchestre. (voir article sur lemonde.fr :  Emmanuel Macron : « ll y a aujourd’hui une gauche du réel et une gauche statutaire»)

A fond de train

Si les frondeurs sont parfois apparus comme turbulents, François Hollande donnait cependant le sentiment de tenir le cap d’une sociale-démocratie qui avançait à pas feutrés (certes de moins en moins mais pas assez clairement pour Emmanuel Macron!). Malheureusement pour lui, Emmanuel Macron, chantre de l’exercice, a décidé de la faire courir ! Et à fond de train ! Laissant sur place un François Hollande abasourdi tant et si bien que le premier problème du locataire de l’Elysée n’est plus le candidat de la droite (Juppé, Sarkozy, Lemaire, Fillon,…) mais son ancien ministre. Car il va être périlleux d’attaquer Emmanuel Macron. Pourquoi ? L’attaquer c’est quelque par vilipender la sociale-démocratie incarnée par Emmanuel Macron mais voulue par François Hollande. Cornélien ! « Politique ! » diront d’autres. Certainement. Mais il est certain que si François Hollande risque de souffrir de la liberté de d’Emmanuel Macron, d’autres, et notamment à droite pourraient s’en mordre les doigts. D’Alain Juppé à Nicolas Sarkozy, le dynamiteur Macron pourrait provoquer de gros dégâts. Car là encore, lorsque que le jeune homme était ministre, il était malgré tout sous contrôle et tenu à une parole et une ligne gouvernementale qui certes lui déplaisaient (la preuve aujourd’hui), mais dont il était aussi comptable. A ce jour, son pouvoir d’attraction est tel, croissant en tous cas, que les prétendants de droite doivent s’en inquiéter. Deux options se posent à ces derniers : La course à la social-démocratie version libérale ou la course à la surenchère populiste prompte à séduire l’électorat frontiste. Ne pas choisir en optant pour les deux correspondrait à la tentation qui anime aujourd’hui François Hollande : courir simultanément  après l’électorat de gauche et celui du centre. Ainsi, et quelque soit la décision d’Emmanuel Macron, l’homme a, par sa décision, provoqué un vent de panique sur l’échiquier politique. Reste à savoir qui ce vent emportera ?

Ciel ! Mon burkini !

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Fin XIXème et début XXème, les costumes de bains cachaient l’essentiel du corps et de la tête des baigneuses. Qui y voyait une dérive intégriste ou une symbolique politique ?

Si la polémique concernant le port burkini a animé l’été, elle a aussi porté au nu la question de la tolérance et de l’acceptation de la différence, notions battues en brèche par un discours identitaire instrumentalisant une pratique marginale et dénuée de toute portée politique.

Les vacances son finies. Il est désormais temps de ranger serviettes et lunettes de soleil et accessoirement bikini et…burkini. Ah le burkini ! La polémique de l’été autour de laquelle se sont écharpés maires et députés, jusqu’au plus haut sommet de l’Etat, où contradictions et recadrages, parfois secs, ont animé la période estivale. Pour beaucoup néanmoins, et ils sont nombreux, cette polémique s’est vite avérée aussi vaine que stérile, inutile que sans intérêt. A tort ou à raison, les Français se sont plus ou moins détournés de ce qui n’apparaissait pas comme une priorité. Et au regard de la situation économique du pays, on peut penser qu’ils n’avaient pas fondamentalement tord. Pour autant, le burkini a posé (ou reposé) les bases d’un débat articulé autour d’un des principes cardinaux de toute démocratie qui est celui de la tolérance et du droit que chacun a de disposer de son corps à sa guise. Les deux notions sont ici intrinsèquement liées et l’oublier reviendrait à sombrer dans une forme de dogmatisme, par essence aveugle et amnésique. Prenons pour illustrer le propos un exemple opposé.

