Réinventer l’Humanité

Aube
Les changements climatiques à venir pousseront nécessairement l’Humanité à créer et à inventer de nouveaux mode de vie, de pensée et de fonctionnement. Mais lesquels ? Crédit photo : Pixnio.com – Libre de droits

Si le changement climatique présente aujourd’hui des aspects visibles et évidents, les bouleversements qu’il engendrera dans les décennies à venir pousseront l’Humanité à se réinventer. Explications.

Les catastrophes naturelles qui ravagent actuellement les Caraïbes et le Golfe du Mexique confirment, à tous le moins une évolution du climat tendant non pas à modifier la fréquence des ouragans ou des tornades mais plutôt leur violence intrinsèque, au pire un réel changement du climat en question et ce à l’échelle mondiale. (Lire l’article sur lachainemeteo.com :  Climat : Les ouragans sont-ils plus nombreux à cause du réchauffement ?) n’est nul besoin de rappeler les dévastatrices coulées de boues qui ont frappé en août dernier la Sierra Leone (lire article sur liberation.fr : La Sierra Leone enterre ses morts après des coulées de boue dévastatrices ), coulées qui s’ajoutent à la liste des fléaux naturels passés. Pour autant, ce constat effectué et acquis, la question qui se pose à ce jour est donc de savoir si l’Humanité est prête aux changements qui ne s’amorcent plus pour la simple et bonne raison qu’ils sont déjà là. Certains argueront que le Monde est prêt. D’autres avanceront le contraire. Au vu des derniers événements, il semble que ce sont les seconds qui ont raison. Mais là encore se pose la question de savoir ce que signifie être prêt ? S’il s’agit de prévoir matériellement une catastrophe en stockant denrées et médicaments, en préparant les infra-structures à subir de lourdes intempéries ou en alertant les populations que les cieux vont se déchaîner alors, soyons honnêtes, il est excessif d’évoquer une quelconque préparation. Tout au plus s’agit-il d’un ensemble de de précautions certes louable mais qui ne peut s’inscrire dans la durée.

Bouleversements culturels et économiques

Préparer l’Humanité aux changements climatiques appelle d’autres obligations que les pouvoirs publics, légitimés par les peuples qu’ils dirigent, vont devoir amorcer au plus vite et de manière extrêmement large. Car l’augmentation globale des températures, la montée des eaux de mers liée à la fonte des glaces et glaciers, la multiplication des catastrophes du type Irma ou Harvey vont tous et entre autres demander des efforts considérables d’adaptation tant au niveau politique, économique que culturel. La remise en question à laquelle l’Humanité est aujourd’hui confrontée est gigantesque, la nier relevait de l’aveuglement. A titre d’exemple, et d’un point de vue économique, esclaves du pétrole et des dérivés que nous sommes, l’industrie automobile devra nécessairement bouleverser ses chaînes de production pour ne produire à terme (la durée est à déterminer) que des véhicules électriques ou autre mais en tous cas qui ne seront plus propulsés via une énergie fossile. L’entreprise BMW a d’ailleurs annoncé qu’elle s’y préparait dès à présent (Lire l’article sur lusinenouvelle.com : BMW revoit son modèle de production pour sa i3 électrique) Politiquement, il est probable que l’Humanité soit obligée de faire le deuil des grands affrontements idéologiques qui ont nourri son Histoire pour ne se consacrer qu’à la préservation de l’intérêt général qui se muera rapidement en intérêt écologique. Mais c’est certainement d’un point de vue culturel que la révolution idéologique sera la plus profonde. Comment en effet, changer des siècles, voire deux millénaires d’habitudes.

Nouvelle histoire

Concrètement, qui imagine aujourd’hui abandonner sa voiture pour, dans l’hypothèse de trajets courts, opter pour le vélo ou un transport en commun (écologique naturellement!) ? Qui s’imagine abandonner de porter des vêtements en fibre synthétiques parce que conçus à base d’énergie fossile ? Il existe pléthore d’exemples à même d’engendrer les changements culturels auxquels nous serons fatalement confrontés. Alimentation, santé, médecine, déplacements, logements…La liste est longue et non-exhaustive tant l’Humanité a collectionné et collectionne encore rites et habitudes dont elle croit ne pouvoir se passer. Et pourtant, il faudra bien sortir la tête du sable ! Et c’est ce qui sera certainement le plus difficile à accepter. Les différents peuples qui ont habité les multiples régions du monde, qui y on fait souche pour développer des cultures propres adaptées à l’environnement qui a longtemps été le leur devront désormais accepter l’idée que leur propre histoire n’est en rien finie ou bornée par leur univers proche. Au contraire, le changement climatique et les changements géographiques induits vont pousser l’Humanité à s’interroger sur ces actes, à se responsabiliser en créant de nouveaux mode de vie. Bref ! A se réinventer une nouvelle Histoire.

L’impossible dilemme

Dilemme
Quelle que soit la décision prise par Donald Trump, celui-ci sortira toujours perdant. L’humiliation par le silence et l’inaction ; La responsabilité du chaos de la guerre par une intervention armée. Crédit photo : Pixabay.com

Les provocations nord coréennes poussent Donald Trump dans ses derniers retranchements au point de révéler le vrai caractère du locataire de la Maison Blanche et la véritable teneur de son mandat. In fine, le président américain sortira toujours perdant de cette crise diplomatique. Explications.

