Tout pour la France…Ben voyons !

NC
Pour quelles raisons, l’ancien chef de l’Etat est candidat ? projet politique ou affront à réparer ?

En se présentant comme candidat à l’élection présidentielle via son ouvrage Tout pour la France, Nicolas Sarkozy lève un secret de Polichinelle. Mais que cache vraiment cette candidature : un vrai projet politique ou un honneur blessé à réparer ?

Il est donc candidat. Secret de Polichinelle qui a parcouru depuis mai 2012 les rangs de toute la classe politique française. Donc point de surprise à cela. Mais si être candidat est une chose, être élu en est une autre. Et à ce jour Nicolas Sarkozy prépare le terrain et se répand de discours radicaux en diatribes quasi-incendiaires sur les menaces potentielles que l’Islam fait peser sur la France et plus largement l’Europe. L’ancien chef de l’Etat, conscient que son élection ne se jouera jamais à gauche ou au centre gauche, va donc chasser sur les terres du Front National, conscient à nouveau et selon ses propres termes que « Marine Le Pen a touché son plafond de verre. » Il ne lui reste donc qu’à rafler la mise de ces électeurs tombés dans l’escarcelle de l’extrémisme droitier. La tactique n’est pas nouvelle, le discours non plus à part qu’il est singulièrement plus dur que par le passé. Peu importe d’ailleurs pour Nicolas Sarkozy qui votera pour lui. Si la surenchère démagogique et extrémiste peu servir : Et bien soit qu’elle serve ! Et au diable les principes, les approximations ou les amalgames fumeux sur le burkini ! Ceci en dit long sur les motivations de Nicolas Sarkozy à vouloir reconquérir l’Elysée. Lui évoque une gauche tétanisée face au terrorisme, incapable de prendre à bras le corps le problème islamiste (et passons sur l’incapacité économique vilipendée). Il est vrai que les thèmes de campagne pour discréditer François Hollande et son action se réduisent. La question économique, précisément celle de l’emploi (voir article sur lesechos.fr : Le chômage repart à la baisse en juillet ) loin d’être naturellement réglée loin s’en faut, n’est peut-être plus la question centrale même si elle pèse et pèsera encore très lourd dans le débat à venir.

Défaite et humiliation

Alors Nicolas Sarkozy s’est saisi de la question de l’identité nationale, histoire de montrer qu’il est un homme de droite, convaincu que l’ordre et la sanction sont les seules solutions aux questions terroristes actuelles. C’est un parti pris auquel il croit mais un parti pris qui vaut outil de campagne comme a valu outil le « travailler plus pour gagner plus » ou la croisade anti 35 heures,….Car tout ces thèmes de campagne ne sont en définitive que des prétextes, sous couvert de programme politique et présidentiel, appuyé par un livre Tout pour la France, qui cachent une réalité tout autre et qui renvoie l’ancien président au soir de sa défaite électorale en mai 2012. Vécue comme un affront et une humiliation, cette défaite n’a jamais été acceptée ou digérée par Nicolas Sarkozy. Pétri d’un ego sur-dimensionné que même ses plus fidèles lieutenants ont dénoncé et parmi eux Xavier Bertrand (voir article sur le huffingtonpost.fr : Xavier Bertrand sur Nicolas Sarkozy: « qui est-ce qu’il aime, à part lui? »), l’ancien président de la République n’a jamais supporté d’avoir été évincé du pouvoir, lui qui se considérait comme l’élu et l’Elu. Qui plus est battu par un adversaire jugé inoffensif comme François Hollande qui piétinait à hauteur de 3% d’intentions de vote en janvier 2011. Cet affront, en tous cas considéré comme tel, doit, pour Nicolas Sarkozy, être lavé et conjuré par une autre victoire à l’élection présidentielle. L’ancien chef de l’Etat donne ainsi le sentiment d’être le seul à pouvoir incarner et user du pouvoir, que tout autre ne serait qu’un imposteur. Il est certain que l’homme entend mettre en pratique ses convictions. Mais il sait aussi que l’exercice du pouvoir exige compromis et renoncements et que tout programme ne peut être pleinement accompli.

Remplir les urnes

La tentative de séduction et de ralliement des électeurs du Front National n’a que pour seule vocation de remplir les urnes, ce qui n’empêche pas Nicolas Sarkozy de vouloir réformer le droit du sol ou le regroupement familial et de tout faire, arrivé à l’Elysée, pour y parvenir. D’abord parce que convaincu d’avoir raison, enseuite parce que tenu électoralement et politiquement. Pour autant, ouvrons une parenthèse, la digression de Nicolas Sarkozy sur le droit du sol et le regroupement familial n’est en rien la solution pour endiguer le terrorisme : les événements l’ont prouvé puisque les terroristes incriminés étaient soit français, soit résidents réguliers, soit issus de l’Union européenne. Il s’agit donc d’un terrorisme endogène et non exogène généré par de multiples facteurs sociaux et intellectuels, loin des ressorts du regroupement familial ou du droit du sol. Reste donc à savoir où se dissimule la part de sincérité politique dans son discours, dans quelle mesure se dispute-t-elle avec sa volonté de revanche et un égocentrisme démesuré ? Car la ficelle est grosse, vraiment grosse. Qui l’avalera ?

Alep ou Rio ? Question de priorité.

Explosions
Bombardée depuis cinq ans, Alep est devenue la ville martyre symbole du conflit syrien.

Si la figure hébétée de Omrane symbolise l’horreur d’une guerre sans fin, elle incarne aussi l’inertie lâche et coupable d’Occidentaux qui veulent éviter tout engagement massif afin de préserver des intérêts que eux seuls semblent comprendre ou maîtriser.

