Quand Jupiter coupe et tranche

Si la crise sanitaire a poussé l’exécutif à opter pour des mesures drastiques contestées par de nombreux élus locaux, le risque de se couper des territoires auquel s’expose l’Elysée est aujourd’hui bien réel. Explications.

Le durcissement du couvre-feu dans certains départements français voulu et décidé par l’exécutif n’a pas manqué de provoquer de nombreuses réactions, souvent hostiles, de la part des élus locaux. Hostiles dans un premier temps car totalement déconnecté, selon les élus en question, des réalités économiques des territoires où s’applique ce durcissement. Avancé à 18heures, nombre d’édiles redoutent un effet violent et durable, notamment sur les commerces dits de proximité. L’argument ô combien valable et entendu en cette période de pandémie qui n’épargne en rien la vie économique n’a pas semblé émouvoir l’exécutif. Hostiles en second lieu car ce durcissement, imposé sans consultation préalable, s’est, de fait, affranchi de l’avis d’élus qui, pour le moins, auraient aimé être interrogés sur la pertinence d’une telle décision quand plusieurs d’entre eux appelaient à un nouveau confinement, au moins local (Europe.fr : https://www.europe1.fr/emissions)

Coupure et jupitérien

La ire des élus pourrait s’arrêter là et finalement ne générer aucune réaction supplémentaire au regard de la situation sanitaire dont on ne sait pas comment cette dernière évoluera dans les semaines à venir même si les contours s’en dessinent (leparisien.fr : https://www.msn.com/fr-fr/). Pour autant, derrière ce durcissement du couvre-feu, se cache aussi le risque de voir l’exécutif se couper non seulement d’élus potentiellement utiles à quelques mois de l’élection présidentielle par des décisions unilatérales mais aussi, et surtout, d’assister à un lent, mais de plus en plus visible, penchant à l’autoritarisme. Non que les institutions de la République en soient menacées, loin s’en faut, mais les relais territoriaux, ici les maires, que représentent les élus de terrain occupent une place particulière dans le mille-feuille administratif français. Cet autoritarisme bon teint, parfois dissimulé sous la nécessité qui serait, selon l’adage, érigé en loi, n’est cependant pas le fait de la pandémie et des décisions que l’exécutif a dû prendre pour l’enrayer. Le quinquennat d’Emmanuel Macron est marqué par cette forme de volonté dictée et assénée n’hésitant en rien à s’affranchir de l’avis des premiers concernés. L’exemple de la réforme des lycées menée par le Ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, illustre cette tendance où le débat, lorsque celui-ci est proposé, est facilement ignoré ou simplement escamoté. La crise du Covid-19, qui appelle certes des décisions lourdes, aussi servi à l’expression de cette volonté jupitérienne que l’Elysée interprète comme une prise en main sévère et efficace de la situation.

Opinion et scrupule

Certes, d’aucuns argueront que la situation sanitaire exige des mesures drastiques qui n’ont pas l’heurt de satisfaire les premiers concernés, mais pour autant, dans une République présentée comme démocratique, le dialogue se pose en préliminaire à toute décision impliquant la vie des citoyens. A nouveau, rien ne prouve qu’un dialogue liminaire aurait évité ou changé les décisions prises, mais dans une démocratie comme la France ou principes et valeurs sont érigés en valeurs cardinales, sous-jacents à la Constitution, ce même dialogue aurait certainement permis de trahir un jacobinisme dont le pays a du mal à se défaire. Se couper des élus locaux reste donc un pari osé et dangereux exposant l’exécutif bien en peine dans l’opinion, à un sentiment de rejet aux conséquences certaines mais à mesurer. Mais dans le même temps, la crise sanitaire marquée au printemps par les balbutiements de l’exécutif au regard de la soudaineté de la pandémie, se révèle peut-être fort utile à l’exécutif qui peut ainsi faire preuve de toute l’étendue de son autorité et de sa capacité à affronter la réalité en coupant et tranchant dans le vif sans le moindre scrupule. Répétons-le pari est osé et seul l’avenir dira au Président de la République si cette attitude recueillera l’assentiment des Français car, c’est une certitude, l’élection présidentielle se jouera sur la capacité d’Emmanuel Macron à donner au pays des motifs d’espoir suffisants et des résultats économiques à la hauteur des sacrifices demandés.

D’un problème à l’autre ?

Si le Brexit a longtemps occupé l’esprit des Européens, il a aussi occulté les difficultés et les incompréhensions entre Bruxelles et certains pays de l’Est peu disposés à respecter les principes fondamentaux de l’Union. Explication.

