La peur de l’inconnu

BougieL’attentat de Nice confirme la réalité d’un terrorisme polymorphe capable de muer face aux obstacles dressés devant lui. S’il n’est de réelle solution technique pour le combattre, vivre avec est aussi une forme de résistance et de résilience face à l’inconnue de la violence à venir.

Il fallait s’en douter. Après l’attentat de Nice survenu le 14 juillet dernier où quatre-vingt-quatre personnes ont perdu la vie, déclarations tapageuses et parfois erronées, visant à critiquer ou discréditer, la politique du Gouvernement en matière de lutte contre le terrorisme ont pollué le deuil et le recueillement auxquels familles de victimes et victimes avaient légitimement droit. Passé l’aspect facile, et de fait pathétique, de ces réactions qui n’apportent finalement aucune réelle solution (si encore elles en étaient porteuses elles gagneraient en légitimité) et qui participent plus au jeu politique qu’à une réelle approche réfléchie de la problématique terroriste, la question se pose désormais de savoir si les moyens déployés pour lutter contre le terrorisme suffisent. Il est évident que non et comment le pourraient-ils d’ailleurs ? Car il est d’abord impossible de placer derrière chacun d’entre nous ou derrière chaque individu qualifié de suspect un policier. D’ailleurs la suspicion ne vaut pas preuve et dans un Etat de droit, nous sommes tous innocents tant que notre culpabilité n’est pas prouvée, cela s’appelle la présomption d’innocence. Aussi, nous interrogions-nous, il y a de cela quelques jours, sur l’aspect polymorphe du terrorisme, sur sa capacité à muer au gré des événements et des obstacles qui se dressaient contre lui.

Bombe à fragmentation

Mohamed Lahouaiej Bouhlel a démontré combien cette phase de transformation était engagée et ce sans que nous puissions la contrôler, à défaut l’identifier. L’affaiblissement de Daesh sur le terrain militaire en Syrie et en Irak, les coups qui lui sont portés travaillent, proportionnellement et paradoxalement, à son renforcement loin de ses bases. L’éclatement du noyau dur a provoqué et provoquera à l’avenir de nouvelles secousses à l’image de celle qui a ensanglanté Nice. La diaspora terroriste, cette bombe à fragmentation qui n’en finit pas de semer la peur, ne fait malheureusement que commencer et il nous faudra apprendre à vivre avec cette menace permanente, cette épée de Damoclès qui planera sur nos têtes, menace capable de frapper partout, à tout moment et par des moyens inconnus jusque là, du moins non traditionnels. Dire que les politiques de lutte contre le terrorisme sont inefficaces est vrai mais revient à enfoncer des portes ouvertes. Répétons-le elles ne peuvent que l’être. Développer un ensemble de moyens est naturellement le bienvenu et le contraire serait criminel mais comment lutter contre un ennemi invisible, déterminé, au pouvoir fédérateur d’une puissance inouïe et qui se contentera, en les transformant en victoires idéologiques, de tous types d’actions criminelles ? Le combat qui s’est engagé au lendemain de l’attentat de Charlie Hebdo se poursuit via des moyens qui nous dépassent car, à nos yeux d’Occidentaux baignés de rationalisme cartésien, totalement déstructurés, aveugles, illogiques et sans historique factuel. Il n’est de pire ennemi que celui que l’on ne voit pas. Tomber dans la psychose qui nous pousserait à suspecter nos voisins de palier n’est cependant pas la bonne méthode car, à son tour et pour le coup, elle serait elle aussi totalement irrationnelle.

L’ignorance, la peur et le bonheur

Que faire ? Renforcer les moyens de la police et de la gendarmerie, ceux du renseignement intérieur et extérieur, intensifier la surveillance d’individus considérés comme potentiellement dangereux ? Utiles certes mais pas totalement, les événements de Nice l’ont montré. Pour reprendre les mots du Ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, « le risque zéro en matière de terrorisme n’existe pas ». Moyen par cette déclaration de se dédouaner ? Les plus cyniques et d’autres prêts à bondir sur l’occasion pour se faire valoir (à quelques mois de la prochaine élection présidentielle) l’argueront. La réalité est plus complexe au regard de la situation actuelle. Qui aurait pensé que Mohamed Lahouaiej Bouhlel sèmerait la mort ? Visiblement personne. Et visiblement d’être l’adverbe qui prend tout son sens. Car nous en voilà réduits à cette mortelle équation : qui au sein de la population française est capable de telles horreurs ? On ne le sait pas. Et si la mort, horrible et insupportable, a frappé à Nice, l’idée de ne pas savoir où elle frappera encore est elle tout aussi insupportable et anxiogène. Cela s’appelle la peur. Convient-il d’y céder ? Non évidemment. Mais il est tellement plus facile de le dire et de l’écrire ! Sentiment humain que celui d’avoir peur qu’il serait peu malin de reprocher à qui que ce soit et ce même s’il s’agit là de l’un des objectifs des terroristes en travaillant à la scission de la société française. Appeler à l’Union nationale ne suffira pas, la décrier non plus. Désormais, s’impose à nous un nouveau monde, fait de violence aveugle et irrationnelle, qui assombrira notre bonheur devenu aussi fugace qu’artificiel.

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