Pendant que, devant nos télévisions à écran plat et haute définition, certains d’entre nous comptent les médailles remportées par tel ou tel pays au cours des épreuves olympiques, des enfants, des hommes et des femmes, sont purement et simplement massacrés sous les bombes de l’armée loyaliste syrienne, secondée dans sa tâche par son allié russe, et ce au prétexte de lutter contre la rébellion. La photo de Omrane, recouvert de poussière et de sang, le regard perdu et hébété, a certes ému l’opinion mondiale et européenne mais visiblement pas assez pour perturber la grand messe sportive. Il est vrai que les Jeux Olympiques, ses droits de retransmission pharaoniques et le sort des athlètes dopés, ou non, pèsent naturellement et évidemment plus que le sort des populations syriennes martyrisées par l’armée de Bachar El Assad ou par les sbires sanguinaires de l’Etat islamique. Passons sur les responsabilités dont se défaussent tour à tour l’administration américaine, elle préoccupée par la prochaine élection présidentielle, et le Kremlin, pressé de rendre la Russie l’aura internationale (à défaut d’en avoir les territoires) qu’avait en sont temps l’Union soviétique. Et l’Europe dans tout ça ? Comme à leur habitude, les Européens attendent, sondent, réfléchissent et analysent la situation syrienne au point d’en être devenu des experts reconnus. Mais comme à son habitude, l’Europe se dérobe et se défausse. Encore une fois, au nom de mille prétextes, alors que la crise syrienne a, et aura, des effets durables sur la politique extérieure et intérieure de l’Union européenne, l’Europe s’enlise dans l’inertie coupable de la la plus noire et la plus basse des lâchetés. Combien d’enfants comme Omrane devront-ils encore être brutalisés ou tués pour enfin agir ? « Mais nous n’allons pas partir en guerre contre la Syrie ?! » s’écrieraient les plus frileux d’entre nous. Qu’ils se rassurent !  La solution du conflit syrien n’est pas militaire mais diplomatique et géopolitique.

Le calice du cynisme

Europe, Turquie, Russie, Etats-Unis et Syrie naturellement sont au coeur d’une tourmente qu’il convient vite de régler au risque de voir les tensions sous-jacentes existants entre Europe et Russie, Russie et Etats-Unis, Europe et Turquie prendre des formes plus officielles et dangereuses. Nous évoquions plus haut la lâcheté européenne, (l’administration américaine n’est pas nécessairement plus courageuse car les renoncements de Barack Obama sur la question syrienne ont été nombreux), d’autres parleraient de peur, peu importe à vrai dire. Ce qui est certains c’est qu’à force d’empiler les victoires à la Pyrrhus et de boire le calice du cynisme jusqu’à la lie, nous préparons une déflagradation bien plus meurtrière que celle qui ravage la Syrie aujourd’hui. Car que craignons nous ? Les représailles de la Russie. Lesquelles ? Militaires, économiques,… ? Vladimir Poutine a certainement plus besoin du reste du monde aujourd’hui que nous n’avons besoin de la Russie. La Turquie ? Entre coup d’Etat manqué et menaces sur la gestion des réfugiés, Recep Erdogan sait que, en dépit d’un rapprochement de façade avec la Russie, sa marge de manœuvre reste étroite. L’homme fort d’Istamboul tient à la conserver s’il veut voir un jour la Turquie entrer dans l’Union européenne. Quant à la Syrie, l’état général du pays fait voler en éclat toutes menaces potentielles. Vladimir Poutine, allié de Bachar El Assad, sait aussi que cette alliance est aujourd’hui condamnée et vouée à l’échec, ne reposant que sur la présence historique russe (via le port de Tartous qui offre à la Russie une porte d’entée sur la Méditerranée) dans un pays exsangue. Une fois le clan Assad déchu, Moscou devra renégocier sa présence et son alliance. Mais, à cejour, le Kremlin n’y tient pas spécialement d’où son soutien actuel au régime syrien.

Force et intelligence

Et si d’un point de vue diplomatique, la région est devenue une forme de Balkans moderne, il conviendrait d’une part d’en prendre conscience, et d’autre part de se remémorer (en cette période de commémoration de la Première Guerre mondiale) comment les tensions balkaniques s’étaient conclues…Alors, par un jeu d’alliances complexes, le Monde avait basculé dans le chaos. Naturellement, de telles crise ne se résolvent pas d’un coup de baguette magique, mais, alors que l’Union européenne traverse une profonde crise de croissance et d’identité, elle a là l’occasion de faire valoir avec force et intelligence sa prestance internationale en tenant tête aux acteurs officiels et officieux de ce conflit et en travaillant sans relâche à la reprise d’une solution négociée. A moins, qu’elle ne préfère continuer à regarder les Jeux Olympiques à la télévision, celle là même où l’image de Omrane a été diffusée. Question de priorité…Car il est, semble-t-il, plus que temps désormais de faire taire les intérêts de chacun et ce à la faveur d’un pays et d’un peuple à l’agonie.

Un principe de justice

Marteau justice
Quelle portée peuvent avoir les peines prononcées à l’endroit de nonagénaires ou de centenaires à l’existence déjà révolue ?

Le jugement et la condamnation des anciens sbires nazis partage la communauté des historiens quant à la pertinence de telles actions au regard de l’âge des individus. Mais pourquoi ne pas orienter la réflexion de la pertinence sur la nécessité pour un Etat de se construire et de se grandir via des procès de principe ?

La question a récemment refait surface. Et bien qu’elle n’ait jamais été réellement réglée (comment le pourrait-elle d’ailleurs), celle-ci s’avère au fil des ans toujours plus difficile à appréhender. Faut-il donc juger et condamner les anciens criminels nazis, pour la plupart des restants nonagénaires ou centaines cernés de rides aussi profondes que les atrocités dont ils ont été les complices ou les bourreaux ? (Voir l’article sur geopolis.fr  Allemagne: pourquoi des procès d’anciens nazis aussi tardifs) Plusieurs points de vue se confrontent et renvoient les sociétés aux prises avec ces débats à des références d’ordre judiciaire naturellement mais aussi philosophique et humaine au sens strict du terme. Pourquoi la question est-elle donc si épineuse ? D’abord en raison de l’âge des faits, plus de soixante dix ans, ce qui fait des accusés des hommes et des femmes aujourd’hui au crépuscule de leur vie mais d’une vie menée jusque là sans encombre, sans être inquiété et sans, on ose à peine le croire, le moindre remords ou l’once d’un regret. Devant nous des personnes extrêmement âgées qui appréhendent difficilement en raison de cet âge avancé la réalité contemporaine et les injonctions que celle-ci leur fixe, à savoir : Expliquez vous sur ce que vous avez fait pendant ces années noires ? Pourquoi ?