Si la probabilité pour que la crise nord-coréenne débouche sur un conflit armé reste faible, et ce en dépit des événements qui pourraient laisser penser, voire augurer, le contraire, celle-ci a au moins le mérite de révéler, en partie du moins, la vraie nature de Donald Trump. Arrivé à la Maison Blanche, auréolé de son franc-parler et de sa prétendue capacité à rendre à l’Amérique sa grandeur passée et révolue (Make America great again !), il apparaît pourtant aujourd’hui que Kim Jong Un, le dictateur trentenaire de Pyong Yang soit parvenu à acculer et à déstabiliser le président américain dans ses derniers retranchements en lui lançant cyniquement : « Chiche ! » (Lire l’article sur lepoint.fr : Donald Trump face au révélateur nord-coréen) . Certes, à ce jour, l’option militaire pour mettre fin aux provocations de Kim Jong Un est clairement posée sur la table comme une alternative possible. Mais possible seulement. Et c’est toute la question, Donald Trump franchira-t-il le cap ? Osera-t-il lancer contre la Corée du Nord une attaque militaire, conventionnelle ou non, en assumant de fait et par conséquence les retombées diplomatiques, politiques et géostratégiques qui en découleraient ?

Silence ou action

Le dilemme auquel est confronté Donald Trump est par essence cornélien. Concrètement, soit il laisse Kim Jong Un poursuivre ses essais, tout en agitant le spectre d’une intervention précédée d’une résolution de l’Organisation des Nations Unies, ensemble qui équivaudrait à faire volte-face ; soit le président américain, motivé par diverses raisons qui tiennent tant de la nécessité politique et internationale que de l’ego et de l’orgueil blessés, engage un conflit avec l’une des dernières dictatures communistes du Monde avec des conséquences dantesques. Cornélien problème donc : le silence de la soumission ou l’action aux effets encore mal définies. Car en multipliant les essais balistiques et nucléaires, Pyong Yang est parvenu à tenir la dragée haute, voire à humilier la communauté internationale en la renvoyant à ses contradictions tout en prouvant les limites, si besoin était, de l’ONU. A ce jour, il est évident que Kim Jong Un ait cure des protestations internationales et américaines se moquant avec ironie des sanctions actuelles ou à venir. Preuve en est : il multiplie les provocations sans que quiconque n’agisse physiquement. (Lire l’article sur leparisien.fr : L’implacable ascension de Kim Jong Un) Certes Donald Trump fulmine et enrage mais est bien contraint d’avaler la ciguë. Idem pour l’ONU qui ne tardera pas à voter une résolution prônant plus de sanctions contre la Corée du Nord. Mais lesquelles ? Et la Maison Blanche de se tourner vers Pékin, certes prompt à condamner Pyong Yang mais moins enclin à voir s’effondrer le régime Nord-Coréen au profit de la Corée du Sud ou d’une présence étrangère, américaine probablement, à ses frontières. Donald Trump est donc pris dans l’étau du chantage et de la terreur du feu nucléaire.

Défiance et responsabilité

Un chantage des plus cyniques car toute intervention américaine visant à destituer Kim Jong Un serait très mal apprécié par Pékin ; une terreur nucléaire assimilée à un cercle vicieux car le premier qui l’emploierait serait naturellement amené à en subir à son tour les conséquences. L’infranchissable serait alors dépassé et le monde basculerait dans une incertitude lourde, voire chaotique. Voilà comment, un trentenaire au sourire glacé, est parvenu à défier la plus grande puissance du monde et son président en testant l’un et l’autre afin de savoir quel était le niveau de courage et de responsabilité du second. Combien l’image internationale et nationale de Donald Trump, déjà largement écornée, serait-elle encore plus ternie si la crise devait s’enliser dans une multiplication de provocations nord-coréennes sans réponse américaine . Et combien serait lourde la responsabilité de Donald Trump d’ouvrir le feu, quel qu’il soit, contre la Corée du Nord, sans connaître précisément la nature armée de la réponse et tout en ignorant la réaction de Pékin. Périlleux dilemme auquel est donc aujourd’hui confronté Donald Trump. Reclus dans son pays prison, Kim Jong Un se sait ô combien en sécurité et ne doit certainement pas manquer de se gausser des gesticulations américaines, si lointaines, si inoffensives.

Une conférence ! Et après ?

Emmanuel Macron '
La conférence voulue par Emmanuel Macron apparaît comme inspirée par le bon sens et la nécessité. Mais sera-t-elle suffisante pour endiguer la menace terroriste ?

L’annonce par le Président Macron de la tenue d’une conférence internationale dédiée à la lutte contre le financement du terrorisme islamiste se veut méritoire. Mais endiguera-t-elle la menace qui pèse sur les sociétés contemporaines ? Sauf aussi à engager une lutte intérieure contre le fanatisme.

La volonté affichée par le Président Macron de lutter contre le financement du terrorisme via une conférence internationale organisée à Paris en début d’année prochaine est certes louable et objectivement bienvenue (Lire l’article sur lesechos.fr : La lutte contre le terrorisme, priorité diplomatique d’Emmanuel Macron ) . A tous le moins permettra-t-elle, on peut l’espérer en tous cas, d’identifier officiellement les pays et les organisations amenées à financer les groupes terroristes islamistes. Dans un second temps, elle sera l’opportunité pour le président Macron de confirmer, d’essayer au moins, sa stature internationale. La tentative est risquée car le défi est grand, d’ampleur mondiale en réalité. Pour autant, aussi louable que soit cette intention, accompagnée en France par la présence concrète des forces de l’ordre et des forces armées sur le terrain, cette conférence ne permettra pas, ni dans l’intervalle de sa tenue, ni au lendemain de sa clôture d’immédiatement endiguer la menace qui pèse sur nombre de nations exposées aux coups de folies d’une organisation, Daesh, aujourd’hui agonisante.

