La guerre et la honte

La crise syrienne entre dans sa onzième année. Sans l’ombre d’une solution politique ou diplomatique, elle révèle surtout l’inertie coupable et les atermoiements pleutres des nations occidentales au profit du régime syrien et de Vladimir Poutine, président de la Russie.

Il est des anniversaires que l’on n’aimerait pas avoir à célébrer. Celui de la guerre civile syrienne en fait partie. Et pour cause. Marqué par des milliers de victimes et par l’obstination criminelle de Bachar El-Assad convaincu de son bon droit, ce conflit ensanglante depuis dix ans désormais le Proche-Orient qui a rarement été aussi fragile, ébranlé lui aussi par la pandémie (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/m-le-mag). Mais au-delà de cette guerre qui n’en finit pas, le conflit syrien met aussi en évidence toute l’inertie coupable et les atermoiements pleutres de la communauté internationale. Cette dernière, France en tête, qui n’a cessé de pousser des cris d’orfraie devant les crimes commis par le dictateur syrien et ses alliés objectifs ou de circonstances, à savoir Etat islamique et Russie, a surtout brillé par son incapacité à agir collectivement. Plus simplement, la crise syrienne a révélé nombre de carences et de réalités diplomatiques que beaucoup voulaient délibérément ignorer. Parmi elles, les limites de la diplomatie et de l’armée françaises, incapables par le dialogue ou par l’action armée de faire plier une Syrie qui aurait, d’un point de vue militaire, représentée un adversaire solide et des plus dangereux si un déploiement tactique d’envergure avait été engagé.

Naufrage et intérêts

Et l’Union Européenne d’avoir sombré elle aussi dans le naufrage diplomatique qu’est cette crise syrienne, naufrage interrogeant aussi sur les capacités de l’Union à faire face dans des situations analogues. Autre élément révélé par la crise, la volonté des Etats-Unis de progressivement se retirer des théâtres d’opération où la vie de ses forces armées auraient potentiellement été en jeu. Cet isolationnisme latent, basé sur la doctrine Monroe (du nom du président des Etats-Unis qui l’a initiée en 1821) n’est d’ailleurs pas né sous le mandat de Donald Trump, mais sous celui de Barack Obama, au lendemain de la déconfiture irakienne. Parallèlement, il était d’ailleurs inimaginable pour les Etats-Unis ou ses Alliés d’armer la rébellion syrienne, préférant éviter le risque de voir des fractions armées se retourner un jour contre leurs anciens amis, comme ce fut le cas en Afghanistan quand les Etats-Unis armèrent les talibans pour lutter contre l’envahisseur soviétique au début des années quatre-vingt. Enfin, cette crise a aussi révélé la capacité de la Russie a réintégrer la scène diplomatique et géopolitique en faisant valoir ses intérêts syriens.

Mare Nostrum et vaccins

Le port de Tartous, excuse suprême et plutôt facile avancée par les Russes pour légitimer leur ingérence dans le conflit, a été, et est encore, pour Vladimir Poutine, le meilleur moyen de toiser les nations occidentales en leur amputant un bout de leur Mare nostrum qu’est la Méditerranée. Dix ans de crise ont suffi à mettre à nu bien des travers et des fragilités des nations occidentales d’autant plus criantes aujourd’hui, certes dans un autre registre (et en évitant toute analogie gratuite), face à la pandémie de coronavirus. Constat dressé, il convient donc d’imaginer l’après Bachar El-Assad. Mais, là aussi, un autre constat s’impose, une simple réflexion sur la question, a fortiori la réponse, a-t-elle été engagée ? Certainement dans les cabinets silencieux et feutrés des chancelleries. Mais pour l’heure, c’est la question des vaccins qui domine pour des questions sanitaires impérieuses. (lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/monde) Et pour rappel, la crise syrienne est aussi une question sanitaire impérieuse mais avant tout humanitaire.

La Terre ou le Ciel

L’Iran chiite se tourne vers le Saint-Siège. Préambule à un repositionnement politique du pays sur la scène internationale? Crédits : Jackson David.

La rencontre entre l’ayatollah iranien Ali Al-Sistani et le Pape François a posé les bases d’un nouveau dialogue entre les deux religions n’en déplaise aux extrémistes islamistes marginalisés, à l’image de Reda Kriket, par l’entrevue des deux dignitaires religieux.

Quel abysse sépare le Pape François de Reda Kriket, actuellement présenté devant la cours d’assise spéciale de Paris pour un projet d’attentat déjoué in extremis, le 24 mars 2016 ? La réponse tient certainement dans le mot même. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/police-justice) Alors que le Pape François, de retour d’Irak après avoir rencontré l’ayatollah Ali Al-Sistani, représentant la plus haute autorité religieuse iranienne, marquait un rapprochement notable et noté entre monde chrétien catholique et monde musulman chiite, Reda Kriket déclarait ne vouloir reconnaître que la loi divine dans son procès alors que l’homme encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Au-delà de la fracture existante, c’est véritablement l’incapacité des extrémistes islamistes, rares au demeurant à la surface de la Terre et ramené au nombre total de musulmans, à comprendre que l’islam est une religion tout à la fois plastique et malléable, capable de se fondre sans mal dans les sociétés contemporaines.