Force et privation

Entre perte de mémoire, sénilité, maladie, ou parfois mauvaise foi, l’Histoire a entre les mains de biens piètres et médiocres sujets dont il sera très compliqué d’obtenir quelque chose, ou si peu que cela relèvera du détail au mieux. Pour autant, l’âge et les années effacent-t-ils les crimes commis, et en l’état, les excusent-ils ? Non naturellement. Ce qui a été commis, l’a été et pour les survivants ou les descendants, il apparaît légitime et impérieux de juger ces criminels. (Voir l’article sur liberation.fr:  Nazis, l’inhumanité à perpétuité) A juste titre, les partisans du jugement font valoir l’imprescriptibilité de certains actes et la nécessité de condamner les coupables. Les condamner à la prison est donc la réponse judiciaire et pénale à apporter, c’est en tous cas celle qui est généralement apportée. Mais la force d’une condamnation à la prison, sa portée réside dans sa capacité à priver un homme de liberté pendant une période donnée de son existence, période dont il est défait pour commettre soit d’autres méfaits et donc exposer la société à un danger potentiel, soit pour mener une existence citoyenne ordinaire. Ce temps à vivre lui est donc ôté. Il en souffre car ces ambitions, ses projets, ses rêves ou autres sont suspendus ou annihilés. C’est le prix à payer fixé par la société pour expier les fautes commises avec l’espoir que la dimension juridico-mystique de la peine, qui prend tout son sens dans l’expression purger sa peine, soit appréhendée par le condamné. En voilà pour la théorie, mais dans les faits, de quoi allons-nous priver un nonagénaire ou un centenaire en l’envoyant en prison en 2016 ? A pas grand chose malheureusement.

Retrouver la dignité perdue

Est-ce à dire qu’il faut alors les juger sans les condamner ou à les laisser en liberté en dépit de leur condamnation ? C’est là que nous entrons dans le champ philosophique de la question. Une société a-t-elle le droit de bafouer la justice dûe à certains de ses membres au motif que les coupables sont trop âgés pour être condamnés ? Il n’est pas question ici d’apporter une réponse qui se traduirait par oui ou par non. Le procédé serait trop brutal et manichéen et renverrait aux coupables une image ternie et affaiblie des institutions qui les jugent alors que celles-ci se veulent dignes, exemplaires et réfléchies. Nulle compromission de la sorte n’est audible en la matière. En revanche, l’Histoire peut venir en aide à la philosophie pour essayer d’apporter une réponse crédible, valable et susceptible de traverser le temps car basée sur le principe et non sur l’instinct. Ainsi, si une nation se construit grâce à son passé, elle se construit aussi sur son présent, sur l’analyse juste et pertinente des forces et des tensions qui la traversent. Parallèlement, la grandeur d’un peuple et de la nation qu’il compose se mesure aussi à sa capacité à honorer la mémoire des disparus ou de survivants en leur rendant la justice qui leur revient et la dignité qu’ils ont perdu. Eriger le seul droit n’est donc peut-être pas suffisant face à ces criminels de guerre coupables de crimes contre l’humanité qui, pour employer une formule convenue « n’ont plus rien à perdre », et pour qui une condamnation ne sera qu’un simple détour presque insignifiant vers une mort toute proche. Mais associer le droit avec la grandeur, digne et froide d’un peuple, suffisamment sage et mature pour regarder son passé dans les yeux et ne pas appliquer la loi du talion, renvoie le criminel à ce qu’il est pour, à terme, l’exclure du champ citoyen. Voilà peut-être une sentence pire que les autres : celle qui pousse l’individu à être nié par la société dans laquelle il a vécu jusqu’alors. Point d’oubli mais un ostracisme tel que ne se perpétuera dans l’Histoire qu’une image noire et négative de sa personne.

Prêts pour un autre monde ?

Young_Galaxy_Accreting_Material.jpgSi la question de l’unicité de l’être humain dans l’Univers est un sujet récurrent aux réponses diverses, le débat sur la capacité de l’humanité à s’adapter à la découverte d’une civilisation ou d’un monde inconnus reste peu abordée. Elle est pourtant fondamentale et oriente aussi la recherche.

Le débat est ancien. Il passionne car il se pose à la frontière de l’imaginaire, de la science fiction et de la réalité. Pourtant, il ne s’agit pas ici d’y apporter une réponse, mais il n’est pas interdit de s’interroger sur sa finalité. Donc, sommes-nous seuls dans l’Univers ? Les réponses des astronomes divergent, s’opposent, se confrontent mais pour l’heure personne ne s’est manifesté à nous et force est de constater que nous n’avons rien trouvé qui ressemble à une forme de vie quelle qu’elle puisse être. C’est ballot ! ( voir  l’article sur Slate.fr : Arrêtons de nous demander si nous sommes seuls dans l’univers) Quelle excitation, quels bouleversements cependant si nous devions un jour trouver une forme de vie, qui plus est intelligente et d’une intelligence égale à la nôtre. D’ailleurs, c’est peut-être là que notre raisonnement présente une faiblesse. Explication. L’Homme dans sa quête espère trouver une forme de vie qui, dans le meilleurs des cas, lui ressemblerait et serait animée des mêmes sentiments que lui : pacifisme, découverte de l’autre,… Mais si d’aventure, nous trouvions des êtres dénués de ce type de sentiments ? Que faire ? Rompre tous contacts ? La question se pose. Si cet hypothétique monde nouveau n’était pétri que d’agressivité, de violence, de rapports sociaux où seule prime la soumission et l’autorité ? Que de regrets ne nourririons nous pas en s’accablant jour après jour d’avoir ouvert la boîte de Pandore. Car nous ne devons pas exclure que les formes de vie qui se développent (ou se sont développées) quelque part dans l’Univers, sont peut-être plus intelligentes que nous et plus avancées que nous ! Bref ! Qu’elles nous sont supérieures en tous points. Le postulat qui prévaut aujourd’hui de manière tacite dans la communauté scientifique est que si une civilisation ou une forme de vie existaient en étant dotées de moyens comparables aux nôtres, elles chercheraient, ou aurait cherché, à entrer en contact avec nous.

Pourquoi entrer en contact ?