Cynisme et paradoxe

Car là est le paradoxe. Alors que l’Etat islamique recule jour après jour sous les coups de boutoir des forces de la coalition en Irak et en Syrie ainsi qu’au Liban (lire l’article sur slate.fr : La victoire du Liban signe-t-elle le début de la fin pour Daech? ), que son existence même et son futur proche s’écrivent en pointillés, jamais les attentats n’auront été si violents, en tous cas aussi nombreux dans un espace temps très court et rapproché. Barcelone, Londres, Levallois,…Pour ne citer que les dernières attaques mettent en évidence une organisation désormais aux abois, mais qui par tous les moyens possibles, tente de survivre en propageant la mort et la terreur. Pourtant, ce chant du cygne d’un cynisme et d’une cruauté sans égal renvoie aussi nos sociétés contemporaines à des réalités qu’il convient et conviendra d’assumer, à savoir qu’il existe ici ou là une ou plusieurs minorités d’individus susceptibles d’être encore fascinés par les thèses de l’Etat islamique. Le débat est ancien. La fragilité économique et intellectuelle, toutes deux associées, de certaines franges de la population, en France ou ailleurs, figurent au rang des premiers terreaux sociaux à même de générer des comportements dangereux pour la collectivité.

Obscurantisme et ignorance

Aussi, s’il convient de lutter contre le financement international du terrorisme, il est tout aussi impératif de lutter contre les facteurs sociaux et économiques à même de pousser parmi les plus faibles dans les bras de la propagande de Daesh. Mais ce combat s’avérera certainement plus long que celui qui sera engagé au lendemain de la conférence voulue par le président Macron. Ainsi, les attaques à la voiture bélier, les agressions au couteau ou tout autre type d’attentats continueront très certainement – bien que nous souhaitons tous ici comme ailleurs que cela ne soit pas le cas – à se multiplier tant que les racines du mal terroriste n’auront pas été éradiquées. Voeux pieux ? Pas réellement car il appartient aussi aux sociétés contemporaines de combattre l’obscurantisme et l’ignorance par l’éducation et la culture, de travailler au bien être de tous par le développement de sociétés altruistes et non individualistes. « Compliqué et difficilement réalisable ! » argueront certains. « Vraiment ? » répondront d’autres. La réponse est entre les deux mais la nécessité d’y travailler impérative car une fois Daesh mort et enterré, à défaut d’avoir éradiqué les racines du mal, celles-ci germeront à nouveau pour encore contaminer ceux qui se sentiront exclus de la collectivité.

Le sens des priorités

Priorité
Se pâmer devant 220 millions d’euros est-il plus important que s’interroger sur les faiblesses de nos sociétés contemporaines ?

Entre indifférence et décadence, nos sociétés contemporaines occidentales semblent avoir perdu le sens des priorités. En témoignent l’engouement et les commentaires liés au transfert du brésilien Neymar au Paris-Saint-Germain quand le Yémen meurt, terrassé par la guerre civile et le choléra.

Nous aurions pu, via ces quelques lignes, préambules au coma estival qui s’installe à chaque mois d’août, évoquer le transfert rocambolesque de Neymar au Paris-Saint-Germain, le énième rebondissement de l’Affaire Grégory, la chute du président Macron dans les sondages ou encore la vague de chaleur caniculaire qui écrase une partie du pays. Nous aurions pu. Mais, étrangement et paradoxalement, sans évoquer chacun d’eux à proprement parler nous finirons par les utiliser comme exemples dans une forme de démonstration que d’aucuns jugeraient cynique. Ainsi, beaucoup l’ignorent, mais le Yémen est en proie, non seulement à la guerre civile, mais aussi à une épidémie de choléra telle qu’elle pourrait éradiquer purement et simplement la moitié de la population (lire l’article sur lemonde.fr : Le Yémen, un pays prisonnier du choléra ) « Terrible ! » crieraient certains et à raison d’ailleurs. Mais ils le crieraient dans le silence de l’indifférence car soyons honnêtes qui s’en soucie ? Hormis les Yéménites eux-mêmes, quelques ONG présentes sur place et l’Organisation des Nations Unies…