Intégration et acceptation

Arc-boutés sur des considérations religieuses désormais anachroniques avec le monde contemporain bercé de mondialisation et d’intégration économique, les islamistes de toute obédience semblent s’enfermer dans des logiques exclusives dont tendent à se détacher les franges les plus rigides de l’islam, comme le prouve la rencontre et les échanges intervenus entre l’ayatollah Ali Al Sistani et le Pape François (la-croix.com : https://www.la-croix.com/Religion) Ayant acquis la certitude que le dialogue était la seule option préalable et essentielle à toute démarche de compréhension mutuelle, l’un et l’autre ont donc accepté d’avancer plutôt que de rester sur leurs positions respectives voire de reculer. Indépendamment de l’aspect politique que revêt cette rencontre ainsi que des effets positifs qu’elle peut nourrir dans le dialogue entre les deux religions monothéistes, bien plus proches historiquement et idéologiquement l’une de l’autre que présentés par les islamistes, elle entérine surtout le principe d’une acceptation mutuelle de l’altérité religieuse dans un monde ou le fait religieux est incontestablement sur le reculoir. Faut-il ainsi voir dans la rencontre entre les deux dignitaires religieux un rapprochement tactique en vue de relancer la pratique cultuelle, notamment du côté chrétien ? L’explication serait par trop simple alors qu’y voir la décision commune d’enterrer les reliquats jaunis de Croisades ancestrales aujourd’hui vides de sens serait plus juste. Autre aspect de cette rencontre qui fera date dans l’histoire de la chrétienté latine et de l’islam, la volonté, essentiellement partagée par Ali Al-Sistani, de présenter un visage moderne et contemporain d’un pays, l’Iran, en marge du concert international.

Carte diplomatique et dogme figé

Mais à l’heure où la politique étrangère nord-américaine semble se radoucir au contraire de celle de la Chine qui semble elle prendre des accents plus fermes, l’Iran sait avoir une carte diplomatique à jouer en se repositionnant comme une puissance régionale capable de maîtriser même à distance les velléités terroristes des islamistes les plus fanatisés. Soucieuse de pouvoir mener à terme son programme nucléaire, l’Iran sait qu’apaiser les tensions religieuses et politiques, surtout lorsque les deux se lient, n’est pas inutile. Un rapprochement avec le Saint-Siège peut ainsi représenter une entrée en matière appréciée des Occidentaux toujours frileux à se nouer d’amitié avec une puissance capable de téléguider tel ou tel attentat. Dans ce contexte, les déclarations de Reda Kriket, que d’aucuns jugeraient ahurissantes et totalement déconnectées de la réalité, apparaissent presque comme anecdotiques au regard des enjeux qui se jouent ailleurs. Et la position de celui-ci d’interroger sur la conception de la modernité des extrémistes religieux, islamistes ou non par ailleurs. Car en revenant sur la notion de plasticité de l’islam, il apparaît évident que cet individu et ces comparses d’infortune n’ont a aucun moment de leur parcours pensé l’islam tel un élément constitutif des société contemporaines mais au contraire comme un dogme figé dans le temps incapable d’évoluer et de s’adapter à son environnement. Restés trop religieux pour ne pas devenir plus politique, voilà le constat que l’on pourrait dresser de ces individus enfermés dans des conceptions mortifères d’une religion, répétons-le, plastique et soluble dans nombre de régimes politiques. Pour l’heure, les progrès accomplis par le Pape François et l’ayatollah Ali Al-Sistani posent les bases de nouveaux échanges défaits de méfiance et de crainte, bercé par l’espoir de voir la détente se poursuivre.

Une pandémie si politique

A un an de l’élection présidentielle, le Président de la République Emmanuel Macron prend le pari de politiser la pandémie de coronavirus en dépassant son statut sanitaire. L’intégrer dans son bilan pourrait ainsi être une clef de voûte de son programme. Explications.

Plus qu’un problème sanitaire, la question de la vaccination de masse, et plus largement de la gestion de pandémie de coronavirus, est aujourd’hui devenue un enjeu politique sur lequel nombre de gouvernants seront probablement jugés. La capacité pour un pays et le gouvernement qui lui est associé, quels qu’ils soient, à organiser une campagne de vaccination met de fait en évidence plusieurs éléments qui relèvent tant de sa puissance que son degrés d’évolution. En France, les atermoiements qui ont précédé la situation actuelle ont été très mal appréhendés par l’opinion publique qui ne comprenait pas, et à raison, les retards accusés au regard de la gravité de la situation. La question qui se pose ainsi est donc de savoir si cette même opinion en tiendra grief au Président de la République qui avant l’arrivée du vaccin avait fait le pari que le pays apprendrait à vivre avec le virus.

