Donald Trump avance à vue…

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Sous l’outrance de Donald Trump, se cache une présidence condamnée à naviguer à vue dans la surenchère populiste et un horizon très mal défini.

Un mois après son entrée en fonction, le Président américain multiplie outrances et provocations. Mais cette attitude, fruit d’un populisme prégnant, illustre une absence de vision globale et une progression à vue dans un monde politique national et international qui lui est inconnu, progression qui interroge sur sa présence au sommet de l’Etat.

Combien de temps Donald Trump pourra-t-il rester président des Etats-Unis ? La question pourrait paraître loufoque mais l’est-elle réellement ? Voilà près d’un mois que le nouveau président est en fonction et chaque jour amène son lot de surprises, généralement, au mieux surprenantes, au pire dramatiques. Pour n’en citer qu’une, de décret anti-immigration qui a été intelligemment bloqué par la justice américaine (lire article sur huffingtonpost.fr : Donald Trump renonce à faire appel contre le blocage de son décret anti-immigration) Maigre consolation certes mais consolation quand même de voir le tycoon renvoyé dans ses cordes. Pour autant, la présidence de Donald Trump ne s’arrête pas au lendemain du camouflet infligé par la justice américaine au locataire de la Maison Blanche. Et il à craindre que les années qui s’annoncent soient pires que les quatre semaines écoulées. D’où la question initiale : combien de temps pourra-t-il rester président des Etats-Unis. Si la contestation reste forte sur le sol américain et si à peine 39% des citoyens américains avouent encore lui accorder leur confiance Donald Trump est encore là. Et il est fort à parier que ce ne sont pas quelques manifestations ou des sondages révélateurs qui vont le déstabiliser.

Faiblesse et vacuité

En revanche, une accumulation d’erreurs tant sur le plan intérieur que sur le plan extérieur pourrait amener à s’interroger sur la pertinence de sa présence au sommet de l’Etat. A titre d’exemple, les propos tenus suite à l’entrevue avec Benyamin Netanyahou hypothéquant l’idée de deux états, un israëlien, un palestinien, n’ont pas manqué d’interloquer les partisans de la paix et la communauté internationale. Donald Trump, président en campagne permanente, car conscient de son absence de vision globale pour les Etas-Unis (ou bien si approximative), de la faiblesse de son discours et de la vacuité de son programme, est ainsi condamné à naviguer à vue, au gré des attentes de son électorat mais au risque de commettre et de multiplier les erreurs. Ses relations orageuses et délétères avec les médias américains, dont l’aura dépasse largement celle des médias européens, pourraient elles aussi se révéler comme un énième détonateur. Pris les filets d’un populisme outrancier qui lui a permis d’accéder à la présidence, Donald Trump est désormais obligé d’avancer dans la surenchère. Mais même cette surenchère permanente, cette capacité à promettre toujours plus, a des limites. Le refus de la justice américaine de valider le décret anti-immigration a été un coup de semonce. Les quatre années qui s’annoncent, tant du point de vue Démocrate que du point de vue Républicains, se présentent comme un chemin de croix, qui plus est semé d’embûches, si le magnat de l’immobilier (qui ne s’est d’ailleurs toujours pas départi des habits qui siéent à la fonction) devait continuer de multiplier provocations et errances.

Sottise et Damoclès

Une procédure de destitution (impeachment) pourrait alors être envisagée mais reste à en définir le motif et pour que le Congrès prouve que les actes du Président ont mis la nation américaine en danger est loin d’être une sinécure. Mais répétons-le, seule une avalanche d’erreurs lourdes aux conséquences qui le seraient tout autant pour la nation américaine pourrait être à l’origine de la destitution de Donald Trump. Or, l’homme, aussi vulgaire et grossier qu’il puisse paraître, n’est pas un sot, et pourrait, sentant l’épée de Damoclès peser sur sa tête, radicalement changer de posture et de discours, fût-ce au prix de se couper de son électorat de base mais tout en conservant le soutien timide, mais soutien malgré tout, des Républicains. Pour l’heure, Donald Trump semble agir à sa guise, dirigeant le pays au gré d’une inspiration populiste, goûtant au pouvoir comme à une friandise au parfum jusqu’alors inconnu de ses sens. Et s’il semble aimer le dit pouvoir, tout laisse cependant à penser que Donald Trump n’y paraît pas spécialement attaché au vu de ses décisions ou de ses déclarations. La présidence des Etats-Unis se serait-elle alors qu’un jeu, un dépaysement oisif ? Si tel est le cas, Etats-Unis et Monde sont très mal embarqués. Dans les cas contraire,….Etats-Unis et Monde sont aussi mal embarqués car imaginer l’existence d’une forme de cohérence, de raison et de rationalité dans le trumpisme serait le signe de l’abandon de principes et de fondements universaux qui, tant bien que mal, parvenaient encore à structurer le Monde, principes et fondement que Donald Trump foule allègrement du pied.

Le Front National condamné ?

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Et si Le Front National était condamné ? Une défaite de Marine Le Pen lors de l’élection présidentielle accréditerait l’hypothèse.

