Damoclès à l’Elysée

Epée de damoclès
Les pleins pouvoirs et la confiance accordés au Président Macron peuvent aisément aujourd’hui s’assimiler à une épée de Damoclès. Crédit photo : commons.wikimédia.org

Si l’élection d’Emmanuel Macron a généré une vague d’optimisme jugée exceptionnelle, cette même vague expose le président à un niveau d’exigences et de responsabilités tout aussi exceptionnel. Et ô combien périlleux pour lui.

Attention ! L’hiver arrive tôt ! Le constat peut paraître saugrenu alors que l’été débute à peine, mais en politique, les saisons changent vite et le temps peut vite tourner à l’orage ou appeler des froids polaires entre gouvernants et gouvernés. Ainsi, alors qu’il s’apprête à s’exprimer devant le Congrès réuni à Versailles le 3 juillet prochain, le président Macron, aussi solaire que souriant sur la photo officielle qui trônera dans tous les espaces publics, va devoir très rapidement accélérer le rythme d’exercice du pouvoir qui prévalait jusqu’alors. Elu, est-il nécessaire de le répéter, sur la volonté des Français de s’affranchir de l’ancien monde politique jugé obsolète et dépassé au profit de nouveaux ministres et députés présentés comme en adéquation avec les défis modernes et contemporains, Emmanuel Macron sait (c’est à souhaiter en tous cas) que l’état de grâce ne perdurera pas ad vitam aeternam. Désormais au pouvoir, l’ancien Ministre de l’Economie va devoir très sérieusement prendre les problèmes posés (Emplois, déficit,…) à bras le corps au risque de voir s’étioler la confiance placée en lui et ses proches.

Rédemption et paradoxe

Pourtant si cette perte de confiance ne se traduisait que par des sondages quelconques et successifs orientés à la baisse, le mal serait moindre. Pourquoi ? Car en réalité, l’élection d’Emmanuel Macron va plus loin qu’une simple côte de popularité. Elle dépasse le stade de l’affectif pour renvoyer l’individu à celui d’homme quasi-providentiel dans lequel l’électorat a placé plus que de la confiance : il a placé son destin et son avenir. Rien que ça. En témoigne partiellement l’indice de Confiance des Ménages qui n’a jamais été aussi élevé depuis dix ans. Rares ont été les présidents de la République a ressentir sur leurs épaules de simples mortels une telle responsabilité. Les Français, fatigués et psychologiquement usés, attendent désormais de leur Président de la République beaucoup, pour ne pas dire tout, au point de lui avoir concédé une majorité écrasante à l’Assemblée nationale. Et si être considéré par 68 millions de Français comme l’Elu, celui par qui le salut et la rédemption arrivent est tout à la fois passionnant et exaltant, voilà une situation qui expose le Président Macron à une responsabilité telle que Jupiter lui-même aurait du mal à l’embrasser. C’est dire ! Et de s’exposer ainsi à une vague de déception considérable, voire destructrice dans l’hypothèse où les résultats tant attendus et espérés ne seraient pas, très vite, au rendez-vous. La chute dans l’abysse de la disgrâce serait infinie et douloureuse car assimilée à une forme de trahison. Car de l’attente non satisfaite naît la déception. Conscient de cette réalité où se toisent grandeur et déchéance, au fait de l’optimisme peut être irraisonné qu’a fait naître sa victoire, Emmanuel Macron ne peut plus désormais ni temporiser ni s’accorder de droit à l’erreur. Cruel et étrange paradoxe que celui dans lequel est aujourd’hui enfermé le Chef de l’Etat : Les pleins pouvoirs lui ont été accordés quasiment les yeux fermés mais combien ces mêmes pouvoirs pèsent sur lui comme une épée de Damoclès. Reste donc à savoir quand et comment se traduiront les premières mesures phares aux effets palpables du quinquennat qui s’ouvre. Pavé de roses, ou annoncé comme tel par nombre d’observateurs, il ne faudrait pas que le mandat du nouveau président se transforme en chemin de croix. Et combien serait-il long alors….

Le piège de l’exemplarité

Piège
Exigence absolue, l’exemplarité est aussi une arme à double tranchant souvent à géométrie variable. Crédit photo : Pixabay.com

Si électeurs et citoyens placent aujourd’hui l’exemplarité comme principe fondateur de la vie politique, il convient de ne pas oublier que cette même exemplarité, souvent à géométrie variable, concerne autant les élus que les simples quidams. Explications.

S’il est un piège dont le personnel politique français ne se méfie pas, c’est bien celui de l’exemplarité. Piège sans pitié et qui ne pardonne pas, l’exemplarité cloue au pilori celui ou celle qui, malheur à lui, a dévié du chemin de la candeur et de la probité. Le nouveau Président de la République, qui a eu tôt fait de se débarrasser de ministres englués dans de basses affaires ou sur le point d’avoir à répondre devant la justice de leurs actes passés, avait en préambule précisé les contours de son action : moraliser la vie politique française. L’Histoire dira si le locataire de l’Elysée ira jusqu’au bout de son action mais pour l’instant, force est de constater qu’il tient l’engagement pris. (lire l’article sur lemonde.fr : Coup de semonce pour Emmanuel Macron) Et les premières victimes, exfiltrées ou démissionnaires, ont dû accepter les règles de l’exécutif tout en ayant feint, visiblement, de les occulter lors de la campagne présidentielle peut-être par manque d’attention volontaire, soucieux qu’ils étaient de flatter un ego en mal de reconnaissance en héritant d’un poste ministériel. Ce que semble, à l’évidence avoir omis Richard Ferrand, Sylvie Goulard, Marielle de Sarnez et a fortiori François Bayrou, c’est qu’il est difficile de promouvoir l’exemplarité au profit de l’intérêt général tout en usant de manœuvres pour certaines illégales ou à même de satisfaire un intérêt particulier d’essence financière. Les attentes et les exigences de la collectivité et de la société ne l’autorisent plus.