Critiques et dysfonctionnements

Parallèlement, en décidant de ne pas reconfiner de manière dure (lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/politique-societe/) à l’image de ce qui avait été entrepris en mars-avril 2020, l’Elysée fait du covid-19 non plus un problème sanitaire mais bel et bien un enjeu politique. A quelques mois de l’élection présidentielle d’aucuns reconnaîtront que le pari est risqué mais a au moins l’avantage de poser le Président de la République, du moins est-ce son intention, en véritable décideur de la nation, coupant et tranchant dans le vif sans se soucier des commentaires ou des oppositions. Partant du principe que le coronavirus ne rythmera éternellement pas l’existence des Français et que sa gestion figurera au rang des critiques qui lui seront adressées, Emmanuel Macron a pris le parti d’intégrer la gestion de la crise sanitaire comme un élément constitutif de son bilan. Et le Président de la République de le présenter non comme une fatalité qui s’est abattue sur le pays mais comme un révélateur des dysfonctionnements de notre système de santé, des difficultés rencontrées par les étudiants et mises en évidence par la pandémie, du malaise des soignants,….Autant de réalités que le chef de l’État, candidat à sa succession a passé au prisme de la politisation pour ne plus en faire des faiblesses de son mandat actuel mais des forces d’un potentiel mandat futur.

Rebond et urnes

Il serait alors peu crédible de l’accuser ne pas avoir su tirer un enseignement d’une crise à l’envergure internationale dans laquelle la France est plongée. Pour autant, avancer que la nation sera en mesure de se reconstruire sur les effets de la pandémie ne répond pas nécessairement à la situation actuelle notamment au regard d’un possible rebond sévère de l’épidémie qui étoufferait un système hospitalier au bord de l’asphyxie, des établissements scolaires amenés à jongler avec des formules d’enseignement entre distanciel et présenciel, des entreprises poussées au télétravail et une économie éreintée par près d’un an de yo-yo entre reprise d’activité et reconfinement (la-croix.com : https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique) Il s’avère donc à l’aune de ce constat que le pari est des plus risqués car le Président de la République sera le seul à être jugé dans les urnes pour la gestion. Pourtant si ses opposants ne pourront que l’accabler de reproches, lui pourra avancer un ensemble d’actes. Et à treize mois du premier tour de l’élection présidentielle, cet ensemble d’acte constituera une partie du bilan du quinquennat. Car après la crise sanitaire, la politique reprend le dessus…

Débat à haut risque sur l’islamo-gauchisme

Le débat suscité par les propos du Ministre délégué à l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, sur la réalité de l’islamo-gauchisme à l’Université expose l’exécutif à une polémique porteuse de risques politiques élevés. Explications.

Voilà un débat aux accents polémiques, dont Emmanuel Macron se serait volontiers passé à quatorze mois du premier tour de l’élection présidentielle prévue en avril 2022. Non que celui-ci ne soit pas en mesure de l’affronter et de l’éteindre sans délais, mais le débat sur la diffusion supposée de l’islamo-gauchisme dans les rangs de la communauté universitaire revêt tous les ingrédients du piège politique. (lire le parisien.fr : https://www.leparisien.fr/politique) Pour autant, avant d’aborder les différentes facettes du piège en question, une définition de l’islamo-gauchisme, notion clivante, active et réelle pour certains, notamment dans les milieux d’extrême-droite, brillant par sa vacuité pour d’autres qui n’hésitent pas à dénoncer un abus de langage, s’impose. Textuellement donc l’islamo-gauchisme est un néologisme désignant une proximité supposée entre idéologies et partis de gauche et milieux islamiques ou islamistes. Composé des termes islam et gauchisme, le terme est également utilisé pour symboliser une ligne de fracture politique sur les causes du djihadisme.

Socle et espace d’expression

Définition posée, pourquoi le débat ouvert par Frédérique Vidal, Ministre déléguée à l’enseignement supérieur, suscite-t-il tant d’inquiétudes dans la majorité et la ire des milieux universitaires ? La réponse réside d’abord dans la situation globale à laquelle l’exécutif doit aujourd’hui faire face qui n’a aucune envie de devoir affronter d’une part la communauté scientifique, en partie socle de son électorat, et, d’autre part, encore moins l’envie de devoir se lancer dans une analyse sur le poids et l’influence de l’islamisme en France. Sujet sensible, la question de l’islamisme associé à une potentielle complicité tacite des milieux universitaires à son endroit au regard de certaines thèses avancées par celui-ci, n’est en rien au programme du candidat Macron. Alors que l’exécutif cherche à tout prix à s’extraire de la crise sanitaire sans recourir à un nouveau confinement tout en contenant les dégâts économiques occasionnés par les mesures de restrictions liées à la pandémie, un débat, ne serait-ce que superficiel sur la question de l’islamo-gauchisme serait une perche tendue aux milieux d’extrême-droite et notamment à sa principale rivale, présentée comme telle en tous cas, Marine Le Pen qui trouverait là un espace d’expression presque béni.

