Billard chinois

Le conflit américano-iranien pourrait faire émerger la Chine comme médiateur à même de contenter toutes les parties. Dans un jeu de billard à trois bandes, Pékin s’impose comme un soutien à l’Iran en poussant cette dernière à négocier avec les Etats-Unis tout en se rapprochant de la Russie, pétrole oblige. Explications.

Discrète et silencieuse depuis le début du conflit opposant l’Iran aux Etats-Unis et à Israël, la Chine pourrait bien être la solution à l’impasse diplomatique qui semble se dessiner après plus d’un mois de guerre. Plusieurs raisons expliquent le rôle clef que pourrait jouer Pékin. La première, d’ordre pratique pour l’économie chinoise, est sa dépendance au pétrole iranien actuellement entravé par le blocus des ports iraniens et la fermeture, partielle à tout le moins, du détroit d’Ormuz concurrencé dans sa soudaine célébrité par celui d’Aden. Cette dépendance à l’or noir perse (la Chine importe 90 % du pétrole iranien) est susceptible de pousser Pékin à accepter, du moins négocier, les termes d’un traité de paix équilibré avec les Etats-Unis.

Médiateur privilégié

La Chine, en intercédant de manière indirecte en faveur des Etats-Unis, s’attirerait ainsi les bonnes grâces d’une président américain dont l’aura et l’image palissent au fur et à mesure que le conflit s’enlise. Autre raison qui ferait de la Chine un médiateur privilégié : ses rapports avec la Russie de Vladimir Poutine dont les cuves regorgent de pétrole depuis la mise en place de sanctions, certes allégées par les Etats-Unis depuis quelques jours, suite à son invasion partielle de l’Ukraine en février 2022. Dans un jeu de billard à trois bandes où les Etats-Unis, la Chine et la Russie jouent tour à tour leurs atouts, l’Empire du Milieu semble néanmoins le mieux placé pour rafler la mise en profitant du pétrole russe, faisant ainsi tomber sa dépendance à l’or noir iranien tout en atténuant sa propre crise énergétique. Dans le même temps, elle permet à la Russie de revenir dans le jeu diplomatique, au grand dam des Ukrainiens, qui par son pétrole abondant ferait chuter les cours du brut si celui-ci devait inonder le marché mondial. Quant aux Etats-Unis, ayant déjà allégés les sanctions sur le pétrole et le gaz russes, ils ont anticipé la montée en puissance de la Chine, comprenant que la question iranienne ne serait pas réglée aussi rapidement qu’espéré.

Iran instrumentalisé

Loin du conflit mais finalement si proche, Pékin, en deuxième puissance économique mondiale, sait faire valoir ses intérêts non par le chaos mais par la négociation et une forme de sagesse toute confucianiste. L’Iran, pourtant, première concernée par les évènements, se retrouveraient dès lors instrumentalisée par Pékin, peu soucieuse du sort de la population iranienne (il suffit pour s’en convaincre de s’attarder sur le sort que réserve Pékin à la communauté Ouighours), mais seulement intéressée par son pétrole quand les Etats-Unis, aussi motivés par l’or noir iranien, laisse l’avenir de l’Iran aux Iraniens, inspirés en cela par l’expérience irakienne il y a plus de vingt ans démontrant que la démocratie ne peut s’exporter. Et en embuscade, la Russie, longtemps ostracisée, retrouve à la faveur des évènements une place parmi les grands qu’elle pouvait penser perdue, au moins temporairement. Et le peuple iranien dans tout cela ? Il semble que cela ne soit plus la priorité ni des Etats-Unis, ni de Pékin. Pétrole oblige.

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