Mort programmée

Il est clair que dans l’ordre des priorités le transfert d’un gamin de 25 ans pour 220 millions d’euros, devenu bête de foire, semble peser plus lourd que la mort programmée de toute une population. Ne serait-ce pas là le signe inquiétant et dramatique que nos sociétés contemporaines occidentales se sont vendues à une forme de lâcheté qui se cacherait derrière…Mais derrière quoi finalement ? Derrière rien. Osons le dire et l’écrire les paillettes supposées du transfert de Neymar occultent notre incapacité chronique à nous pencher sur les vraies questions qui interrogent l’humanité. Certains appellent cela la décadence…Ont-ils réellement tort ? Comment peut-on laisser mourir un peuple et se pâmer devant 220 millions d’euros qu’aucuns d’entre nous ne touchera d’ailleurs ? Certes, beaucoup argueront du fait que nous ne pouvons rien à cette guerre civile et à cette épidémie. C’est vrai. Mais rien en revanche ne nous empêche de faire preuve de modestie et de pondération en évitant de nous vautrer dans des comportements qui frôlent l’indécence et la vulgarité comme ceux qui fleurissent sur les réseaux sociaux. Il est naturel d’être heureux, lorsque l’on est supporteur du PSG en l’occurrence, du transfert de ce joueur mais de là a en oublier que le Monde continue de vivre et mourir,…Quant au énième avatar de l’Affaire Grégory, à la chute d’Emmanuel Macron dans les sondages ou la chaleur estivale, avouons qu’ils ne sont là que pour nous donner bonne conscience car là encore personne ne sera fondamentalement traumatisé (sauf à être concerné directement) par ces saillies dont le quotidien regorge. Alors à l’heure où châteaux de sable, siestes interminables et commentaires sur le positionnement tactique de Neymar (!) se multiplient, il n’est pas inopportun ni inutile de se demander ce que nous sommes devenus ou en train de devenir. Sur ce Bonnes Vacances…

Tempête dans un verre d’eau sur la dolce vita

Tempête
Loin d’être une tempête diplomatique, le dossier STX trouvera un épilogue marqué par le pragmatisme qu’impose la situation. Au risque de voir l’un des deux acteurs perdre un peu de crédibilité. Crédit photo : commons.wikipedia.org

La nationalisation temporaire des chantiers navals STX confirme le volontarisme industriel du Président de la République. Mais la brouille actuelle entre Rome et Paris, devra se solder par une solution pragmatique qui pourrait fragiliser Emmanuel Macron.

Naturellement, la brouille entre Rome et Paris ne durera pas. Mais elle illustre à sa façon comment le nouveau Président de la République entend mener sa politique industrielle, (lire l’article sur lesechos.fr : Chez STX, Macron affiche son volontarisme industriel) quitte à se fâcher, répétons-le de manière très temporaire, avec ses partenaires européens, a fortiori quand ceux-ci sont aussi membres fondateurs de l’Union européenne, ce qui est le cas de l’Italie. Ce que d’aucuns appelleraient du volontarisme industriel, d’autres une forme de bravade malvenue, confirme en tous cas qu’Emmanuel Macron a décidé de faire valoir la position de la France sur le champ industriel, faisant par là même passer à ses homologues européens et à ses détracteurs que la rupture qu’il entend incarner et sur laquelle il a été élu se traduira dans tous les domaines où le locataire de l’Elysée est potentiellement amené à trancher. Autant dire…tous. Cet autoritarisme, qui pour beaucoup ne peut pas être assimilé, à ne serait-ce qu’une ébauche de politique économique ou industrielle, a déjà valu il y a de cela quelques jours au Président une volée de bois vert au lendemain de la démission du Chef d’Etat major des Armées ou plus récemment encore avec l’annonce de la réduction de 5 euros des APL.

Jupiter dicte

Et visiblement, les faits le prouvent en tous cas, qu’Emmanuel Macron a cure des commentaires ou des vitupérations des uns et des autres. Jupiter dicte ses injonctions et gare à ceux qui s’y opposent, y compris à l’extérieur de l’Hexagone ! L’homme avance et déroule son programme comme ses intentions. Reste à savoir cependant si ces décisions pour le moins radicales se répéteront tout au long du quinquennat et surtout si l’exécutif, toujours dans le temps à venir, sera en mesure d’assumer les critiques et les attaques que les réformes annoncées ou les décisions de ce type seront susceptibles de générer. Car si la volonté de réformer ne peut être enlevée à Emmanuel Macron, il faut aussi s’interroger sur les circonstances qui baignent ces décisions. En l’état, fermer la porte temporairement aux italiens de Fincantieri, réduire les APL de cinq euros ou accepter la démission du Chef d’Etat Major des Armées ne va pas, ou n’a pas, soyons honnêtes, bouleversé le paysage social ou économique français. Mais à défaut de transformer la société française, ces décisions prises directement par l’exécutif ou suscitées par lui, apparaissent comme des marqueurs forts de l’emprise qu’Emmanuel Macron entend imposer sur la conduite des affaires du pays (lire l’article sur lemonde.fr : STX France, modèle de la politique industrielle que souhaite Macron  ). D’autres avant lui avaient essayé, sans grand succès, de s’imposer via un lot d’annonces jugées en leur temps fortes et marquantes. Qui ne se souvient pas de la croissance à aller chercher avec les dents de Nicolas Sarkozy ou de la finance qui devait être l’ennemi de François Hollande. L’Histoire a montré combien les annonces en question sont restées lettres mortes et ont participé aussi, car non suivies des faits, à la chute des concernés. Ici, l’arme de la nationalisation, brandie et utilisée par le Gouvernement, relève in fine du détail. L’Histoire officielle retiendra que le Président de la République n’a pas hésité à dire non à un pays infiniment ami de la France au titre de la préservation des intérêts industriels du pays. Pertinent ? Bienvenu ? Stupide ? Déplacé ? Peu importe car cette nationalisation ne reste que temporaire et que le dossier devra fatalement se résoudre à l’aune du bon sens et personne ne sait à ce jour qui cédera le premier. Emmanuel Macron y perdrait beaucoup en terme d’image et d’autorité. Mais le pragmatisme, fondement de l’action du président, se moque des états d’âmes ou des aspirations médiatiques de ces acteurs. A suivre…

Le pragmatique et l’inflexible

Pierre de Villiers
Le Chef d’Etat Major des Armées a démissionné. Le militaire s’attendait-il à de tels changements imposés à la Grande muette réputée inflexible ? Crédit photo : commons.wikipedia.org

La vague d’indignation suscitée par la démission du Chef d’Etat Major des Armées illustre l’incompréhension d’une grande majorité de la classe politique à comprendre que le Président de la République défend le pragmatisme au détriment de la tradition. Explications.