Probabilité et institutionnel

Faible et mal informée sur les questions d’ordre économique, la président du Rassemblement National pourrait facilement user dans ce débat des thèses complotistes qui nourrissent le discours d’extrême-droite, discours sur lequel Emmanuel Macron n’a aucune prise car infondé. Mais le risque de devoir se lancer dans une séance d’explication collective visant à dédouaner la communauté scientifique de toute manipulation subie sans désavouer un ministre devenu très encombrant s’avère de plus en plus probable si le feu de la polémique n’est pas immédiatement éteint. Peu de solutions s’offrent finalement au Président de la République. Si le renvoi, par ailleurs probable, de la Ministre en question en est une (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/societe/article), elle ne fera que satisfaire la communauté universitaire sans pour autant clore définitivement la discussion. Et si la polémique devait enfler, une intervention du Président ou du Premier Ministre s’avérerait nécessaire au risque de donner au débat une tournure institutionnelle aux conséquences lourdes. In fine, le débat ouvert par Frédérique Vidal, pertinent ou pas, pose l’exécutif face à la fronde des universitaires et à une question qui appelle une réponse rapide au risque de rester accroché au semelles du Président.

Ambiguïtés africaines

Alors que se pose la question du retrait des forces françaises de l’opération Barkhane au Sahel, les ambiguïtés de la France au regard de ces anciennes colonies émergent aussi. Explications.

Ancienne puissance coloniale, la France a souvent eu, depuis l’indépendance de celles qui furent ces possessions africaines, une attitude des plus ambiguës. Entre volonté d’émancipation et coopération dissimulée sous une forme d’ingérence qui ne voulait pas dire son nom, Paris a vu, et voit encore, dans les pays d’Afrique de l’Ouest en particulier, tout à la fois un ensemble de partenaires économiques et un espace-tampon sensé protéger la France contre la mouvance islamiste ayant pris place dans le Sahel. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/afrique/article) L’opération militaire Barkhane, initiée par l’ancien président de la République François Hollande en 2013 en vue de sécuriser la zone au regard de la présence de milices islamistes radicales à même de menacer le territoire national, est ainsi aujourd’hui source d’interrogations de la part de l’Etat-Major français mais aussi des pays concernés, à savoir le G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad).

Partir ou rester

En redessinant les lignes de forces géostratégiques du Sahel, l’action de la force française qui s’est progressivement étendue au-delà des frontières fixées par la mission initiale qu’était le Nord Mali, a mis en exergue toute la complexité du règlement de la question du terrorisme islamiste. Et les questions sur l’utilité de la présence française de se poser avec acuité. Financièrement et humainement coûteuse, dépassée géographiquement, l’opération Barkhane porte en elle toutes les ambiguïtés de la politique africaine de la France : Laisser les puissances du G5 gérer la sécurité de la zone concernée en acceptant de fait de perdre la maîtrise des opérations et de ses objectifs ; maintenir la présence des forces françaises au risque de voir émerger une sorte de néocolonialisme. L’ambiguïté initiale se transforme alors en problème cornélien attisé par une opinion publique hexagonale de moins en moins encline à accepter une opération militaire coûtant près d’un milliard d’euros par an indépendamment des pertes humaines de l’ordre de 50 soldats tués à ce jour. (vingtminutes.fr : https://www.20minutes.fr/monde) Car la multiplication des pertes humaines dans un contexte de lutte contre le djihadisme au sein d’un espace sahélien éloigné de la France, interroge aussi une opinion publique prompte à questionner la pertinence d’une telle opération. Lancée sur le postulat d’une lutte contre les mouvances islamistes sur leur propre territoire, l’opération Barkhane s’est alors vite transformée en une guerre décentralisée menée par la France sur un continent sensible, exposant l’Hexagone a un conflit long et complexe, sans véritable porte de sortie si ce n’est confier au G5 la gestion des opérations sans garantie, aujourd’hui ou demain, que la menace terroriste s’éteigne.

Sphères culturelles et pandémie

Politiquement risquée, au regard des enjeux humains ou financiers qu’elle révèle, l’opération Barkhane a tout du cadeau empoisonné. Car derrière la volonté d’éradiquer le terrorisme islamiste dans ses bases initiales, un autre élément est venu ternir la pertinence de cette opération. Les récents attentats perpétrés sur le sol français non par des individus fanatisés issus du Sahel mais par des hommes occidentalisés ou proches des sphères culturelles occidentales ont remis en question la nécessité de mener un conflit loin de ses bases. En outre, dans un contexte de pandémie liée au covid-19, d’autres priorités semblent se dégager au sein de l’opinion et de l’exécutif. Est-ce à dire que la force Barkhane va cesser ses opérations pour un retour imminent ou programmé ? Les thèses avancées ne plaident pas en faveur de cette solution. Mais une possible redéfinition de la mission, un recentrage de son action géographique et une plus grande latitude accordée au G5 Sahel pourraient vraisemblablement être envisagés afin de limiter les effets d’une opération à la popularité décroissante et à l’efficacité sinon contestée du moins entourée d’un halo de doutes jusqu’à présent tus. Mais pour combien de temps ?

Les casseroles de Birmanie

La lutte pacifique du peuple birman pour le retour de la démocratie invite à s’interroger sur la confrontation de deux cultures, occidentales et asiatiques, face à l’oppression et la violence.