Tribunal politique

Pourquoi est-ce donc si difficile ? La réponse réside dans deux mots de la langue française, traduisible dans toutes les autres : crédibilité et confiance. Comment en effet être crédible auprès de l’électorat qui vous a porté au pouvoir si votre passé et votre présent présente des zones d’ombres qui attenteraient à l’intérêt général ? L’exercice du pouvoir, quel qu’il soit, exige aujourd’hui une vie personnelle aussi claire que cristalline, notamment à l’heure où les réseaux sociaux, animés d’une soif de transparence redoutable, revêtissent les habits de tribunal populaire, et se révèlent parfois pire que l’institution judiciaire elle-même. Quant au deuxième mot, confiance, il résonne comme une sentence implacable. Car là encore, comment s’en prévaloir si plane l’ombre d’une possible faute, d’un écart où qui plus est, les deniers publics auraient été engagés. Pourtant, étonnamment, un bémol s’impose. De Ferrand à Bayrou, tous crient leur innocence ou invoquent l’acharnement, souvent médiatique, pour endosser le rôle, facile, de victime expiatoire. Banal, classique et éculé faute d’autres arguments immédiats pour que cesse la curée. Et nombreux de vouloir au plus vite être entendu par la justice afin de prouver leur bonne foi. Classique là encore. Pourtant une question se pose. Tous n’entretiendraient-ils pas un rapport différent à la notion d’exemplarité ? Concrètement, où en placent-ils le curseur ? Une explication sous forme d’exemple s’impose. Faire intervenir un proche travaillant au sein des services de police pour faire sauter un procès-verbal est aussi le moyen de s’affranchir des conséquences de la faute commise, en l’état un excès de vitesse, un mauvais stationnement ou autre.

Une faute reste une faute

Qui d’entre nous ne l’a pas fait ou essayé de le faire… ? Nous considérons-nous, une fois la procès verbal effacé (même si la tentative a avorté), comme coupable ? Certes non. « Incomparable ! » crieraient certains. Admettons. Mais un acte qui consiste à contourner la loi reste une faute, pénalise la collectivité et atteint de fait notre prétendue exemplarité et ce même si nous n’exerçons aucun mandat public. Naturellement, les conséquences restent limitées et n’engagent pas le sort de la nation. Pour autant, est-ce moins grave pour autant ? Notre personnel politique, qui est aussi le reflet de la société que nous défendons et que nous promouvons, s’adonne parfois à des pratiques discutables et contestables au regard de leurs responsabilités publiques. Mais le simple quidam est-il tout aussi exemplaire que son indignation, légitime, veut le laisser croire ? Et la France, pays aussi réputé pour son art consommé des arrangements et des magouilles aussi diverses que variées n’a pas spécialement de leçons à donner… Finalement, l’exemplarité ne résiderait-elle pas plus dans le rapport que nous entretenons avec la faute commise (et celui qui la commet) que dans l’exigence de se présenter exempt de tous reproches devant la collectivité ? La question reste entière et il appartient à la morale de chacun d’y répondre.

Les racines du mal

Rigueur comptable
L’origine du mal se trouve peut-être dans le tournant de la rigueur pris en 1983 par François Mitterrand et Pierre Mauroy.

Au lendemain de la déconfiture électorale du Parti socialiste, nombreux s’interrogent sur les raisons de cette humiliation. Les coupables ne manquent pas mais l’Histoire politique ne montrerait-elle pas que les origines du mal sont anciennes. Explications.

Beaucoup s’étonnent encore, alors que s’annonce une déferlante En Marche au sein de l’Assemblée Nationale, de la déconfiture que droite et gauche ont subi tant lors de l’élection présidentielle que lors du premier tour des élections législatives. Si l’étonnement se comprend, il trouve cependant des raisons qui tendraient à le pondérer même s’il reste légitime au regard de l’Histoire politique française où jamais telle déculottée n’avait été enregistrée. Et des deux partis historiques à avoir subi le plus lourd et le plus cuisant revers reste encore le Parti socialiste, impuissant à endiguer la vague Macron, incapable de proposer une nouvelle alternative progressiste crédible face à un homme qui a fait de l’explosion des clivages politiques son credo, écartant sans ménagement Adam Smith et Karl Marx, tout en imaginant un syncrétisme inédit des deux idéologies. L’avenir dira si l’expérience est efficace car en cas d’échec, la chute de l’enfant prodige de la politique risque d’être aussi lourde que put être fulgurante son ascension.