Tollé, autoritarisme, manque de respect envers la fonction…Autant de qualificatifs qui aujourd’hui animent le débat politique au lendemain de la démission du Chef d’Etat Major des Armées Pierre de Villiers , le plus haut des gradés de l’Armée Française ayant motivé sa décision par un désaccord profond avec le Président de la République, rappelons-le Chef des Armées sous la Cinquième République. L’émotion qu’a suscité cette décision est pourtant révélatrice d’une multitude de changements amorcés par le nouveau président, changements que, visiblement, une partie encore non négligeable du personnel politique français a du mal à intégrer. Ainsi, s’il est inutile ici de revenir sur le conflit qui opposa Pierre de Villiers au Président de la République, il est bon de se pencher en revanche sur les raisons du tollé suscité par cette démission jugée par certains comme scandaleuse. Emmanuel Macron, au contraire de ces prédécesseurs, et pour de nombreuses raisons, sans mépriser l’Armée Française, ne nourrit pas à son endroit toute la déférence et toute l’admiration que lui ont accordée les différents chefs de l’Etat (et ce même si l’on a accusé en 2008 Nicolas Sarkozy, via la mutualisation des moyens humains et matériels engagée alors de malmener l’institution militaire). Ce respect, simple et strict de l’institution militaire, que témoigne Emmanuel Macron, respect dénué de toute dévotion excessive, rompt avec ce culte ancien qui accordait à la Grande Muette, une place hors du temps et des hommes, et une autonomie quasi-totale pour ainsi dire incontestée ; l’institution s’appuyant en outre sur l’origine militaire du fondateur de la Cinquième République le Général de Gaulle.

Au service de la patrie

En brisant cette soumission tacite aux Armées, le Président de la République redistribue sans ménagement les cartes de l’autorité en rappelant qu’en qualité de Chef des Armées, c’est lui et lui seul qui décide et non les haut-gradés du Ministère de la Défense, fussent-ils compétents, aguerris et reconnus. En renvoyant l’Armée dans ses fonctions républicaines, à savoir institution au service de la patrie, et non l’inverse, Emmanuel Macron s’est naturellement attiré les foudres d’une classe politique encore largement imprégnée des principes qui prévalaient jusqu’alors. Car le macronisme, qui peine encore à se dessiner sur le plan économique et social, a trouvé là une occasion de s’affirmer. En imposant son autorité sur les Forces Armées, le président de la République a clairement établi, voire rétabli, les frontières du pouvoir de chaque acteur. Décidé à rompre avec des coutumes et des règles silencieuses qui accordaient à l’Armée une omnipotence sourde aux réalités économiques actuelles, le président Macron cherche aussi à briser l’isolement dans lequel l’institution vivait jusqu’alors. Et que le personnel politique le plus aguerri en soit choqué n’a rien d’étonnant dans la mesure où celui-ci appartient à un univers où les priorités budgétaires, en l’état la réduction du budget global alloué aux armées, ne correspond plus aux attentes des Français et aux capacités des finances publiques.

Armée crainte et redoutée

Emmanuel Macron semble quant à lui vouloir faire preuve de pragmatisme et de lucidité : oui à une armée efficace et équipée ! Non à des dépenses aveugles au nom d’une nécessité cachant assez grossièrement un prestige discutable. Car l’Armée française, crainte et redoutée, n’est cependant pas celle des Etats-Unis, engagée sur des fronts multiples et capable de bouleverser un quelconque ordre régional ; l’exemple syrien en est l’illustration même car jamais la France seule n’aurait pu renverser Bachar El Assad d’où sa demande d’aide aux Etats-Unis qui ont préféré s’abstenir. Ainsi, tout comme la société française dans son ensemble, les Forces Armées devront elles aussi rompre avec leurs habitudes, notamment celles qui les plaçaient dans une situation privilégiée car garante de la sécurité collective. Si elles occupent toujours cette place, celle-ci se fera à l’aune d’une nouvelle donne politique dictée par la nécessité de s’adapter au monde contemporain et non plus ancrée dans une tradition historique aujourd’hui anachronique.

Impitoyable Affaire Grégory

La disparition de Jean-Michel Lambert, juge qui instruisit l’Affaire Grégory de 1984 à 1986, nourrit encore la fascination que suscite ce fait divers hors du commun. Comme si la mort de cet enfant avait réveillé les plus viles pulsions de l’âme humaine au point d’engendrer une affaire imprévisible.