Entre lutte pour la démocratie et combat contre l’épidémie de coronavirus, le peuple birman a choisi la première option. Alors que la planète entière se débat dans une course effrénée pour obtenir dans les meilleurs délais les vaccins salvateurs, la Birmanie, fait face à la junte militaire qui s’est emparée du pouvoir via un coup d’État fomenté depuis plusieurs mois. Poussant le chef de l’État de cette nation du sud-est asiatique de 53,7 millions d’habitants, Aung San Suu Kyi en résidence surveillée, les nouveaux maîtres de la Birmanie entendent ainsi rétablir l’ordre et la discipline dans un pays qui, selon eux, en manquait. L’avenir dira si ce coup d’État, pour l’heure des plus contestés tant au sein du pays qu’à l’échelle internationale, se concrétisera définitivement par la mise en place d’un régime militaire.

Force et violence

Mais au-delà des réactions internationales suscitées par l’évènement, c’est surtout l’enthousiasme et la ferveur du peuple birman qui a surpris et surprend encore. En organisant une résistance civile pacifique, où la violence est bannie à des fins de crédibilité du mouvement, les Birmans donnent une leçon au monde entier en démontrant qu’à la force ne peut répondre la force. (lesechos.fr : https://www.lesechos.fr/monde/) Par les manifestations organisées dans les rues de Rangoon, capitale économique du pays, et partout sur l’ensemble du territoire, les Birmans défendent un idéal démocratique devant la junte est impuissante car dans l’incapacité de s’appuyer sur une quelconque forme de violence. Masques sur le visage afin de respecter les consignes sanitaires et éviter la propagation du virus, les Birmans, solidaires et déterminés, réinventent le principe de la contestation en opposant à la brutalité un pacifisme que nombre de pays ont oublié. Convaincu de la justesse de sa cause, le peuple birman, nourri par des principes démocratiques auxquels il est viscéralement attaché, défile en frappant des casseroles, épousant ainsi la mystique populaire qui prétend que battre le métal de ces ustensiles éloignent les esprits. D’aucuns souriraient de cette pratique, la jugeant puérile et infantile et totalement déconnectée de ce qu’appelle une telle situation.

Cultures occidentales et rohingyas

Pourtant, elle met en évidence toute la culture pacifique asiatique, celle où prévalent sagesse et réflexion, a contrario des cultures occidentales promptes à l’affrontement souvent brutal et facteur d’inertie. Si rien ne permet d’avancer que la tactique des manifestants finira par aboutir à un retour de la démocratie et à la libération de Aung San Suu Kyi, le combat mené par ces derniers ne peut qu’inspirer un respect qui dépasse celui dû à tous les peuples défendant la démocratie et les libertés fondamentales. Dans une nation pourtant longtemps martyrisée par la dictature, récemment sous les feux de l’actualité en raison des violences commises par l’armée birmane à l’endroit des rohingyas (voir ci-dessous) dans l’Est du pays depuis 2016, la Birmanie semblait évoluer sur le fil du rasoir. Exposant sa démocratie aux agissements nationalistes et xénophobes de l’armée, mis au banc des accusés des nations après avoir enfreint les droits de l’Homme au regard de la question rohingya, la Birmanie a cédé à ses vieux démons. Mais les casseroles sont là ! Qu’elles continuent à raisonner.

Les Rohingyas, un groupe apatride

Les Rohingya ou Rohingyas constituent un groupe ethnique indo-aryen apatride de langue indo-européenne, majoritairement musulman, mais comprenant une minorité de chrétiens et d’hindous. Les Rohingya vivent principalement dans le nord de l’Etat d’Arakan, dans l’ouest de la Birmanie.

Ça pique ou ça casse

La stratégie de vaccination de masse engagée par l’Union européenne expose Bruxelles à des conséquences tout aussi glorieuses que catastrophiques. Dans un contexte de fébrilité et de fragilité économique extrêmes, la Commission européenne sait que tout échec pourrait remettre en cause le principe d’une gouvernance commune.

Critiquée et vilipendée pour son manque de réactivité dans la mise en place d’une stratégie vaccinale, l’Union Européenne subit depuis le début de la campagne de de vaccination un feu de critiques que la présidente de la Commission européenne, Ursula van der Leyen a tenté d’éteindre (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/international). L’avenir dira si sa prise de position stoppera les attaques mais il est apparaît aussi que seuls les résultats de la dite campagne serviront de preuves à sa réussite, ou à son échec. Pour autant, loin des commentaires d’essence politique, ou voulus comme tels, il est tout aussi clair que l’Union européenne a tout à la fois beaucoup à perdre et beaucoup à gagner dans cette campagne de vaccination de masse. Beaucoup à perdre car si la propagation du virus n’est pas enrayée avant la fin de l’année civile, voire la période estivale, l’Union sera encore une l’objet de nombreuses critiques mettant en évidence son inertie, son incapacité à résoudre une problématique continentale tout en se voyant accusée d’une part d’avoir échouée dans sa politique d’autre part de rester un foyer viral actif.