Exposé à de profondes lignes de fractures internes tues au nom des échéances électorales à venir, le Front National pourrait assister à une érosion de son électorat si les tenants de la ligne dure incarnée par Marion Maréchal-Le Pen s’emparaient du parti après la défaite de Marine Le Pen. Explications.

Depuis des mois, politologues, instituts de sondages et journalistes reconnaissent en Marine Le Pen l’un des deux finalistes de l’élection présidentielle devant se tenir au printemps. Tant et si bien que la question n’est plus de savoir si la présidente du Front National sera au second tour mais plutôt qui elle devra y affronter. S’il est encore trop tôt pour le dire, il n’est pas interdit de s’interroger en revanche sur les maux internes qui rongent aussi le Front National. Le parti de Marine Le Pen, qui se présente comme exemplaire et soudé, en contraste patent avec l’ensemble des partis qui animent l’échiquier politique français, est pourtant loin d’être un parangon de perfection et d’exemplarité. Passons sur l’emploi d’attachés parlementaires au sein du groupe élu au Parlement européen et qui in fine travaillent pour le compte du parti dans son siège parisien, loin de toutes préoccupations européennes, et attardons-nous sur les fractures qui déchirent le parti. Deux lignes s’opposent aujourd’hui au sein du Front National et leur affrontement larvé pourrait être à l’origine, en cas de défaite à l’élection présidentielle de Marine Le Pen, de l’éviction de cette dernière. Deux lignes donc : une souverainiste teintée d’un pseudo vernis social incarnée par Marine Le Pen et Florian Philippot ; une identitaire raciste, violente et revendiquée (même si la ligne de Marine Le Pen le reste aussi) incarnée par Marion Maréchal-Le Pen.

Conserver son aura

La seule représentante du Front National au sein de l’Assemblée nationale (Gilbert Collard est rattaché au Rassemblement Bleu Marine) ne cache ni ses intentions ni ses envies quant à prendre la succession de sa tante qui aurait alors bien du mal à conserver son aura si la ligne officielle devait être désavouée. Marine Le Pen, qui a pour l’heure contenue la contestation en interne au nom de l’unité, du culte du chef et de potentielle victoire en mai 2017, sait que ces jours seront politiquement comptés si elle échouait aux portes de l’Elysée. Cette contestation, emmenée par la petite-fille du fondateur, en guerre contre le mentor de Marine Le Pen, Florian Philippot, pourrait rebattre les cartes au sein même du parti pour s’avérer finalement salvateur pour la démocratie et le jeu politique français. Une explication s’impose. Les efforts engagés par Marine Le Pen et Florian Philippot afin de dédiaboliser le Front National, afin de lui conférer les atours d’un parti politique ancré dans les valeurs de la République ont permis au parti de séduire nombre d’électeurs aveugles ou dépités (et ce pour nombre de raisons), tournés désormais vers le Front national. Cette stratégie, évidente pour qui veut bien la voir, cache naturellement les vrais objectifs du Front National qui s’est donc vu contraint, en vue d’accéder au pouvoir d’adoucir son propos pour élargir sa base électorale. Jusqu’à présent, il semble que la tactique fonctionne au grand dam des tenants de la ligne dure du parti. Mais cette tactique, qui pourrait réussir car il convient d’en avoir conscience en dépit de l’aspect xénophobe et de la vacuité économique du programme défendu (lire l’article sur lesechos.fr : Front national : un projet économique inconséquent ) , est aussi un piège pour la démocratie et les citoyens qui l’anime car elle fait entrer le Front National dans un champ politique jugé comme acceptable. Ainsi, le Front National par un programme prétendument adouci, banaliserait racisme et xénophobie au nom d’un intérêt général à géométrie variable. Et ne parlons même pas ici des conséquences économiques qui en découleraient !

Front National en régression

En revanche, l’échec de Marine Le Pen à l’élection présidentielle, sonnerait le glas de la ligne souverainiste défendue et ouvrirait la porte aux tenants de la ligne historique du Front National. Et en quoi serait-ce, (la prudence s’impose en la la matière) une bonne nouvelle ? Et bien, en reprenant son héritage historique, ses habits de parti ouvertement raciste et xénophobe, le Front National régresserait dans l’opinion, décrédibilisé par un discours ultra-nationaliste en tous points et pourrait alors retrouver les scores électoraux qui ont prévalu pendant de nombreuses années, soit entre 15% et 19% de l’électorat. C’est déjà trop en conviennent tous les démocrates de ce pays mais c’est déjà moins que les 25% à 30% que les sondages annoncent. En avançant masqué, le Front National a su séduire des couches sociales fragiles, perméables à la facilité d’un discours politique pétri de sophisme et d’idées préconçus, désorientant un électorat jusqu’alors prêt à se tourner vers des formations politiques aux valeurs républicaines affirmées. Et c’est là que se cache le vrai danger du Front National, la banalisation de l’extrémisme sous des atours pseudos et faussement républicains. En avançant, à visage découvert, le Front National cristallisera contre lui un puissant courant républicain et démocratique, courant qui le dépassera pour l’enfermer à terme  dans un cercle d’influence restreint. Faut-il donc espérer le pire des discours pour voir le Front National enfin reculer dans le paysage politique français ?  Chacun apportera sa réponse à cette question. Mais la défaite de Marine Le Pen à l’élection présidentielle couperait court, malgré elle, aux ambitions de la fille du fondateur tout en renvoyant le Front National à son fondement naturel, incompatible avec l’idée de République et de démocratie, valeurs auxquelles les Français sont attachés.

