Quand Jupiter coupe et tranche

Si la crise sanitaire a poussé l’exécutif à opter pour des mesures drastiques contestées par de nombreux élus locaux, le risque de se couper des territoires auquel s’expose l’Elysée est aujourd’hui bien réel. Explications.

Le durcissement du couvre-feu dans certains départements français voulu et décidé par l’exécutif n’a pas manqué de provoquer de nombreuses réactions, souvent hostiles, de la part des élus locaux. Hostiles dans un premier temps car totalement déconnecté, selon les élus en question, des réalités économiques des territoires où s’applique ce durcissement. Avancé à 18heures, nombre d’édiles redoutent un effet violent et durable, notamment sur les commerces dits de proximité. L’argument ô combien valable et entendu en cette période de pandémie qui n’épargne en rien la vie économique n’a pas semblé émouvoir l’exécutif. Hostiles en second lieu car ce durcissement, imposé sans consultation préalable, s’est, de fait, affranchi de l’avis d’élus qui, pour le moins, auraient aimé être interrogés sur la pertinence d’une telle décision quand plusieurs d’entre eux appelaient à un nouveau confinement, au moins local (Europe.fr : https://www.europe1.fr/emissions)

Coupure et jupitérien

La ire des élus pourrait s’arrêter là et finalement ne générer aucune réaction supplémentaire au regard de la situation sanitaire dont on ne sait pas comment cette dernière évoluera dans les semaines à venir même si les contours s’en dessinent (leparisien.fr : https://www.msn.com/fr-fr/). Pour autant, derrière ce durcissement du couvre-feu, se cache aussi le risque de voir l’exécutif se couper non seulement d’élus potentiellement utiles à quelques mois de l’élection présidentielle par des décisions unilatérales mais aussi, et surtout, d’assister à un lent, mais de plus en plus visible, penchant à l’autoritarisme. Non que les institutions de la République en soient menacées, loin s’en faut, mais les relais territoriaux, ici les maires, que représentent les élus de terrain occupent une place particulière dans le mille-feuille administratif français. Cet autoritarisme bon teint, parfois dissimulé sous la nécessité qui serait, selon l’adage, érigé en loi, n’est cependant pas le fait de la pandémie et des décisions que l’exécutif a dû prendre pour l’enrayer. Le quinquennat d’Emmanuel Macron est marqué par cette forme de volonté dictée et assénée n’hésitant en rien à s’affranchir de l’avis des premiers concernés. L’exemple de la réforme des lycées menée par le Ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, illustre cette tendance où le débat, lorsque celui-ci est proposé, est facilement ignoré ou simplement escamoté. La crise du Covid-19, qui appelle certes des décisions lourdes, aussi servi à l’expression de cette volonté jupitérienne que l’Elysée interprète comme une prise en main sévère et efficace de la situation.

Opinion et scrupule

Certes, d’aucuns argueront que la situation sanitaire exige des mesures drastiques qui n’ont pas l’heurt de satisfaire les premiers concernés, mais pour autant, dans une République présentée comme démocratique, le dialogue se pose en préliminaire à toute décision impliquant la vie des citoyens. A nouveau, rien ne prouve qu’un dialogue liminaire aurait évité ou changé les décisions prises, mais dans une démocratie comme la France ou principes et valeurs sont érigés en valeurs cardinales, sous-jacents à la Constitution, ce même dialogue aurait certainement permis de trahir un jacobinisme dont le pays a du mal à se défaire. Se couper des élus locaux reste donc un pari osé et dangereux exposant l’exécutif bien en peine dans l’opinion, à un sentiment de rejet aux conséquences certaines mais à mesurer. Mais dans le même temps, la crise sanitaire marquée au printemps par les balbutiements de l’exécutif au regard de la soudaineté de la pandémie, se révèle peut-être fort utile à l’exécutif qui peut ainsi faire preuve de toute l’étendue de son autorité et de sa capacité à affronter la réalité en coupant et tranchant dans le vif sans le moindre scrupule. Répétons-le pari est osé et seul l’avenir dira au Président de la République si cette attitude recueillera l’assentiment des Français car, c’est une certitude, l’élection présidentielle se jouera sur la capacité d’Emmanuel Macron à donner au pays des motifs d’espoir suffisants et des résultats économiques à la hauteur des sacrifices demandés.

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