Poumon et pertinence

C’est d’ailleurs cette seconde alternative qui pourrait gravement entacher sa réputation. Comptant parmi les trois pôles économiques majeurs mondiaux, avec l’Amérique du Nord et l’Asie, l’Union européenne est aussi, n’en déplaise à ses détracteurs, un poumon financier, industriel, économique et démographique mondial contrarié depuis bientôt un an par le coronavirus. Dire que la crédibilité continentale et internationale de l’Union est engagée est un doux euphémisme au regard du spectre de récession que fait peser un rebond du virus, même à l’échelle régionale. Parallèlement, tout échec de la campagne de vaccination interrogerait sur la pertinence d’une structure commune et de sa gouvernance quand commence à monter dans les rangs des pays européens fatigue, lassitude et colère des peuples devant les mesures toujours plus contraignantes sensées endiguer le fléau. Beaucoup à gagner aussi car dans l’hypothèse où la stratégie vaccinale serait sanctionnée de succès, l’Union européenne pourrait alors présenter ce dernier comme le résultat d’une politique commune sensée et réfléchie, portée par le sens de l’intérêt général.

Approximations et inquiétudes

Mais outre cela, elle serait légitime en affirmant que les choix industrialo-pharmaceutiques ont été les plus efficaces dans une situation pandémique où chaque jour apporte son lot d’approximations. Parallèlement, l’Union européenne, qui sort d’une âpre négociation avec le Royaume-Uni dans le cadre du Brexit, certes marquée par un compromis globalement favorable pour Bruxelles, pourrait aisément utiliser ce potentiel succès pour redorer son blason et reconquérir le coeur d’Européens parfois dubitatifs. (touteleurope.eu : https://www.touteleurope.eu/revue-de-presse/) Certes. Mais tout ces éléments s’inscrivent aussi dans un contexte global de profonde inquiétude de la part d’une Commission européenne et de pays membres tétanisés à l’idée de subir pendant encore de longs mois la menace d’un virus capable de déstabiliser, et pour longtemps, l’économie mondiale. (consilium.europe.eu : https://www.consilium.europa.eu/fr/) Et avancer que la campagne de vaccination de masse s’effectue dans la plus grande fébrilité n’est en rien une forme de spéculation, d’aucuns sur le vieux continent ayant compris qu’il s’agissait de la dernière chance avant un chaos qui ne veut pas dire son nom.

Alexeï Navalny restera-t-il le seul ?

Si les manifestations d’opposants emmenées par Alexei Navalny mettent en exergue la confiscation du pouvoir opérée par Vladimir Poutine via un système personnel dédié à son seul profit, cette contestation intérieure ne peut suffire. Une position de l’Occident visant à défendre les Droits de l’Homme en Russie doit compléter la menace.

Avancer que Vladimir Poutine, actuel président de la Russie, supporte mal toute forme d’opposition relève de l’euphémisme. Et affirmer, dans le même temps, qu’Alexei Navalny, irrite au plus haut point le résident du Kremlin en est un aussi. Pourtant, la détestation que se porte les deux hommes, le premier étant totalement imperméable à la conception que le second se fait de la démocratie et des libertés inhérentes à celles-ci, met en exergue toutes les failles du système Poutine pensé et concrétisé dans les faits depuis le début des années 2000, à l’heure où Vladimir Poutine succéda à Boris Elstine. Conçu sur la base d’une cooptation qui ne prend même plus la peine de se cacher, par un musellement quasi-généralisé des organes de presse, par les menaces proférées à l’endroit des des journalistes quand ceux-ci ne sont tout simplement pas assassinés à l’image d’Anna Politovoskaïa (2006), par une corruption endémique et une multiplication de faveurs dont profitent les proches du président russe, le régime de Vladimir Poutine tend finalement aujourd’hui à ressembler plus à une affaire personnelle qu’à la gestion saine d’une nation pourtant riche de milliers d’atouts. (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/idees/article)

Redistribution et contestation

A l’heure où la Russie tente de redorer son blason international dans un contexte de redistribution des cartes à l’échelle internationale, redistribution entre autre nourrie par l’élection de Joe Biden aux Etats-Unis et les effets de la pandémie de coronavirus, Vladimir Poutine, doit en la personne d’Alexeï Navalny, faire face, non pas à un opposant de plus mais à un opposant déterminé, dont l’action a reçu la bénédiction tacite de l’Occident. De ce fait difficilement éliminable comme un obscur journaliste de région ou un lanceur d’alerte trop véhément, l’homme sait aujourd’hui peser sur le système Poutine. Car les revendications libertaires et les multiples dénonciations d’Alexeï Navalny visant à révéler la réalité du système Poutine ont certes pour objectif, et effet, de déstabiliser le Kremlin et son organisation mais présentent aussi le danger pour l’ancien officier zélé du KGB de porter de très sérieux coups à un ensemble en définitive fragile. Reposant essentiellement sur une police et une armée omniprésentes, sur des réflexes datant de l’ère soviétique et le principe obsolète que les Russes ont besoin d’un pouvoir et d’un homme forts à leur tête, le système Poutine pourrait vaciller tant l’ampleur de la contestation gagne un terrain tous les jours plus grand. Preuve de la menace représentée par Navalny : à peine celui-ci a-t-il posé le pied sur le sol russe que celui-ci a été emprisonné. Rares sont les démocraties qui agissent ainsi avec leurs opposants…Car pour ceux qui en douteraient, la Russie de Poutine n’est en rien aujourd’hui une démocratie mais plutôt une démoctature ou dictacratie, habile mélange d’autorité affirmée et saupoudrée de principes démocratiques vites bafoués.

