Un si lourd héritage

La Liberté
L’Histoire de la France, omniprésente dans nos modes de pensées, ne doit-elle pas perdre une partie de son influence pour que nous puissions affronter le sereinement le siècle nouveau ?

Si le prochain Président de la République sera confronté à la gestion technique d’un Etat complexe, il sera surtout dans l’obligation d’amorcer les bases d’une nouvelle réflexion articulée autour de l’appréhension du XXIème siècle. Au risque de bousculer un héritage historique devenu trop lourd.

C’est certain. Celui qui occupera pour les cinq prochaines années le palais de l’Elysée ne pourra se contenter de gérer les affaires courantes après avoir lancé pour la forme et l’image, ou les deux, quelques réformes présentées comme fondamentales pour ne pas dire révolutionnaires. Non. Celui qui entrera à l’Elysée aura la tâche de faire passer la France dans le XXIème siècle. Il n’est pas impossible d’ailleurs que ce passage s’accomplisse dans la douleur ou l’incompréhension d’un électorat qui dans l’ensemble appelle au changement mais sans réellement en mesurer les conséquences. Car, c’est aujourd’hui devenu une évidence, une lapalissade même, notre Etat providence, loué et admiré dans le monde entier, doit évoluer vers un autre mode de fonctionnement. Nous ne pouvons plus raisonner en 2017 comme nous le faisions en 1945. Certains crieront au scandale, voire à l’assassinat idéologique, modes pensées pour une grande partie issus des combats honorables et reconnus comme tels, de la Seconde Guerre mondiale et du Gouvernement provisoire.

Ridicule et dangeureux

Mais, là encore, pouvons nous nous satisfaire de systèmes dont le fonctionnement n’a guère évolué depuis leur création. Ceci ne signifie pas qu’il faille jeter le bébé avec l’eau du bain et passer sans transition à un autre mode dont nous n’avons pas encore tracé ne serait-ce que les contours. Mais pour employer une métaphore compréhensible par tous, disons que notre Etat providence est comme un enfant qui grandit et que l’on continue à habiller comme un nouveau né, juste pour conserver l’illusion de la fraîcheur et de la candeur infantile. Ridicule pour un enfant, dangereux pour un Etat comme le nôtre confronté à de lourdes mutations à venir et qui tiennent pour une large part à son incapacité à affronter la réalité en face. Et cette réalité, qu’elle est telle finalement ? Chacun a naturellement la sienne mais il est des lignes de force que chacun admettra quelle que soit son appartenance politique. Parmi celles qui sautent aux yeux, l’incapacité chronique à résoudre le chômage de masse, facteur de désespoir, d’ennui, d’isolement et de marginalisation sociale avec les conséquences que l’on peut connaître parfois. Inutile de se tourner vers le passé et les méthodes musclées et économiquement mortifères des tenants du libéralisme le plus dur, inutile non plus de s’arrêter sur celles des mouvements extrémistes pour qui l’étranger est une menace constante et inutile non plus de croire que l’Etat, déjà sollicité de toutes parts, et alourdit d’une dette qui frôle les 100% du PIB, pourra résoudre le mal français. Des solutions existent certes, jamais réellement appliquées car trop dérangeantes, non pas moralement mais matériellement. Parce que trop engoncés dans de confortables habitudes entretenues depuis des décennies, nous avons refusé jusqu’à aujourd’hui de briser ce carcan de prébendes et de privilèges, certes agréables pour ceux qui en jouissent mais pénibles pour ceux qui en souffrent. La liste est longue et les citer prendrait de nombreuses lignes.

Ruptures et utopie

Mais plus que de ruptures techniques ou administratives, nous devons apprendre à penser autrement, à générer de nouvelles formes de pensées, de nouvelles idéologies civilisatrices capables de renverser ou modifier en profondeur nos systèmes de réflexions considérés comme acquis et intangibles. Notre monde, notre pays, notre économie ressembleront à ceux que nous voulons en faire et non pas à ce que les décennies passées nous dictent de faire via une influence diffuse faite d’Histoire et d’héritages ancestraux souvent discutés mais au final révérés. Penser le XXIème siècle n’est pas une utopie sans lendemain ! C’est devenue une nécessité impérative, voire vitale, auxquels d’autres sont confrontés et à commencer par nos voisins européens. Penser l’Europe du XXIème siècle n’est pas ré-imaginer celle que les pères fondateurs avaient à l’esprit en 1957 en se gardant de toutes évolutions au prétexte que les traités fondateurs seraient trahis. A l’échelle nationale, pourquoi ne pas songer à rédiger une nouvelle Constitution défaite de la toute puissance gaullienne, pourquoi ne pas oser interroger nos institutions, voire notre République non pas en qualité de cadre législatif mais comme outil d’évolution vers demain ? Autant de questions qu’il n’est pas interdit de se poser et qui restent entières dans un monde qui n’a de cesse d’en poser à une humanité qui génère par elle-même ces mêmes questions toujours sans réponse. Alors oui, celui ou celle qui entrera à l’Elysée dans quelques jours sera dans l’obligation de gérer techniquement le pays mais aussi et surtout d’amorcer un immense courant de réflexion susceptible d’amener enfin le pays vers un vrai avenir. Sans cela prédomineront l’indécision et l’inertie, mère de biens des maux.

Un vol républicain

Vol républicain
La médiocrité, voire l’absurdité anti-républicaine, des programmes proposés par les candidats pourrait faire naître un sentiment de vol électoral.

Entre confiance trahie et programmes superficiels, la France s’apprête à choisir un nouveau Président de la République alors que pointe le sentiment d’un scrutin volé où l’ambition personnelle se dispute avec l’intérêt général.