C’est à croire que l’Affaire Grégory ne sait exister que par les victimes qu’elle génère ! Car après la disparition de Jean-Michel Lambert, voilà que cette histoire, devenue drame national et espace de tous les fantasmes les plus sordides, semble vouloir reprendre sa part de mystère, celle que les derniers événements lui avaient disputée. Cette disparition jette cependant, encore une fois, un voile secret et obscur sur une affaire qui n’en manquait pas. Comment alors interpréter le geste de ce magistrat discret et silencieux, longtemps accusé d’avoir été l’otage inconscient des médias, qui avait incarcéré Bernard Laroche, puis relâché ce dernier pour ensuite incarcérer Christine Villemin pour elle aussi la relâcher onze jours plus tard ? En l’état, rien ne semble expliquer le geste que l’enquête précisera certainement. L’Affaire Grégory, outre la fascination qu’elle suscite dans notre société, outre les réflexes et les réalités sociales qu’elle a révélé et qu’elle continue à révéler, n’a laissé, à commencer par ces acteurs directs dont faisait aussi partie Jean-Michel Lambert, personne indemne.

Expression maléfique
Violente et vorace, elle continue plus de trente ans plus tard à réclamer son lot de victimes, comme une bête sauvage terrée dans sa grotte qu’un supplicié doit satisfaire. Combien la mort de ce petit garçon a-t-elle laissé s’échapper tout un cortège de haines non dites et de rancoeurs assassines étouffées ? Combien la face noire d’une société contemporaine et les aspects les plus vils de l’âme humaine, où se côtoient folie, démence et fureur, ont-ils trouvé là le terreau fertile à leur expression maléfique ? Comment alors encore aujourd’hui rester indifférent à cette affaire ? Beaucoup attendent énormément de la confrontation de Murielle Bolle avec son cousin. Mais peut-être en attendent-ils trop ? Il est à craindre que, tout comme en 1984, le mutisme le plus sourd ne se fasse entendre et ne fracasse sur le mur du silence le mince espoir de connaître enfin la vérité. Mais cette affaire qui, sans trop exagérer, ne ressemble à aucune autre car, avec les années, nourrie par un contexte et une somme d’événements aussi extraordinaires qu’improbables, l’Affaire Grégory est devenue une affaire à part, obsédante, presque incontrôlable, comme extraite de la masse des affaires judiciaires non élucidées. Si anormale, si exceptionnelle que trente trois ans après, elle peut se repaître d’une nouvelle victime. Naturellement, rien n’autorise à affirmer que ce sont les derniers rebondissements de l’affaire où l’affaire elle-même qui ont poussé Jean-Michel Lambert au geste qu’on lui prête aujourd’hui. (Lire lexpress.fr : Affaire Grégory : Les quatre controverses qui collaient au juge Lambert ) Mais l’homme n’a-t-il pas toujours affirmé avoir été marqué par cette affaire et les commentaires qui avaient accompagné son action ? Affaire exceptionnelle, hors du commun et hors du temps, l’Affaire Grégory n’a certainement pas fini de réclamer son dû. Pour que jaillisse enfin la vérité ou pour que se taisent, certainement à jamais, celles et ceux qui savent peut-être encore quelque chose.

Les eaux noires

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Les secrets de la mort de Grégory Villemin courent encore dans les remous de la Vologne. Jusqu’à quand ? Crédit photo : Commons.wikipedia.org

A l’heure où rebondit l’Affaire Grégory, il n’est pas inutile de s’attarder sur les ressorts sociologiques d’un drame où se confondent horreur et fascination au point de bouleverser et de passionner, encore, la France d’aujourd’hui. Tentatives d’explications.

Comment expliquer, trois décennies après le drame, que l’Affaire Grégory fascine encore ? Certes, le fait de n’avoir jusqu’alors jamais identifié le meurtrier joue pour beaucoup dans cette fascination que d’aucuns qualifieraient de macabre, voire de malsaine. Pourtant, la réalité est là, malsaine ou macabre : l’Affaire Grégory, fait divers qui a ébranlé la France à l’automne 1984, et qui continue encore à la bouleverser, attise les passions les plus dévorantes. Et pour essayer de comprendre, en partie, pourquoi cette affaire fascine encore, il faut se replonger plus de trente ans en arrière. Quel était le paysage de la France d’alors ? François Mitterrand avait été élu trois ans plus tôt. Et à l’allégresse et l’espoir suscités par la victoire en mai 1981 place avait été faite à un cruel retour à l’austérité. Pour autant, la France du milieu des années quatre-vingt n’était pas malheureuse. Loin s’en faut. Et c’est dans ce contexte qu’un jour d’octobre 1984, l’Hexagone, découvre, ébahi, un monde oublié, du moins hermétique et silencieux, où deux familles aux réflexes et aux habitudes souvent qualifiées d’archaïques se déchirent sur fond de rivalités tues ou de haines cuites et recuites.