Libération et mondialisation

Si le sujet anime les étudiants occidentaux en Sciences Politiques, il est en revanche une réalité vécue par un peuple russe dont on ne sait pas s’il accepte ou refuse, silencieux et attentiste, la politique de Poutine. A la vue des manifestations actuelles, tout laisse à penser que le peuple russe est aujourd’hui sur la voie de la libération. Mais les ressources de Vladimir Poutine sont encore nombreuses, voire insoupçonnées, et à même d’étouffer toute rébellion. Etonnamment, et par un principe d’inversion proportionnelle, plus l’opposition d’Alexeï Navalny s’avère forte et structurée plus la réaction de Vladimir Poutine devant cette même opposition se révèle sectaire et autoritaire. (Revue-Projets.com : https://www.revue-projet.com/articles),Est-ce à dire que pour que le système Poutine s’assouplisse, Alexeï Navalny doit cesser son action libertaire ? D’aucuns argueront, et à raison, que toute opposition, même vouée à l’échec dans un premier temps est bénéfique à long terme car elle sème les graines d’une libération future. Pour autant, il convient de ne pas oublier la composante internationale où la Russie n’est en rien à l’aise. Tributaire de son secteur pétrolier (La Russie est le deuxième producteur de pétrole mondial), la Russie reste aussi dépendante du marché international dans lequel elle peine à s’insérer. Bien que considéré comme un pays émergent, il est fort probable qu’elle le soit encore longtemps, situation dont Vladimir Poutine est conscient car celui-ci n’ignore en rien que la question des Droits de l’Homme et son traitement futur en Russie conditionnera aussi sa place au bal de la mondialisation. Mais cette place devra se faire sans lui.

Le révélateur rwandais

Si de nouveaux documents d’archives tendent à confirmer le rôle de la France dans le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994, les révélations apportées confirment en filigrane le déclin de l’influence diplomatique de l’Hexagone à l’échelle internationale.

C’est une affaire sale. De celles qui empoisonnent la République, qui tâche la réputation d’un pays qui se veut, et se prétend souvent, un modèle de vertu et de défense des Droits de l’Homme. Cette affaire, le génocide des Tutsis au Rwanda au printemps 1994, ne lâche pas la France, collée à son Histoire comme un bout de sparadrap sur ses doigts (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/afrique). Les faits sont simples : au début des années quatre-vingt-dix, sous la présidence de François Mitterrand, des signaux alarmants proviennent de ce pays d’Afrique centrale, dans la régions des Grands Lacs, mettant en évidence des violences croissantes portées à l’encontre des populations Tutsis et proférées par les Hutus, l’autre ethnie vivant au Rwanda. Les origines de cette haine qui sépare les deux peuples sont anciennes et mal appréhendées par l’ancienne puissance coloniale qu’est la France.

Françafrique et influence

Les frontières du pays, dessinées par des occidentaux totalement ignorants des rivalités existants entre les différents peuples d’Afrique, englobent donc deux ethnies incapables de négocier une cohabitation pacifiée et durable. Le génocide débutera au printemps et se soldera par près de 800.000 victimes Tutsis. Le rôle de la France est alors pointée du doigt, son influence dans la région interrogée, les réseaux de la Françafrique mis sur le grill, son statut d’ancienne puissance coloniale vilipendée, l’Opération Turquoise diligentée par l’Organisation des Nations Unies (ONU) et confiée à la France stigmatisée. Et l’affaire de s’enliser et s’enfoncer dans les remous de l’Histoire, revenant régulièrement à la surface avec son lot de nouvelles révélations accusant toujours un peu plus l’inertie et l’inaction de la France au cours de la période. (Franceinter.fr : https://www.franceinter.fr/monde) Mais au-delà des faits historiques qui deviennent au fil des années un peu plus clairs et précis, se pose aussi la question de l’influence de la France au sein d’un continent qui a longtemps été sa chasse gardée, ses rivalités sourdes avec d’autres nations européennes impliquées de manière sous-jacente dans la région telles que l’Allemagne ou le Royaume-Uni pour le contrôle tacite d’un continent aux richesses convoitées. Cette influence, que la France cherchait alors à maintenir, au lendemain de la disparition de l’affrontement Est-Ouest qui avait paralysée le Monde pendant près de 45 ans, allait démontrer toute sa faiblesse et son inanité en laissant le drame s’accomplir. Alors que s’achevait dans la douleur de la maladie incurable le deuxième septennat de François Mitterrand, que la cohabitation battait son plein et que le pays tentait de se frayer un chemin dans le nouvel ordre mondial placé sous le sceau du libéralisme le plus débridé, le génocide des Tutsis passa en France presque à la trappe de l’Histoire.