A quelques semaines du premier tour de l’élection présidentielle, rien ne semble annoncer que la France se prépare à choisir un nouveau Président de la République. Certes les candidats en présence multiplient les réunions publiques entre deux débats télévisés, plutôt soporifiques au demeurant, mais à part cela, rares sont ceux à éprouver cette forme d’agitation passionnée qui tendrait à monter au sein de l’opinion. Et pour cause, les Français dans leur grande majorité apparaissent comme blasés, presque résignés à choisir le nouveau locataire de l’Elysée. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette situation : Inadéquation de l’offre politique, pléthore de candidats, incapacité de ces derniers à cerner et à percevoir les attentes réelles ou supposées des Français,….la liste est longue. Mais au-delà de ce constat, une autre réalité pourrait poindre, réalité qui s’exprimerait par le sentiment diffus que les électeurs sont sur le point de se faire voler le scrutin à venir. Comment ? Une explication s’impose et réside dans l’offre politique citée ci-dessus tout comme dans la faiblesse des programmes proposées, quand ces derniers ne relèvent pas du fantasme identitaire totalement irréaliste.

Bas coût et médiocrité

Ainsi, épuisée par des années d’inertie où l’ambition personnelle à lentement pris le pas sur l’intérêt général, de manière consciente ou inconsciente, la classe politique française, en mal de renouvellement mais forcée malgré elle d’y consentir, a accouché d’une forme de proposition politique générale à bas coût, médiocre et passablement superficielle. Certes les programmes des candidats inscrits dans le cadre des principes de la République méritent d’être écoutés, mais ces mêmes programmes ne sont pas en mesure d’insuffler l’espoir et l’envie de changement que réclame un électorat fatigué, voire écoeuré par un discours politique global apparemment hermétique à la gronde populaire. Ce sentiment de spoliation pourrait aussi être renforcé par l’idée que les institutions de la Cinquième République, qui consacrent l’homme providentiel, mèneront à l’Elysée un homme ou une femme qui en aucun cas ne sera institutionnellement remis en cause si sa politique devait être un échec, a fortiori si celle-ci ne parvenait pas à accoucher rapidement de résultats probants.

Le meilleur ou le moins mauvais ?

A l’arrivée, et alors que le France comme tant d’autres pays au Monde s’interroge sur son avenir et sa capacité à affronter les défis qui l’attendent, notamment sur le plan environnemental et économique, les deux pouvant s’avérer bien plus intrinsèquement liés que l’on ne l’imagine, les Français se retrouvent dans une situation politique inédite : des candidats rendus quasi-transparents en raison non seulement de la faiblesse ou de l’absurdité complète de leurs programmes respectifs mais aussi en raison d’une érosion quasi-totale de la confiance accordée aux institutions nées en 1958. Le passage du septennat au quinquennat, qui aurait pu régénérer la Constitution n’a finalement pas modifié en profondeur le fonctionnement de notre démocratie, tout au plus accéléré son rythme sans en modifier le fond. Dès lors et à moins de trente jours de l’élection présidentielle, le pays se retrouve dans une situation inédite qui le pousse à se demander, non pas quel sera le meilleur candidat mais quel sera le moins mauvais pour assurer le relève de François Hollande. Questions lourdes quand on sait que l’élection à venir est certainement une des plus lourdes de sens que le pays n’a jamais eu à affronter tant les défis proposés se révèlent herculéens.

L’Europe avant tout

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En reconduisant la majorité sortante, les Néerlandais ont aussi affirmé leur attachement à l’Union européenne contre le populisme exclusif de Geert Wilders;

Les élections législatives néerlandaises n’ont pas donné lieu au cataclysme annoncé au point de s’interroger sur les capacités mobilisatrices du populisme défendu par Geert Wilders. Et si l’échec de celui-ci résidait dans un puissant sentiment pro-européen. Explication.

Annoncés comme catastrophiques, voire cataclysmiques, les résultats des élections législatives néerlandaises ont finalement laissé nombre d’analystes politiques désemparés. Non que ces derniers aient souhaité la victoire du populiste Geert Wilders, loin s’en faut, mais les sondages (encore eux…!) qui ont précédé le scrutin annonçaient le chef de file de la droite ultra-conservatrice et nationaliste vainqueur de la consultation électorale d’où les interrogations de ces mêmes analystes aujourd’hui bien en peine de trouver une raison ou un ensemble de raisons qui pourraient expliquer ces résultats. Pour autant, s’il est naturellement très difficile de dresser le panorama des motivations qui ont animé les électeurs néerlandais, il n’est pas interdit de s’intéresser au mouvement de Geert Wilders et aux carences intrinsèques du discours qu’il défend encore aujourd’hui. Premier constat à s’imposer : l’incapacité avérée, aux Pays-Bas en tous cas, pour le parti populiste et islamophobe de fédérer autour de lui un électorat suffisamment dense pour accéder à la charge suprême.

Aventure populiste

Prise de conscience, mobilisation des élites sociales peut-être plus éclairées sur la réalité du discours xénophobe, retour à un vote conservateur modéré pour des électeurs tentés en temps par l’aventure populiste,…Autant d’éléments qui concourent à la défaite de Geert Wilders et d’un discours somme toute limité aux solutions simplistes ou absurdes. Autre point à ne pas négliger, la volonté pour une majorité de Néerlandais d’affirmer ou de réaffirmer par ce vote leur attachement à l’Union européenne. Car ne l’oublions pas, les Pays-Bas, pays de tolérance par excellence qui s’est construit sur les prospères Provinces Unies, font parties des pays fondateurs de l’Union européenne. Et l’accession de Geert Wilders au poste de Premier ministre aurait certainement précipité les Pays-Bas dans une crise profonde vis-à-vis de l’Europe et de ses pays membres et surtout fondateurs. Est-ce à dire qu’en dépit des difficultés économiques, certes moins lourdes que celles que traversent la France, l’Italie ou la Belgique le sentiment européen a pris le dessus sur l’euroscepticisme qui prévaut dans nombre de pays et à même de nourrir les discours extrémistes ? Il n’est pas interdit de le penser car in fine, l’idée d’Europe est d’abord celle d’un continent uni autour de valeurs fondamentales communes que sont la tolérance et l’humanisme. Autant de contre valeurs pour les populistes de tous horizons.