Rigueur et real politik

Pour autant, c’est bien le Parti socialiste qui aujourd’hui traîne sa gueule de bois sans parvenir à évacuer les relents d’une soirée où le macronisme a coulé à flot. Qu’es-ce qui a bien pu clocher ? Certains, tels Pascal Lamy, préfèrent stigmatiser la politique de François Hollande et Manuel Valls (à laquelle Emmanuel Macron a largement contribué aussi…), d’autres se rabattent sur le programme de Benoît Hamon, d’autres sur tout et n’importe quoi, ne sachant plus où chercher les raisons de la débâcle. Et si finalement aucun des hommes cités, et avec eux leurs homologues politiques, n’étaient en réalité responsables ? « Facile ! » s’écrieront certains. Peut-être. Mais est-ce que la défaite du Parti socialiste enregistrée lors de la présidentielle et des législatives à venir ne remonte pas à l’orée des années quatre-vingt. Disons-le tout de go ! La gauche française, charnelle et passionnelle, combative et progressiste, dévorée par l’envie de bousculer l’ordre établi est morte en 1983 lorsque François Mitterrand et Pierre Mauroy ont opté pour la politique de rigueur. Cette real politik, imposée diront certains par les conditions économiques nationales et internationales d’alors (inflation galopante, franc attaqué,…), a crucifié la gauche française, paralysée son action pour les décennies qui ont suivi renvoyant son action qualifiée de progressiste à une forme de gestion de l’Etat providence. Choquant ? Excessif ? Il appartiendra à chacun de juger à l’aune de ses convictions si la gauche française s’est corrompue avec le marché mais dire que celle-ci a tourné le dos, en 1983, à ses pères et ses principes fondateurs n’est pas erroné non plus.

« Moderne pas socialiste »

D’adaptations du discours social au marché et de concessions, parfois grossières et mal assumées, à celui-ci, la gauche française a fini par perdre son âme dans une politique prétendument moderne épousant les contraintes économiques alors qu’elle n’a fait qu’accompagner ce dernier en reniant parfois son histoire. Nombreux ont encore à l’esprit les mots de Lionel Jospin qui, présentant son programme présidentiel avant le scrutin de 2002, lançait : «Mon projet est moderne, pas socialiste » (lire l’article sur liberation.fr : « Mon projet est moderne, pas socialiste »). Aveu de collusion ? Et que dire de François Hollande qui au Bourget en janvier 2012 déclarait être l’ennemi de la finance et qui avec le CICE a flatté le monde de l’entreprise en échange de créations d’emplois qui relèvent de l’arlésienne ? Les exemples ne manquent pas et mettent tous évidence cette capitulation, d’aucuns diraient trahison, de la gauche devant le capital et qui au fil du temps a dissous le clivage, devenu artificiel, entre conservateurs et progressistes. Faut-il pour cela jeter la pierre à François Mitterrand et Pierre Mauroy, figures tutélaires de la gauche ? Ni oui, ni non. Les hommes en question ont agi en fonction de leurs convictions fatalement influencées par les circonstances de l’Histoire. Mais plus de trente ans après, les faits sont là : cruels et sans pitié. Il fallait bien que l’addition se paye un jour ! Mais combien est-elle chère payée !

Le risque de la victoire

Elections
La République en Marche, annoncée comme victorieuse, s’expose au danger d’une omnipotence non désirée et sclérosante pour les partis historiques.

Annoncée comme vainqueur du scrutin législatif, La République en Marche risque en cas de majorité absolue de confisquer sans le vouloir le débat démocratique au sein de l’Assemblée en écartant les partis historiques en sclérosant toute opposition.

Caracolant dans les intentions de vote, les candidats de la République en Marche, le parti du président Macron, peut aborder le premier tour des élections législatives (11 et 18 juin) pour le moins serein. Et il est à parier que le parti en question obtienne la majorité absolue au terme du second tour du scrutin. Bonne nouvelle pour les partisans du nouveau président mais qui pourrait finalement s’avérer plus ennuyeuse que réellement positive. Pourquoi ? Une explication s’impose. Emmanuel Macron qui défend, et s’est fait élire, sur l’explosion des clivages politiques, va vraisemblablement pouvoir compter sur une majorité écrasante de députés issus de tous les bords de l’échiquier politique (à l’exception du Front National), majorité qui écartera de fait les partis historiques non pas du débat mais de toutes possibilités de peser sur le débat en question. Celui qui voulait recomposer le paysage politique et parlementaire en générant une forme de syncrétisme idéologique risque d’étouffer toute forme de débat clivant au sein de même de l’assemblée.

Assemblée toute-puissante

L’histoire a déjà prouvé combien une majorité surpuissante et écrasante était capable de nuire au débat en imposant une seule et unique voix au sein de l’Hémicycle, asphyxiant par là même celles et ceux qui représentaient un autre courant politique. Ainsi, en 1993, la droite emmenée par Jacques Chirac avait-elle raflé la majorité des sièges au Parlement au point que devenue obsédante et surpuissante, le nouveau président élu en 1995 avait décidé, deux ans plus tard, de dissoudre l’Assemblée avec les conséquences que l’on sait. Rien ne dit qu’Emmanuel Macron sera confronté à une situation identique mais une majorité trop lourde pourrait donner le sentiment d’exclure les autres partis et donc d’écarter des citoyens soucieux et à raison (c’est le principe de la démocratie) de faire valoir leur voix par les députés élus. Le risque encouru est finalement celui d’aboutir à un Etat aux ordres de la République en Marche, sans que le Président de la République l’ait voulu, dépassé qu’il est aujourd’hui par le succès de son projet devenu en partie réalité. Car l’absence d’opposition crédible, forte et capable d’interroger le Gouvernement ou la majorité sur le sens de son action est préjudiciable à la démocratie où seule s’impose alors un seul point de vue, ce qui au regard de la pluralité républicaine n’est pas sans poser de problèmes moraux. Est-ce à dire que la République en Marche doit perdre les élections législatives ? Il n’est pas nécessaire de tomber dans l’excès inverses mais il serait peut-être salutaire pour la démocratie que l’Assemblée Nationale accueille toutes les sensibilités politiques que les électeurs veulent y voir siéger. Emmanuel Macron sait qu’une majorité absolue, certes efficace et dévouée, peut aussi être perçue comme sclérosante, facteur d’impossible et de verrouillage pour des Français en quête de changement et non pas d’omnipotence repeinte et aux couleurs de La République en Marche.