François Fillon et la bonne question

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Le cas Fillon pose aujourd’hui la nécessité de clarifier le fléchage des fonds alloués aux deux assemblées. Crédit photo : Rémi Jouan

Si la position de François Fillon est devenue aussi incompréhensible qu’intenable, elle n’interdit pas de s’interroger sur la nécessaire refonte du système de fonctionnement des assemblées et du fléchage des fonds qui leur sont alloués.

Ce qui ressemble désormais à une forme d’entêtement de la part de François Fillon ne nourrirait-il pas, d’une certaine manière, la suspicion et l’opprobre qui entoure la classe politique française et ce depuis de nombreuses années ? Passée la question, reste à apporter une réponse qui ne sera qu’un fragment de réflexion parmi tant d’autres éléments qui ont amené les hommes et les femmes politiques français à être regardés et considérés avec méfiance. Ainsi, en persistant à vouloir se présenter à l’élection présidentielle, François Fillon donne l’image, dans une opinion plus que méfiante et déjà convaincue de sa culpabilité, d’un homme accroché à son statut et aux avantages, passés ou à venir, que ses différentes fonctions ont pu ou pourraient potentiellement, lui apporter. Nous l’explicitions la semaine dernière sur ce même support, François Fillon est attaché aux atours du pouvoirs considérant que ces derniers sont des attributs normaux aux fonctions remplies. Certes ce point de vue peut se défendre mais le notable de Sablé-sur-Sarthe est certainement un des rares à le dire avec autant de véhémence (ou le laisser penser avec autant de force) quand d’autres, tout en considérant la même chose, essaient de faire preuve de plus de discrétion.

Exemplaire et grisé

Cet entêtement, devenu incompréhensible, notamment au lendemain des ultimes révélations de Médiapart (voir article sur mediapart.fr: Argent public détourné au Sénat: les chèques secrets de François Fillon), renforce dans l’opinion l’idée que l’homme se juge, soit au-dessus des lois d’un pays qui prohibe certaines pratiques dont il s’est rendu coupable sans la moindre vergogne, soit réellement encore innocent et victime d’une cabale (dont l’origine ne se situe peut-être pas nécessairement à gauche de l’échiquier politique). Mais dans les deux cas, la situation est devenue quasiment intenable. L’homme qui se présentait comme un parangon de vertu et d’honnêteté morale, fustigeant à demi-mot dans ses discours le bling-bling ravageur de Nicolas Sarkozy, qui prônait l’exemplarité comme ligne de conduite a oublié que les deniers publics, si chèrement acquis par la collectivité via l’Etat, se devaient de servir à la dite collectivité et non à satisfaire des velléités d’ordre privées. D’aucuns jugeraient cette attitude méprisante envers les contribuables français à qui François Fillon, dans son programme électoral, demandent encore plus d’effort. L’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy serait-il déconnecté de la réalité au point de penser et croire que les fonds publics peuvent être dépensés sans contrôle ? Vu la situation qui prévaut aujourd’hui, on peut le penser. Comme d’autres, François Fillon s’est laissé grisé par le pouvoir et ses attributs, confondant implication politique et implication personnelle. Car si la politique est devenu un métier rémunéré par l’Etat, il ne s’agit pas d’un métier pratiqué dans le secteur privé mais bien dans le secteur public ce qui suppose, à tout le moins, une surveillance particulière des fonds alloués et utilisés.

L’arbre qui cache la forêt

Dire que l’homme a profité d’un certain laxisme en matière de contrôle n’est pas interdit non plus. Ce qui ne l’exonère en rien des fautes commises, si fautes il y a eu. Certes, François Fillon est aujourd’hui pris dans les mailles du filet mais rien ne dit que d’autres ne tomberont pas non plus pour des faits similaires ou approchant. A ce jour, il semble que la campagne du janséniste sarthois touche à sa fin sans avoir réellement commencé, tuée dans l’oeuf par un passé dispendieux. Certes l’enquête diligentée permettra de faire toute la lumière sur cette affaire mais peu importe le résultat. Car si François Fillon devait être blanchi des soupçons pesant sur lui, c’est alors le temps qui lui manquerait pour redorer son blason face à des candidats bien lancés. Dans le cas contraire, c’en serait fini de la carrière politique de François Fillon mais amènerait une nécessaire et impérieuse refonte du fonctionnement des assemblées. Sauf à vouloir que le cas Fillon reste l’arbre qui cache la forêt.

François Fillon et le contre-emploi

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Chantre de l’ascèse politique, François Fillon est pris au piège de pratiques certes courantes mais dangereuses pour qui prône l’exemplarité.