Inertie rétrograde

Inutiles ici de revenir sur les arcanes de l’affaire à proprement dite mais à la lecture de celle-ci se dessine les contours d’une partie de la France d’alors, portion de territoire vivant quasiment recluse et imperméable au progrès technique et social qui s’amorçait. Quelle ne fut pas la surprise de ces millions de Français, déjà horrifiés par la découverte du corps de l’enfant, que sur les bords de la Vologne, dans les sombres et austères Vosges, pouvaient vivre un ou plusieurs criminels capables d’ôter la vie à un enfant. Lancée sur l’autoroute de la modernité et de la modernisation, les Français, subjugués, s’apercevaient combien certains d’entre eux cultivaient une forme d’inertie rétrograde empreinte de violence et de rancoeur. Là réside en partie la fascination pour cette affaire, fascination qui se confond avec la découverte d’un autre monde, détaché de la réalité contemporaine où la fragilité des âmes était broyée par la mécanique impitoyable de la vengeance et du secret. La seule question qui venait alors à l’esprit et qui y vient probablement encore est : Mais comment est-ce possible ? Comment peut-on vivre écrasé par de tels secrets ? (lire lefigaro.fr : Affaire Grégory : De nouveaux éléments mettent à mal la déposition d’un témoin-clé) Plus que l’innommable et insupportable infanticide, la fascination pour l’affaire naissait de cette addition macabre de circonstances odieuses et improbables. Dans les eaux noires du mensonge et du non-dit familial, là où se noyaient d’inavouables secrets de familles, l’Affaire Grégory s’est posée comme l’unique brèche, l’ultime saillie, dans laquelle se sont précipitées presse et opinion. Car l’Affaire Grégory, outre un fait divers lourd et pénible, est aussi un phénomène social, un révélateur de consciences et de mœurs. Devant la souffrance légitime des deux parents, toute pudeur a été oubliée et bafouée, interrogeant d’ailleurs, et à raison, sur les moyens à déployer et les limites à ne pas franchir à des fins d’information. Mais au-delà, l’Affaire Grégory a aussi été le miroir d’une France à deux vitesses : celle embarquée dans le train du troisième millénaire qui pointait le bout de son nez et celle restée sur place, comme figée dans un siècle inconnu mais loin, très loin de celui dans lequel elle vivait officiellement. Et alors que les acteurs du drame sont aujourd’hui à nouveau sur le devant de la scène (mais l’ont-ils réellement quittée ?) de nouvelles questions surgissent et poussent encore l’opinion à de demander qui a ôté la vie du jeune Grégory.

Damoclès à l’Elysée

Epée de damoclès
Les pleins pouvoirs et la confiance accordés au Président Macron peuvent aisément aujourd’hui s’assimiler à une épée de Damoclès. Crédit photo : commons.wikimédia.org

Si l’élection d’Emmanuel Macron a généré une vague d’optimisme jugée exceptionnelle, cette même vague expose le président à un niveau d’exigences et de responsabilités tout aussi exceptionnel. Et ô combien périlleux pour lui.

Attention ! L’hiver arrive tôt ! Le constat peut paraître saugrenu alors que l’été débute à peine, mais en politique, les saisons changent vite et le temps peut vite tourner à l’orage ou appeler des froids polaires entre gouvernants et gouvernés. Ainsi, alors qu’il s’apprête à s’exprimer devant le Congrès réuni à Versailles le 3 juillet prochain, le président Macron, aussi solaire que souriant sur la photo officielle qui trônera dans tous les espaces publics, va devoir très rapidement accélérer le rythme d’exercice du pouvoir qui prévalait jusqu’alors. Elu, est-il nécessaire de le répéter, sur la volonté des Français de s’affranchir de l’ancien monde politique jugé obsolète et dépassé au profit de nouveaux ministres et députés présentés comme en adéquation avec les défis modernes et contemporains, Emmanuel Macron sait (c’est à souhaiter en tous cas) que l’état de grâce ne perdurera pas ad vitam aeternam. Désormais au pouvoir, l’ancien Ministre de l’Economie va devoir très sérieusement prendre les problèmes posés (Emplois, déficit,…) à bras le corps au risque de voir s’étioler la confiance placée en lui et ses proches.

Rédemption et paradoxe

Pourtant si cette perte de confiance ne se traduisait que par des sondages quelconques et successifs orientés à la baisse, le mal serait moindre. Pourquoi ? Car en réalité, l’élection d’Emmanuel Macron va plus loin qu’une simple côte de popularité. Elle dépasse le stade de l’affectif pour renvoyer l’individu à celui d’homme quasi-providentiel dans lequel l’électorat a placé plus que de la confiance : il a placé son destin et son avenir. Rien que ça. En témoigne partiellement l’indice de Confiance des Ménages qui n’a jamais été aussi élevé depuis dix ans. Rares ont été les présidents de la République a ressentir sur leurs épaules de simples mortels une telle responsabilité. Les Français, fatigués et psychologiquement usés, attendent désormais de leur Président de la République beaucoup, pour ne pas dire tout, au point de lui avoir concédé une majorité écrasante à l’Assemblée nationale. Et si être considéré par 68 millions de Français comme l’Elu, celui par qui le salut et la rédemption arrivent est tout à la fois passionnant et exaltant, voilà une situation qui expose le Président Macron à une responsabilité telle que Jupiter lui-même aurait du mal à l’embrasser. C’est dire ! Et de s’exposer ainsi à une vague de déception considérable, voire destructrice dans l’hypothèse où les résultats tant attendus et espérés ne seraient pas, très vite, au rendez-vous. La chute dans l’abysse de la disgrâce serait infinie et douloureuse car assimilée à une forme de trahison. Car de l’attente non satisfaite naît la déception. Conscient de cette réalité où se toisent grandeur et déchéance, au fait de l’optimisme peut être irraisonné qu’a fait naître sa victoire, Emmanuel Macron ne peut plus désormais ni temporiser ni s’accorder de droit à l’erreur. Cruel et étrange paradoxe que celui dans lequel est aujourd’hui enfermé le Chef de l’Etat : Les pleins pouvoirs lui ont été accordés quasiment les yeux fermés mais combien ces mêmes pouvoirs pèsent sur lui comme une épée de Damoclès. Reste donc à savoir quand et comment se traduiront les premières mesures phares aux effets palpables du quinquennat qui s’ouvre. Pavé de roses, ou annoncé comme tel par nombre d’observateurs, il ne faudrait pas que le mandat du nouveau président se transforme en chemin de croix. Et combien serait-il long alors….