Sentiment d’appartenance

Que donc retenir de ce scrutin néerlandais ? Que l’extrême droite y a échoué ? Non. Il serait excessif de le penser car les résultats affichés par le parti de Geert Wilders sèment le trouble sur le paysage politique néerlandais, faisant de sa formation politique un parti à part entière, réellement impliqué dans la vie politique locale, tout comme l’est le Front National en France. Impliqués certes mais freinés lors des scrutins électoraux majeurs, ceux qui déterminent les orientations d’un pays. Or le populisme, ou plus exactement les populismes européens, qui tentent sans réel succès à ce jour de se fédérer en une sorte de mouvement commun, semblent encore se heurter au sentiment général d’appartenance à un ensemble européen commun, à une destinée transfrontalière, certes servie par des institutions jugées imparfaites, mais qui transcendent les courants politiques ou les orientations que chaque pays peut être amener à imprimer à son pays. Les menaces que font peser les partis xénophobes ou ultra-nationalistes n’en restent pas moins prégnantes et doivent être appréhendées avec justesse et gravité car seules des nations unies et conscientes de leur destin commun seront en mesure de les contenir pour enfin les annihiler.

Le populisme banalisé

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Recep Erdogan incarne un populisme assumé, agressif et prompt à la polémique.

La banalisation du populisme, aidée par l’inertie d’une sphère politique républicaine impuissante et électoraliste, expose les sociétés contemporaines à une décadence lourde de conséquences. A moins que la chute n’ait déjà commencée ?

Que ce soit en Grande-Bretagne, avec le vote pro-brexit, en Turquie avec les propos tempétueux de Recep Tayyip Erdogan, en France avec les provocations anti-démocratiques permanentes de Marine Le Pen, et naturellement de Donald Trump aux Etats-Unis, n’assisterions-nous pas à une forme de banalisation du populisme ? Question rhétorique qui n’appelle aucune réponse si ce n’est une explication post-constat, explication qui ne sera ici que partielle tant le phénomène reste complexe. Longtemps ostracisé du discours politique, tendance qui a d’ailleurs nourri une partie de sa croissance, le populisme a aujourd’hui pignon sur rue au point d’occuper le pouvoir au sein de places fortes européennes. En Grande-Bretagne, même si Theresa May n’est pas une populiste au sens strict du terme, sa présence au 10 Downing Street est le fruit d’un vote populiste et anti-européen ; en Turquie, Recep Erdogan, qui rêve de rendre à la Istamboul la grandeur et l’influence perdue de l’Empire ottoman, multiplie les interventions tapageuses (les dernières en date accusant les Pays-Bas et l’Allemagne de pratiques nazies – voir l’article sur lemonde.fr : Meetings turcs annulés en Allemagne : Erdogan évoque des « pratiques nazies »  ) en renforçant cette impression de populisme assumé et vindicatif ; Aux Etats-Unis, le slogan de campagne de Donald Trump (L’Amérique d’abord) est similaire à la politique menée par le président turc ; et en France, la menace que fait peser l’extrême droite sur la prochaine élection présidentielle est loin d’être négligeable tant et si bien que désormais de nombreux analystes se demandent qui Marine Le Pen affrontera au second tour du scrutin. Et la liste est encore longue…

Médiocrité et désillusion

Cette banalisation du populisme, cette pratique politique qui consiste à flatter, à coups de sophisme grossier, les bas instincts et les intérêts du peuple afin que ceux qui le développent puissent accéder au pouvoir, a souvent fait florès dans l’Histoire pour cependant être souvent contenue par des discours républicains prompts à ramener à la raison un électorat perdu et déboussolé. Pour autant, aujourd’hui, rien ne semble plus arrêter les discours cités précédemment : la désillusion croissante de certaines franges de la population, qu’elle soit européenne ou américaine, s’est incarnée dans des figures politiques longtemps enfermées dans une médiocrité circonscrite par un ensemble de discours pondérés et mesurés. Débordée pour de multiples raisons, notamment liées à son impuissance à résoudre la crise économique et sociale qui traverse nos sociétés contemporaines, la sphère politique républicaine a ainsi laissé le champ libre à une logorrhée haineuse essentiellement venue d’extrême-droite. Assidue à dénoncer les travers de systèmes politiques qualifiés d’imparfaits et de sociétés psychologiquement épuisées, sans pour autant proposer un ensemble de solutions viables, fiables et surtout moralement acceptables, l’extrême-droite et son discours populiste ont rongé les démocraties contemporaines avec l’assentiment tacite de partis républicains qui ont utilisé cette progression comme un argument électoral et non comme une menace pour la démocratie.

Porosité

Erreur tactique qui s’est finalement retournée contre leurs auteurs et qui s’est révélée d’autant plus lourde de conséquences que ce même populisme a, parallèlement, crû de manière autonome en prospérant sur le désespoir social. Mais le schéma conventionnel qui alliait jusqu’alors extrême-droite et populisme est lui aussi en passe d’être dépassé, confirmant la banalisation de ce même populisme. Dire que Theresa May est d’extrême-droite est faux et excessif, idem pour Donald Trump et Recep Erdogan mais les discours tenus pas les uns et les autres les renvoient tour à tour dans un univers à la porosité affichée avec l’extrême-droite, celle-ci n’hésitant pas en s’en réclamer quand les premiers ne condamnent en rien les propos des seconds. Ne serait-ce pas le signe d’une banalisation acquise et consommée d’un discours politique désormais partie intégrante de nos sociétés ? Le signe d’une décadence amorcée sans possibilité de la freiner ? C’est aujourd’hui à craindre car pour reprendre le titre d’une des chansons de Serge Reggiani, les loups sont entrés dans la Paris, à la différence qu’aujourd’hui les loups se sont grimés en moutons mais ils restent des loups.