Un passé si encombrant…

Richard Ferrand
Combien de temps Richard Ferrand conservera-t-il le sourire ? Crédit photo : wikipédia.org

L’imbroglio Richard Ferrand démontre combien les hommes politiques éprouvent les plus grandes peines à se défaire de leur passé, quitte à le minimiser au risque de se décrédibiliser quand les électeurs et les citoyens attendent exemplarité et probité.

L’affaire Richard Ferrand, où se mêlent vie privée et intérêts financiers, relance le débat sur la probité et l’exemplarité exigées des hommes et des femmes politiques. Nul besoin ici de revenir sur les arcanes de cet imbroglio pour le moins gênant, mais s’intéresser au climat actuel et aux attentes des électeurs reste en l’état essentiel. Ces attentes donc quelles sont-elles ? Les électeurs, et à raison, veulent des élus exempts de tous reproches, uniquement habités par le sens de l’intérêt général et éloignés de toutes affaires pouvant compromettre leur image ou leur réputation, voire leur action. L’exigence ne semble pas hors d’atteinte mais, et c’est son défaut, elle relève, à ce jour en tous cas, de l’utopie. La question est donc de savoir pourquoi ? Et bien parce que tout homme ou femme politique qu’ils soient, toutes celles et ceux qui évoluent dans la sphère du pouvoir sont, avant d’être des élus, des individus quelconques qui ont choisi à un moment de leur vie de se mettre au service de la collectivité, d’une manière ou d’une autre, mais sans pouvoir se défaire de leur passé respectif, quel qu’il soit. Ces vies antérieures, construites loin des projecteurs de l’actualité, leur reviennent ainsi de plein fouet une fois que leur sont confiées les responsabilités auxquelles ils aspirent. Proies faciles des médias mais proies qui semblent faire preuve d’une légèreté aujourd’hui mal acceptée, voire plus du tout, légèreté qui confinerait à une forme de mépris considéré comme acquis.

Légalité et moralité

« Et la moralité !? » s’écrieront certains. Certes. Mais dans de nombreux cas, les affaires, qui poursuivent ceux qui sont embarqués dans des scandales de cet ordre, sont le fruit d’agissements à l’origine légaux et qui ont été pervertis et détournés par la suite. De là penser que la légalité n’est pas toujours morale, il n’y a qu’un pas. Mais ce qui est certains, c’est qu’il est très difficile d’effacer son passé et que celui-ci peut s’avérer gênant à compter du moment où vous prétendez défendre l’intérêt général. Que convient-il alors de faire ? Il est n’est pas question ici de dresser une liste d’interdits, ce qui en démocratie n’a d’ailleurs pas de sens, mais de s’interroger sur ce qui peut être conseillé ou pas. Vouloir incarner la probité et louer le sens du partage ne jouit d’aucune crédibilité lorsque dans le passé celui qui s’en fait le héraut a cédé aux sirènes du profit. Il n’y a rien de honteux à cela et l’attitude relève d’une échelle de valeur qui appartient à chacun, certains voient en l’argent une fin, d’autres un moyen. Et pour de nombreux électeurs, à tort ou à raison, la frontière est ténue. Soulignons-le encore, l’exemplarité exige un passé sans tâche et où l’argent reste encore en France un sujet tabou. Complexe ancestral où se mêlent doute et suspicion sur l’origine des fonds qui ne cessent de faire débat.

Paradoxe et conséquences

Là réside le paradoxe, les hommes et les femmes politiques sont amenés à brasser des millions ou des milliards d’euros dans le cadre de leurs fonctions d’élus mais ils ne doivent en aucun cas avoir fait preuve d’une volonté d’enrichissement personnel, a fortiori si enrichissement il y a eu. Naturellement, nulle loi ne prohibe l’enrichissement pour un élu (à condition que celui-ci soit le fruit d’opérations légales ne détournant pas de fonds publics), mais la loi morale de la conscience collective pèse parfois plus lourd que celles, écrites et révérées, dans le Code Pénal ou le Code Civil. En l’espèce, Richard Ferrand n’a commis aucune faute sauf celle d’avoir tutoyé de trop près l’argent via des montages financiers pour le moins surprenants. D’autres avant lui s’y sont brûlés les ailes au point d’échouer à la magistrature suprême…Pour autant, est-il possible pour quiconque d’anticiper toutes les conséquences de ces actes ? Chacun apportera sa réponse mais il est vrai aussi que dans une démocratie et une société ultra-connectées, il est devenue extrêmement difficile et périlleux de vouloir cacher son passé, ne serait-ce que le minimiser, notamment lorsque celui-ci s’est conjugué avec des relations claires ou douteuses avec l’argent.

De la Quatrième sous la Cinquième

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Obtenir une majorité nette et docile à l’assemblée est un objectif primordial pour le nouveau président. Dans le cas contraire, l’instabilité pourrait devenir la règle. 

Si la fonction première du nouveau gouvernement est d’amener une majorité large et soumise à Emmanuel Macron, la diversité de cette majorité ouvre aussi la porte à une instabilité qu’il faudra assumer sans se renier.