L’affaire d’emploi fictif qui touche François Fillon renvoie à des pratiques longtemps tues en raison de conditions économiques favorables. Mais quand croissance faible et chômage de masse exaspèrent les Français, cooptation et népotisme sont jugés inacceptables.

Si l’affaire n’en était pas pathétique, elle en serait vaudevilesque. Labiche et Feydeau n’auraient pas mieux écrits ! C’est dire ! Imaginez donc ! Un mari ambitieux, une épouse dépensière et cooptée, des amis (très) jaloux et des ennemis prêts à tout pour avoir la peau, tout comme les amis d’ailleurs, de l’ambitieux mari. Seulement là, point de portes qui claquent ou de répliques hilarantes. Non ! Rien de tout cela. Ainsi, après avoir damé le pion à tous ses concurrents, opérant une folle remontée avant la Primaire de la Droite et du Centre alors que tout le monde le jugeait moribond pour au final l’emporter haut la main, l’homme se trouve embringué dans une sale et vilaine affaire de détournement de fonds publics (voir article sur mediapart.fr: François Fillon a bénéficié de fonds publics détournés au Sénat) et d’emploi fictif. Lui l’ascèse de la politique, le janséniste de la Sarthe qui prônait l’exemplarité a pratiqué la cooptation la plus banale certes, mais la plus dangereuse car elle s’est appuyée sur des fonds publics et a propulsé son épouse Pénélope dans une fonction dont beaucoup interrogent la substance. Dans le privé, l’on aurait appelé ça un abus de bien social mais là, à l’heure où les Français, et à raison, demandent, voire exigent, transparence et honnêteté, le premier d’entre eux, du moins celui qui s’en réclame, est pris par la patrouille.

Normale et classique

Des raisons expliquent cette attitude qui semble pourtant si naturelle à François Fillon. D’abord parce que le candidat à la présidentielle appartient à une génération d’hommes politiques qui considèrent que le pouvoir appelle des avantages et que ces derniers sont naturels et évidents, que profiter, concrètement, de voitures et de chauffeurs attitrés n’a rien d’anormal car les responsabilités remplies et assumées le méritent largement. Alors employer son épouse en qualité d’attaché parlementaire n’a rien de si choquant, la chose serait même considérée comme normale et classique. Et c’est là que François Fillon se trompe. L’opinion a changé et le Monde avec lui. Le faste des Trente Glorieuses où les hommes politiques pouvaient vivre sur les recettes générées par le dynamisme économique est révolu. Les Français d’alors toléraient, car ils ne le voyaient pas, ces pratiques où cooptation et népotisme allaient bon train dans l’opacité la plus totale. Ces mêmes Français, embarqués dans le train de la croissance, qui s’enrichissaient en même temps que le pays et ceux qui le gouvernaient, acceptaient une situation ambiguë car rien n’atteignait leur confort. Or, le discours de François Fillon, discours prônant rigueur et privations, ne rime pas avec des pratiques où l’argent et le pouvoir semblent vivre et grandir dans un univers à part, ouvert à une poignée de privilégiés. C’est l’erreur commise, celle de croire que les Français ne regardaient pas les pratiques de leurs dirigeants. A l’heure des réseaux sociaux, d’un internet omniprésent et de lanceurs d’alerte sur le qui-vive, ces pratiques ne sont plus possibles si tant est qu’elles fussent un jour acceptables. Car la question n’est pas de savoir s’il est répréhensible d’employer son épouse ou ses enfants, ses neveux ou ses cousins, mais il risqué de le cacher et de s’en défendre. François Fillon aura beaucoup de mal à convaincre de son honnêteté et de sa probité morales car en faisant profiter son épouse d’un emploi qui aurait pu (dû?) revenir à un ou une autre, il a franchi la limite de la confiance potentielle que certains pouvaient lui accorder. L’ambitieux aura beaucoup de mal à se relever de ce coup violent et inattendu auquel il ne s’attendait pas et pour cause : il n’y a jamais vu un quelconque problème. Naïveté ? Condescendance ? Mépris des règles et de ceux qui ne pourront jamais intégrer ces castes privilégiées ? Peut-être les trois. Et c’est là in fine que réside le drame de cette farce grotesque qui pourrait hypothéquer son avenir.

Donald Trump, d’une Amérique à l’autre

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Donald Trump incarne une Amérique baignée de télé-réalité, de culte de l’argent et de xénophobie, loin de celle que Barack Obama pensait présider.

L’investiture de Donald Trump a consacré un homme, produit d’une société américaine baignée de médiocrité et de xénophobie latente et rampante. Mais l’émergence de cet homme, n’est-elle pas le fruit de nos erreurs. Explications.