Questions de générations ?

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La génération politique sortante n’a pas sur anticiper ou dominer les changements que le Monde a subi et subit encore.

Le retrait de la vie politique française de nombreuses figures majeures de ces vingt dernières années illustre aussi l’incapacité de cette génération à avoir su anticiper et dominer les changements amorcés en ce début de XXème siècle. Explications.

Assisterions-nous, au cours de cette campagne présidentielle qui n’en finit pas de commencer, à un changement d’époque qui a eu raison de nombreuses figures clefs du paysage politique français ? Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Bayrou, François Hollande, Ségolène Royal, Claude Bartolone et d’autres encore certainement à venir qui annonceront dans les jours à venir leur retrait de la vie politique nationale ou locale. Bien des raisons expliquent cette vague de départ et à commencer par l’âge. Non que les cités précédemment soient atteints de sénilité, loin s’en faut tous étant encore en pleine possession physique et intellectuelle de leurs moyens, mais la politique use et les élus ou ex-élus concernés ou qui le seront dans quelques temps ont suffisamment écumé les , les ors de la République pour tirer leur révérence. Mais l’autre raison, celle qui prévaut de manière tacite, est que tous savent que leur réélection serait on ne peut plus périlleuse dans un paysage politique bouleversé. Pourquoi prendre alors le risque de se faire humilier (Nicolas Sarkozy en a fait les frais lors de la Primaire de la Droite et du Centre) quand se retirer en silence dans une forme de dignité de façade est finalement plus facile.

Courage politique

Beaucoup parleraient de lâcheté. Certes. Mais n’y a-t-il pas dans le retour à la vie commune de ces hommes et ces femmes, certains poussés par le choix des urnes convenons-en, la conscience d’être en définitive dépassé par le Monde qui est le nôtre aujourd’hui ? S’agripper au pouvoir comme la moule à son rocher n’a pas fondamentalement aidé, c’est le moins que l’on puisse dire, la démocratie de notre pays, et encore moins son tissu économique et social. Il serait pourtant aisé, voire gratuit, de dénoncer l’incapacité de cette génération, qui tourne aujourd’hui le dos à la politique, à réformer profondément et durablement le pays. Car diriger une nation, quelle qu’elle soit, n’est en rien une sinécure et n’est naturellement pas à la portée de chacun. Le courage politique qui a été le leur pendant des années, dans la majorité ou dans l’opposition, n’est pas celui de n’importe quel quidam. Briguer les plus hautes fonctions de l’Etat est certes à la portée de chacun, les assumer en est une autre. Et rares sont ceux à y parvenir et à les assumer avec efficacité et dignité. Reste encore cependant le cas François Fillon, éternel second, éternel velléitaire et qui voit tous les jours son rêve s’évaporer dans les couloirs froids et glacés du Palais de Justice. Sorti vainqueur de la Primaire car il en fallait un, François Fillon appartient lui aussi, bien qu’il s’en défende à une génération politique dépassée, usée et incapable de comprendre les mutations du Monde contemporains. Aussi, n’est-il pas inutile de s’intéresser l’espace de quelques mots à la puissance du vent de l’Histoire, celui qui balaye les poussières de l’ancien temps et fane les peintures pour ne laisser que les pierres nues.

Inertie passée

Peur de l’échec lors de l’ultime combat électoral, incapacité à répondre aux attentes d’un Monde nouveau et de ceux qui le composent, incapacité encore à affronter les défis sociaux ou économiques qui se font jour et qui ont été en partie créés par l’inertie passée, voilà autant de raisons qui poussent une large partie du personnel politique français à se retirer du jeu. Certains crieront victoire, d’autres préféreront se taire. Mais, prenons garde, la nouvelle génération, sera elle aussi un jour confrontée à l’inadéquation de ses solutions face aux exigences des temps qui viendront. Et à eux aussi, se posera la question du retrait de la vie politique. Aujourd’hui, éditorialistes et journalistes commentent avec force et acuité le départ de cette génération politique vers d’autres destinées avec le sentiment qu’elle laisse derrière elle un travail mal abouti et une tâche inachevée. La dureté des changements qui agitent l’Europe et le Monde ont été trop puissants et surtout mal anticipés par une génération encore trop ancrée dans des réflexes, des mentalités et des méthodes datant du XXème siècle. Et aujourd’hui, une question se pose : la nouvelle génération est-elle vraiment celle que le XXIème siècle exige et appelle ?

Donald Trump avance à vue…

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Sous l’outrance de Donald Trump, se cache une présidence condamnée à naviguer à vue dans la surenchère populiste et un horizon très mal défini.

Un mois après son entrée en fonction, le Président américain multiplie outrances et provocations. Mais cette attitude, fruit d’un populisme prégnant, illustre une absence de vision globale et une progression à vue dans un monde politique national et international qui lui est inconnu, progression qui interroge sur sa présence au sommet de l’Etat.

Combien de temps Donald Trump pourra-t-il rester président des Etats-Unis ? La question pourrait paraître loufoque mais l’est-elle réellement ? Voilà près d’un mois que le nouveau président est en fonction et chaque jour amène son lot de surprises, généralement, au mieux surprenantes, au pire dramatiques. Pour n’en citer qu’une, de décret anti-immigration qui a été intelligemment bloqué par la justice américaine (lire article sur huffingtonpost.fr : Donald Trump renonce à faire appel contre le blocage de son décret anti-immigration) Maigre consolation certes mais consolation quand même de voir le tycoon renvoyé dans ses cordes. Pour autant, la présidence de Donald Trump ne s’arrête pas au lendemain du camouflet infligé par la justice américaine au locataire de la Maison Blanche. Et il à craindre que les années qui s’annoncent soient pires que les quatre semaines écoulées. D’où la question initiale : combien de temps pourra-t-il rester président des Etats-Unis. Si la contestation reste forte sur le sol américain et si à peine 39% des citoyens américains avouent encore lui accorder leur confiance Donald Trump est encore là. Et il est fort à parier que ce ne sont pas quelques manifestations ou des sondages révélateurs qui vont le déstabiliser.