Délit et exhibitionnisme

Le burkini est donc un maillot de bain permettant à une femme de confession musulmane de profiter des joies des bains de mers sans exposer son corps à la vue de tous. C’est sont choix et son droit, il est dicté par ses convictions, religieuses ou pas, et que l’on soit choqué ou non, il relève d’un libre arbitre dont chacun peut jouir à sa convenance et qui ne porte, en l’espèce, aucune atteinte physique particulière à ceux qui l’entourent. Qui irait reprocher, à l’inverse, à une femme de profiter des joies de la plage en ne portant pas de haut de maillot de bain ? Rares sont ceux qui jusqu’alors ont crié au scandale, à l’atteinte aux bonnes mœurs ou autre délit d’exhibitionnisme ? Quel maire de commune littorale oserait prendre un arrêté municipal pour verbaliser toute femme profitant de la plage la poitrine dénudée ou portant un string ? Pourtant la loi (article 222.32 du Code pénal) punit toute exhibition sexuelle (voir article sur madame.lefigaro.fr : A-t-on le droit de se balader seins nus ?) mais reste finalement assez floue en ne désignant pas les parties du corps susceptibles d’être concernées. A l’arrivée, il n’y a rien d’illégal. Pousser des cris d’orfraies horrifiées parce qu’une femme se baigne en burkini relève de l’intolérance bornée sous couvert d’une prétendue islamisation de la société ou de certaines de ses composantes. A l’inverse toujours, les femmes musulmanes qui fréquentent, vêtues d’un burkini, les plages françaises, crient-elles à leur tour au crime de bonne mœurs devants des femmes vêtues de bikinis ou pratiquant le mono-kini ? Peut-être que ces pratiques les choquent ou pas d’ailleurs. Mais celles qui en sont choquées gardent pour elles leurs positions au nom d’un principe simple : toute femme en démocratie dispose de son corps comme bon lui semble. Lorsqu’au fin XIXème et début XXème, les bains de mer commencèrent à se multiplier et que se jetaient à l’eau des baigneurs habillés de la tête au pied, qui criait à l’intégrisme ou se révélait choqué de telle pratique ? Et aujourd’hui nous regardons ces images d’antan avec un sourire amusé.

L’Islam, un problème pour certains

Etre heurté par le port du burkini ne peut être le terreau, le moteur ou même le principe d’une loi anti-burkini. Cela reviendrait à nier le principe de liberté individuelle au nom d’une bien-pensance facile pétrie d’ordre moral et de dérives identitaires qui cache en vérité un problème plus profond de tolérance et d’acceptation de la différence. Une démocratie comme celle qui prévaut en France, où se disputent au sein du débat citoyen et politique, des idées diverses sur la notion de liberté individuelle et d’atteintes aux libertés au sens large ne peut et n’a pas à perdre de temps dans des querelles de cet ordre. Islamiser le burkini, au sens politique du terme, n’a aucun sens si ce n’est celui ne pas avouer ouvertement que certains d’entre nous ont un problème avec l’Islam. Soyons honnête un instant. Qu’est ce qui pose problème : L’Islam ou ceux qui par calcul politique ou électoral ou plus simplement par ignorance et bêtise instrumentalisent la parole et le message du Coran ? La réponse est peut-être dans la question. Dire que le port du burkini est une atteinte à la laïcité et donc incompatible avec les lois de la République témoigne surtout d’une vraie méconnaissance du concept de laïcité en tant que tel. Un léger rappel s’impose : la laïcité est une conception et une organisation de la société fondée sur la séparation de l’Église et de l’État et qui exclut les Églises de l’exercice de tout pouvoir politique ou administratif, et, en particulier, de l’organisation de l’enseignement. Mais si désormais la polémique s’éteint comme se vident les plages, polémique étouffée par l’arrêt du Conseil d’Etat, la question de la tolérance et de l’acceptation de la différence, même si cette dernière est motivée par des raisons d’essence religieuse, reste entière. Et l’instrumentaliser dans un quelconque débat sur l’identité revient à se tromper de débat et de priorité. Mais l’été s’achève. Espérons que l’automne soit plus ouvert.