Alep ou Rio ? Question de priorité.

Explosions
Bombardée depuis cinq ans, Alep est devenue la ville martyre symbole du conflit syrien.

Si la figure hébétée de Omrane symbolise l’horreur d’une guerre sans fin, elle incarne aussi l’inertie lâche et coupable d’Occidentaux qui veulent éviter tout engagement massif afin de préserver des intérêts que eux seuls semblent comprendre ou maîtriser.

Pendant que, devant nos télévisions à écran plat et haute définition, certains d’entre nous comptent les médailles remportées par tel ou tel pays au cours des épreuves olympiques, des enfants, des hommes et des femmes, sont purement et simplement massacrés sous les bombes de l’armée loyaliste syrienne, secondée dans sa tâche par son allié russe, et ce au prétexte de lutter contre la rébellion. La photo de Omrane, recouvert de poussière et de sang, le regard perdu et hébété, a certes ému l’opinion mondiale et européenne mais visiblement pas assez pour perturber la grand messe sportive. Il est vrai que les Jeux Olympiques, ses droits de retransmission pharaoniques et le sort des athlètes dopés, ou non, pèsent naturellement et évidemment plus que le sort des populations syriennes martyrisées par l’armée de Bachar El Assad ou par les sbires sanguinaires de l’Etat islamique. Passons sur les responsabilités dont se défaussent tour à tour l’administration américaine, elle préoccupée par la prochaine élection présidentielle, et le Kremlin, pressé de rendre la Russie l’aura internationale (à défaut d’en avoir les territoires) qu’avait en sont temps l’Union soviétique. Et l’Europe dans tout ça ? Comme à leur habitude, les Européens attendent, sondent, réfléchissent et analysent la situation syrienne au point d’en être devenu des experts reconnus. Mais comme à son habitude, l’Europe se dérobe et se défausse. Encore une fois, au nom de mille prétextes, alors que la crise syrienne a, et aura, des effets durables sur la politique extérieure et intérieure de l’Union européenne, l’Europe s’enlise dans l’inertie coupable de la la plus noire et la plus basse des lâchetés. Combien d’enfants comme Omrane devront-ils encore être brutalisés ou tués pour enfin agir ? « Mais nous n’allons pas partir en guerre contre la Syrie ?! » s’écrieraient les plus frileux d’entre nous. Qu’ils se rassurent !  La solution du conflit syrien n’est pas militaire mais diplomatique et géopolitique.

Le calice du cynisme

Europe, Turquie, Russie, Etats-Unis et Syrie naturellement sont au coeur d’une tourmente qu’il convient vite de régler au risque de voir les tensions sous-jacentes existants entre Europe et Russie, Russie et Etats-Unis, Europe et Turquie prendre des formes plus officielles et dangereuses. Nous évoquions plus haut la lâcheté européenne, (l’administration américaine n’est pas nécessairement plus courageuse car les renoncements de Barack Obama sur la question syrienne ont été nombreux), d’autres parleraient de peur, peu importe à vrai dire. Ce qui est certains c’est qu’à force d’empiler les victoires à la Pyrrhus et de boire le calice du cynisme jusqu’à la lie, nous préparons une déflagradation bien plus meurtrière que celle qui ravage la Syrie aujourd’hui. Car que craignons nous ? Les représailles de la Russie. Lesquelles ? Militaires, économiques,… ? Vladimir Poutine a certainement plus besoin du reste du monde aujourd’hui que nous n’avons besoin de la Russie. La Turquie ? Entre coup d’Etat manqué et menaces sur la gestion des réfugiés, Recep Erdogan sait que, en dépit d’un rapprochement de façade avec la Russie, sa marge de manœuvre reste étroite. L’homme fort d’Istamboul tient à la conserver s’il veut voir un jour la Turquie entrer dans l’Union européenne. Quant à la Syrie, l’état général du pays fait voler en éclat toutes menaces potentielles. Vladimir Poutine, allié de Bachar El Assad, sait aussi que cette alliance est aujourd’hui condamnée et vouée à l’échec, ne reposant que sur la présence historique russe (via le port de Tartous qui offre à la Russie une porte d’entée sur la Méditerranée) dans un pays exsangue. Une fois le clan Assad déchu, Moscou devra renégocier sa présence et son alliance. Mais, à cejour, le Kremlin n’y tient pas spécialement d’où son soutien actuel au régime syrien.

Force et intelligence

Et si d’un point de vue diplomatique, la région est devenue une forme de Balkans moderne, il conviendrait d’une part d’en prendre conscience, et d’autre part de se remémorer (en cette période de commémoration de la Première Guerre mondiale) comment les tensions balkaniques s’étaient conclues…Alors, par un jeu d’alliances complexes, le Monde avait basculé dans le chaos. Naturellement, de telles crise ne se résolvent pas d’un coup de baguette magique, mais, alors que l’Union européenne traverse une profonde crise de croissance et d’identité, elle a là l’occasion de faire valoir avec force et intelligence sa prestance internationale en tenant tête aux acteurs officiels et officieux de ce conflit et en travaillant sans relâche à la reprise d’une solution négociée. A moins, qu’elle ne préfère continuer à regarder les Jeux Olympiques à la télévision, celle là même où l’image de Omrane a été diffusée. Question de priorité…Car il est, semble-t-il, plus que temps désormais de faire taire les intérêts de chacun et ce à la faveur d’un pays et d’un peuple à l’agonie.

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