Il faudra donc désormais penser à vingt-sept et non plus à vingt-huit comme ce fut le cas jusqu’alors. L’Union européenne se retrouve aujourd’hui libérée du Royaume-Uni, entré dans la Communauté économique européenne en 1972 pour mettre fin à la crise économique qui le frappait pour quitter l’Union européenne au 1er janvier 2021, tenaillé par une autre crise économique….Ironie de l’Histoire que cet avatar britannique. Londres avait voulu entrer dans le Marché commun car elle jugeait profitable à son économie les échanges qui l’animait et la quitte car elle considère depuis de nombreuses années que les règles qui les conditionnent sont devenues trop strictes. Pour autant, il n’est pas question ici de revenir sur les raisons qui ont motivé le Royaume-Uni à sortir de l’Union européenne mais plutôt de s’intéresser à ce que deviendront les vingt-sept et comment ces derniers s’inventeront une nouvelle vie. Or si d’aucuns songeaient que le départ du Royaume-Uni soulagerait l’Union européenne, ce qui n’était d’ailleurs pas dénué de fondement au regard des négociations acharnées qui ont longtemps prévalu entre Londres et Bruxelles, beaucoup réalisent aussi que d’autres problèmes se poseront dans les années, voire les mois à venir. La question britannique réglée, le quatuor est-européen composé de la Pologne, de la Hongrie, de la République tchèque et de la Slovaquie (rtbf.be : https://www.rtbf.be/info) pourrait ainsi rapidement s’inviter au menu des difficultés à surmonter par l’Union pour assurer sa cohésion et son fonctionnement.

Mécanique et crise sanitaire

Car a contrario du Royaume-Uni qui souhaitait rompre ses liens avec l’Union au prétexte de règles économiques jugées trop contraignantes, les nations précédemment citées se sont habilement fondues dans la mécanique européenne pour en devenir aujourd’hui, sinon des poids lourds, du moins des pays attentifs à la défense de leurs intérêts, propres ou communs, et n’ont aucunement l’intention de quitter un ensemble économique et diplomatique qu’elles ont longtemps voulu intégrer. Pour autant, ce n’est pas tant l’aspect économique qui pose à ce jour de réelles difficultés à Bruxelles mais le caractère assez autoritaire que ces nations présentent et ce en totale contradiction avec les principes fondamentaux défendus par les différents Traités européens (Rome, Maastricht, Nice et Lisbonne). Et, nouvelle ironie de l’Histoire, alors que les Européens n’ont jamais réellement compris les raisons qui ont poussé les Britanniques à quitter l’Union, les années à venir pourraient voir ces mêmes Européens en avancer d’autres pour que les trublions est-européens se dirigent vers la sortie. (vie-publique.fr : https://www.vie-publique.fr/parole-dexpert/) Peu probable à ce jour au regard de la crise sanitaire mondiale qui est venue perturber le quotidien des Etats, la question du renvoi de certains pays incompatibles avec les principes européens pourrait émerger si l’Union ne parvenait pas à raisonner les nations les plus exigeantes ou radicales telles que la Pologne ou la Hongrie. Ces nations est-européennes, placées sous le joug de l’Union soviétique depuis 1945 jusqu’en 1989 ont traversé de longues années de crise économique et sociale avant d’intégrer l’Union européenne en 2004 qui leur apparaissait comme un eldorado doublé d’une bouée de sauvetage.

Accélérateur et modus vivendi

Mais presque cinquante ans de communisme avaient forgé des réflexes et des habitudes pour certaines à l’opposé du fonctionnement ouest-européen. Et l’accélérateur de tensions que représente la crise du coronavirus, les incidences économiques à venir et les potentiels replis identitaires qui pourraient se faire jour par peur de l’inconnu ou de la perte d’influence ou de puissance, réelle ou supposée, sont autant de facteurs à même d’exacerber les frictions existantes entre Budapest, Varsovie, Prague, Ljubljana et Bruxelles. Pour l’heure, les incompréhensions qui se sont faites jour ont toujours été levées au profit d’un modus vivendi dont tous les acteurs ont su se contenter. Certes. Mais pour combien de temps ? L’exemple britannique qui a aussi mis en évidence les limites de l’Union européenne en dépit d’un accord globalement favorable à Bruxelles laissera des traces dans l’histoire de l’Union. Or, les incompréhensions actuelles, tues sous couvert d’arrangements de circonstances, sont toujours à même de ressurgir et de mettre l’Union face à ses responsabilités : Faire preuve de rigidité en renvoyant des pays incompatibles avec les fondamentaux européens ; éviter la crise en les conservant mais en perdant aussi une forme de crédibilité. Il ne reste donc plus qu’à attendre que se joue l’histoire…

Quand la Covid-19 redessine la géopolitique mondiale

Les bouleversements géopolitiques et géostratégiques mondiaux générés par la Covid-19 risquent de s’aggraver avec l’apparition des vaccins.

Devenus vulnérables et dépendants, Etats et Gouvernements se tournent vers des laboratoires pharmaceutiques investis d’un rôle salvateur qui nourrit leur omnipotence mondiale. Au point de dessiner une géostratégie et une géopolitique sanitaire. Explications.

Avec l’annonce par le Royaume-Uni de la propagation d’une nouvelle souche de coronavirus, présentée comme hautement contagieuse et à la diffusion 70 % plus rapide que la précédente, voilà que se pose désormais la question de la pertinence de la vaccination. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/planete/article/) Non que celle-ci soit remise en cause en tant que telle, mais au regard des vaccins développés, une interrogation émerge : ces derniers seront-ils efficaces pour lutter contre cette nouvelle souche qui reste à étudier ? Les recherches qui ont d’ores et déjà débuté livreront leurs résultats dans les jours à venir. Mais pour l’heure, ce sont sont de nouvelles lignes de force qui se dessinent depuis l’annonce de vaccins disponibles et le début de campagne de vaccination à grande échelle. Depuis l’annonce par les laboratoires Pfizer-BioNtech et Moderna de la mise à disposition de vaccins Etats et Gouvernements du monde entier se sont astreints à commander des millions de doses pour enrayer l’épidémie.