Faiblesse et vacuité

En revanche, une accumulation d’erreurs tant sur le plan intérieur que sur le plan extérieur pourrait amener à s’interroger sur la pertinence de sa présence au sommet de l’Etat. A titre d’exemple, les propos tenus suite à l’entrevue avec Benyamin Netanyahou hypothéquant l’idée de deux états, un israëlien, un palestinien, n’ont pas manqué d’interloquer les partisans de la paix et la communauté internationale. Donald Trump, président en campagne permanente, car conscient de son absence de vision globale pour les Etas-Unis (ou bien si approximative), de la faiblesse de son discours et de la vacuité de son programme, est ainsi condamné à naviguer à vue, au gré des attentes de son électorat mais au risque de commettre et de multiplier les erreurs. Ses relations orageuses et délétères avec les médias américains, dont l’aura dépasse largement celle des médias européens, pourraient elles aussi se révéler comme un énième détonateur. Pris les filets d’un populisme outrancier qui lui a permis d’accéder à la présidence, Donald Trump est désormais obligé d’avancer dans la surenchère. Mais même cette surenchère permanente, cette capacité à promettre toujours plus, a des limites. Le refus de la justice américaine de valider le décret anti-immigration a été un coup de semonce. Les quatre années qui s’annoncent, tant du point de vue Démocrate que du point de vue Républicains, se présentent comme un chemin de croix, qui plus est semé d’embûches, si le magnat de l’immobilier (qui ne s’est d’ailleurs toujours pas départi des habits qui siéent à la fonction) devait continuer de multiplier provocations et errances.

Sottise et Damoclès

Une procédure de destitution (impeachment) pourrait alors être envisagée mais reste à en définir le motif et pour que le Congrès prouve que les actes du Président ont mis la nation américaine en danger est loin d’être une sinécure. Mais répétons-le, seule une avalanche d’erreurs lourdes aux conséquences qui le seraient tout autant pour la nation américaine pourrait être à l’origine de la destitution de Donald Trump. Or, l’homme, aussi vulgaire et grossier qu’il puisse paraître, n’est pas un sot, et pourrait, sentant l’épée de Damoclès peser sur sa tête, radicalement changer de posture et de discours, fût-ce au prix de se couper de son électorat de base mais tout en conservant le soutien timide, mais soutien malgré tout, des Républicains. Pour l’heure, Donald Trump semble agir à sa guise, dirigeant le pays au gré d’une inspiration populiste, goûtant au pouvoir comme à une friandise au parfum jusqu’alors inconnu de ses sens. Et s’il semble aimer le dit pouvoir, tout laisse cependant à penser que Donald Trump n’y paraît pas spécialement attaché au vu de ses décisions ou de ses déclarations. La présidence des Etats-Unis se serait-elle alors qu’un jeu, un dépaysement oisif ? Si tel est le cas, Etats-Unis et Monde sont très mal embarqués. Dans les cas contraire,….Etats-Unis et Monde sont aussi mal embarqués car imaginer l’existence d’une forme de cohérence, de raison et de rationalité dans le trumpisme serait le signe de l’abandon de principes et de fondements universaux qui, tant bien que mal, parvenaient encore à structurer le Monde, principes et fondement que Donald Trump foule allègrement du pied.

Le Front National condamné ?

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Et si Le Front National était condamné ? Une défaite de Marine Le Pen lors de l’élection présidentielle accréditerait l’hypothèse.

Exposé à de profondes lignes de fractures internes tues au nom des échéances électorales à venir, le Front National pourrait assister à une érosion de son électorat si les tenants de la ligne dure incarnée par Marion Maréchal-Le Pen s’emparaient du parti après la défaite de Marine Le Pen. Explications.

Depuis des mois, politologues, instituts de sondages et journalistes reconnaissent en Marine Le Pen l’un des deux finalistes de l’élection présidentielle devant se tenir au printemps. Tant et si bien que la question n’est plus de savoir si la présidente du Front National sera au second tour mais plutôt qui elle devra y affronter. S’il est encore trop tôt pour le dire, il n’est pas interdit de s’interroger en revanche sur les maux internes qui rongent aussi le Front National. Le parti de Marine Le Pen, qui se présente comme exemplaire et soudé, en contraste patent avec l’ensemble des partis qui animent l’échiquier politique français, est pourtant loin d’être un parangon de perfection et d’exemplarité. Passons sur l’emploi d’attachés parlementaires au sein du groupe élu au Parlement européen et qui in fine travaillent pour le compte du parti dans son siège parisien, loin de toutes préoccupations européennes, et attardons-nous sur les fractures qui déchirent le parti. Deux lignes s’opposent aujourd’hui au sein du Front National et leur affrontement larvé pourrait être à l’origine, en cas de défaite à l’élection présidentielle de Marine Le Pen, de l’éviction de cette dernière. Deux lignes donc : une souverainiste teintée d’un pseudo vernis social incarnée par Marine Le Pen et Florian Philippot ; une identitaire raciste, violente et revendiquée (même si la ligne de Marine Le Pen le reste aussi) incarnée par Marion Maréchal-Le Pen.