Qu’est-il possible d’attendre du nouveau gouvernement ? Les optimistes, les pro-macron, les marcheurs diront que tout est possible. Les autres, mélange hétéroclite de résignés, de déçus ou simples citoyens trop heureux d’avoir écarté Marine Le Pen, alterneront entre attentisme, voire indifférence. En réalité, il n’y a pas grand chose à attendre du présent gouvernement essentiellement bâti dans la perspective des élections législatives du mois de juin. Et pour Emmanuel Macron, la chose est claire : il n’y aura aucune décision prise avant que ne se soit dessinée une majorité claire à l’Assemblée Nationale. Car même si le nouveau président veut gouverner par ordonnance, il a besoin de l’aval du Parlement pour y procéder et donc, par conséquent, d’une majorité qui lui soit favorable. Ainsi, le Gouvernement actuel, qui expédiera les affaires courantes jusqu’au prochain remaniement à venir après le second tour des élections législatives, n’a pour autre fonction que de séduire le plus large panel d’électeurs venus de gauche, de droite et du centre. La mission est claire et ne souffre aucune contestation. Et tant pis sir certains ministres nommés le sont pour la façade. Affirmer que les ministres choisis par Edouard Philippe resteront en place après l’élection du nouveau Parlement est somme toute assez risqué.

Cohabitation et majorité

D’abord, parce qu’un risque de cohabitation n’est pas exclu, bien que celui-si soit faible en raison de l’état avancé de délabrement des partis traditionnels, ensuite parce que le corps électoral n’est pas enclin à revivre l’expérience vécue en 1986 et 1997. Mais si les ministres actuels sont assis sur des sièges éjectables (tout ministre l’est cependant quelque soit la configuration politique), c’est tout simplement car leur mission ne relève que du contrat à durée déterminée avec pour mission, répétons-le, d’amener à l’assemblée une majorité nette et docile à l’assemblée. Nette et docile sont pourtant des adjectifs qui, en l’occurrence, restent objets de moult discussions et commentaires. Pourquoi ? Car en déstructurant le paysage politique, en faisant exploser les clivages ancestraux qui bornaient la vie politique française, Emmanuel Macron prend aussi le risque de les dissoudre au sein de l’assemblée et de la majorité qui le servira. Allier un député de gauche avec un député de droite n’est pas incohérent tant que l’un et l’autre sont d’accord, ce qui n’est pas interdit et qui est tout à fait imaginable. Mais si d’aventure un désaccord apparaît, le risque de défection apparaît aussi pour peut-être s’imposer comme un véritable danger d’instabilité parlementaire. Car le risque auquel s’expose Emmanuel Macron est là : celui de mettre sur pied une majorité nette certes mais fragile et versatile. Bref une majorité que la Quatrième République n’aurait pas renié au sein même de la Cinquième.

Dualité et Union nationale

Deux solutions alors : la première est d’accepter cette potentielle instabilité comme mode de fonctionnement ; la seconde est de revenir à une dualité classique gauche – droite, certes paralysante (car c’est contre celle-ci qu’Emmanuel Macron s’est dressé et fait élire) mais plus confortable pour l’exécutif, encore que les frondeurs ont mené la vie dure à François Hollande pendant son quinquennat. Emmanuel Macron joue ainsi un jeu dangereux qui consiste à promouvoir une forme de gouvernement d’Union nationale qui ne dit pas son nom mais qui expose le pays à une vraie forme d’instabilité. Et n’est pas Clemenceau qui veut… ! « Oui ! Mais il y a le 49.3 ! » s’écrieront certains. Certes ! Sauf que le Président a proposé de le supprimer. A moins que la Raison d’Etat ne l’emporte et que devant le risque d’une motion de censure ou d’un désaccord majeur à même de bloquer le pays, Emmanuel Macron préfère le conserver plutôt que d’organiser des élections législatives anticipées. A choisir l’option, louable, d’un monde politique déstructuré, défait de tout clivage apparent et trans-partisan, Emmanuel Macron a aussi ouvert la voie aux risques qu’il comporte. A lui de les assumer désormais et de ne pas trop jouer avec le feu. Le sien, celui qui l’a mené à l’Elysée, fût-il sacré.

La Boîte de Pandore du Président Macron

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Outre les attentes nourries par l’élection d’Emmanuel Macron, se pose aussi la capacité du nouveau président de régénérer un tissu social délité.

La victoire d’Emmanuel Macron sanctionne-t-elle la victoire de l’esprit sur la médiocrité ? Ou est-elle le premier pas vers le passage de notre société vers le XXIème siècle ? Suggestions de réponses.

Voilà donc Emmanuel Macron président. Celui qui, comme l’ont déjà souvent répété plusieurs commentateurs, inconnu il y a encore trois ans, est désormais à la tête d’un pays soucieux (et c’est tout à son honneur) d’éviter coûte que coûte le péril brun que promettait le Front National (lire  sur lemonde.fr :  Présidentielle : de Lille à Bobigny, « on n’avait pas le choix pour éviter le pire »). Coûte que coûte en effet car en élisant Emmanuel Macron parce qu’il incarne l’antithèse du parti d’extrême droite, parce qu’il donne corps aux valeurs républicaines auxquelles nombre d’entre nous sommes attachés, les Français ont fait le choix de la raison contre le chaos. Reste désormais à savoir pourquoi et pour quoi a été élu Emmanuel Macron. Dernier rempart contre l’extrême droite, il a aussi été choisi pour son programme jugé, par certains et par ses adhérents, trans-partisan, au-delà des lignes de fractures classiques entre droite et gauche. Voilà pour les explications premières et dont beaucoup se contenteront. Mais n’en existe-t-il pas d’autres ? Il n’est pas ici question d’en dresser la liste aboutie, au risque (et ce serait bien normal) d’être taxé de prétention mais il n’est pas interdit de s’interroger sur ces raisons. Ainsi, n’est-il pas inutile de se demander si Emmanuel Macron n’a pas profité d’un extraordinaire concours de circonstances où se marient inertie coupable des partis politiques classiques, désillusion collective, perte de foi en la capacité des hommes et femmes politiques d’appréhender les mutations globales et montée exponentielle d’une médiocrité érigée en principe de fonctionnement devenue insupportable. Une explication s’impose.