Arme diplomatique et nations désemparées

Et parallèlement d’apparaître, en marge de cette vague de commandes, une forme de géopolitique du vaccin, devenu en quelques jours une redoutable arme diplomatique et géostratégique. Plusieurs raisons expliquent cette évolution qu’il n’était pas difficile d’anticiper. La crainte suscitée par la covid-19 et les effets désormais réels sur l’économie mondiale ont poussé les Etats à se prémunir afin d’éviter un effondrement total de leur système respectif, ce qui semble une réaction des plus logiques. Pour autant, il est à craindre d’assister, en premier lieu, à une sorte de partition sanitaire d’échelle mondiale, entre les pays en mesure d’acquérir par millions des doses de vaccins et ceux qui ne le pourront pas, partition dictée par deux laboratoires d’envergure mondiale qui arbitreront leur activité en fonction de la capacité des Etats à honorer leurs engagements financiers. Car l’industrie pharmaceutique, qui n’a pas échappé à la mondialisation, réagit, à l’image de n’importe quel secteur industriel, en fonction de l’offre et de la demande et pourrait utiliser cette crise sanitaire à rebonds comme un moyen supplémentaire d’asseoir sa puissance face à des nations désemparées, prêtes à tout, mais en fonction de leurs moyens respectifs, pour s’équiper de vaccins. Il suffit pour s’imprégner de la dimension économique de cette réalité de se remémorer les bonds réalisés par les Bourses mondiales à l’annonce de la mise des vaccins sur le marché.

Vaccins développés et vulnérabilité

Sauf que cette omnipotence pourrait peut-être se se heurter sur l’apparition d’une nouvelle souche dont on ne sait à l’heure actuelle si elle sera sensible aux vaccins développés. A vrai dire, la question n’est pas nécessairement pertinente car les recherches engagées seront à même, à court ou moyen terme, en mesure d’avancer une ou plusieurs solutions pour enrayer l’épidémie (lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/idees-debats). En revanche, la vulnérabilité des Etats face à cette crise sanitaire pourrait aller crescendo, se rendant de fait de plus en plus dépendants d’une industrie pharmaceutique souvent décriée pour son opacité, son goût du lucre et sa puissance financière. Cette crise sanitaire, qui n’a rien d’inédite au regard de l’Histoire, renvoie toutefois l’Humanité, une partie à tout le moins, à sa fragilité et sa vulnérabilité intrinsèques en dépit du confort matériel dont elle dispose, mais aussi à sa dépendance à des ensembles non-étatiques, ici les laboratoires pharmaceutiques, qui pourraient dans les années à venir, avec le risque de voir apparaître de nouvelles épidémies, prendre un poids considérable et acquérir une influence considérable. Et ainsi de renforcer la dimension géostratégique que sous-entend cette crise sanitaire, enfant de la mondialisation. Véritable Hydre de Lerne, la crise sanitaire qui étreint la planète est ainsi en train de nourrir la mondialisation par les flux économiques qu’elle entrave mais qu’elle génère aussi tout en cultivant les inégalités.

La culture de la priorité

Les impératifs sanitaires présentés comme impérieux par le Gouvernement ont poussé ce dernier à prolonger la fermeture des espaces culturels. Et la décision d’interroger sur l’avenir d’un secteur fragile et de son financement public.

Considérée par beaucoup comme injuste et incompréhensible, notamment par les principaux concernés, la fermeture prolongée des lieux de culture (Cinéma, théâtre, musées, châteaux,…) met en exergue le désintérêt porté par le Gouvernement au secteur culturel et pourrait aussi, plus grave encore, amener les pouvoirs publics à repenser le financement de celui-ci. Présenté comme secondaire par le Gouvernement, le secteur culturel ne l’est pas pour autant. Le rôle de la culture n’étant plus à démontrer au regard de sa fonction sociale et pédagogique, il est donc naturel que les professionnels, comédiens, directeurs de théâtre, techniciens et autres conservateurs de musée s’étonnent et s’insurgent devant la décision prise par le Premier Ministre. Dans un quinquennat agressif, marqué par un libéralisme affirmé et assumé, la culture, parent pauvre de la politique macronienne (réalité d’autant plus surprenante au regard du parcours du Président de la République), a été renvoyée au rang de fonction subalterne alors qu’au contraire celle-ci, en ces périodes troublées, aurait pu, et sert, de lien social.