Inefficacité et médiocrité diplomatique

Incapable de tenir un rang diplomatique qu’elle avait perdu depuis la défaite de mai-juin 1940 et l’illusion de la victoire en 1945 la faisant passer, par un tour de passe-passe du Général De Gaulle, comme une grande puissance, la France s’est donc laissée embarquer dans une opération militaire qui devait établir les bases préliminaires d’une paix à venir mais qui s’est surtout révélée être d’une inefficacité aberrante. Au rôle mal défini par l’ONU, la force Turquoise, ainsi baptisée, n’a donc pas su, ou pas voulu selon la version rwandaise des évènements d’alors, enrayer le drame génocidaire. Devenue une puissance moyenne, à la sphère d’influence et à l’autorité limitées, la France a révélé, via le génocide Tutsi, toute sa médiocrité diplomatique d’alors. Concurrencé à l’échelle européenne et mondiale, à la peine dans la bataille économique de la mondialisation qui s’affirmait, l’Hexagone, soucieux de faire valoir une position internationale de second, voire de troisième rang, a abîmé son image par un rôle encore contesté. Mais 25 ans après, dans un contexte international transformé, alors que les relations entre la France et le Rwanda sont toujours tendues, que les révélations régulières sur son rôle pendant le conflit discréditent la thèse officielle du non-soutien au gouvernement rwandais d’alors, persistent des réalités qui renvoient la nation de Voltaire et de Rousseau à la liste des tâches que son Histoire lui a laissée.

Le Capitole et le poison

L’invasion du Capitole, temple de la démocratie américaine, révèle la fracture qui divise la société américaine mais aussi la présence de franges de la population affolées par des menaces fantasmées que le président Trump a instrumentalisé par conviction avec cynisme et par ambition personnelle.

L’image est écornée, la réputation ternie. Certainement pour longtemps. Les Etats-Unis, souvent cités en modèle pour la vitalité de leur démocratie, ont peut-être perdu en quatre ans, durant le mandat de Donald Trump, une part de leur influence mondiale tout comme sali les institutions chères aux Pères fondateurs. L’assaut et l’invasion du Capitole par des partisans du président sortant, dont les images ont choqué le monde entier, ont révélé une nation américaine fracturée et divisée. D’aucuns argueront que Donald Trump a certainement contribué à creuser le fossé qui s’est dessiné à coups de tweets ravageurs à la pertinence discutable, de déclarations tapageuses et d’une conduite des affaires de l’État qui a laissé perplexe (liberation.fr : https://www.liberation.fr/planete). Mais si l’homme d’affaires devenu président a joué un rôle en surfant sur la vague populiste, il n’a finalement fait qu’exploiter avec cynisme et ambition personnelle les failles d’une nation décrite en crise depuis sa création. S’appuyant sur l’omnipotence des réseaux sociaux, toujours prompts à relayer, sans grande rigueur éthique, les affres de la société contemporaine, Donald Trump a nourri une forme de dégoût de la démocratie telle qu’elle se pratiquait avant son arrivée à la Maison Blanche au profit d’une autre, considérée à ses yeux comme à ceux de ses partisans plus juste.

Posture et obscurantisme

Ainsi, en se présentant comme le premier des défenseurs de la démocratie américaine, l’homme s’est enfermé dans la posture du recours et du sauveur d’institution menacées pour finir par humilier la nation à la bannière étoilée (lemonde.fr : https://www.lemonde.fr/chroniques-de-la-presidence-trump). Mais menacées par quoi ? La foule ivre de haine qui s’est déchaînée sur le Capitole avançait pelle-mêle et sans réelle logique dialectique ou scientifique toute une série d’arguments tous plus loufoques les uns que les autres racisme, xénophobie, complotisme, élection volée et truquée, se mêlaient dans une forme de creuset idéologique vide de sens où prédominait la violence pour seul argument d’échanges. Pétrie d’ignorance crasse et de rancoeurs cuites et recuites, de bêtise abyssale et d’obscurantisme effrayant, cette foule, préalablement et savamment excitée par les propos va-t-en-guerre de Donald Trump s’est donc ruée sur le Capitole sûre de son fait. Naturellement, les plus optimistes argueront qu’il ne s’agit que d’une minorité. Mais en est-on si sûr ? Que ce soit aux Etats-Unis, pays ultra-médiatisé ou en Hongrie, modeste membre de l’Union européenne, voire au Royaume-Uni ou ailleurs dans le monde, combien sont-ils à contester les fondements démocratiques de nos sociétés en revendiquant l’idée de posséder la seule et unique formule de la démocratie.

Carences et apocalypse

Oubliant la notion de liberté d’expression au profit de la seule volonté d’imposer leur vision, ces hommes et ces femmes, tendent à représenter aujourd’hui une part sous-estimée de nos sociétés. L’appauvrissement intellectuel des populations liées aux carences des systèmes éducatifs, l’abêtisation des sociétés entretenue par des réseaux sociaux complaisants avec la facilité dialectique proposée par certains contenus travaillent à ce que le sociologue français Gérald Bronner nomme dans son dernier ouvrage l’Apocalypse cognitive* ou ce qu’Umberto Eco nommait l’invasion des imbéciles. L’ensemble de ces facteurs, et probablement bien d’autres, ont contribué à cet épisode surréaliste de l’invasion du Capitole mais pourraient tout aussi bien expliquer d’autres atteintes à la démocratie dans les années à venir. La fracture que cet épisode de violence a révélé aux Etats-Unis n’est peut-être que le préambule à d’autres soubresauts, ailleurs, eux-mêmes annonciateurs de troubles plus lourds et plus dangereux. Tel un si lent poison…

*Apocalypse cognitive, Paris, PUF, 2021