Et pourquoi ? Au nom de quoi ? La question renvoie à une conception philosophique empreinte d’un certain dogmatisme caractéristique de l’être humain. Penser comme Protagoras (Vers -490 ; -420), que l‘Homme est mesure de toute chose est en la matière, un peu excessif voire inadapté. Rien ne dit en effet que ces mondes lointains, fussent-ils également développés, aient envie de communiquer, a fortiori, avec nous. Rien ne dit qu’ils sont animés des mêmes velléités, des mêmes sentiments et peut-être se moquent-ils royalement de nous ou du reste de l’Univers. Il n’est pas exclu que ce monde lointain nous regarde avec mépris en se demandant pourquoi nous nous agitons de la sorte ? Pourquoi imaginer, pétris d’ethnocentrisme exacerbé, que nous sommes le mètre étalon de la réflexion cosmologique ? Quelle prétention et quelle vanité ! Mais en corollaire, étant donné que nous n’avons trouvé aucune civilisation ou monde susceptible de se prêter à la comparaison. Il existe peut-être des civilisations perdues ou pas dans l’Univers, qui connaissent ou pas notre existence, et qui vivent finalement peut-être très bien sans nous. Car honnêtement, si demain matin, une des sondes lancées comme une bouteille à la mer détectait une vie, si un radio-télescope captait une onde inconnue artificielle, que ferions nous ? (Voir l’article sur le huffingtonpost.fr : L’étoile KIC 8462852 qui passionne scientifiques et fans d’extraterrestre est de plus en plus bizarre) Sommes-nous réellement prêts à cela et aux changements induits ? Et si qui plus est, nous découvrions un monde brutal et agressif ? Sans compter les possibles velléités de conquête que le monde en question pourrait nourrir. A la fin des années soixante-dix, le réalisateur américain Ridley Scott avait imaginé dans le film Alien – Le huitième passager (1979) la découverte de vie extra-terrestre par un groupe d’humains totalement démunis face à ce qu’ils allaient trouver. Certes, ce n’était qu’un film. Mais nous en sommes aujourd’hui à ce point : aucunement préparé.

Négligence et danger

Notre propension à croire que nous trouverons moins ou également intelligent nous induit en erreur au point d’occulter qu’il existe peut-être des mondes différents, animés de ressorts éthiques (s’ils en ont) opposés aux nôtres. Car en négligeant le degré d’avancement de ce qui existe ailleurs, nous faisons preuve d’une suffisance et d’une fatuité qui pourraient, potentiellement, se retourner contre nous. Tant que les découvertes se bornent à identifier trois bactéries esseulées dans un bouillon de culture biologique où elles survivent à grand peine sur une exoplanète au nom imprononçable, il n’y a pas grand chose à craindre ou à espérer. En revanche, si d’aventure une forme de vie élaborée se manifestait ou était découverte, nombre de nos certitudes (morales, philosophiques, sociales, éthiques,…) pourraient s’en trouver bouleversées. Certes, le principe de la recherche scientifique est de bousculer l’ordre établi. Sans elle, l’Homme n’aurait pas flotté dans l’espace, n’aurait pas marché sur la Lune et ne s’apprêterait pas à aller sur Mars. Mais étions, en l’état, seuls. On ne sait pas ce que l’on trouvera sur Mars. Vraisemblablement rien. Est-ce grave ? Nul ne le sait. Peu importe à vrai dire. La réalité est autre : nous ne savons pas ce que nous trouverons un jour dans l’Univers ; nous ne sommes pas nécessairement prêts à assumer ce que nous identifierons. Reste à s’y préparer. A moins que nous n’ayons disparu avant d’avoir trouvé.

Penser à la Terre, c’est penser à l’Homme

Ours polaire
L’éco-système végétal et animal figure parmi les premières victimes du réchauffement.

Alors que le réchauffement climatique s’avère chaque jour plus évident, les conséquences à long terme semblent éludées par l’immense majorité. Pourtant, celles-ci risquent d’engendrer de profondes mutations sociales, humaines et idéologiques inéluctables.

-« Y avons nous réellement pensé ? »

-« A quoi ? »

-« Au réchauffement climatique ! Plus exactement à ces conséquences ! »

Silence interdit, voire inquiet entre les deux protagonistes de cette conversation imaginaire mais qui a certainement, ou sera très certainement, un jour tenue. Car, honnêtement, rares parmi nous, sont ceux à y avoir songé. Il est vrai que la notion de climat, de réchauffement et de conséquences engendrées échappent à nombre d’entre nous. Et pour cause : elles nous apparaissent tellement lointaines que nous n’y prêtons qu’une attention discrète et polie. Un glacier qui fond, des mers dont le niveau augmente, des ouragans et des tornades à répétition ou des hivers qui ressemblent à des printemps pluvieux (dans l’hémisphère nord pour ces derniers)…Tout cela nous interpelle mais ne nous émeut pas spécialement surtout en période estivale. Les sujets graves, c’est pour l’hiver. Alors, prenons un peu d’avance (l’hiver c’est dans quatre mois) afin de ne pas être en retard pour une fois sur le vent de l’Histoire. Que suppose le changement climatique ? A terme (et le terme se rapproche de jour en jour), cela signifie une modification de l’agriculture (celle qui nous nourrit), de nos économies basées sur l’utilisation des matières fossiles (responsables en partie des gaz à effets de serre) et de bien d’autres activités.

Guerre et misère

Mais le réchauffement sera aussi à l’origine de changements idéologiques et humains que nous ne soupçonnons pas encore mais qui seront incontournables. Ainsi, est-il courant aujourd’hui d’entendre pousser des cris d’orfraies horrifiées devant l’arrivée de réfugiés fuyant (et on les comprend) la guerre ou la misère, les deux étant parfois associées. Passons sur les cris d’orfraies qui n’ont aucun fondement et renvoient à de dangereuses considérations politiques promptes à prospérer odieusement sur la détresse des réfugiés et l’ignorance de ceux qui limitent leur réflexion au seul maintien de leur confort. Interrogeons-nous plutôt sur ce que sera le Monde dans vingt ou trente ans quand les effets du réchauffement (ou d’un autre phénomène naturel d’ordre climatique ou non) auront bouleversé ou seront en train de bouleverser nos univers. Comment verrons-nous (ou comment serons-nous vus!?) celles et ceux qui seront chassés de chez eux en raison de la montée des eaux, de séismes à répétition, d’augmentation de la température rendant impossible toute agriculture ou toute survie basique. La question se pose et a fait naître une notion : celle de réfugiés climatiques. Pour l’heure, peu d’entre nous y sont sensibilisés car l’Europe et l’hémisphère nord ont été relativement protégées. Mais rien ne dit que cela durera ! Nous évoquions en préambule les changements idéologiques et humains induits par le réchauffement climatique. En voilà un. Mais il faudra l’envisager de manière beaucoup plus ample, beaucoup plus large et lui donner une essence juridique non pas nationale mais mondiale. L’Organisation des Nations Unies s’y est déjà penchée, et ce dès 2009, mais devra certainement pousser plus avant ses travaux devant l’urgence qui s’annonce. (voir : Réfugiés climatiques)