Le piège de l’exemplarité

Piège
Exigence absolue, l’exemplarité est aussi une arme à double tranchant souvent à géométrie variable. Crédit photo : Pixabay.com

Si électeurs et citoyens placent aujourd’hui l’exemplarité comme principe fondateur de la vie politique, il convient de ne pas oublier que cette même exemplarité, souvent à géométrie variable, concerne autant les élus que les simples quidams. Explications.

S’il est un piège dont le personnel politique français ne se méfie pas, c’est bien celui de l’exemplarité. Piège sans pitié et qui ne pardonne pas, l’exemplarité cloue au pilori celui ou celle qui, malheur à lui, a dévié du chemin de la candeur et de la probité. Le nouveau Président de la République, qui a eu tôt fait de se débarrasser de ministres englués dans de basses affaires ou sur le point d’avoir à répondre devant la justice de leurs actes passés, avait en préambule précisé les contours de son action : moraliser la vie politique française. L’Histoire dira si le locataire de l’Elysée ira jusqu’au bout de son action mais pour l’instant, force est de constater qu’il tient l’engagement pris. (lire l’article sur lemonde.fr : Coup de semonce pour Emmanuel Macron) Et les premières victimes, exfiltrées ou démissionnaires, ont dû accepter les règles de l’exécutif tout en ayant feint, visiblement, de les occulter lors de la campagne présidentielle peut-être par manque d’attention volontaire, soucieux qu’ils étaient de flatter un ego en mal de reconnaissance en héritant d’un poste ministériel. Ce que semble, à l’évidence avoir omis Richard Ferrand, Sylvie Goulard, Marielle de Sarnez et a fortiori François Bayrou, c’est qu’il est difficile de promouvoir l’exemplarité au profit de l’intérêt général tout en usant de manœuvres pour certaines illégales ou à même de satisfaire un intérêt particulier d’essence financière. Les attentes et les exigences de la collectivité et de la société ne l’autorisent plus.

Tribunal politique

Pourquoi est-ce donc si difficile ? La réponse réside dans deux mots de la langue française, traduisible dans toutes les autres : crédibilité et confiance. Comment en effet être crédible auprès de l’électorat qui vous a porté au pouvoir si votre passé et votre présent présente des zones d’ombres qui attenteraient à l’intérêt général ? L’exercice du pouvoir, quel qu’il soit, exige aujourd’hui une vie personnelle aussi claire que cristalline, notamment à l’heure où les réseaux sociaux, animés d’une soif de transparence redoutable, revêtissent les habits de tribunal populaire, et se révèlent parfois pire que l’institution judiciaire elle-même. Quant au deuxième mot, confiance, il résonne comme une sentence implacable. Car là encore, comment s’en prévaloir si plane l’ombre d’une possible faute, d’un écart où qui plus est, les deniers publics auraient été engagés. Pourtant, étonnamment, un bémol s’impose. De Ferrand à Bayrou, tous crient leur innocence ou invoquent l’acharnement, souvent médiatique, pour endosser le rôle, facile, de victime expiatoire. Banal, classique et éculé faute d’autres arguments immédiats pour que cesse la curée. Et nombreux de vouloir au plus vite être entendu par la justice afin de prouver leur bonne foi. Classique là encore. Pourtant une question se pose. Tous n’entretiendraient-ils pas un rapport différent à la notion d’exemplarité ? Concrètement, où en placent-ils le curseur ? Une explication sous forme d’exemple s’impose. Faire intervenir un proche travaillant au sein des services de police pour faire sauter un procès-verbal est aussi le moyen de s’affranchir des conséquences de la faute commise, en l’état un excès de vitesse, un mauvais stationnement ou autre.

Une faute reste une faute

Qui d’entre nous ne l’a pas fait ou essayé de le faire… ? Nous considérons-nous, une fois la procès verbal effacé (même si la tentative a avorté), comme coupable ? Certes non. « Incomparable ! » crieraient certains. Admettons. Mais un acte qui consiste à contourner la loi reste une faute, pénalise la collectivité et atteint de fait notre prétendue exemplarité et ce même si nous n’exerçons aucun mandat public. Naturellement, les conséquences restent limitées et n’engagent pas le sort de la nation. Pour autant, est-ce moins grave pour autant ? Notre personnel politique, qui est aussi le reflet de la société que nous défendons et que nous promouvons, s’adonne parfois à des pratiques discutables et contestables au regard de leurs responsabilités publiques. Mais le simple quidam est-il tout aussi exemplaire que son indignation, légitime, veut le laisser croire ? Et la France, pays aussi réputé pour son art consommé des arrangements et des magouilles aussi diverses que variées n’a pas spécialement de leçons à donner… Finalement, l’exemplarité ne résiderait-elle pas plus dans le rapport que nous entretenons avec la faute commise (et celui qui la commet) que dans l’exigence de se présenter exempt de tous reproches devant la collectivité ? La question reste entière et il appartient à la morale de chacun d’y répondre.