Le voilà donc officiellement investi président des Etats-Unis d’Amérique. Donald Trump a prêté serment le 20 janvier dernier sur la Bible, la même que celle sur laquelle Georges Washington, premier Président de la jeune nation d’alors avait lui aussi prêté serment il y a plus de deux cents ans. Quel contraste ! Le père de la nation qui, dans l’Histoire, fait face au tycoon de l’immobilier !(voir l’article sur lepoint.fr: Donald Trump : une investiture pas comme les autres) Vue de l’extérieur, en Europe et en France, cette investiture reste pourtant encore surréaliste tant le personnage contraste avec l’image et l’idée que l’on peut se faire (en bien ou en mal) de la première démocratie du monde, en tous cas présentée comme telle. Car l’élection de Trump interroge encore et ce pour longtemps. Comment cet homme, avec tout ce qu’il incarne, a-t-il pu accéder à la fonction suprême ? L’on peine à trouver de vraies raisons ou un ensemble d’explications plausibles. Les politologues s’y essaient et s’y emploient en définissant un faisceau de conjonctions mais sans arriver aux motivations réelles. Parmi ces raisons, il en est peut-être une qui se dégage plus que les autres et que nous avons feint de ne pas percevoir afin, encore une fois, de ne pas affronter nos responsabilités. La présidence de Barack Obama a caché, à son corps défendant, une forme de déliquescence de la société américaine, d’une part tout du moins, blessée par la crise financière et économique de 2008. Mais si l’explication économique peut prévaloir, elle n’est pas la seule. Loin s’en faut. Beaucoup ont évoqué une forme d’élitisation de la vie politique américaine, d’une caste déconnectée de la réalité sociale.

Médiocrité et aridité intellectuelle

C’est peut-être vrai mais cette explication reste à confirmer, et les sociologues s’y emploieront. Plus simplement : Donald Trump n’est-il pas simplement le reflet d’une Amérique obsédée par l’argent et la réussite sociale et économique, braillarde et revendicative, peu cultivée et peu encline à le devenir, aride intellectuellement, nourrissant une paranoïa croissante, persuadée que l’isolationnisme défendu par le nouveau président est une clef de la réussite et de la grandeur à retrouver ? Cet homme, milliardaire sulfureux, héro de la télé-réalité via laquelle il promeut sa carrière et des valeurs morales où l’argent et l’individualisme font florès, n’a-t-il pas simplement donné à une partie du peuple américain ce que celui-ci attendait mais surtout ce que ce dernier est seulement capable de comprendre et d’absorber ? Finalement, Donald Trump ne serait-il pas le produit d’une Amérique brutale, abreuvée de séries télévisées manichéennes et absurdes, où la culture et l’ouverture au Monde sont vécues comme des agressions ? Il n’est pas interdit de le penser tout comme il n’est pas interdit de penser qu’en Europe, il existe aussi des franges de populations sensibles à ces discours faciles et à cette prolifération de contenus médiatiques faibles et limitées en tous points. Trump incarne ainsi l’aboutissement d’une société superficielle, pétrie d’individualisme, de déresponsabilisation et de médiocrité. Le mot est lâché. Sans peine convenons-en mais au moins a-t-il le mérite de résumer l’état de nos sociétés contemporaines.

Abandon collectif

Pour autant, cette médiocrité, tant décriée et à raison, ne serait-elle pas non plus le résultat d’une forme d’abandon collectif, d’un renoncement devant certains discours, certaines pratiques. Déplorer l’arrivée de Trump au pouvoir est certainement louable tant le personnage n’inspire que doute, crainte et parfois dégoût. Mais ne sommes-nous pas aussi responsables, certes en premier lieu le peuple américain, (mais dans un monde globalisé nous défausser serait lâche et facile) de l’émergence de tel personnage ? N’est-ce pas la médiocrité et la vulgarité qui ont occupé et colonisé un espace abandonné par la culture et le savoir, par l’humanisme et la pensée ? Il n’est pas, à nouveau, interdit de le croire. Dénoncer Trump ne résoudra en rien le problème qu’il pose : Sommes-nous capables d’admettre que nous avons échoué à créer un monde où culture, savoir, connaissance, partage, générosité prévaudraient sur l’individualisme, le culte de l’argent et de la réussite. Interrogeons-nous : Trump n’est-il pas notre mauvais génie, notre côté obscur (les fans de Stars Wars apprécieront) ? Inutile de battre notre coulpe ad lib cependant. Donald Trump est là et il est le résultat des failles et des erreurs de nos modèles sociétaux (comme peut l’être Vladimir Poutine bien que d’autres facteurs expliquent aussi son émergence). Il revient donc à nos sociétés de créer un nouvel espace de pensée, un espèce de contre-trumpisme, à même de générer autre chose que ce qui hante notre quotidien. La tâche est immense et planétaire. Mais elle vaut le coup ! Non ?!

Des Primaires ! Mais pourquoi ?

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Démocratiques et plurielles, les Primaires élisent souvent, non pas le meilleur programme, mais le candidat à même de l’emporter lors du scrutin présidentiel. 

Les Primaires organisées par la Droite républicaine et la Gauche ont mis en exergue une multitudes de divergences idéologiques au sein des partis concernés. Mais l’exercice ne tient-il pas plutôt de la recherche d’une caution démocratique que de la croyance en la pluralité ? Explications.