Le Monde bouge

Car l’Homme doit aujourd’hui comprendre que le Monde tel qu’il le connaît n’est ni figé, ni abouti, ni arrêté. L’Homme a (sauf exception) une conception du Monde à l’échelle de son existence biologique propre, oubliant que nos ancêtres ont eux aussi été surpris par les évolutions climatiques et géographiques. Prenons un exemple simple. Ainsi dans l’histoire des migrations, les Hommes passaient de l’actuelle Russie à l’Alaska (qui ne portaient pas encore ces noms précis) via une langue de terre qui unissait deux plaques tectoniques appelées aujourd’hui plaque eurasienne et américaine. Puis les deux continents ont commencé à s’éloigner pour à terme être totalement séparées par ce que l’on nomme aujourd’hui le Détroit de Béring. Mais quel rapport avec les statut de réfugié climatique !? Il met simplement en évidence que notre Monde physique, bouge et vit indépendamment de nous même si existent des facteurs démultiplicateurs (comme les émissions de CO2). Il en va de même avec le climat. Et que poussée par la réalité physique et climatique, l’Humanité devra s’adapter à ces changements en repensant ses rapports à l’autre, en révolutionnant ses modes de pensées en excluant une vision individualiste de l’avenir au profit d’une vision globale et collective. Dresser des barrières aux frontières ou limiter l’accès d’un pays à des réfugiés n’est qu’une réponse ponctuelle, administrative, bornée et limitée à un problème qui s’accroîtra inexorablement. Le réchauffement, ou le refroidissement, entraînera famine, tensions sociales, guerres et misère. Ce macabre cocktail a déjà commencé ses ravages et le nier revient à se désintéresser de l’avenir collectif et donc de l’Humanité.

L’Union sacrée enfin ?

Union sacrée
Le drame de Saint-Etienne de Rouvray peut-il ouvrir la voie aux prémisses de l’Union sacrée ?

La disparition du Prêtre Jacques Hamel a provoqué une vague d’émotions qui a bouleversé monde catholique et musulman. Et si les rapprochements issus de cette tragédie annonçaient les prémisses d’une Union sacrée où s’associent vivre-ensemble et acceptation de l’autre ?

Point de cynisme dans ces premières lignes. Loin s’en faut. Mais seulement une interrogation teintée d’espoir. Ainsi, devant la multiplication des rassemblements inter-religieux qui ont ponctué le dimanche 31 juillet dernier, où fidèles musulmans se sont rendus nombreux dans les églises pour honorer la mémoire du Père Jacques Hamel, une question émerge. (Voir aussi lemonde.fr :  L’archevêque de Rouen salue « ses frères musulmans venus comme bâtisseurs de paix » ) Et si la fameuse Union sacrée (véritablement sacrée en l’espèce) que Président de la République et Gouvernement appellent de leurs vœux sans jamais réellement être entendus avait commencé à prendre forme là ? Et si la tragique disparition du curé de Saint-Etienne de Rouvray avait servi de déclencheur à une prise de conscience collective que le vivre ensemble n’était pas seulement une notion abstraite jetée sur le papier ? Nous évoquions en préambule un procès en cynisme mais la mort de ce prêtre discret et reconnu pour sa bonté a soudainement réveillé les consciences, poussé dans la rue des hommes et des femmes certes horrifiés par la fin barbare de cet homme de foi mais aussi des hommes et des femmes qui ont réalisé qu’ils vivaient ensemble dans un même pays soumis aux mêmes agresseurs. Communauté d’esprit face à une menace certes universelle mais qui en France prend un caractère inédit, ne serions nous pas en présence d’une forme d’ouverture inédite des esprits ? Une explication s’impose.

Voile de méfiance

Face à l’acte barbare commis par les deux meurtriers, des Français de confessions différentes se retrouvent et s’associent sur la place publique et dans les lieux de culte catholiques pour faire part de leur émotion. Mais au-delà de leurs confessions respectives, tous se sentent issus du même pays, de la même communauté : celle que la République et la démocratie ont façonné depuis des années. Comme si la religion de chacun n’avait in fine qu’une valeur secondaire, presque accessoire devant la multiplication des attentats et des victimes qui en résultent. L’Union sacrée donc, que nombre d’hommes et femmes politiques ont balayé d’un revers de main au profit de basses ambitions politiques, semble se dessiner non pas sous l’égide de l’élite politique gouvernante mais de manière plus simple et prosaïque : au sein même de la population française, naturelle et instinctive, voire grégaire. La mort du Père Hamel, toutes précautions prises naturellement, a comme soulevé le voile de la méfiance qui s’était abattu sur l’Islam et ses fidèles lorsque ces derniers conscients (bien qu’ils l’aient toujours été et affirmer le contraire serait ouvrir un procès injuste et polémique) des dérives commises par certains au nom de la religion musulmane ont simplement redit et répété : « Stop ! L’Islam n’est pas ce que les terroristes veulent imposer au monde ! L’Islam n’est pas synonyme de violence, de guerre ou de barbarie ! » N’y-a-t-il pas là en filigrane une forme de laïcité à la française ? Un peuple, pétri de confessions diverses, qui les dépasse pour dire d’une seule et même voix non à la terreur indépendamment de leurs croyances personnelles. La dynamique d’ouverture des lieux de cultes, quels qu’ils soient, doit absolument se poursuivre pour de multiples raisons et d’abord pour celle de la compréhension de l’autre et de sa confession. Cette dynamique annihilera les ressorts de l’ignorance et de l’obscurantisme, lèvera le voile de méfiance qui entoure, à tort, le culte musulman. Alors, une fois cette démarche accomplie, une fois les ambitions de l’Islam de France comprises, les non-musulmans, croyants ou pas, regarderont et comprendront que le monde musulman n’est pas nourri de vengeance et de haine. Mais cette démarche ne doit pas être à sens unique, le monde chrétien, athées et agnostiques, baignés de suspicion doivent aller vers l’Islam et ne pas adopter une position passive. C’est aussi ainsi que se crée une communauté d’esprit autour de valeurs communes qui dépassent la sphère de la religion et de la croyance quelque soit son origine : Par l’ouverture et la compréhension de l’autre. Pas autrement.

Qui pour assumer ?

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La Promenade des Anglais à Nice, théâtre de l’attentat du 14 juillet.

La polémique née au lendemain de l’attentat de Nice sur les possibles dysfonctionnements au sein des forces de l’ordre le 14 juillet révèle la fébrilité croissante des pouvoirs publics en matière de sécurité collective mais aussi la difficulté, avouée ou non, d’assumer des erreurs potentielles aux conséquences politiques lourdes.

