Alep ou le cimetière des Droits de l’Homme

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Malgré l’envoi d’une mission d’observation, l’ONU semble avoir agi trop tard devant me drame humanitaire vécu par la population d’Alep

La mission d’observation envoyée par l’ONU à Alep révèle l’impuissance de l’institution internationale à endiguer le drame humanitaire qui se noue dans la cité syrienne alors que s’échappe un sentiment de lâcheté inavoué qui plombe une communauté internationale incapable de toute solidarité.

Alors que Berlin pleure légitimement les victimes de l’attentat qui a endeuillé la capitale allemande le 19 décembre, Alep continue d’enterrer les siennes. Point de cynisme dans ce propos mais le constant d’une simple réalité. Mais ce serait trop vite oublier aussi que le Conseil de Sécurité de l’Organisation des Nations unies, a, le même jour, ironie du sort, décidé d’envoyer une mission d’observation sur les conditions d’évacuation et de protection des populations civiles. (voir l’article sur lemonde.fr : Alep : le Conseil de sécurité de l’ONU vote à l’unanimité l’envoi d’observateurs ) L’intention est louable, maigre mais louable. Pourtant, aussi bien intentionnée soit-elle, cette même mission, qui donne le sentiment de vouloir cacher l’inertie coupable de l’ONU dans le conflit syrien et de certains de ces membres (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne), ne parviendra pas à occulter la lâcheté de ces mêmes pays qui ont abandonné Alep et les rebelles syriens aux mains du régime de Bachar El Assad et de son affidé russe. Ainsi, avec cette mission, sommes-nous passés de la honte au pathétique. Quel mélange ! Quelle gloire ! Soyons francs un instant : A quoi va donc servir cette mission d’observation après des mois et des mois de guerre ? Après qu’Alep a été rasée ? Que des centaines de victimes civiles ont été la cible de bombardements aveugles et meurtriers ? A quoi donc ? Peut-être à vérifier que la ville ne tient plus debout ? Que la mort et la désolation rôdent dans chacune de ces rues ?

Honneur perdu

Par cette mission aux allures presque grotesques si elle ne s’inscrivait pas dans un cadre dramatique, la communauté internationale appréhende avec la justesse qui sied à l’événement toutes les limites de l’action de l’ONU et de ses membres. Et comble du cynisme, le représentant de la Russie au Conseil de Sécurité, a voté la résolution ! N’hésitons pas à le penser à défaut (soyons magnanimes…!) d’en avoir la preuve formelle : le conflit syrien a poussé le monde occidental dans ses derniers retranchements moraux en mettant à nu son hypocrisie et sa lâcheté. A Alep, l’ONU et la communauté internationale ont perdu leur honneur. D’un point de vue plus hexagonal, la France, toujours prompte à dispenser au Monde des leçons sentencieuses et empreintes de condescendance sur les Droits de l’Homme, s’est elle aussi enlisée dans la faiblesse de l’inaction coupable. « Mais nous n’allions pas faire seuls la guerre à Bachar El Assad et à son allié russe ?! » s’écrieraient d’aucuns y compris au plus haut sommet de l’Etat. Certes. Mais la France qui se veut un grand pays, à l’histoire porteuse de valeurs universelles fruits de la Révolution française, a failli en prouvant qu’elle n’était in fine qu’une puissance de second rang, finalement peu écoutée et juste capable de suivre les ordres donnés par les Etats-Unis ou de se taire devant la Russie de Vladimir Poutine. Il ne serait pas juste de renvoyer la responsabilité de l’enlisement du conflit syrien sur la seule France. Naturellement, Etats-Unis et Grande-Bretagne et plus largement le monde occidental ont leur part de responsabilité.

Faiblesses révélées

Mais n’aurait-il pas été plus honnête de déclarer lors de l’éclatement de la guerre civile syrienne, au lieu de pousser aujourd’hui des cris d’orfraies, que le conflit en question restait une affaire syro-syrienne et que jamais les puissances occidentales ne s’amuseraient à aller déstabiliser plus encore une région déjà fragile au risque, qui plus est, de heurter le géant russe (très surestimé cependant) ? Honnête ? Oui ! Peu glorieux certes mais au moins cette non-intervention aurait-elle été un temps soit peu assumée. La situation action actuelle n’est jamais révélatrice que des faiblesses patentes d’ordre moral, politique, économique, stratégique et militaire. Autant de faiblesses qu’aucune de ces nations n’est prête à assumer et à reconnaître, chose que Vladimir Poutine a très bien compris d’ailleurs pour en faire sont lit. Paul Morand, dans New-York (1929), biographie éponyme de la ville américaine, eut ce mot prémonitoire : « Les nations occidentales vivent sur le crédit de leur grandeur passée ». Certes le mot d’alors n’incluait pas les Etats-Unis mais il n’en reste pas moins porteur de sens. La crise syrienne l’aura ô combien démontré, révélant avec un cynisme froid l’inertie des nations concernées, la médiocrité des institutions internationales censées régenter les excès constatés et emportée avec elle les espoirs de solidarité internationale au profit d’un égoïsme généralisé, voire codifié. Triste époque…!

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