Une présidence à risques

siege-ejectable
La fragilité de la charge suprême ne serait-elle pas liée à l’inadéquation du discours politique au temps présent ?

Les Primaires de la droite et du centre, celles à venir à gauche, poussent à s’interroger sur l’extrême fragilité des locataires de l’Elysée aujourd’hui rarement assurés d’être réélus. La raison de cette fragilité ne résiderait-elle pas dans une carence qualitative du discours politique inadapté au siècle et au Monde ?

Les résultats du premier tour de la Primaire de la droite ont livré, outre un lot de surprises inattendues, bien d’autres enseignements que le temps nous invite tous à méditer. Parmi eux, la volatilité de l’électorat, la faiblesse des instituts de sondage, la défiance adressée à un ensemble de préjugés et d’idées reçus qui voyaient Alain Juppé et Nicolas Sarkozy au second tour,… Si le premier est passé à travers les mailles du filet, le second a échoué à convaincre. L’Histoire retiendra que l’ancien chef de l’Etat à dirigé le pays pendant cinq ans. Voilà tout. Là n’est pas cependant le propos. Parmi ces enseignements donc, l’un qui semble émerger pour ce placer au-dessus de la mêlée est celui du temps politique, c’est-à-dire la capacité d’un individu à capter l’attention d’un peuple dans le temps. Si bien qu’entre 2002 et 2017 (dans l’hypothèse où François Fillon soit élu président de la République mais le raisonnement tient aussi si Alain Juppé devait l’être), la France aura été dirigée par trois présidents de la République différents en quinze ans (Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande ont tous été soumis au régime du quinquennat).

Siège éjectable

Nous n’en sommes pas encore là, car François Hollande peut aussi être réélu dans l’hypothèse où celui-ci se représentait, mais force est de constater que la vie politique d’un individu prétendant à l’Elysée devient au fil des années pour le moins précaire et quelque peu risquée. Il est loin le temps des réélections quasi-automatiques comme les ont connus Charles de Gaulle et François Mitterrand, encore que en 1965, de Gaulle avait été mis en ballottage favorable par Mitterrand. Alors, certes les candidats en présence lors de cette primaire avaient des parcours politiques lourds qui leur permettaient de briguer légitimement la fonction suprême. Mais aussi suprême soit-elle, la fonction en question est devenue un siège éjectable extrêmement sensible. Cette fragilité tient-elle au quinquennat ? Peut-être mais seulement en apparence. Le quinquennat accélère la fréquence de la consultation électorale en raccourcissant la durée du mandat mais n’intervient finalement pas sur la capacité du locataire de l’Elysée à séduire au-delà d’un mandat. Répétons-le, rien ne prouve que François Hollande sera battu, rien ne prouve le contraire non plus. Et se fier aux sondages est devenu un jeu plein de surprises, pour ne pas dire hasardeux… !

Mesure du temps

L’autre raison expliquant cette volatilité présidentielle tient peut-être aussi à la faiblesse de l’offre qualitative du discours politique au regard des changements que connaît le Monde. Les hommes qui se sont succédé à l’Elysée depuis 2002 n’ont pas réellement pris la mesure du temps et cette incapacité à se fondre dans le siècle nouveau pour en épouser les formes et les contours s’est traduite dans leur discours, a fortiori dans leur action. François Fillon n’échappe pas à la règle avec un gaullisme social dépoussiéré teinté d’une grosse dose de thatcherisme assumé. Séduisant pour certains mais fruit d’une réflexion datant du XXème siècle. Il en va de même pour Alain Juppé. Rien de neuf sous le soleil sauf de vieilles recettes qui seraient administrées via une série d’ordonnances et ce pour s’affranchir de la lenteur du Parlement. Bref ! Rien qui ne convienne au siècle nouveau. Jacques Chirac, (indépendamment de son âge et d’un premier septennat) n’aurait pas été réélu en 2007 pour cinq ans, Nicolas Sarkozy en a fait les frais et François Hollande pourrait aussi en pâtir. Si bien que la question qui se pose aujourd’hui ne réside pas tant dans la personnalité à élire que dans le programme qu’elle portera. Or, y-a-t-il aujourd’hui dans le personnel politique actuel un homme ou une femme capable de générer un discours neuf, affranchi de référence à un passé révolu et impossible à reconstruire ? Et la faute ne revient pas seulement au personnel politique mais aussi à nous, électeurs, apeurés par l’inconnu (ce qui peut se comprendre) et qui par réflexe tendons à nous réfugier dans le linceul d’une prospérité fantasmée dont on nous promet le retour. « De l’audace ! encore de l’audace, toujours de l’audace » disait Danton. Mais n’est pas Danton qui veut ! En même temps, il a fini sur l’échafaud…Ce qui, on l’imagine, donne à réfléchir à son avenir politique car la guillotine aujourd’hui, ce sont les urnes.

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