Conserver son aura

La seule représentante du Front National au sein de l’Assemblée nationale (Gilbert Collard est rattaché au Rassemblement Bleu Marine) ne cache ni ses intentions ni ses envies quant à prendre la succession de sa tante qui aurait alors bien du mal à conserver son aura si la ligne officielle devait être désavouée. Marine Le Pen, qui a pour l’heure contenue la contestation en interne au nom de l’unité, du culte du chef et de potentielle victoire en mai 2017, sait que ces jours seront politiquement comptés si elle échouait aux portes de l’Elysée. Cette contestation, emmenée par la petite-fille du fondateur, en guerre contre le mentor de Marine Le Pen, Florian Philippot, pourrait rebattre les cartes au sein même du parti pour s’avérer finalement salvateur pour la démocratie et le jeu politique français. Une explication s’impose. Les efforts engagés par Marine Le Pen et Florian Philippot afin de dédiaboliser le Front National, afin de lui conférer les atours d’un parti politique ancré dans les valeurs de la République ont permis au parti de séduire nombre d’électeurs aveugles ou dépités (et ce pour nombre de raisons), tournés désormais vers le Front national. Cette stratégie, évidente pour qui veut bien la voir, cache naturellement les vrais objectifs du Front National qui s’est donc vu contraint, en vue d’accéder au pouvoir d’adoucir son propos pour élargir sa base électorale. Jusqu’à présent, il semble que la tactique fonctionne au grand dam des tenants de la ligne dure du parti. Mais cette tactique, qui pourrait réussir car il convient d’en avoir conscience en dépit de l’aspect xénophobe et de la vacuité économique du programme défendu (lire l’article sur lesechos.fr : Front national : un projet économique inconséquent ) , est aussi un piège pour la démocratie et les citoyens qui l’anime car elle fait entrer le Front National dans un champ politique jugé comme acceptable. Ainsi, le Front National par un programme prétendument adouci, banaliserait racisme et xénophobie au nom d’un intérêt général à géométrie variable. Et ne parlons même pas ici des conséquences économiques qui en découleraient !

Front National en régression

En revanche, l’échec de Marine Le Pen à l’élection présidentielle, sonnerait le glas de la ligne souverainiste défendue et ouvrirait la porte aux tenants de la ligne historique du Front National. Et en quoi serait-ce, (la prudence s’impose en la la matière) une bonne nouvelle ? Et bien, en reprenant son héritage historique, ses habits de parti ouvertement raciste et xénophobe, le Front National régresserait dans l’opinion, décrédibilisé par un discours ultra-nationaliste en tous points et pourrait alors retrouver les scores électoraux qui ont prévalu pendant de nombreuses années, soit entre 15% et 19% de l’électorat. C’est déjà trop en conviennent tous les démocrates de ce pays mais c’est déjà moins que les 25% à 30% que les sondages annoncent. En avançant masqué, le Front National a su séduire des couches sociales fragiles, perméables à la facilité d’un discours politique pétri de sophisme et d’idées préconçus, désorientant un électorat jusqu’alors prêt à se tourner vers des formations politiques aux valeurs républicaines affirmées. Et c’est là que se cache le vrai danger du Front National, la banalisation de l’extrémisme sous des atours pseudos et faussement républicains. En avançant, à visage découvert, le Front National cristallisera contre lui un puissant courant républicain et démocratique, courant qui le dépassera pour l’enfermer à terme  dans un cercle d’influence restreint. Faut-il donc espérer le pire des discours pour voir le Front National enfin reculer dans le paysage politique français ?  Chacun apportera sa réponse à cette question. Mais la défaite de Marine Le Pen à l’élection présidentielle couperait court, malgré elle, aux ambitions de la fille du fondateur tout en renvoyant le Front National à son fondement naturel, incompatible avec l’idée de République et de démocratie, valeurs auxquelles les Français sont attachés.

François Fillon et la bonne question

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Le cas Fillon pose aujourd’hui la nécessité de clarifier le fléchage des fonds alloués aux deux assemblées. Crédit photo : Rémi Jouan

Si la position de François Fillon est devenue aussi incompréhensible qu’intenable, elle n’interdit pas de s’interroger sur la nécessaire refonte du système de fonctionnement des assemblées et du fléchage des fonds qui leur sont alloués.

Ce qui ressemble désormais à une forme d’entêtement de la part de François Fillon ne nourrirait-il pas, d’une certaine manière, la suspicion et l’opprobre qui entoure la classe politique française et ce depuis de nombreuses années ? Passée la question, reste à apporter une réponse qui ne sera qu’un fragment de réflexion parmi tant d’autres éléments qui ont amené les hommes et les femmes politiques français à être regardés et considérés avec méfiance. Ainsi, en persistant à vouloir se présenter à l’élection présidentielle, François Fillon donne l’image, dans une opinion plus que méfiante et déjà convaincue de sa culpabilité, d’un homme accroché à son statut et aux avantages, passés ou à venir, que ses différentes fonctions ont pu ou pourraient potentiellement, lui apporter. Nous l’explicitions la semaine dernière sur ce même support, François Fillon est attaché aux atours du pouvoirs considérant que ces derniers sont des attributs normaux aux fonctions remplies. Certes ce point de vue peut se défendre mais le notable de Sablé-sur-Sarthe est certainement un des rares à le dire avec autant de véhémence (ou le laisser penser avec autant de force) quand d’autres, tout en considérant la même chose, essaient de faire preuve de plus de discrétion.

