François Fillon et le contre-emploi

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Chantre de l’ascèse politique, François Fillon est pris au piège de pratiques certes courantes mais dangereuses pour qui prône l’exemplarité.

L’affaire d’emploi fictif qui touche François Fillon renvoie à des pratiques longtemps tues en raison de conditions économiques favorables. Mais quand croissance faible et chômage de masse exaspèrent les Français, cooptation et népotisme sont jugés inacceptables.

Si l’affaire n’en était pas pathétique, elle en serait vaudevilesque. Labiche et Feydeau n’auraient pas mieux écrits ! C’est dire ! Imaginez donc ! Un mari ambitieux, une épouse dépensière et cooptée, des amis (très) jaloux et des ennemis prêts à tout pour avoir la peau, tout comme les amis d’ailleurs, de l’ambitieux mari. Seulement là, point de portes qui claquent ou de répliques hilarantes. Non ! Rien de tout cela. Ainsi, après avoir damé le pion à tous ses concurrents, opérant une folle remontée avant la Primaire de la Droite et du Centre alors que tout le monde le jugeait moribond pour au final l’emporter haut la main, l’homme se trouve embringué dans une sale et vilaine affaire de détournement de fonds publics (voir article sur mediapart.fr: François Fillon a bénéficié de fonds publics détournés au Sénat) et d’emploi fictif. Lui l’ascèse de la politique, le janséniste de la Sarthe qui prônait l’exemplarité a pratiqué la cooptation la plus banale certes, mais la plus dangereuse car elle s’est appuyée sur des fonds publics et a propulsé son épouse Pénélope dans une fonction dont beaucoup interrogent la substance. Dans le privé, l’on aurait appelé ça un abus de bien social mais là, à l’heure où les Français, et à raison, demandent, voire exigent, transparence et honnêteté, le premier d’entre eux, du moins celui qui s’en réclame, est pris par la patrouille.

Normale et classique

Des raisons expliquent cette attitude qui semble pourtant si naturelle à François Fillon. D’abord parce que le candidat à la présidentielle appartient à une génération d’hommes politiques qui considèrent que le pouvoir appelle des avantages et que ces derniers sont naturels et évidents, que profiter, concrètement, de voitures et de chauffeurs attitrés n’a rien d’anormal car les responsabilités remplies et assumées le méritent largement. Alors employer son épouse en qualité d’attaché parlementaire n’a rien de si choquant, la chose serait même considérée comme normale et classique. Et c’est là que François Fillon se trompe. L’opinion a changé et le Monde avec lui. Le faste des Trente Glorieuses où les hommes politiques pouvaient vivre sur les recettes générées par le dynamisme économique est révolu. Les Français d’alors toléraient, car ils ne le voyaient pas, ces pratiques où cooptation et népotisme allaient bon train dans l’opacité la plus totale. Ces mêmes Français, embarqués dans le train de la croissance, qui s’enrichissaient en même temps que le pays et ceux qui le gouvernaient, acceptaient une situation ambiguë car rien n’atteignait leur confort. Or, le discours de François Fillon, discours prônant rigueur et privations, ne rime pas avec des pratiques où l’argent et le pouvoir semblent vivre et grandir dans un univers à part, ouvert à une poignée de privilégiés. C’est l’erreur commise, celle de croire que les Français ne regardaient pas les pratiques de leurs dirigeants. A l’heure des réseaux sociaux, d’un internet omniprésent et de lanceurs d’alerte sur le qui-vive, ces pratiques ne sont plus possibles si tant est qu’elles fussent un jour acceptables. Car la question n’est pas de savoir s’il est répréhensible d’employer son épouse ou ses enfants, ses neveux ou ses cousins, mais il risqué de le cacher et de s’en défendre. François Fillon aura beaucoup de mal à convaincre de son honnêteté et de sa probité morales car en faisant profiter son épouse d’un emploi qui aurait pu (dû?) revenir à un ou une autre, il a franchi la limite de la confiance potentielle que certains pouvaient lui accorder. L’ambitieux aura beaucoup de mal à se relever de ce coup violent et inattendu auquel il ne s’attendait pas et pour cause : il n’y a jamais vu un quelconque problème. Naïveté ? Condescendance ? Mépris des règles et de ceux qui ne pourront jamais intégrer ces castes privilégiées ? Peut-être les trois. Et c’est là in fine que réside le drame de cette farce grotesque qui pourrait hypothéquer son avenir.

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