La puissance au-delà de l’élection

Quel que soit le candidat qui siègera à la Maison Blanche au lendemain de l’élection du président des Etats-Unis, une certitude s’impose : la capacité de la nation américaine à influer sur la politique internationale. Car même contestée, la puissance des Etats-Unis, mélange de soft et hard power*, persiste à dicter la teneur des échanges mondiaux.

Vue de France, l’élection présidentielle américaine revêt toujours un aspect fascinant, peut-être parce que les deux nations partagent un ensemble de points communs qu’elles peinent, par orgueil, à reconnaître. Vue des Etats-Unis, on peut s’interroger sur l’intérêt que nourrit l’élection présidentielle française. Et pour cause, le choix des électeurs français pour le premier de leur représentant n’a finalement que peu d’influence sur la politique mondiale, à la rigueur à l’échelle européenne, au contraire du choix des électeurs de la première démocratie. Inutile de le nier, le choix du prochain président des Etats-Unis, et ce depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, donnera le ton des futures relations internationales dans un contexte politique et sanitaire, pour le premier complexe, pour le second chaque jour plus inquiétant. Et que dire des tensions raciales qui hantent les Etats-Unis, promptes à renforcer le climat d’incertitude qui règne autour de ce scrutin ou de ces swing states (Etats balance) sur lesquels les yeux, sondages à l’appui, se rivent à l’approche du scrutin.

Intérêt et point de fixation

L’élection du président des Etats-Unis possède cette force invisible, cette capacité presque consubstantielle à capter l’intérêt de tous les pays que compte la planète, tous ayant, ou ayant eu, de près ou de loin, des relations diplomatiques politiques, commerciales ou économiques avec les Etats-Unis. C’est l’apanage des grandes puissances, voire des super-puissances : celui d’être incontournable. Et si chaque président des Etats-Unis écrit lors de son passage à la Maison Blanche une page d’histoire que le futur jugera à l’aune de l’expérience et de l’analyse objective, il n’en reste pas moins que le locataire du 1600 – Pensylvannia avenue, à Washington, dicte inconsciemment la teneur des échanges à venir. Dans un monde a-polaire, les Etats-Unis restent encore une forme de point de fixation capable de déstabiliser ou au contraire apaiser un monde déboussolé, en perte de repères et ce certitudes. Non que les Etats-Unis soient les guides suprêmes d’une Humanité en mal de confiance mais il est probable que si Donald Trump devait être élu, alors son élection serait interprétée par nombre de régimes populistes, officiels ou officieux, comme une confirmation des politiques engagées (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international) ; si en revanche Joe Biden l’emportait, alors il serait possible d’espérer une forme de détente à l’échelle internationale avec la Chine, la Corée du Nord, voire l’Europe, souvent malmenée depuis l’élection de Donald Trump en 2016. (latribune.fr : https://www.latribune.fr/economie/)

Contradiction et inertie

Possible mais en rien certain car, imprévisibles, les Etats-Unis interrogent encore souvent leurs partenaires par leur attitude déconcertante et parfois en totale contradiction avec les réalités contemporaines telles que, entre autres, le retrait de l’Accord de Paris. Car, si Joe Biden est élu, celui-ci acceptera-t-il de le réintégrer ? Rien ne l’annonce. Anecdotique au regard du poids des Etats-Unis, ce retrait illustre parfaitement ce contre-pied permanent dans lequel les Etats-Unis évoluent, conscients de leur influence et viscéralement attachés à leur positionnement isolationniste. Point d’anti-américanisme ici mais simple constat objectif qui met en évidence l’effet d’entraînement que peut initier Washington à l’échelle mondiale car rares sont les pays capables de modifier la teneur des échanges internationaux. La Chine ? L’hypothèse a souvent été avancée mais force est de constater que le point de gravité de la géopolitique mondiale se situe encore – mais pour combien de temps encore ? – entre la côte Ouest et la côte Est de la patrie des Pères fondateurs.

* Soft power et hard power : Défini par le géo-politologue américain Joseph Nye en 1990 comme l’habileté à séduire et à attirer, le concept de soft power met en perspective la notion de puissance dans un cadre non conventionnel. A contrario, le hard power (manière forte) est un concept utilisé dans le cadre des relations internationales en prônant le réalisme dicté par la situation. Il désigne la capacité d’un corps politique à imposer sa volonté à d’autres corps politiques à l’aide de moyens militaires et économiques.

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