Miraculés et découverte

Mais dura lex, sed lex, la culture attendra que la pandémie se montre moins virulente moins active sur le territoire national. Et si d’aucuns vilipendent à la position d’un Gouvernement sourd au revendications exprimées par le secteur, se pose aussi le rapport qu’entretiendront les Français avec la culture et plus encore, l’État, l’un des ses premiers financeurs. Il apparaît désormais presque certain que certains espaces culturels (théâtre, cinéma,…) ne se remettront pas des effets de ces fermetures sans cesse rallongées et que ceux qui survivront seront des miraculés. Mais revenons à ce rapport si particulier que les Français entretiennent avec la culture qui renvoie souvent à leur histoire d’où l’attachement qu’ils nourrissent à son endroit. Pour autant, aussi attachés soient-ils, ces derniers risquent à terme de se détourner des lieux culturels, fatigués de trouver portes closes. Et le risque encouru de fragiliser encore plus un secteur exposé, loin d’apparaître comme une priorité, de s’avérer chaque jour plus élevé. Sans évoquer le risque de voir s’effilocher le lien qui existe encore, mais pour combien de temps, entre les Français et le secteur culturel ? La culture, cette autre école sans devoir ni professeur, péricliterait faute de spectateurs entravés dans leur démarche empreinte de curiosité et de découverte. Et que dire de l’impact économique du secteur qui s’élève à 2,4 % du PIB, soit 47 milliards d’euros, qui s’en trouverait de fait amoindri. (Lire ses.ens-lyon.fr : http://ses.ens-lyon.fr/actualites)

Moyenne européenne et sacrifice

Et la question du financement et du subventionnement d’émerger…Car la France, dont le rayonnement mondial, est aussi assuré par la vivacité et la créativité de son secteur culturel, n’est pas nécessairement la plus généreuse en matière de financement du segment, puisque située dans la moyenne européenne, soit 1,1 % du PIB (La Hongrie, l’Estonie et la Lettonie arrivent en tête), l’Hexagone dépensant 1,4 % du PIB en 2018, sans noter d’augmentation depuis plusieurs années (Lire touteleurope.fr : https://www.touteleurope.eu/actualite). Choix politique qui remonte au septennat de Charles de Gaulle et plus particulièrement de son Ministre de la Culture, André Malraux, pour qui théâtres, cinémas, musées, expositions, chansons et autres forgeaient, travaillent pour à tout le moins, à l’identité et l’affirmation de la nation d’après-guerre. Or la pandémie semble avoir rebattu les cartes des priorités économiques, bouleversement qui pourrait aussi pousser l’État à repenser dans les années à venir l’offre culturelle en France, dès lors sacrifiée sur l’autel de la nécessité sanitaire et financière. Le risque existe et se fait pour les professionnels du secteur de plus en plus prégnant. Volonté délibérée ou réelle obligation liée à des impératifs financiers et sanitaires ? La question reste entière mais impose aux acteurs du segment de s’interroger sur leur avenir. Et il y a urgence… !

Et à la fin ? Le Royaume-Uni céda…

En acceptant les conditions de l’Union européenne sur le règlement de la question nord-irlandaise, le Premier ministre anglais Boris Johnson ouvre la voie à un assouplissement des négociations post-brexit. Mais dictée par la nécessité politique et économique, cette flexibilité renvoie aussi à un échec relatif du discours ayant appelé à la sortie de l’Union.

Serait-on en train d’assister au dernier épisode du feuilleton politique qu’est le Brexit ? Au regard de la décision de Boris Johnson, Premier ministre du Royaume-Uni, d’assouplir sa position au sujet de la question nord-irlandaise (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international) tout pousse à croire que le british soap s’achemine vers une fin heureuse même si quelques questions encore épineuses portant sur la pêche, la manière de garantir des conditions de concurrence équitables et le règlement des éventuels futurs différends restent encore en suspend. Pour autant, l’inflexibilité dont avait fait preuve le Premier ministre anglais au cours des négociations passées, laissant apparaître le spectre d’un No Deal, a été quelque peu entamée par nombre de raisons d’ordre politique et économique. Et la première d’entre elle, politique mais aux conséquences aussi économiques, est certainement le résultat de l’élection présidentielle américaine en novembre dernier qui a vu Donald Trump, fervent partisan du Brexit et soutien de Boris Johnson, s’incliner face à Joe Biden, lui-même d’origine irlandaise. Or, le nouveau président des Etats-Unis, qui sera investi en janvier 2021, a toujours déclaré son opposition à la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, voyant dans cette dernière un partenaire économique crédible mais aussi diplomatique, capable de jouer un rôle clef sur la scène internationale.

Volonté et marginalisation

Ainsi, la crainte de voir le Royaume-Uni exclu des flux commerciaux liant les Etats-Unis et l’Union européenne a-t-elle poussé Boris Johnson à plus de flexibilité et de finesse dans les négociations avec ses ex-partenaires européens. La volonté doublée de la nécessité de ne pas froisser le cousin d’outre-Atlantique l’a aussi emportée sur la position initiale de Londres sur les conditions du retrait et sur les négociations post-brexit, les unes et les autres teintées d’une implacable fermeté. Et d’aucuns d’apprécier au passage, si besoin était de le rappeler, le poids et l’influence des Etats-Unis dans la politique européenne y compris à un niveau interne comme celui que peut représenter le Brexit. La seconde raison est en revanche clairement économique au regard des relations nouées par le Royaume-Uni avec les pays membres de l’Union européenne. Si les Etats-Unis restent le premier partenaire commercial du Royaume-Uni (Perspective monde : https://perspective.usherbrooke.ca), l’Union européenne, à commencer par l’Allemagne, la France, puis l’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas et la Belgique se présentent comme des partenaires économiques et commerciaux dont le Royaume-Uni ne peut en aucun cas s’affranchir, a fortiori dans un contexte de mondialisation où, Londres, seule et isolée, apparaîtrait comme marginale, voire hors-jeu. Dès lors, s’impose un simple constat : désireuse de sortir de l’Union européenne dont elle vilipendait les règles trop strictes, règles accusées de nuire au libre-échange dont se réclamait le Royaume-Uni, voici que Londres est aujourd’hui amené à assouplir sa position en vertu de nécessités économiques qu’incarne l’Union européenne. Alors pourquoi ce revirement ? Pour éviter les conséquences d’un chaos commercial qui brouillerait pour longtemps son avenir.