Exemplaire et grisé

Cet entêtement, devenu incompréhensible, notamment au lendemain des ultimes révélations de Médiapart (voir article sur mediapart.fr: Argent public détourné au Sénat: les chèques secrets de François Fillon), renforce dans l’opinion l’idée que l’homme se juge, soit au-dessus des lois d’un pays qui prohibe certaines pratiques dont il s’est rendu coupable sans la moindre vergogne, soit réellement encore innocent et victime d’une cabale (dont l’origine ne se situe peut-être pas nécessairement à gauche de l’échiquier politique). Mais dans les deux cas, la situation est devenue quasiment intenable. L’homme qui se présentait comme un parangon de vertu et d’honnêteté morale, fustigeant à demi-mot dans ses discours le bling-bling ravageur de Nicolas Sarkozy, qui prônait l’exemplarité comme ligne de conduite a oublié que les deniers publics, si chèrement acquis par la collectivité via l’Etat, se devaient de servir à la dite collectivité et non à satisfaire des velléités d’ordre privées. D’aucuns jugeraient cette attitude méprisante envers les contribuables français à qui François Fillon, dans son programme électoral, demandent encore plus d’effort. L’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy serait-il déconnecté de la réalité au point de penser et croire que les fonds publics peuvent être dépensés sans contrôle ? Vu la situation qui prévaut aujourd’hui, on peut le penser. Comme d’autres, François Fillon s’est laissé grisé par le pouvoir et ses attributs, confondant implication politique et implication personnelle. Car si la politique est devenu un métier rémunéré par l’Etat, il ne s’agit pas d’un métier pratiqué dans le secteur privé mais bien dans le secteur public ce qui suppose, à tout le moins, une surveillance particulière des fonds alloués et utilisés.

L’arbre qui cache la forêt

Dire que l’homme a profité d’un certain laxisme en matière de contrôle n’est pas interdit non plus. Ce qui ne l’exonère en rien des fautes commises, si fautes il y a eu. Certes, François Fillon est aujourd’hui pris dans les mailles du filet mais rien ne dit que d’autres ne tomberont pas non plus pour des faits similaires ou approchant. A ce jour, il semble que la campagne du janséniste sarthois touche à sa fin sans avoir réellement commencé, tuée dans l’oeuf par un passé dispendieux. Certes l’enquête diligentée permettra de faire toute la lumière sur cette affaire mais peu importe le résultat. Car si François Fillon devait être blanchi des soupçons pesant sur lui, c’est alors le temps qui lui manquerait pour redorer son blason face à des candidats bien lancés. Dans le cas contraire, c’en serait fini de la carrière politique de François Fillon mais amènerait une nécessaire et impérieuse refonte du fonctionnement des assemblées. Sauf à vouloir que le cas Fillon reste l’arbre qui cache la forêt.

François Fillon et le contre-emploi

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Chantre de l’ascèse politique, François Fillon est pris au piège de pratiques certes courantes mais dangereuses pour qui prône l’exemplarité.

L’affaire d’emploi fictif qui touche François Fillon renvoie à des pratiques longtemps tues en raison de conditions économiques favorables. Mais quand croissance faible et chômage de masse exaspèrent les Français, cooptation et népotisme sont jugés inacceptables.

Si l’affaire n’en était pas pathétique, elle en serait vaudevilesque. Labiche et Feydeau n’auraient pas mieux écrits ! C’est dire ! Imaginez donc ! Un mari ambitieux, une épouse dépensière et cooptée, des amis (très) jaloux et des ennemis prêts à tout pour avoir la peau, tout comme les amis d’ailleurs, de l’ambitieux mari. Seulement là, point de portes qui claquent ou de répliques hilarantes. Non ! Rien de tout cela. Ainsi, après avoir damé le pion à tous ses concurrents, opérant une folle remontée avant la Primaire de la Droite et du Centre alors que tout le monde le jugeait moribond pour au final l’emporter haut la main, l’homme se trouve embringué dans une sale et vilaine affaire de détournement de fonds publics (voir article sur mediapart.fr: François Fillon a bénéficié de fonds publics détournés au Sénat) et d’emploi fictif. Lui l’ascèse de la politique, le janséniste de la Sarthe qui prônait l’exemplarité a pratiqué la cooptation la plus banale certes, mais la plus dangereuse car elle s’est appuyée sur des fonds publics et a propulsé son épouse Pénélope dans une fonction dont beaucoup interrogent la substance. Dans le privé, l’on aurait appelé ça un abus de bien social mais là, à l’heure où les Français, et à raison, demandent, voire exigent, transparence et honnêteté, le premier d’entre eux, du moins celui qui s’en réclame, est pris par la patrouille.

Normale et classique

Des raisons expliquent cette attitude qui semble pourtant si naturelle à François Fillon. D’abord parce que le candidat à la présidentielle appartient à une génération d’hommes politiques qui considèrent que le pouvoir appelle des avantages et que ces derniers sont naturels et évidents, que profiter, concrètement, de voitures et de chauffeurs attitrés n’a rien d’anormal car les responsabilités remplies et assumées le méritent largement. Alors employer son épouse en qualité d’attaché parlementaire n’a rien de si choquant, la chose serait même considérée comme normale et classique. Et c’est là que François Fillon se trompe. L’opinion a changé et le Monde avec lui. Le faste des Trente Glorieuses où les hommes politiques pouvaient vivre sur les recettes générées par le dynamisme économique est révolu. Les Français d’alors toléraient, car ils ne le voyaient pas, ces pratiques où cooptation et népotisme allaient bon train dans l’opacité la plus totale. Ces mêmes Français, embarqués dans le train de la croissance, qui s’enrichissaient en même temps que le pays et ceux qui le gouvernaient, acceptaient une situation ambiguë car rien n’atteignait leur confort. Or, le discours de François Fillon, discours prônant rigueur et privations, ne rime pas avec des pratiques où l’argent et le pouvoir semblent vivre et grandir dans un univers à part, ouvert à une poignée de privilégiés. C’est l’erreur commise, celle de croire que les Français ne regardaient pas les pratiques de leurs dirigeants. A l’heure des réseaux sociaux, d’un internet omniprésent et de lanceurs d’alerte sur le qui-vive, ces pratiques ne sont plus possibles si tant est qu’elles fussent un jour acceptables. Car la question n’est pas de savoir s’il est répréhensible d’employer son épouse ou ses enfants, ses neveux ou ses cousins, mais il risqué de le cacher et de s’en défendre. François Fillon aura beaucoup de mal à convaincre de son honnêteté et de sa probité morales car en faisant profiter son épouse d’un emploi qui aurait pu (dû?) revenir à un ou une autre, il a franchi la limite de la confiance potentielle que certains pouvaient lui accorder. L’ambitieux aura beaucoup de mal à se relever de ce coup violent et inattendu auquel il ne s’attendait pas et pour cause : il n’y a jamais vu un quelconque problème. Naïveté ? Condescendance ? Mépris des règles et de ceux qui ne pourront jamais intégrer ces castes privilégiées ? Peut-être les trois. Et c’est là in fine que réside le drame de cette farce grotesque qui pourrait hypothéquer son avenir.

