Coupables d’inertie

spirale
Enfermé dans une spirale sans fin, le monde occidental se refuse encore à admettre que le Monde a changé et que les modèles d’antan sont révolus.

L’inertie dans laquelle s’enlise aujourd’hui les peuples occidentaux est révélatrice de l’incapacité et de la peur de ces mêmes peuples à générer des modèles sociétaux pérennes face à l’échec du libéralisme et du néo-keynésianisme. Et certains de se tourner vers un passé fantasmé pour construire l’avenir.

Voilà un étrange et indéfinissable sentiment qui se dégage d’Europe et d’Occident depuis quelques temps. Tout a commencé au printemps avec la montée de l’extrême droite autrichienne, puis le Brexit britannique, le mouvement s’est ensuite amplifié avec l’élection de Donald Trump, s’est accéléré avec la Primaire de la Droite et du Centre en France, pour s’achever (peut-être !) avec la démission de Matteo Renzi, le président du Conseil italien qui avait lié son destin au résultat du référendum portant sur la réforme constitutionnelle proposée par son Gouvernement. Quel point commun entre tous ces événements qui, pris individuellement, ne semblent pas avoir de lien direct ? Et pourtant à y regarder de plus près, tous témoignent de la volonté des peuples concernés de préserver un certain statu-quo fait d’inertie et d’immobilisme (comme en Italie) ou de plébisciter un vrai retour à une sorte de conservatisme social et économique qui, pour résumer, pourrait se traduire par une forme de retour en arrière politique et social. L’élection présidentielle autrichienne annulée en avril dernier et qui avait porté un candidat d’extrême droite en tête des suffrages n’était que le prémisse d’une vague de mécontentent alors jugée exceptionnelle mais qui est devenue aujourd’hui une lame de fond, voire une norme. La sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne avait confirmé ce scepticisme envers des politiques publiques intégratrices au sein d’ensemble dépassant le cadre national et ce à la faveur de mouvements souverainistes plus ou moins affirmés, le succès de François Fillon lors de la Primaire de la Droite et du Centre illustrant cette tendance. Et que dire de l’accession de Donald Trump à la présidence américaine.

Peur et échec

Mais passé ce constat, il convient de se pencher sur les raisons qui poussent certains peuples à dire non à l’évolution qui leur est proposée (mais dont ils oublient aussi qu’ils en sont aussi des acteurs), évolution qui visiblement ne les contente pas. La crise financière puis économique de 2008 (dont les effets se font encore cruellement sentir) a jeté aux yeux de la population mondiale des réalités multiples (sociales, économiques, politiques,..) ignorées jusqu’alors pour des questions de confort et de veulerie généralisée. Aujourd’hui, alors que l’Europe peine à s’extraire de ce marasme économique (hormis l’Allemagne certes mais le pays traverse d’autres crises qu’il devra résoudre aussi), beaucoup imaginent qu’un retour à une époque révolue et fantasmée de prospérité économique permettra de résoudre les maux actuels. Pourquoi pas ? Voilà une orientation politique qui se défend au regard de l’incapacité de la social-démocratie à avancer des solutions pérennes et viables. (voir l’article sur slate.fr :  Le renoncement de François Hollande ou la social-démocratie épuisée) Mais l’ancien fera-t-il mieux que le moderne ? Le libéralisme a échoué et l’extrémisme politique mort-né est incapable d’assumer les complexités sociétales. Alors se pose une nouvelle question. Pouvons-nous continuer à vivre dans la peur du lendemain que traduit ce repli ? Il faudra tôt ou tard, que les Européens et de manière plus large le monde occidental qui a très largement profité des bienfaits de la croissance mondiale, acceptent de passer au XXIème siècle. Aussi, l’impression qui se dégage aujourd’hui est-elle celle d’un ensemble de peuples qui n’a pas encore réalisé qu’il était en 2016 et non plus en 1999, que le XXIème siècle est là, et que le XXème était révolu. Bref ! Que le Monde a changé ! Est-il concevable en 2016 de raisonner comme nous le faisions en 1950 ?

Inertie globalisée

D’aucuns en riraient et railleraient cette question mais, dans le même temps, compterions nous parmi les moqueurs des individus effrayés par demain et qui tairaient leurs angoisses. La valse des gouvernements ou de dirigeants politiques pourtant établis a été interprétée comme la volonté des peuples d’en finir avec une certaine classe politique jugée inapte à résoudre les maux actuels. Là encore, l’interprétation (c’est sa faiblesse structurelle) est contestable car celles et ceux qui ont été choisis ou qui pourraient potentiellement l’être sont déjà aguerris à la joute et à la pratique politique. Il ne s’agit en rien de débutants et tous sont issus des rangs de ceux qui ont été remerciés. Aussi, assistons-nous à une forme d’inertie globalisée qui, sous couvert de modernité, recycle d’anciennes méthodes en les présentant comme modernes et efficaces. In fine, un double constat s’impose : l’échec des modèles libéraux et néo-keynésiens associé à celui d’une incapacité chronique à nous réinventer à travers de nouvelles sociétés, d’où le plébiscite accordé aux anciennes recettes car faute de mieux, d’imagination et de courage.

2 réflexions sur “Coupables d’inertie

  1. Bonjour Olivier,
    Je ne peux m’empêcher de partager votre sentiment, mais ne supportant justement pas l’immobilisme, j’ai essayé de proposer quelque chose qui me parait cohérent, micro-exemple de ce qui pourrait peut-être être répliqué à l’infini, avec variantes et adaptations suivant le contexte, bien sûr, que je prends plaisir à imaginer corrodant et substituant progressivement, telles métastases, le système inviable actuel. On peut rêver !!!
    Ce projet se veut indépendant de la classification gauche/droite…focalisant simplement la satisfaction des nécessités humaines et humanistes dans le moment technologique et environnemental actuel.
    C’est téléchargeable en FR à partir de ma page en construction (manque de temps et compétences joints) à http://www.permafloresta.com . Merci d’y donner un coup d’oeil et si possible me faire part de vos objections…qui m’intéressent évidemment bien plus que des « likes ».
    Bien cordialement,
    Robert Dotta

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    1. Bonjour,
      C’est avec beaucoup de retard que je réponds à votre message.
      Naturellement, je vous remercie pour le commentaire posé et je ne manquerai pas de me rendre sur votre site afin, comme demandé, de vous faire part de mes objections et remarques qui n’ont rien de définitives et qui ne sont évidemment que subjectives.
      Je vous souhaite une très bonne année 2017.
      Bien à vous,
      Olivier Longhi

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