La cabale qui se noue depuis plusieurs jours autour de la prétendue intervention d’un fonctionnaire du Ministère de l’Intérieur au lendemain des attentats de Nice et ce afin d’influencer le rapport faisant état des événements survenus le 14 juillet dernier sur la promenade des Anglais, témoigne, à son échelle d’une fébrilité croissante au sein des Pouvoirs publics en charge de la sécurité collective. Car, de deux choses l’une : soit la Police nationale était absente; soit elle ne l’était pas. Certes à ce jour, présente ou pas, des Niçois et d’autres pleurent des disparus et les polémiques actuelles ne font que salir leur douleur et la mémoire des disparus. Pour autant, se pose déjà la question, fatale et incontournable, de la responsabilité. Car devant la succession d’attentats, le nombre de morts qui s’allonge et le risque désormais permanent de se retrouver pris au piège de la mort, l’opinion publique attend légitimement des réponses qui doivent provenir, et uniquement, de l’Etat ou de ses représentations élues ou désignées. En la matière, police (nationale et municipale), gendarmerie et forces armées mobilisées concentrent tous les regards et pour cause : ils incarnent, par leur présence et leur action, la réponse attendue. Cependant, le constat est là : les efforts engagés ne suffisent pas, peur et inquiétude gagnent. Rien de plus normal en pareille situation. Mais cette peur et cette inquiétude ne pourraient-elles pas être, sinon éteintes, du moins véritablement jugulées, si les pouvoirs publics (Etat, Région, municipalité,…) assumaient pleinement leurs responsabilités plutôt que de perdre en viles et indécentes polémiques, en tous cas jugées comme telles au regard de la situation ? Assumer ne relèverait pas d’un fantastique exploit mais seulement d’agir au nom de ce pour quoi ont été élus ou désignés les pouvoirs en charge de la sécurité collective.

Se défausser sur un tiers

Que signifie ici assumer ? Reconnaître humblement et publiquement, s’il y en a eu, de possibles erreurs. Naturellement, et il s’agit là d’un sentiment humain, la faute expose et affaiblit celui qui la commet et le pécheur, cherchera toujours, consciemment ou inconsciemment, à se défausser sur une tierce personne ou à atténuer son implication. Parfum de lâcheté inhérent à la nature humaine. Mais lorsque quatre-vingt-quatre personnes sont fauchées par un terroriste, d’autres blessées, peut-il être encore question de lâcheté inavouée ? A quoi assiste-t-on aujourd’hui : Une fonctionnaire municipale, Sandra Bertin, qui accuse le Ministère de l’Intérieur d’avoir diligenté à ses côtés un pressant émissaire afin de modifier le rapport dressé après l’attentat et ce pour dédouaner les potentiels dysfonctionnements de la Police nationale ; un président de Conseil régional, adjoint au maire de Nice, Christian Estrosi (absent lors des réunions préparatoires au 14 juillet) et qui attise la polémique articulée autour du laxisme prétendue des forces de l’ordre, et un Ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, qui nie en bloc toute intervention de son ministère. (Voir aussi : Après l’attentat à Nice, la polémique sur la sécurité se politise davantage En savoir plus sur : http://www.lemonde.fr) Il n’y a là rien de glorieux qui puisse redorer le blason d’une classe politique à l’image sérieusement écornée et à l’aura limitée. Au contraire, se renforce dans l’idée de certains, peu enclins à la réflexion et aux raisonnements courts, que finalement toute cette polémique grossière, n’est que le fruit d’un jeu politique rôdé et éprouvé qui satisfait ces participants afin d’étouffer la question de la responsabilité.

Un fardeau lourd à porter

Mais au-delà de ces digressions de comptoirs, et devant cette avalanche d’impudeur et d’irrespect pour les disparus, se pose une question simple et basique : Qui, individuellement ou collectivement, pour assumer ? Le fardeau est très lourd à porter, si lourd que chacun tend à le repasser à son voisin, conscient que toute preuve de dysfonctionnement discréditerait à jamais un avenir ou un présent politique. Techniquement, l’Inspection générale de la Police nationale (IGPN) dira si oui ou non des erreurs ont été commises au sein des forces de l’ordre. Politiquement, le dit rapport sera source de réhabilitation pour le Ministère de l’Intérieur en cas de comportement adéquat des forces de l’ordre. Et la polémique s’éteindra. Dans le cas contraire, la cabale rebondira encore pour repartir de plus belle en cas de nouvel attentat. Mais la question de la responsabilité, de la capacité à assumer la dite responsabilité inhérente à tout pouvoir restera entière. Il va de soi qu’assumer les fautes passées, celles à venir, n’empêchera pas de nouveaux attentats mais au moins le sentiment de flottement et déréliction, parmi les pires ennemis dans un Etat de droit, s’atténuera-t-il, vaincu par l’idée que les pouvoirs publics maîtrisent au plus haut point possible la situation et que tout ce qui devait être fait a été fait.

La peur de l’inconnu

BougieL’attentat de Nice confirme la réalité d’un terrorisme polymorphe capable de muer face aux obstacles dressés devant lui. S’il n’est de réelle solution technique pour le combattre, vivre avec est aussi une forme de résistance et de résilience face à l’inconnue de la violence à venir.

Il fallait s’en douter. Après l’attentat de Nice survenu le 14 juillet dernier où quatre-vingt-quatre personnes ont perdu la vie, déclarations tapageuses et parfois erronées, visant à critiquer ou discréditer, la politique du Gouvernement en matière de lutte contre le terrorisme ont pollué le deuil et le recueillement auxquels familles de victimes et victimes avaient légitimement droit. Passé l’aspect facile, et de fait pathétique, de ces réactions qui n’apportent finalement aucune réelle solution (si encore elles en étaient porteuses elles gagneraient en légitimité) et qui participent plus au jeu politique qu’à une réelle approche réfléchie de la problématique terroriste, la question se pose désormais de savoir si les moyens déployés pour lutter contre le terrorisme suffisent. Il est évident que non et comment le pourraient-ils d’ailleurs ? Car il est d’abord impossible de placer derrière chacun d’entre nous ou derrière chaque individu qualifié de suspect un policier. D’ailleurs la suspicion ne vaut pas preuve et dans un Etat de droit, nous sommes tous innocents tant que notre culpabilité n’est pas prouvée, cela s’appelle la présomption d’innocence. Aussi, nous interrogions-nous, il y a de cela quelques jours, sur l’aspect polymorphe du terrorisme, sur sa capacité à muer au gré des événements et des obstacles qui se dressaient contre lui.