Voilà donc l’exercice télévisé des Primaires achevé. A gauche comme à droite, chacun à sacrifié à ce qui est devenu en quelques années un rituel démocratique, organisé avec le concours de chaînes de télévision qui n’en demandaient pas autant. Bref ! Là n’est pas le sujet. Que penser finalement des Primaires ? Preuve de la bonne santé de la démocratie ? Exercice bénéfique car permettant à chacun d’exposer ses idées et ses divergences ? Moment de la vie politique ou le grand public est associé à un débat qui d’habitude lui échappe ? Toutes ces questions méritent des réponses positives car effectivement, les débats qui précèdent les Primaires sont porteurs et suivis, il suffit pour s’en convaincre, d’étudier les taux d’audience réalisés par les chaînes ayant diffusé les débats. Certes… ! Mais les Primaires en tant que telles ? Si d’aucuns y verraient un exercice salvateur, d’autres pourraient y voir un échec, du moins une fausse victoire, de la démocratie. Comment ? Une explication s’impose. En présence, deux grand partis politiques (Parti socialiste et Les Républicains) auxquels s’ajoutent des satellites idéologiques plus ou moins affidés aux écuries dominantes, satellites qui peinent à exister et qui s’agitent désespérément, voire pathétiquement, pour donner une substance politique à leur discours.

Rassembler en ordre serré

Deux grand partis donc composés d’hommes et de femmes (plus d’hommes que de femmes d’ailleurs et à l’heure de la parité le constat n’est pas sans interroger) qui digressent et discutent sur des thèmes choisis et définis via lesquels sont censées s’exprimer divergences ou connivences. A grand renfort de campagnes électorales, de saillies idéologiques ou discursives, les candidats se déchirent, se rallient, se séparent, se retrouvent, pactisent, trahissent, pardonnent…avec l’espoir que les électeurs proches de leurs positions les choisissent pour, in fine, être celui qui se présentera à l’élection suprême. Moult débats et moult idées pour choisir un représentant derrière lequel se rassemblera, en ordre serré et le petit doigt sur la couture (ou pas très loin en tous cas faute de recadrage de la part du semi-élu) les anciens prétendants, tous se rangeant sagement, et en silence de préférence, derrière le préféré des urnes. Et comme l’onction populaire légitime tout ! Les commentaires sont priés de rester aux vestiaires. A ce compte là, à quoi bon des Primaires ? Puisque à l’arrivée les divergences et les différences d’appréciation sont de fait gommées et absorbées par une une candidature unique. Concrètement, alors que la pluralité prévalait jusqu’alors, la voilà décapitée. Certes le candidat choisi pourra toujours intégrer dans son programme quelques éléments extérieurs issus de la réflexions de ces anciens adversaires, mais rien ne l’y oblige, François Fillon en est l’archétype. Intelligents, les électeurs ne choisissent pas nécessairement le meilleur programme mais le candidat qui sera à même de l’emporter, à défaut, d’être présent au second tour de l’élection présidentielle.

Mécanique retorse

Utilité discutable donc d’un exercice qui sous une façade démocratique (et un grand tapage médiatique) renvoie à un pragmatisme empreint de cynisme. Un des points positifs des Primaires est qu’il permet au futur président de la République de commencer à constituer, dans l’ombre en tous cas, son Gouvernement. L’exercice de 2011 l’a prouvé et ô combien. A droite comme à gauche, les esprits s’aiguisent et faute de présidentielle, un poste ministériel fera l’affaire dans l’hypothèse où le candidat retenu par les électeurs prenne ses fonctions à l’Elysée. Restent ceux qui ont préféré ne pas participer à l’exercice et ce pour éviter d’être prisonnier d’une mécanique finalement assez retorse à même de se retourner contre eux. Imaginez donc ! S’opposer au candidat élu au sein de la primaire pour une fois l’élection présidentielle passée, intégrer son Gouvernement. La crédibilité du concerné en prendrait un sacré coup même si celui-ci se défendrait en arguant de sa pleine liberté de parole et de pensée. Classique et éculé mais la pratique a le mérite de fonctionner et de rendre à celui qui s’y contraint une sorte de d’honnêteté et de probité morale. Mais en partie seulement. Pour autant la pratique des Primaires semble désormais acquise en qualité de pratique d’échanges idéologiques soumise à l’onction populaire. Mais l’exercice reste fragile car tous les partis ne s’y adonnent pas. Aussi, la légitimité de la dite pratique ne reste que partielle pour entretenir par devers elle l’image d’un exercice artificiel qui tiendrait plus de volonté d’imprimer une caution démocratique aux partis s’y pliant que de la croyance en la force de la pluralité.

L’Homme est seul

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Dans un un univers physique pour l’heure fini, l’humanité a oublié de lever la tête pour renouveler sa pensée pour finalement s’appauvrir intellectuellement.

Confronté à un univers physique fini, l’humanité s’est enfermée dans des schémas artificiels pauvres où dominent confort et matérialisme. Au point d’oublier que l’essence de l’Homme est de scruter l’horizon. Et aujourd’hui, il est seul.

