Une violence pour deux Amérique

Violence policeLes tensions raciales qui rongent la société américaine révèlent l’existence d’une fracture sociale où la violence, composante intrinsèque des Etats-Unis, travaille à l’exclusion de la communauté afro-américaine du champs citoyen.

Une fois encore les Américains font parler d’eux. Et si c’était en bien, ces quelques lignes n’auraient pas nécessairement lieu d’être. Mais devant les tensions sociales croissantes qui agitent le pays, il n’est pas inopportun de se pencher sur un malaise mainte fois décrit, maintes fois expliqué mais qui reste encore sans solution. Violente et manichéenne, l’Amérique est aujourd’hui, comme son histoire l’y a souvent amenée, confrontée à ses démons et à ses contradictions qu’elle n’arrive n’y à résoudre et pire, à assumer. Les manifestations censées dénoncer les atteintes aux droits civiques des afro-américains victimes de policiers trop zélés et prompts à dégainer leur arme comme les cow-boys de jadis ne sont jamais que l’illustration de la fracture depuis longtemps consommée et plus que jamais visible entre deux Amérique. Celle à qui Mohamed Ali voulait rendre sa dignité et sa place ; celle qui ne souhaite finalement pas que la société américaine fasse plus de place qu’elle n’en a à la communauté afro-américaine. Certes, les Etats-Unis sont dirigés par un homme noir mais qui n’est pas issu de la communauté noire historique.

Se complaire d’inégalités

Barack Obama aura dû tout au long de son mandat affronter cette faiblesse : être le président noir d’un pays dont il n’est pas historiquement issu. Ces adversaires, y compris ces partisans, le lui ont, pour les premiers souvent fait remarquer avec âpreté, les seconds avec une douce bienveillance mais le lui ont fait remarquer aussi. Et ceci explique peut-être la radicalité montante de ces manifestations légitimes car les manifestants qui les composent ne savent que trop bien qu’ils n’ont pas obligatoirement quelque chose à attendre d’Obama. L’autre facteur de tension qui consacre la fracture, du moins qui y travaille encore, c’est naturellement la campagne présidentielle de Donald Trump. L’homme qui multiplie les dérapages en tous genres, travaille à dessein ou pas (et si ce n’est pas le cas sa bêtise et son inconscience sont profondément dangereuses pour la nation américaine dans l’hypothèse où celui-ci accéderait à la Maison Blanche) au creusement de cette fracture entre l’Amérique noire et laborieuse et l’establishment blanc et soucieux de conservatisme social. Cette présentation pour le moins manichéenne, à l’image des Etats-Unis, et un peu caricaturale, n’a pour seule vocation que de mettre en abîme une société américaine qui se complaît d’inégalités refusant à certains de ses enfants d’être, tout simplement. Et cette violence endémique, constitutionnalisée par le droit dont chacun dispose dans certains états d’avoir une arme à feu, violence qui hante certains corps de police n’est pas prête de s’éteindre, de s’apaiser peut-être, mais guère plus. Car le conflit est une des composantes quasi-génétique de la société américaine. Le consensus républicain à la française qui prédomine dans l’Hexagone, certes discutable et discuté, n’est pas chose pensable aux Etats-Unis. Et pourtant, cette violence fascine et apeure les sociétés européennes. Il suffit pour cela, toute proportion gardée, de regarder les scores d’audience des séries américaines où prospèrent la violence gratuite. L’exemple vaut ce qu’il vaut mais illustre bien, de manière romancée et schématisée, les arcanes de la société américaine. Le bien se dispute avec le mal, et généralement le mal est noir et le bien….Stigmatisée par devers elle, la communauté afro-américaine est devenue, au gré de l’Histoire américaine, étrangère en son propre pays au point d’être l’objet des excès de la part des forces censées les protéger, à savoir la police. Ainsi, la première démocratie du monde est-elle, sous ses habits de grandeur, rongée de l’intérieur par des forces mues sous l’effet du racisme primaire et de la plus vile xénophobie. Difficile de voir là les atouts d’une grande démocratie sauf à relire l’histoire d’Athènes, mère de la démocratie certes mais sur des fondements ô combien inégalitaires. Pour l’heure, le constat est là : l’Amérique brûle des conséquences de ces erreurs passées. Preuve aussi que le gendarme du monde n’est peut-être pas la nation aussi éclairée et moderne quelle prétend être.

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