Entêtement et impuissance

L’autre constat, beaucoup plus politique que le premier, renvoie à l’entêtement et à l’aspect irréfléchi de la sortie de l’Union européenne. Soutenu par un discours populiste, jusque boutiste et limité idéologiquement, encouragé par l’élection en 2016 de Donald Trump et l’arrivée au pouvoir au sein de pays membres (Pologne et Hongrie) de l’Union européenne de dirigeants contestant les règles édictées par Bruxelles, le Royaume-Uni s’est progressivement enfermé dans une logique absolue qui a plus travaillé à son isolement diplomatique qu’à son émergence sur la scène internationale en qualité d’acteur politique ou économique. In fine, Boris Johnson, convaincu ou non de la pertinence de son combat, a dû, et devra certainement encore céder à l’Union européenne afin de permettre au Royaume-Uni de faire valoir sa position politique, diplomatique et économique. Et de là à considérer cet assouplissement comme un échec ou un aveu d’impuissance du discours qui a présidé à la sortie de l’Union, il n’y a qu’un pas. Mais une certitude s’impose, l’attitude inflexible qui a longtemps prévalu au Royaume-Uni se résume en une phrase : L’Albion a dû céder face à la nécessité et la raison. Une leçon à retenir… ?

La Police hors la loi ?

Les récentes manifestations organisées à Paris ont encore une fois été émaillées de violences policières qui illustrent les excès d’une institution dépassée par les évolutions d’une société où se côtoient liberté d’expression et malaises sociaux. Explications.

Fallait-il des manifestations entachées de énièmes violences policières pour illustrer le malaise qui étreint l’institution placée en droite ligne sous la direction du Ministère de l’Intérieur ? A l’évidence non. Mais il est désormais clair que depuis quelques années aujourd’hui, il existe un malaise lourd et profond au sein de l’institution policière, les actes commis par les forces de l’ordre au cours des derniers mois en témoignent et ont souvent pour exutoire, pour ne pas dire bouc émissaire, des citoyens, parfois certes prompts à provoquer les gardiens de la paix, souvent amenés à subir les assauts excessifs des forces de l’ordre. Or, les manifestations qui se dont déroulés le 28 novembre dernier à Paris, ont certainement été celles qui ont fait déborder le vase de la patience du Président de la République, de l’Assemblée nationale et plus encore des Français fatigués de courir le risque de s’exposer à une série de violences policières à chaque rassemblement organisé sur la voie publique.

Saturation et confiscation

Reste désormais à établir les causes de ces débordements policiers jugés, à raison, comme intolérables en démocratie où la liberté d’expression, fût elle exprimée par la manifestation publique, est aussi garantie par le droit de l’exercer en sécurité et sous la protection de la police républicaine. D’aucuns avancent alors les problèmes structurels dont souffre la Police nationale : Manque d’effectifs, saturation psychologique des personnels, atteintes et menaces à leurs personnes et à leurs familles, manque de formation avancée des agents, contexte global de menace terroriste,… Les arguments ne manquent pas. Mais permettent-ils tout ? Il appartiendra à chacun de répondre à cette question mais il est aussi évident que la Police nationale n’est pas une milice au service d’un Etat que certains croient avoir confisqué ou dévolu à leur bon plaisir. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/idees/) La Police nationale est avant tout une institution républicaine sensée protéger et servir les citoyens qui appellent à sa rigueur et à son impartialité. Les violences constatées semblent ainsi durement enracinées dans une institution dépositaire de la force publique non pour se défendre elle-même ou régler des comptes de vendetta mafieuse mais pour protéger des citoyens en droit de réclamer une exemplarité inaltérable de ces forces de l’ordre.

Société malade et critères mouvants

Mais passé ce constat, il convient aussi de rappeler que l’institution policière est aussi, quelque par, le reflet d’une société malade et émotive, encline à la facilité intellectuelle, à la judiciarisation tout aussi facile, à des relents d’ignorance parfois crasse, violente dans ses modes d’expressions et à des poussées racistes ou xénophobes insupportables. L’institution policière se révèle ainsi dépassée par l’évolution de notre société car ancrée dans des schémas de fonctionnement hiérarchiques désormais obsolètes, celle-ci agit et réagit en fonction de critères qu’elle croyait figés et qui s’avèrent mouvants. Ici encore, il appartiendra à chacun de juger à l’aune de ses critères et, pour autant, avancer que la dégradation de nos sociétés a un effet pervers sur nos institutions, à commencer par celle de la Police nationale, n’est pas dénuée de vérité.