La question taraude les astrophysiciens depuis des décennies. Sommes-nous seuls dans l’Univers ? La question pour l’heure sans réelle réponse pourrait aussi ronger philosophes et penseurs. Pourquoi donc ? Parce que plus que de solitude physique qui ferait de lui un cas unique dans l’Univers, presque un accident historico-biologique (s’il ne l’est pas déjà) l’Homme semble souffrir de solitude intellectuelle. L’état du Monde actuel ne pousse guère à l’enthousiasme et à quelques jours, à titre d’exemple, de l’investiture de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis ou après les propos de de Bachar El-Assad sur la guerre et la mort, rien ne semble prouver que l’Humanité soit guidée vers les chemins de la grandeur. Un constat rapide s’impose : l’Homme est pauvre et indigent intellectuellement ou l’est-il progressivement devenu. Certes, et à raison, d’aucuns objecteront que celui-ci a créé, innové, généré pour son bien et celui de ses semblables inventions, progrès et autres avancées fondamentales. Mais est-ce que tout cela a été suffisant pour donner une impression globale de grandeur ? La question se pose et ce ne sont pas ces lignes qui prétendront y répondre, tout au moins, essaieront-elles d’alimenter le débat, à condition qu’il existe déjà.

Débat appauvri

Pourquoi l’Homme est-il si seul ? D’abord, une explication physique. Nous n’avons pas trouvé d’autres intelligences comparables ou supérieures à la nôtre qui pourraient stimuler notre créativité technique ou cérébrale. Un défaut d’altérité serait donc à l’origine de cet appauvrissement global. Ensuite, puisque nous évoluons sur une planète dont la taille se réduit tous les jours en raison des performances des nouvelles technologies qui nous affranchissent du temps et de l’espace, nous nous sommes progressivement libérés de la contrainte spatio-temporelle qui pouvait par le passé être source de créativité. Concrètement, l’immédiateté a rompu le charme, le plaisir ou la nécessité de la recherche, de l’imagination et de la réflexion. Troisième point, l’appauvrissement du débat, gagné par une médiocrité lancinante (il suffit pour s’en convaincre de lire ou entendre les discours des élites ou prétendues comme telles) est aussi lié à une forme de consanguinité intellectuelle où se retrouvent sans cesse les mêmes débats, les mêmes questions, les mêmes interrogations et souvent les mêmes réponses. Pour s’en convaincre et sans user à nouveau de l’argument du débat politique, lisons les programmes électoraux des candidats à l’élection présidentielle, relisons le programme de Donald Trump ou les délires identitaires des populistes qui fleurissent un peu partout et qui trouvent des oreilles attentives et bienveillantes pour les écouter.

Pieds et horizon

Tout cela n’est-il pas la preuve d’un appauvrissement du discours, des ambitions, des envies d’un peuple mondial qui semble s’être confortablement rangé derrière un modus-vivendi où règne en maître le matérialisme le plus primaire ? « Insultant ! Dément ! » crieraient certains à la lecture de ces lignes mais n’y a-t-il pas, qu’on le veuille ou non, une réelle carence de la pensée et ce à l’échelle mondiale ? Enfermé dans son monde physique, la Terre, et un sur-monde qu’il s’est artificiellement créé, les différentes sociétés dans lesquelles chacun évoluent, l’Homme s’est peut-être détaché de ce qui nourrissait son ascension et sa progression, à savoir l’envie de dépasser sa condition en imaginant un autre avenir. A trop regarder ses pieds, l’Homme a oublié de lever la tête et de scruter l’horizon. Alors aujourd’hui, l’Homme semble bien seul dans cet univers froid et silencieux. Sur Terre, où le ciel bleu domine, il erre plus qu’il n’avance, il suggère mais ne pense pas. Bref ! Il tourne en rond ! Et le tour n’est pas prêt de s’achever, car pour information, la Terre est ronde ! Passé ce trait d’humour (fumeux certes), persiste un constat : à l’excellence nous avons choisi la médiocrité et la facilité. Chemin plus court et moins chaotique mais qui ne mène nulle part. Car aujourd’hui, l’Humanité a besoin d’espérance et non d’impasses à répétition.

La guerre psychologique de l’Etat Islamique

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Généraliser la peur et la crainte d’une attaque terroriste n’importe où et n’importe quand constitue pour l’Etat islamique une première victoire.

Le nouvel attentat perpétré par Daech confirme la capacité de l’organisation terroriste de frapper à sa guise en instaurant un climat de guerre et de tension psychologique usant. Et accepter la fatalité de l’horreur ne serait-il pas une première victoire pour les terroristes ? Explications.