Bombe à fragmentation

Mohamed Lahouaiej Bouhlel a démontré combien cette phase de transformation était engagée et ce sans que nous puissions la contrôler, à défaut l’identifier. L’affaiblissement de Daesh sur le terrain militaire en Syrie et en Irak, les coups qui lui sont portés travaillent, proportionnellement et paradoxalement, à son renforcement loin de ses bases. L’éclatement du noyau dur a provoqué et provoquera à l’avenir de nouvelles secousses à l’image de celle qui a ensanglanté Nice. La diaspora terroriste, cette bombe à fragmentation qui n’en finit pas de semer la peur, ne fait malheureusement que commencer et il nous faudra apprendre à vivre avec cette menace permanente, cette épée de Damoclès qui planera sur nos têtes, menace capable de frapper partout, à tout moment et par des moyens inconnus jusque là, du moins non traditionnels. Dire que les politiques de lutte contre le terrorisme sont inefficaces est vrai mais revient à enfoncer des portes ouvertes. Répétons-le elles ne peuvent que l’être. Développer un ensemble de moyens est naturellement le bienvenu et le contraire serait criminel mais comment lutter contre un ennemi invisible, déterminé, au pouvoir fédérateur d’une puissance inouïe et qui se contentera, en les transformant en victoires idéologiques, de tous types d’actions criminelles ? Le combat qui s’est engagé au lendemain de l’attentat de Charlie Hebdo se poursuit via des moyens qui nous dépassent car, à nos yeux d’Occidentaux baignés de rationalisme cartésien, totalement déstructurés, aveugles, illogiques et sans historique factuel. Il n’est de pire ennemi que celui que l’on ne voit pas. Tomber dans la psychose qui nous pousserait à suspecter nos voisins de palier n’est cependant pas la bonne méthode car, à son tour et pour le coup, elle serait elle aussi totalement irrationnelle.

L’ignorance, la peur et le bonheur

Que faire ? Renforcer les moyens de la police et de la gendarmerie, ceux du renseignement intérieur et extérieur, intensifier la surveillance d’individus considérés comme potentiellement dangereux ? Utiles certes mais pas totalement, les événements de Nice l’ont montré. Pour reprendre les mots du Ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, « le risque zéro en matière de terrorisme n’existe pas ». Moyen par cette déclaration de se dédouaner ? Les plus cyniques et d’autres prêts à bondir sur l’occasion pour se faire valoir (à quelques mois de la prochaine élection présidentielle) l’argueront. La réalité est plus complexe au regard de la situation actuelle. Qui aurait pensé que Mohamed Lahouaiej Bouhlel sèmerait la mort ? Visiblement personne. Et visiblement d’être l’adverbe qui prend tout son sens. Car nous en voilà réduits à cette mortelle équation : qui au sein de la population française est capable de telles horreurs ? On ne le sait pas. Et si la mort, horrible et insupportable, a frappé à Nice, l’idée de ne pas savoir où elle frappera encore est elle tout aussi insupportable et anxiogène. Cela s’appelle la peur. Convient-il d’y céder ? Non évidemment. Mais il est tellement plus facile de le dire et de l’écrire ! Sentiment humain que celui d’avoir peur qu’il serait peu malin de reprocher à qui que ce soit et ce même s’il s’agit là de l’un des objectifs des terroristes en travaillant à la scission de la société française. Appeler à l’Union nationale ne suffira pas, la décrier non plus. Désormais, s’impose à nous un nouveau monde, fait de violence aveugle et irrationnelle, qui assombrira notre bonheur devenu aussi fugace qu’artificiel.

Une violence pour deux Amérique

Violence policeLes tensions raciales qui rongent la société américaine révèlent l’existence d’une fracture sociale où la violence, composante intrinsèque des Etats-Unis, travaille à l’exclusion de la communauté afro-américaine du champs citoyen.

Une fois encore les Américains font parler d’eux. Et si c’était en bien, ces quelques lignes n’auraient pas nécessairement lieu d’être. Mais devant les tensions sociales croissantes qui agitent le pays, il n’est pas inopportun de se pencher sur un malaise mainte fois décrit, maintes fois expliqué mais qui reste encore sans solution. Violente et manichéenne, l’Amérique est aujourd’hui, comme son histoire l’y a souvent amenée, confrontée à ses démons et à ses contradictions qu’elle n’arrive n’y à résoudre et pire, à assumer. Les manifestations censées dénoncer les atteintes aux droits civiques des afro-américains victimes de policiers trop zélés et prompts à dégainer leur arme comme les cow-boys de jadis ne sont jamais que l’illustration de la fracture depuis longtemps consommée et plus que jamais visible entre deux Amérique. Celle à qui Mohamed Ali voulait rendre sa dignité et sa place ; celle qui ne souhaite finalement pas que la société américaine fasse plus de place qu’elle n’en a à la communauté afro-américaine. Certes, les Etats-Unis sont dirigés par un homme noir mais qui n’est pas issu de la communauté noire historique.

Se complaire d’inégalités

Barack Obama aura dû tout au long de son mandat affronter cette faiblesse : être le président noir d’un pays dont il n’est pas historiquement issu. Ces adversaires, y compris ces partisans, le lui ont, pour les premiers souvent fait remarquer avec âpreté, les seconds avec une douce bienveillance mais le lui ont fait remarquer aussi. Et ceci explique peut-être la radicalité montante de ces manifestations légitimes car les manifestants qui les composent ne savent que trop bien qu’ils n’ont pas obligatoirement quelque chose à attendre d’Obama. L’autre facteur de tension qui consacre la fracture, du moins qui y travaille encore, c’est naturellement la campagne présidentielle de Donald Trump. L’homme qui multiplie les dérapages en tous genres, travaille à dessein ou pas (et si ce n’est pas le cas sa bêtise et son inconscience sont profondément dangereuses pour la nation américaine dans l’hypothèse où celui-ci accéderait à la Maison Blanche) au creusement de cette fracture entre l’Amérique noire et laborieuse et l’establishment blanc et soucieux de conservatisme social. Cette présentation pour le moins manichéenne, à l’image des Etats-Unis, et un peu caricaturale, n’a pour seule vocation que de mettre en abîme une société américaine qui se complaît d’inégalités refusant à certains de ses enfants d’être, tout simplement. Et cette violence endémique, constitutionnalisée par le droit dont chacun dispose dans certains états d’avoir une arme à feu, violence qui hante certains corps de police n’est pas prête de s’éteindre, de s’apaiser peut-être, mais guère plus. Car le conflit est une des composantes quasi-génétique de la société américaine. Le consensus républicain à la française qui prédomine dans l’Hexagone, certes discutable et discuté, n’est pas chose pensable aux Etats-Unis. Et pourtant, cette violence fascine et apeure les sociétés européennes. Il suffit pour cela, toute proportion gardée, de regarder les scores d’audience des séries américaines où prospèrent la violence gratuite. L’exemple vaut ce qu’il vaut mais illustre bien, de manière romancée et schématisée, les arcanes de la société américaine. Le bien se dispute avec le mal, et généralement le mal est noir et le bien….Stigmatisée par devers elle, la communauté afro-américaine est devenue, au gré de l’Histoire américaine, étrangère en son propre pays au point d’être l’objet des excès de la part des forces censées les protéger, à savoir la police. Ainsi, la première démocratie du monde est-elle, sous ses habits de grandeur, rongée de l’intérieur par des forces mues sous l’effet du racisme primaire et de la plus vile xénophobie. Difficile de voir là les atouts d’une grande démocratie sauf à relire l’histoire d’Athènes, mère de la démocratie certes mais sur des fondements ô combien inégalitaires. Pour l’heure, le constat est là : l’Amérique brûle des conséquences de ces erreurs passées. Preuve aussi que le gendarme du monde n’est peut-être pas la nation aussi éclairée et moderne quelle prétend être.

