La culture de la priorité

Les impératifs sanitaires présentés comme impérieux par le Gouvernement ont poussé ce dernier à prolonger la fermeture des espaces culturels. Et la décision d’interroger sur l’avenir d’un secteur fragile et de son financement public.

Considérée par beaucoup comme injuste et incompréhensible, notamment par les principaux concernés, la fermeture prolongée des lieux de culture (Cinéma, théâtre, musées, châteaux,…) met en exergue le désintérêt porté par le Gouvernement au secteur culturel et pourrait aussi, plus grave encore, amener les pouvoirs publics à repenser le financement de celui-ci. Présenté comme secondaire par le Gouvernement, le secteur culturel ne l’est pas pour autant. Le rôle de la culture n’étant plus à démontrer au regard de sa fonction sociale et pédagogique, il est donc naturel que les professionnels, comédiens, directeurs de théâtre, techniciens et autres conservateurs de musée s’étonnent et s’insurgent devant la décision prise par le Premier Ministre. Dans un quinquennat agressif, marqué par un libéralisme affirmé et assumé, la culture, parent pauvre de la politique macronienne (réalité d’autant plus surprenante au regard du parcours du Président de la République), a été renvoyée au rang de fonction subalterne alors qu’au contraire celle-ci, en ces périodes troublées, aurait pu, et sert, de lien social.

Miraculés et découverte

Mais dura lex, sed lex, la culture attendra que la pandémie se montre moins virulente moins active sur le territoire national. Et si d’aucuns vilipendent à la position d’un Gouvernement sourd au revendications exprimées par le secteur, se pose aussi le rapport qu’entretiendront les Français avec la culture et plus encore, l’État, l’un des ses premiers financeurs. Il apparaît désormais presque certain que certains espaces culturels (théâtre, cinéma,…) ne se remettront pas des effets de ces fermetures sans cesse rallongées et que ceux qui survivront seront des miraculés. Mais revenons à ce rapport si particulier que les Français entretiennent avec la culture qui renvoie souvent à leur histoire d’où l’attachement qu’ils nourrissent à son endroit. Pour autant, aussi attachés soient-ils, ces derniers risquent à terme de se détourner des lieux culturels, fatigués de trouver portes closes. Et le risque encouru de fragiliser encore plus un secteur exposé, loin d’apparaître comme une priorité, de s’avérer chaque jour plus élevé. Sans évoquer le risque de voir s’effilocher le lien qui existe encore, mais pour combien de temps, entre les Français et le secteur culturel ? La culture, cette autre école sans devoir ni professeur, péricliterait faute de spectateurs entravés dans leur démarche empreinte de curiosité et de découverte. Et que dire de l’impact économique du secteur qui s’élève à 2,4 % du PIB, soit 47 milliards d’euros, qui s’en trouverait de fait amoindri. (Lire ses.ens-lyon.fr : http://ses.ens-lyon.fr/actualites)

Moyenne européenne et sacrifice

Et la question du financement et du subventionnement d’émerger…Car la France, dont le rayonnement mondial, est aussi assuré par la vivacité et la créativité de son secteur culturel, n’est pas nécessairement la plus généreuse en matière de financement du segment, puisque située dans la moyenne européenne, soit 1,1 % du PIB (La Hongrie, l’Estonie et la Lettonie arrivent en tête), l’Hexagone dépensant 1,4 % du PIB en 2018, sans noter d’augmentation depuis plusieurs années (Lire touteleurope.fr : https://www.touteleurope.eu/actualite). Choix politique qui remonte au septennat de Charles de Gaulle et plus particulièrement de son Ministre de la Culture, André Malraux, pour qui théâtres, cinémas, musées, expositions, chansons et autres forgeaient, travaillent pour à tout le moins, à l’identité et l’affirmation de la nation d’après-guerre. Or la pandémie semble avoir rebattu les cartes des priorités économiques, bouleversement qui pourrait aussi pousser l’État à repenser dans les années à venir l’offre culturelle en France, dès lors sacrifiée sur l’autel de la nécessité sanitaire et financière. Le risque existe et se fait pour les professionnels du secteur de plus en plus prégnant. Volonté délibérée ou réelle obligation liée à des impératifs financiers et sanitaires ? La question reste entière mais impose aux acteurs du segment de s’interroger sur leur avenir. Et il y a urgence… !

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