L’impossible défaite

Alors que les Etats-Unis s’apprêtent à investir leur nouveau président, Donald Trump semble plus que jamais absent du sommet de l’État. Plusieurs raisons l’expliquent et parmi elles : l’impossibilité d’accepter la défaite. Non sans conséquences.

Elu en 2016 à la surprise générale, voire peut-être même à la sienne, Donald Trump s’apprête à quitter le pouvoir. Les derniers commentaires le présentent comme errant comme un général défait dans une Maison Blanche désertée. Seulement, le trublion politique qu’il a été, et sera certainement encore, semble ne pas digérer la défaite. Mais, outre le fait de rejoindre le club très fermé des président non réélus au terme de leur premier mandat (Jimmy Carter emporté par les effets de la crise économique du milieu des années soixante-dix et Georges Bush par la tornade Bill Clinton), Donald Trump donne aujourd’hui le sentiment de nourrir une rancoeur tenace, presque incompréhensible, à l’égard de Joe Biden désormais appelé à gouverner. Quitte à défier la Constitution. (courrierinternational.com :https://www.courrierinternational.com/revue-de-presse)

Démonstration et démocratie

Et force est de constater que nombreuses sont les questions qui se succèdent face à cette attitude qui relève plus de la cabale personnelle que du sens de l’État, de la guérilla politique que de l’intérêt général. Et si par cette attitude, qui interroge par delà les frontières de la première démocratie du monde, Donald Trump ne faisait pas la démonstration nue de ce qu’a été son mandat : une succession coup de mentons, de caprices, d’incohérences et de contradictions qui se sont souvent soldés par le lent discrédit de l’État et de la Nation américaine ? N’est-il pas juste d’affirmer, ou tout du moins de s’interroger sur le fait que le mandat de Donald Trump a plus terni la démocratie nord-américaine qu’elle ne l’a grandi ? (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/chroniques-de-la-presidence-trump/) Chacun apportera sa réponse à cette question à l’aune de ses convictions mais il est aussi vrai que rarement dans l’histoire des Etats-Unis, une élection aura été autant scrutée et suivie à travers le monde. Au-delà du personnage Donald Trump, le président sortant s’est révélé comme un sujet d’étude pour nombre de politologues qui ont cherché, et chercheront, à comprendre comment cet homme a pu accéder à la charge suprême.

Socle électoral et charisme

Alors désormais se pose la question : Donald Trump a-t-il été un accident de l’Histoire ou le signe annonciateur d’une nouvelle offre politique ? Une analyse pragmatique de la situation pousse à avancer que Donald Trump a su constituer en 2016 et 2020 un socle électoral qui pourra, à lui ou un autre candidat républicain, servir. Donc la thèse de l’accident peut s’évacuer d’elle-même car même si des Etats clefs ont basculé dans le camp démocrate pendant le scrutin, la victoire de Joe Biden n’est en rien écrasante. Ce qui relance l’idée de la présence d’un corps électoral encore fidèle au président déchu car les Etats-Unis, nation souvent manichéenne, ne saurait se contenter d’hommes ou de femmes politiques neutres ou sans relief. Il n’est en rien abusif d’affirmer que Donald Trump a su user de son charisme, de son expérience d’homme d’affaires mais aussi de discours souvent faciles et réducteurs pour séduire une Amérique apeurée en quête de réponses et de certitudes. Reste à savoir si dans quatre ans, lui ou un autre, s’appuiera sur cette Amérique.

Le covid, la résilience et l’avenir

Entre durcissement des phases de confinement et lassitude teintée de colère des populations, le coronavirus met à l’épreuve la capacité de résilience de chacun. Sans que ne se dessinent les contours d’une nouvelle société fruit d’une prise de conscience collective.

Alors que se durcissent un peu plus tous les jours les mesures visant à limiter la propagation du coronavirus, commencent à éclater ici et là des mouvements de rébellion que d’aucuns jugeraient compréhensibles au regard de la situation endurée. Dernier en date, celui des catholiques français qui en appellent au Gouvernement pour que celui-ci autorise à nouveau les messes. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/sante/article) Mais, à l’image de nombreuses manifestations ou rassemblements, les offices religieux, quels qu’ils soient, sont purement interdits. Risque de contamination oblige. Certes. Alors émerge, en parallèle de la colère dénonçant la privation de liberté individuelle et fondamentale, une question des plus sensibles, qui fait écho à la propagation du virus. Jusqu’à quel point accepterons-nous les contraintes imposées par le confinement ?