Médiocrité contre sagacité

D’abord, il convient de reconnaître deux qualités à Emmanuel Macron, indépendantes des autres qui lui permettront (espérons-le) de diriger le pays. Ces qualités sont la sagacité et la perspicacité. L’une et l’autre lui ont permis de comprendre les attentes des Français et de saisir l’instant propice pour se présenter et être élu. Qualités rares qui ont manqué à ces prédécesseurs. Emmanuel Macron a su humer le temps, sentir les inflexions silencieuses et invisibles de l’opinion au point de les intégrer, les analyser et les verbaliser dans un discours qui a su séduire un électorat avide de changement. Sera-t-il à même de l’amorcer ? C’est une autre histoire. Mais outre ses qualités intrinsèques, Emmanuel Macron a aussi profité de la déliquescence globale et générale de notre société. L’érosion des repères sociaux et la perte de sens qui rongent notre société, et pas seulement la notre d’ailleurs, a profité au jeune prétendant. Outre-Atlantique, c’est un populisme borné et grossier qui a raflé la mise. En France, Emmanuel Macron, tout l’inverse de Donald Trump. Ainsi, est-il erroné d’affirmer aujourd’hui que nous vivons dans une société où tout est possible ? La question, à l’aune des événements actuels, devient de fait rhétorique et n’appelle par conséquent aucune réponse. Comment en est-on alors arrivé ce point ? Là encore plusieurs raisons s’entrechoquent : Institutions inadaptées aux évolutions mondiales, égalitarisme forcené, incapacité chronique à interroger le Monde et notre présence en son sein, volonté acharnée, par instinct ou par peur, de conserver les attributs d’un monde et d’une civilisation aujourd’hui dépassés, glorification croissante, consciente ou inconsciente, de la bêtise, de la vacuité intellectuelle, de l’ignorance crasse au détriment de la culture et du savoir salvateur et émancipateur.

Victoire et défaite

L’élection d’Emmanuel Macron est à la fois la victoire d’une génération, celle née dans les années soixante-dix promise à un destin mais qui n’a jamais profité que des miettes de celui-ci, victoire d’une forme d’énergie dont l’avenir dira si elle était porteuse de changements lourds, et victoire de l’esprit sur l’obscurantisme des extrêmes. Mais elle est aussi la défaite des modèles idéologiques (libéralisme et marxisme) qui ont longtemps structuré et guidé nos sociétés, défaites de certaines élites sociales incapables d’imprimer les contours d’un avenir collectif, défaite de la pensée collective, celle qui anticipe les évolutions du monde, et défaite d’un monde post-moderne, incapable de se renouveler, convaincu d’être l’incarnation d’une civilisation aboutie. Alors in fine, l’élection d’Emmanuel Macron est-elle une bonne ou une mauvaise nouvelle ? Journalistes et commentateurs n’apporteront pas la réponse mais l’Histoire se nourrira de leurs observations actuelles pour le démontrer. (Lire sur lefigaro.fr : «Macron veut changer le système par la voie de la monarchie présidentielle») En revanche, indépendamment des aspects techniques de son programme, le nouveau président de la République, qui a su se glisser dans l’espace invisible ouvert par le délitement des lignes et des repères sociaux et politiques qui prévalaient jusqu’alors, sera attendu sur sa capacité à régénérer le tissu social d’un pays épuisé et en proie au doute (comme le montre le résultat de l’extrême droite), à dépasser les peurs et les angoisses et, surtout, à rompre avec les réflexes de l’ancien monde. Bref ! Passer au XXIème siècle.

Dépression d’Etat

Dépression
Si les réformes devant clarifier la vie sociale et économique du pays sont impérieuses, le prochain président devra aussi soigner la fatigue psychologique d’un pays épuisé.

Plus que d’engager des réformes certes impérieuses, le prochain locataire de l’Elysée devra surtout trouver les solutions pour guérir la dépression nerveuse dont souffre le pays. En commençant par bannir le retour sur soi et les intérêts partisans.

Diriger un Etat n’a rien d’aisé ou d’une sinécure. Ceux qui affirment le contraire n’ont jamais éprouvé la chose (rares le sont d’ailleurs) ou se vautrent dans des certitudes teintées d’ignorance crasse. Bref ! Donc diriger un Etat n’a rien d’aisé et diriger la France, comme s’apprête à le faire le prochain président, ou présidente, de la République, reste un défi lourd dans la vie de celui, ou celle, qui a été choisi ; tout comme il peut l’être dans n’importe quel pays du monde pour celui qui a été désigné. Pourtant, le ou la prochain(ne) président(e) de la République, devra non seulement engager les sacro-saintes réformes que le pays attend depuis des décennies (certainement aussi difficiles à engager qu’à exposer aux Français lorsque les vivre sera un autre débat) mais peut-être avant toute chose prendre conscience d’une réalité que la campagne présidentielle actuelle semble avoir éludé. Cette réalité, simple, s’exprime dans la fatigue psychologique et nerveuse des Français. Chômage de masse insupportable, mondialisation mal appréhendée, terrorisme rampant, tensions sociales…sont autant de paramètres qui devront être pris en compte, non seulement en tant que tel par le prochain locataire de l’Elysée, mais surtout considérés comme éléments moteurs de la fatigue, nerveuse et sclérosante dans laquelle les Français baignent depuis de nombreuses années.