Donald Trump, d’une Amérique à l’autre

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Donald Trump incarne une Amérique baignée de télé-réalité, de culte de l’argent et de xénophobie, loin de celle que Barack Obama pensait présider.

L’investiture de Donald Trump a consacré un homme, produit d’une société américaine baignée de médiocrité et de xénophobie latente et rampante. Mais l’émergence de cet homme, n’est-elle pas le fruit de nos erreurs. Explications.

Le voilà donc officiellement investi président des Etats-Unis d’Amérique. Donald Trump a prêté serment le 20 janvier dernier sur la Bible, la même que celle sur laquelle Georges Washington, premier Président de la jeune nation d’alors avait lui aussi prêté serment il y a plus de deux cents ans. Quel contraste ! Le père de la nation qui, dans l’Histoire, fait face au tycoon de l’immobilier !(voir l’article sur lepoint.fr: Donald Trump : une investiture pas comme les autres) Vue de l’extérieur, en Europe et en France, cette investiture reste pourtant encore surréaliste tant le personnage contraste avec l’image et l’idée que l’on peut se faire (en bien ou en mal) de la première démocratie du monde, en tous cas présentée comme telle. Car l’élection de Trump interroge encore et ce pour longtemps. Comment cet homme, avec tout ce qu’il incarne, a-t-il pu accéder à la fonction suprême ? L’on peine à trouver de vraies raisons ou un ensemble d’explications plausibles. Les politologues s’y essaient et s’y emploient en définissant un faisceau de conjonctions mais sans arriver aux motivations réelles. Parmi ces raisons, il en est peut-être une qui se dégage plus que les autres et que nous avons feint de ne pas percevoir afin, encore une fois, de ne pas affronter nos responsabilités. La présidence de Barack Obama a caché, à son corps défendant, une forme de déliquescence de la société américaine, d’une part tout du moins, blessée par la crise financière et économique de 2008. Mais si l’explication économique peut prévaloir, elle n’est pas la seule. Loin s’en faut. Beaucoup ont évoqué une forme d’élitisation de la vie politique américaine, d’une caste déconnectée de la réalité sociale.

Médiocrité et aridité intellectuelle

C’est peut-être vrai mais cette explication reste à confirmer, et les sociologues s’y emploieront. Plus simplement : Donald Trump n’est-il pas simplement le reflet d’une Amérique obsédée par l’argent et la réussite sociale et économique, braillarde et revendicative, peu cultivée et peu encline à le devenir, aride intellectuellement, nourrissant une paranoïa croissante, persuadée que l’isolationnisme défendu par le nouveau président est une clef de la réussite et de la grandeur à retrouver ? Cet homme, milliardaire sulfureux, héro de la télé-réalité via laquelle il promeut sa carrière et des valeurs morales où l’argent et l’individualisme font florès, n’a-t-il pas simplement donné à une partie du peuple américain ce que celui-ci attendait mais surtout ce que ce dernier est seulement capable de comprendre et d’absorber ? Finalement, Donald Trump ne serait-il pas le produit d’une Amérique brutale, abreuvée de séries télévisées manichéennes et absurdes, où la culture et l’ouverture au Monde sont vécues comme des agressions ? Il n’est pas interdit de le penser tout comme il n’est pas interdit de penser qu’en Europe, il existe aussi des franges de populations sensibles à ces discours faciles et à cette prolifération de contenus médiatiques faibles et limitées en tous points. Trump incarne ainsi l’aboutissement d’une société superficielle, pétrie d’individualisme, de déresponsabilisation et de médiocrité. Le mot est lâché. Sans peine convenons-en mais au moins a-t-il le mérite de résumer l’état de nos sociétés contemporaines.

Abandon collectif

Pour autant, cette médiocrité, tant décriée et à raison, ne serait-elle pas non plus le résultat d’une forme d’abandon collectif, d’un renoncement devant certains discours, certaines pratiques. Déplorer l’arrivée de Trump au pouvoir est certainement louable tant le personnage n’inspire que doute, crainte et parfois dégoût. Mais ne sommes-nous pas aussi responsables, certes en premier lieu le peuple américain, (mais dans un monde globalisé nous défausser serait lâche et facile) de l’émergence de tel personnage ? N’est-ce pas la médiocrité et la vulgarité qui ont occupé et colonisé un espace abandonné par la culture et le savoir, par l’humanisme et la pensée ? Il n’est pas, à nouveau, interdit de le croire. Dénoncer Trump ne résoudra en rien le problème qu’il pose : Sommes-nous capables d’admettre que nous avons échoué à créer un monde où culture, savoir, connaissance, partage, générosité prévaudraient sur l’individualisme, le culte de l’argent et de la réussite. Interrogeons-nous : Trump n’est-il pas notre mauvais génie, notre côté obscur (les fans de Stars Wars apprécieront) ? Inutile de battre notre coulpe ad lib cependant. Donald Trump est là et il est le résultat des failles et des erreurs de nos modèles sociétaux (comme peut l’être Vladimir Poutine bien que d’autres facteurs expliquent aussi son émergence). Il revient donc à nos sociétés de créer un nouvel espace de pensée, un espèce de contre-trumpisme, à même de générer autre chose que ce qui hante notre quotidien. La tâche est immense et planétaire. Mais elle vaut le coup ! Non ?!