Résilience et gravité

L’interrogation renvoie à la capacité de résistance d’un individu face à une obligation d’essence verticale, c’est-à-dire imposée de manière jacobine et pyramidale par le Gouvernement. Cette résilience, mise à rude épreuve depuis plusieurs mois désormais, pourrait cependant trouver ses limites (Voir youtube.fr : Boris Cyrulnik – https://www.youtube.com/watch?v=oV3T55KmGE4). Tout d’abord parce que l’être humain n’est pas naturellement programmé pour vivre enfermé ou contraint. Ensuite, car, habitués à un confort social qui nous a longtemps permis de nous déplacer et d’agir à notre guise, nous sommes aujourd’hui dans l’incapacité progressive d’assumer cette privation de nos libertés usuelles. Si le cas des fidèles catholiques ayant défilé dans les rues de la capitale parisienne peut prêter à sourire, il reste aussi symptomatique d’une société, et plus largement de sociétés, qui ne comprennent ni n’appréhendent la gravité de la situation sanitaire. Point de bêtise ou de stupidité, mais dans un monde globalement empreint d’aisance et de facilité, la soudaineté et la violence du Covid-19 ont bousculé et surpris une humanité encore sous le choc des effets des mesures annoncées. Et preuve tout à la fois de la lassitude éprouvée face à la pandémie et l’agacement à l’endroit des protocoles sanitaires entravant toutes sorties non essentielles, il apparaît que les Français se déplacent plus au cours de cette seconde phase de confinement que lors de la première.

Fossoyeur et réflexion

Si la pandémie laissera des traces sanitaires et psychologiques, il semble, pour ne pas dire certain, que le confinement et les mesures associées en laisseront aussi et pour de nombreuses années. Est-ce à dire que le Covid a tellement bousculé nos existences qu’il se révèle être le fossoyeur du monde d’avant et le couloir menant au nouveau monde, tant vanté au lendemain du premier confinement ? Rien n’est moins sûr. Pour autant, la réalité semble plus sombre. La pandémie a surtout révélé les fragilités organiques de nos sociétés, quelles qu’elles soient, développées ou émergentes, les limites de nos systèmes de santé dépassés car rongés par la contrainte budgétaire, l’incapacité, quoi qu’il puisse en être dit, de proposer de nouvelles orientations sociétales, de générer une réflexion globale sur ce que pourrait être un autre monde. Il suffit pour cela de constater le silence des corps organisés (Partis politiques, syndicats, associations,…) devant la prise de conscience qu’impose la pandémie. In fine, cette résilience tant louée, risque surtout d’accoucher d’une société égale à celle qui prévalait avant le covid-19, à la rigueur matinée de quelques changements mais ô combien marginaux.

Fin d’épisode ou début d’histoire ?

Si la victoire de Joe Biden scelle le départ de Donald Trump de la Maison Blanche, elle n’éteint pas nécessairement la fièvre populiste. Les racines du mouvement mues par l’idée d’une confrontation entre peuples et élites sont à même de donner naissance à une nouvelle forme de populisme, plus sournois car influençant des discours à vocation pondérée.

D’aucuns, et à raison, pourraient penser que la défaite de Donald Trump à l’élection présidentielle sonne le glas du populisme politique qui a prospéré en divers endroits de la planète depuis une dizaine d’années. Etats-Unis, Royaume-Uni, Hongrie, Pologne, Italie sont autant de pays à avoir cédé aux sirènes d’un courant politique mêlant simplifications et exagérations à des fins purement électorales, opposant peuple et élites politiques, économiques ou médiatiques mais sans solutions pérennes pour l’intérêt général (Lire vie-publique.fr : https://www.vie-publique.fr/). Ce sentiment qui vise à penser que le populisme est possiblement en train de vivre ses dernières heures, légitime et compréhensible, doit cependant être pondéré car si les dirigeants populistes sont progressivement amenés à quitter le pouvoir, car incapables, ou à se discréditer au sein des institutions internationales, voire au sein de leur propre pays (il suffit d’apprécier l’ampleur des manifestations pro-avortement en Pologne qui témoignent de l’élan libertaire et démocratique de cette dernière), il est possible que le populisme prenne d’autres formes. Une explication s’impose.

Double crise et complexité

La conjonction actuelle mondiale de la crise sanitaire et économique, la première nourrissant la seconde, le poids et les effets de la mondialisation, pourrait pousser, dans les mois ou les années à venir les populations les plus exposées aux conséquences de cette double crise à, sinon ouvertement opter pour des régimes clairement populistes, mais à se tourner vers des thèses empreintes ou influencées par des discours populistes portées par des candidats ou des partis que l’on qualifiera de modérés ou républicains. Cette insinuation du populisme dans le discours relevant avant tout de l’intérêt général traduirait plusieurs évolutions au sein même de sociétés aujourd’hui à la recherche de sens et de repères. Première d’entre elles, la porosité et la fragilité des discours conventionnels à des thèses qui n’appellent finalement que peu de connaissances de la complexité qui préside à nos sociétés contemporaines. Le raccourci politique, servit par des thèses conspirationnistes ou complotistes dont le populisme sait faire ses choux gras, menace partis et organisations reconnus pour leur pondération mais souvent en peine à résoudre les équations sociétales. Deuxième évolution, celle de populations en quête de solutions et de réponses à leur mal-être, que celui-ci soit social ou économique. Le populisme, qui prospère avant tout sur la peur de l’inconnu et du lendemain, dans l’idée d’un ennemi incarné par des élites politiques égoïstes, trouve dans les interrogations de notre époque un terreau fertile à sa croissance.