Colère et résignation

Inutile d’évoquer un quelconque tournant historique de la vie politique française que recèlerait cette élection (le tournant ne sera historique que si celui-ci, à l’aune du temps long, reste inscrit dans l’Histoire comme un moment clef du roman national), mais plutôt l’opportunité de modifier l’approche que nombre d’hommes et de femmes politiques nourrissaient à l’endroit du pays. Le prochain locataire du Faubourg Saint-Honoré devra d’abord réconcilier le pays avec son histoire, avec ce qu’il est et ce qu’il est devenu. Sans faire table rase du passé, il devra faire accepter ses erreurs et ses faiblesses, ses reniements et ses trahisons sans diviser un peuple fragile et fragilisé. Là encore, inutile d’évoquer deux France, deux peuples divisés entre ceux qui bénéficieraient d’avantages quelconques jugés indus (les fameuses élites) et ceux qui n’auraient rien pour ne jamais cesser de souffrir. Vision simpliste, facile et pratique, qui pousse à détourner les yeux d’une réalité bien plus complexe, réalité qui renvoie l’homme ou la femme politique à ses responsabilités : celle de gouverner un pays en proie au doute et non pas une frange de la population. Cette fatigue psychologique que fait régner les paramètres évoqués plus haut, est devenue si prégnante qu’elle est parvenue à écoeurer nombre d’électeurs de s’exprimer sur le destin du pays ou de l’exprimer via des candidats au discours violent et destructeur. Mais elle a aussi pour effet de nourrir un sentiment de résignation et de banalisation aussi dangereux que les partis soucieux d’exploiter, à dessein malsain, la colère et le ressentiment de certains. Alors plus que de réformes, certes indispensables, le prochain président de la République devra être ferme mais pas autoritaire, réaliste mais pas austère, compréhensif sans pour autant céder à toutes velléités, empreint d’intérêt général et non défenseur d’intérêts partisans, trouver des solutions et non pas flatter le compromis, s’ouvrir au monde et non pas le redouter. La tâche s’annonce rude et complexe tant le pays a perdu une grande partie de sa confiance en soi. Les raisons sont multiples mais, à la tête de l’Etat, comme premier de cordée, celui qui s’installera dans le fauteuil tant convoité le 7 mai au soir devra ouvrir la voie de l’espérance et non en fermer la porte au profit du repli sur soi, moteur d’un doute destructeur. Attendons donc le 7 mai pour savoir qui héritera du privilège d’administrer sa thérapie.

Emmanuel Macron a-t-il eu raison du front républicain ?

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Le discours d’Emmanuel Macron, en rupture avec l’offre politique actuelle, est-il assez convainquant pour s’affranchir de l’alliance trans-partis du front républicain ? 

Si le front républicain a toujours été invoqué pour entraver l’accès du Front national au pouvoir, il apparaît aussi que le discours d’Emmanuel Macron a su régénérer une offre politique sclérosée qui a aussi fait les beaux jours du parti d’extrême droite.

A peine les résultats du premier tour de l’élection présidentielle étaient-ils annoncés que déjà résonnait dans les différents partis défaits et opposés aux thèses du Front national l’expression de front républicain. Devant la présence d’un candidat d’extrême droite au second tour de scrutin, beaucoup, à raison d’ailleurs et quelque soit leurs convictions politiques, déclaraient vouloir voter pour Emmanuel Macron avec l’espoir de faire barrage à Marine Le Pen. Agité comme l’ultime rempart à la présence au second tour d’une candidate portant un discours identitaire et exclusif, raciste et xénophobe, ce front républicain, est certes tout à la fois un moyen d’entraver l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite mais est aussi, étonnamment, un moyen pour cette dernière de se justifier aux yeux de l’opinion. Comment ? En cherchant à s’allier contre le mouvement extrémiste, les partis classiques parviennent évidemment et heureusement à doucher les ambitions de l’extrême droite mais travaillent aussi à nourrir le discours victimaire de celle-ci, discours par lequel elle se présente comme exclue du débat républicain, ostracisée par des formations qui ne voudraient pas partager le pouvoir.

Entrave et prospérité

Ainsi, l’extrême droite peut-elle à loisir continuer de dénoncer les prétendues alliances entre partis et se rallier le soutien d’un électorat qui se juge lui-même exclu du jeu politique. A tort ou à raison, le front républicain, aussi utile soit-il, travaille aussi à la popularité de l’extrême droite en jetant les bases d’une logorrhée politique prompte à accabler le système si souvent dénoncé comme générateur et porteur des maux de la démocratie. Or, force est de constater que si le front républicain a toujours empêché, avec bonheur, le Front national d’accéder aux plus hautes fonctions de la République, il n’a pas empêché celui-ci de prospérer au point de voir Marine Le Pen installée au second tour de l’élection présidentielle. Car si la vocation du front républicain est d’appeler à un sursaut de la raison face à l’intolérance de l’extrême droite, ce sursaut ne reste que superficiel et de simple façade, les réflexes clivants ayant tôt fait de reprendre le dessus sur l’instant d’unité nationale. Reste à savoir cependant, si en l’absence d’appel au front républicain, les électeurs français se tourneraient naturellement vers le candidat opposé à celui d’extrême droite ? La question mérite d’être posée. Pour l’heure, il semble acquis qu’Emmanuel Macron sera le prochain Président de la République, après avoir porté un discours sur lequel l’extrême droite n’a finalement eu aucune prise tant l’ancien ministre de l’Economie tranchait avec les us et coutumes qui prévalaient jusqu’alors et dont le Front national s’est aussi pétri au fil de son histoire. Le front républicain était-il et est-il encore nécessaire tant Emmanuel Macron a su, ou essayé en tous cas, régénérer une offre politique sclérosée qui a fait les beaux jours du Front national. En résumé, Emmanuel Macron a-t-il réellement besoin d’un front républicain pour battre Marine Le Pen lors du second tour de l’élection présidentielle ? Il sera impossible de répondre à cette question tant le score au soir du second tour sera, vraisemblablement, écrasant et en faveur d’Emmanuel Macron. La probable victoire de l’ancien ministre de l’Economie pourrait plus être le fruit d’une campagne bien menée et d’un discours au contenu pertinent (à défaut d’être jugé comme possiblement efficace) que d’une alliance trans-partis de circonstances. Mais cela, il sera encore une fois impossible de le déterminer.

