Donald Trump, d’une Amérique à l’autre

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Donald Trump incarne une Amérique baignée de télé-réalité, de culte de l’argent et de xénophobie, loin de celle que Barack Obama pensait présider.

L’investiture de Donald Trump a consacré un homme, produit d’une société américaine baignée de médiocrité et de xénophobie latente et rampante. Mais l’émergence de cet homme, n’est-elle pas le fruit de nos erreurs. Explications.

Le voilà donc officiellement investi président des Etats-Unis d’Amérique. Donald Trump a prêté serment le 20 janvier dernier sur la Bible, la même que celle sur laquelle Georges Washington, premier Président de la jeune nation d’alors avait lui aussi prêté serment il y a plus de deux cents ans. Quel contraste ! Le père de la nation qui, dans l’Histoire, fait face au tycoon de l’immobilier !(voir l’article sur lepoint.fr: Donald Trump : une investiture pas comme les autres) Vue de l’extérieur, en Europe et en France, cette investiture reste pourtant encore surréaliste tant le personnage contraste avec l’image et l’idée que l’on peut se faire (en bien ou en mal) de la première démocratie du monde, en tous cas présentée comme telle. Car l’élection de Trump interroge encore et ce pour longtemps. Comment cet homme, avec tout ce qu’il incarne, a-t-il pu accéder à la fonction suprême ? L’on peine à trouver de vraies raisons ou un ensemble d’explications plausibles. Les politologues s’y essaient et s’y emploient en définissant un faisceau de conjonctions mais sans arriver aux motivations réelles. Parmi ces raisons, il en est peut-être une qui se dégage plus que les autres et que nous avons feint de ne pas percevoir afin, encore une fois, de ne pas affronter nos responsabilités. La présidence de Barack Obama a caché, à son corps défendant, une forme de déliquescence de la société américaine, d’une part tout du moins, blessée par la crise financière et économique de 2008. Mais si l’explication économique peut prévaloir, elle n’est pas la seule. Loin s’en faut. Beaucoup ont évoqué une forme d’élitisation de la vie politique américaine, d’une caste déconnectée de la réalité sociale.

Médiocrité et aridité intellectuelle

C’est peut-être vrai mais cette explication reste à confirmer, et les sociologues s’y emploieront. Plus simplement : Donald Trump n’est-il pas simplement le reflet d’une Amérique obsédée par l’argent et la réussite sociale et économique, braillarde et revendicative, peu cultivée et peu encline à le devenir, aride intellectuellement, nourrissant une paranoïa croissante, persuadée que l’isolationnisme défendu par le nouveau président est une clef de la réussite et de la grandeur à retrouver ? Cet homme, milliardaire sulfureux, héro de la télé-réalité via laquelle il promeut sa carrière et des valeurs morales où l’argent et l’individualisme font florès, n’a-t-il pas simplement donné à une partie du peuple américain ce que celui-ci attendait mais surtout ce que ce dernier est seulement capable de comprendre et d’absorber ? Finalement, Donald Trump ne serait-il pas le produit d’une Amérique brutale, abreuvée de séries télévisées manichéennes et absurdes, où la culture et l’ouverture au Monde sont vécues comme des agressions ? Il n’est pas interdit de le penser tout comme il n’est pas interdit de penser qu’en Europe, il existe aussi des franges de populations sensibles à ces discours faciles et à cette prolifération de contenus médiatiques faibles et limitées en tous points. Trump incarne ainsi l’aboutissement d’une société superficielle, pétrie d’individualisme, de déresponsabilisation et de médiocrité. Le mot est lâché. Sans peine convenons-en mais au moins a-t-il le mérite de résumer l’état de nos sociétés contemporaines.

Abandon collectif

Pour autant, cette médiocrité, tant décriée et à raison, ne serait-elle pas non plus le résultat d’une forme d’abandon collectif, d’un renoncement devant certains discours, certaines pratiques. Déplorer l’arrivée de Trump au pouvoir est certainement louable tant le personnage n’inspire que doute, crainte et parfois dégoût. Mais ne sommes-nous pas aussi responsables, certes en premier lieu le peuple américain, (mais dans un monde globalisé nous défausser serait lâche et facile) de l’émergence de tel personnage ? N’est-ce pas la médiocrité et la vulgarité qui ont occupé et colonisé un espace abandonné par la culture et le savoir, par l’humanisme et la pensée ? Il n’est pas, à nouveau, interdit de le croire. Dénoncer Trump ne résoudra en rien le problème qu’il pose : Sommes-nous capables d’admettre que nous avons échoué à créer un monde où culture, savoir, connaissance, partage, générosité prévaudraient sur l’individualisme, le culte de l’argent et de la réussite. Interrogeons-nous : Trump n’est-il pas notre mauvais génie, notre côté obscur (les fans de Stars Wars apprécieront) ? Inutile de battre notre coulpe ad lib cependant. Donald Trump est là et il est le résultat des failles et des erreurs de nos modèles sociétaux (comme peut l’être Vladimir Poutine bien que d’autres facteurs expliquent aussi son émergence). Il revient donc à nos sociétés de créer un nouvel espace de pensée, un espèce de contre-trumpisme, à même de générer autre chose que ce qui hante notre quotidien. La tâche est immense et planétaire. Mais elle vaut le coup ! Non ?!

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