Influence et renouvellement

Ainsi, le départ quasi-certain de Donald Trump de la présidence des Etats-Unis, marque certes la fin d’une période que les historiens auront pour tâche de qualifier dans les années à venir, mais ne scelle pas nécessairement celle du populisme. L’épisode Donald Trump a mis en évidence le fait qu’un pays à l’influence globale pouvait céder à la tentation populiste (Lire Esprit.presse.fr : https://esprit.presse.fr/article), accréditant ainsi la possibilité d’une gouvernance de cet ordre. Or, le départ de celui-ci, qui ne clôture pas nécessairement l’expérience, ouvre peut-être une ère de turbulences politiques où le populisme, capable de se renouveler, ce qui est d’ailleurs sa force, cherchera par les moyens à sa disposition à s’imposer directement ou indirectement. Plus que de discours novateurs, c’est probablement de prudence qu’il faudra faire preuve dans les années à venir.

La puissance au-delà de l’élection

Quel que soit le candidat qui siègera à la Maison Blanche au lendemain de l’élection du président des Etats-Unis, une certitude s’impose : la capacité de la nation américaine à influer sur la politique internationale. Car même contestée, la puissance des Etats-Unis, mélange de soft et hard power*, persiste à dicter la teneur des échanges mondiaux.

Vue de France, l’élection présidentielle américaine revêt toujours un aspect fascinant, peut-être parce que les deux nations partagent un ensemble de points communs qu’elles peinent, par orgueil, à reconnaître. Vue des Etats-Unis, on peut s’interroger sur l’intérêt que nourrit l’élection présidentielle française. Et pour cause, le choix des électeurs français pour le premier de leur représentant n’a finalement que peu d’influence sur la politique mondiale, à la rigueur à l’échelle européenne, au contraire du choix des électeurs de la première démocratie. Inutile de le nier, le choix du prochain président des Etats-Unis, et ce depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, donnera le ton des futures relations internationales dans un contexte politique et sanitaire, pour le premier complexe, pour le second chaque jour plus inquiétant. Et que dire des tensions raciales qui hantent les Etats-Unis, promptes à renforcer le climat d’incertitude qui règne autour de ce scrutin ou de ces swing states (Etats balance) sur lesquels les yeux, sondages à l’appui, se rivent à l’approche du scrutin.

Intérêt et point de fixation

L’élection du président des Etats-Unis possède cette force invisible, cette capacité presque consubstantielle à capter l’intérêt de tous les pays que compte la planète, tous ayant, ou ayant eu, de près ou de loin, des relations diplomatiques politiques, commerciales ou économiques avec les Etats-Unis. C’est l’apanage des grandes puissances, voire des super-puissances : celui d’être incontournable. Et si chaque président des Etats-Unis écrit lors de son passage à la Maison Blanche une page d’histoire que le futur jugera à l’aune de l’expérience et de l’analyse objective, il n’en reste pas moins que le locataire du 1600 – Pensylvannia avenue, à Washington, dicte inconsciemment la teneur des échanges à venir. Dans un monde a-polaire, les Etats-Unis restent encore une forme de point de fixation capable de déstabiliser ou au contraire apaiser un monde déboussolé, en perte de repères et ce certitudes. Non que les Etats-Unis soient les guides suprêmes d’une Humanité en mal de confiance mais il est probable que si Donald Trump devait être élu, alors son élection serait interprétée par nombre de régimes populistes, officiels ou officieux, comme une confirmation des politiques engagées (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international) ; si en revanche Joe Biden l’emportait, alors il serait possible d’espérer une forme de détente à l’échelle internationale avec la Chine, la Corée du Nord, voire l’Europe, souvent malmenée depuis l’élection de Donald Trump en 2016. (latribune.fr : https://www.latribune.fr/economie/)

Contradiction et inertie

Possible mais en rien certain car, imprévisibles, les Etats-Unis interrogent encore souvent leurs partenaires par leur attitude déconcertante et parfois en totale contradiction avec les réalités contemporaines telles que, entre autres, le retrait de l’Accord de Paris. Car, si Joe Biden est élu, celui-ci acceptera-t-il de le réintégrer ? Rien ne l’annonce. Anecdotique au regard du poids des Etats-Unis, ce retrait illustre parfaitement ce contre-pied permanent dans lequel les Etats-Unis évoluent, conscients de leur influence et viscéralement attachés à leur positionnement isolationniste. Point d’anti-américanisme ici mais simple constat objectif qui met en évidence l’effet d’entraînement que peut initier Washington à l’échelle mondiale car rares sont les pays capables de modifier la teneur des échanges internationaux. La Chine ? L’hypothèse a souvent été avancée mais force est de constater que le point de gravité de la géopolitique mondiale se situe encore – mais pour combien de temps encore ? – entre la côte Ouest et la côte Est de la patrie des Pères fondateurs.

* Soft power et hard power : Défini par le géo-politologue américain Joseph Nye en 1990 comme l’habileté à séduire et à attirer, le concept de soft power met en perspective la notion de puissance dans un cadre non conventionnel. A contrario, le hard power (manière forte) est un concept utilisé dans le cadre des relations internationales en prônant le réalisme dicté par la situation. Il désigne la capacité d’un corps politique à imposer sa volonté à d’autres corps politiques à l’aide de moyens militaires et économiques.