L’équation chinoise de Donald Trump

Equation chinoise
Faire intervenir la Chine dans le jeu diplomatique pour jouer le rôle de médiateur sans donner l’impression de reculer devant la Corée du Nord, telle est l’équation de Donald Trump

Le bellicisme de Donald Trump et de Kim Jung-Un n’en finit pas de mettre à vif les nerfs de la planète mais cherche surtout à confirmer, pour le premier, le soutien de Pékin à Washington. Pourtant, la Chine pourrait utiliser cette crise passagère pour renforcer son rôle diplomatique et son influence sur les Etats-Unis.

La crise coréenne va-t-elle déboucher sur un conflit ? Objectivement, il est peu probable que l’une ou l’autre des puissances nucléaires franchissent le pas, tant les conséquences qui en découleraient s’avéreraient monstrueuses et catastrophiques. Donc, comme ni les Etats-Unis, ni la Corée du Nord ne souhaitent endosser l’un ou l’autre la responsabilité d’un conflit conventionnel ou nucléaire, il est fort à parier que l’escalade cessera rapidement, certes après avoir atteint des sommets périlleux, mais cessera après que les partenaires historiques et politiques des deux pays auront été sollicités afin de ramener les deux parties autour de la table des négociations. Ces partenaires, ce partenaire à vrai dire, car il n’y en a qu’un ici qui compte réellement, c’est la Chine (voir l’article sur lemonde.fr: La Corée du Nord est prête à répondre « à toute attaque nucléaire par le nucléaire » ) . Et, tant la Corée du Nord que les Etats-Unis, attendent que celle-ci s’exprime au plus tôt en proposant un programme de négociation que l’on qualifierait de sortie de crise.

Confiance et diplomatie

Or, la Chine, partenaire politique et idéologique de la Corée du Nord, avec laquelle elle a cependant pris quelques distances, (voir l’article sur lemonde.fr : La Chine fait modérément pression sur la Corée du Nord ) l’est aussi des Etats-Unis, d’un point de vue économique, l’un et l’autre ayant tissé des échanges commerciaux fructueux qu’aucun des deux géants ne veulent voir rompus sur l’autel de la crise coréenne. Pourtant, cette même crise pourrait aussi permettre à la Chine, non seulement de faire valoir ses capacités diplomatiques, aspect secondaire de la question au demeurant, mais aussi renforcer son poids à l’échelle mondiale en se posant plus encore comme un acteur international incontournable. Comment ? En profitant de l’appel du pied des Etats-Unis qui exhorte, avec modération cependant, Pékin à raisonner Pyong-Yang. Clairement, si Pékin devait rester muet dans cette crise, nul ne sait quelles en seraient les conséquences. En revêtant le costume de médiateur, la Chine obtient non seulement la confiance des Etats-Unis et de la Corée du Nord, mais renforce par là même son aura et, quelque part aussi, sa domination discrète mais réelle sur les Etats-Unis. Car il ne faut pas s’y tromper, l’intervention de Pékin dans la crise actuelle ne sera pas gratuite. Donald Trump, président va-t-en guerre, comme le fût, Georges W. Bush en d’autres temps, sait que l’intervention de Pékin lui permettrait de mettre fin à son aventure coréenne sans perdre la face en prétextant que l’action diplomatique chinoise a su désamorcer une situation extrême et tendue.

Médiation et nécessités

Voilà pour le discours officiel, mais officieusement, Donald Trump, qui a longtemps sous-estimé la Chine doit, nécessairement, aujourd’hui composer avec l’Empire du Milieu pour assurer la stabilité de la région. Déclencher un conflit nucléaire déstabiliserait naturellement la planète entière et provoquerait une onde de choc qui ébranlerait, et pour de nombreuses années, les relations internationales au point de remettre en cause les traités et les alliances actuelles. Pékin, consciente de son poids global à l’échelle internationale, a donc tout intérêt à jouer le rôle de médiateur que lui confient les Etats-Unis et la Corée du Nord même si la crise actuelle peut aussi avoir valeur de test, Donald Trump voulant s’assurer que Pékin se rangera à ses côtés et ce pour deux raisons essentielles : Nécessités économiques et diplomatiques. Cette fidélité conforterait les Etats-Unis dans un sentiment de toute puissance mais un sentiment tout relatif puisque sans la Chine, Washington verrait son influence se déliter. Finalement, cette crise coréenne qui agite une des régions les plus sensibles du monde a aussi, comme souvent en matière diplomatique, une face cachée : la volonté de confirmer des alliances mises à l’épreuve.