Savoir éviter le pire

Rassemblement_place_de_la_République_attentats_13_novembre_2015_3.jpgLa création d’une agence nationale de renseignement confirme la nécessité de coordonner les actions de prévention et de lutte contre le terrorisme. Mais une telle structure sera-t-elle capable d’anticiper les modes opératoires et les théâtres d’opération de terroristes cruellement imaginatifs et mobiles ?

Cruel hasard du calendrier, alors que la Commission d’enquête parlementaire se réunissait le 5 juillet pour essayer d’identifier les failles des services de renseignement ayant conduit aux attentats du 13 novembre 2015, Bagdad et Médine étaient à leur tour meurtries par deux violents attentats perpétrés par Daesh. La violence succédant à la violence, il semble ainsi que le Monde soit désormais, et pour longtemps, aux prises avec cette organisation terroriste d’envergure internationale capable de frapper, même blessée et amputée, là où bon lui semble. C’est d’ailleurs, malheureusement, une des principales forces de Daesh : Sa capacité à se déplacer, à semer la terreur sans que les protections dressées contre elle par les Etats ciblés ne parviennent à endiguer son action meurtrière. En France, devant les interrogations posées au lendemain du 13 novembre 2015, mais l’on peut aussi remonter à l’attentat de Charlie Hebdo en janvier de la même année voire à l’affaire Mohammed Merah, la commission d’enquête tout en pointant les défaillances du renseignement, s’est prononcée pour la création d’une agence nationale du renseignement qui coordonnerait l’ensemble des services antiterroristes, dont la DGSE (Direction générale de la surveillance extérieure)

Un phénomène polymorphe

L’idée est louable et s’avère pertinente car la désorganisation des services, le manque de coordination de la multiplicité des cellules ont conduit aux manquements que l’on connait et aux conséquences qui s’en sont suivies. Nul ne saurait donc blâmer cette initiative qui devra prendre corps rapidement à des fins d’efficacité. Pour autant, la création de cette agence, les moyens qui lui seront alloués, sa capacité à coordonner et intervenir en amont pour repérer au plus tôt le ou les individus susceptibles de représenter un danger pour la paix et le bien public, ne résout pas le problème du terrorisme en tant que tel. Comment le pourrait-elle d’ailleurs ? Ce n’est ni sa fonction ni sa vocation. Mais la question se pose, nous l’évoquions précédemment, devant la capacité du fléau terroriste et de ceux qui s’y engagent, à se muer et s’adapter aux obstacles qui sont dressés devant eux. Cette agence, louable répétons-le, sera certainement efficace mais pendant une durée donnée car le terrorisme n’est pas un phénomène abouti, cerné et circonscrit dans ses modes opératoires. Il s’agit au contraire d’un phénomène polymorphe, à multiples facettes, qui sait évoluer dans le temps dans une dimension presque darwinienne, se nourrissant de multiples terreaux sociaux où prédominent l’ennui, l’ignorance, la faiblesse, l’exclusion et le chômage de masse. Et le risque encouru est de voir non pas terrorisme et terroristes débordés et contraints par l’agence et pris de court dans leur volonté de nuire mais l’inverse : une agence obligée de s’adapter en permanence aux nouveaux modes d’action du terrorisme, des services à la traîne devant la maligne ingéniosité de terroristes cruellement imaginatifs. Voilà le pire des scenarii envisageables : Que le renseignement soit inféodé aux terroristes. D’ailleurs la création de cette agence n’en est-elle pas une forme d’expression ? Sans les attentats du 13 novembre, le statu quo prévaudrait. Certes, les techniques de renseignement se nourrissent aussi de l’évolution du terrorisme. Mais convient-il en la matière d’avoir un coup d’avance ou de retard ?

De Paris à Bagdad, de Médine à Fallouja

La guerre contre le terrorisme ne peut pas être imaginée ou conçue dans une logique de réaction mais uniquement d’action de prévention globale. Tout cela demande naturellement des moyens humains et financiers et renoncer partiellement ou retarder pour une durée indéfinie certaines actions susceptibles d’entraver l’évolution de la mouvance terroriste trahirait l’intérêt général de tous ceux qui en souffrent de Paris à Bagdad, de Médine à Fallouja, de Bruxelles à Dacca. Aussi, classer des individus S et les laisser errer sans surveillance particulière pour ensuite, les attentats accomplis, placer le pays en état d’urgence quasi permanent aurait un sens si tout ce qui aurait dû être fait pour prévenir les attentats en question l’avait été. L’état d’urgence ne peut être une réponse de secours et de circonstance à une situation qui dépasse les pouvoirs publics. Aussi, ce travail de recherche, à savoir comprendre les ressorts des terroristes, leurs motivations, leurs modes d’action, leurs réseaux et leur identification passe par le développement de politique de renseignement pertinente basée sur le terrain et une surveillance des réseaux sociaux, facteurs de mutation et de propagation du discours à finalité terroriste. Certes, la Démocratie, souvent menacée dans le Monde (sans pour autant être la seule) reste tiraillée, et c’est d’ailleurs son essence et sa grandeur, par la volonté de ne pas enfreindre les libertés individuelles. Il est cependant peu probable que la nouvelle agence en vienne à ce type d’extrémité mais prévenir le terrorisme et identifier les individus susceptibles de se rendre coupable d’actes criminels passera peut-être par certaines concessions. La dite agence n’en étant que la moindre.