François Fillon et la bonne question

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Le cas Fillon pose aujourd’hui la nécessité de clarifier le fléchage des fonds alloués aux deux assemblées. Crédit photo : Rémi Jouan

Si la position de François Fillon est devenue aussi incompréhensible qu’intenable, elle n’interdit pas de s’interroger sur la nécessaire refonte du système de fonctionnement des assemblées et du fléchage des fonds qui leur sont alloués.

Ce qui ressemble désormais à une forme d’entêtement de la part de François Fillon ne nourrirait-il pas, d’une certaine manière, la suspicion et l’opprobre qui entoure la classe politique française et ce depuis de nombreuses années ? Passée la question, reste à apporter une réponse qui ne sera qu’un fragment de réflexion parmi tant d’autres éléments qui ont amené les hommes et les femmes politiques français à être regardés et considérés avec méfiance. Ainsi, en persistant à vouloir se présenter à l’élection présidentielle, François Fillon donne l’image, dans une opinion plus que méfiante et déjà convaincue de sa culpabilité, d’un homme accroché à son statut et aux avantages, passés ou à venir, que ses différentes fonctions ont pu ou pourraient potentiellement, lui apporter. Nous l’explicitions la semaine dernière sur ce même support, François Fillon est attaché aux atours du pouvoirs considérant que ces derniers sont des attributs normaux aux fonctions remplies. Certes ce point de vue peut se défendre mais le notable de Sablé-sur-Sarthe est certainement un des rares à le dire avec autant de véhémence (ou le laisser penser avec autant de force) quand d’autres, tout en considérant la même chose, essaient de faire preuve de plus de discrétion.

Exemplaire et grisé

Cet entêtement, devenu incompréhensible, notamment au lendemain des ultimes révélations de Médiapart (voir article sur mediapart.fr: Argent public détourné au Sénat: les chèques secrets de François Fillon), renforce dans l’opinion l’idée que l’homme se juge, soit au-dessus des lois d’un pays qui prohibe certaines pratiques dont il s’est rendu coupable sans la moindre vergogne, soit réellement encore innocent et victime d’une cabale (dont l’origine ne se situe peut-être pas nécessairement à gauche de l’échiquier politique). Mais dans les deux cas, la situation est devenue quasiment intenable. L’homme qui se présentait comme un parangon de vertu et d’honnêteté morale, fustigeant à demi-mot dans ses discours le bling-bling ravageur de Nicolas Sarkozy, qui prônait l’exemplarité comme ligne de conduite a oublié que les deniers publics, si chèrement acquis par la collectivité via l’Etat, se devaient de servir à la dite collectivité et non à satisfaire des velléités d’ordre privées. D’aucuns jugeraient cette attitude méprisante envers les contribuables français à qui François Fillon, dans son programme électoral, demandent encore plus d’effort. L’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy serait-il déconnecté de la réalité au point de penser et croire que les fonds publics peuvent être dépensés sans contrôle ? Vu la situation qui prévaut aujourd’hui, on peut le penser. Comme d’autres, François Fillon s’est laissé grisé par le pouvoir et ses attributs, confondant implication politique et implication personnelle. Car si la politique est devenu un métier rémunéré par l’Etat, il ne s’agit pas d’un métier pratiqué dans le secteur privé mais bien dans le secteur public ce qui suppose, à tout le moins, une surveillance particulière des fonds alloués et utilisés.

L’arbre qui cache la forêt

Dire que l’homme a profité d’un certain laxisme en matière de contrôle n’est pas interdit non plus. Ce qui ne l’exonère en rien des fautes commises, si fautes il y a eu. Certes, François Fillon est aujourd’hui pris dans les mailles du filet mais rien ne dit que d’autres ne tomberont pas non plus pour des faits similaires ou approchant. A ce jour, il semble que la campagne du janséniste sarthois touche à sa fin sans avoir réellement commencé, tuée dans l’oeuf par un passé dispendieux. Certes l’enquête diligentée permettra de faire toute la lumière sur cette affaire mais peu importe le résultat. Car si François Fillon devait être blanchi des soupçons pesant sur lui, c’est alors le temps qui lui manquerait pour redorer son blason face à des candidats bien lancés. Dans le cas contraire, c’en serait fini de la carrière politique de François Fillon mais amènerait une nécessaire et impérieuse refonte du fonctionnement des assemblées. Sauf à vouloir que le cas Fillon reste l’arbre qui cache la forêt.

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