L’Etat islamique a encore frappé. Date symbolique et lieu festif ont été sa cible. Dans l’escalade de violence et de morts à laquelle s’adonne l’organisation djihadiste, voilà une information qui revêt presque un caractère banal et usuel tant le Monde s’est malheureusement fait à l’idée qu’attentats et autres crimes ponctueraient encore 2017 et les années à venir. Et le drame n’est-il finalement pas là ? Dans cette sorte de fatalité et d’habitude que nous avons pris à accepter l’horreur et le sang comme des éléments constitutifs de nos vies respectives ? Le penser ne serait-il pas un premier pas vers la une forme de capitulation sordide qui tendrait à faire croire aux barbares de Daech qu’ils ont gagné la guerre psychologique à défaut de gagner la confrontation militaire. Car il s’agit bien, en marge des opérations militaires menées au Moyen-Orient, d’une guerre psychologique. Faire régner la peur et la crainte de surprendre n’importe qui n’importe où par une attaque terroriste aussi soudaine que meurtrière. La question de la résilience chère à Boris Cyrulnik, n’est-elle pas au cœur de ce défi qui nous est posé ? Sur le terrain, certes l’Etat Islamique recule, régulièrement ses chefs locaux sont éliminés par les frappes de la coalition et il n’est pas impensable que d’ici un à deux ans, l’Etat islamique et ses territoires soumis ne seront plus qu’un mauvais souvenir. Mais, et c’est là que réside la force de cette organisation, restera le discours et la capacité de celui-ci à embrigader des âmes faibles et perdues dans une logique destructrice.

Permanence et capacité

A l’arrivée, et il ne s’agit pas ici de minimiser les souffrance endurées par les populations soumises à Daech, loin s’en faut, mais le combat psychologique livré à l’organisation se poursuivra bien après la fin des hostilités physiques. L’Etat Islamique dispose en effet d’un réservoir de combattants externalisés partout dans le Monde, issu certes de milieux sociaux identifiables, mais qui représentent une menace dormante. La radicalisation via internet, redoutable outil, ou via d’autres moyens ne s’arrêtera pas une fois les territoires perdus reconquis. La permanence du discours haineux, sa capacité à traverser et convaincre des franges sociales affaiblies, défavorisées ou exclues perdurera. Pour oser une métaphore médicale, si la tumeur maligne sera extraite et détruite, resteront les métastases. Comment alors résoudre ce défi, car c’en est un véritable, qui se pose à l’Humanité ? Elles pourraient être d’abord d’ordre économique et sociale mais si l’on ne décrète pas la croissance, il est tout aussi difficile de décréter le bonheur. Cette guerre psychologique à laquelle Daech se livre ne serait-elle pas aussi un cruel avatar de la crise sociale qui traverse nombre de sociétés contemporaine ? Perte de confiance en des élites dépassées et refermées sur elles-mêmes, impasse économique qui sanctionne les limites du libéralisme, du néo-conservatisme ou du néo-libéralisme, fragmentation du corps social au profit de réflexes individualistes sont autant d’éléments, entre autres, à même d’expliquer la poussée des thèses défendues par Daech dans certaines catégories sociales qui ne perçoivent aucune issue à leur destin. Crise civilisationnelle ou simple passage à vide ? Seule l’Histoire le dira mais pour l’heure il est évident que nous continueront à pleure nos morts tant que nous n’accepterons pas de regarder en face les carences et les lacunes de nos systèmes qui sont autant, à leur échelle, de bombes à retardement.

La Pythie fait la gueule !

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Dans la Grèce antique, la Pythie de Delphes se faisait l’écho de la parole du dieu qui s’exprimait par sa voix pour énoncer ses prédictions. (Image : John Collier – DR)

Rien au terme de l’année 2016 ne semble annoncer une année 2017 de meilleur tonneau. A moins qu’individualisme, populisme, xénophobie et technologie à outrance ne cèdent le pas à une vraie réflexion sur le devenir de l’Humanité. Utopique ? Non ! Question de bonne volonté.

L’exercice tient du marronnier et à ce titre il n’a guère plus de réelle valeur informative si ce n’est celle de s’astreindre à dresser un panorama de l’année écoulée. Essayons donc, quelques heures avant le passage à la nouvelle année que beaucoup espèrent meilleure et d’autres moins pire, de proposer le plus objectif des bilans de 2016. Des Britanniques en rupture de ban, Nice ensanglantée, Trump aux affaires, Alep rasée, Berlin dans la tourmente et des embarcations de fortune qui continuent à traverser la Méditerranée chargées d’hommes et de femmes en quête d’une vie meilleure…Soyons lucides : Tout cela n’invite guère à festoyer le 31 décembre prochain en trinquant à la nouvelle année. Et pourtant certains, nombreux à n’en pas douter, célébreront l’an nouveau. Ils n’auront pas tort, en tous cas, il serait difficile de les blâmer. Ne pas souhaiter une bonne année à ses proches n’entravera pas les malheurs du Monde. Hélas ! Ce serait trop facile ! Donc,… Pour autant, rien n’empêchera une fois les premières minutes de 2017 entamées de s’interroger sur ce que ce nous voudrons faire de 2017. Nous n’irons pas dire que 2016 fut une annus horribilis, mais nous ne sommes pas loin de le penser car la frontière entre ce que le Monde a connu et la dite annus horribilis est ténue.

Indécente gourmandise

Deux mille seize fut ainsi marquée par une telle avalanche d’événements aux répercussions mondiales telles qu’elle restera non seulement dans les mémoires mais aussi dans les livres d’histoire comme l’une des plus riches en bouleversements à même de traduire les profondes crises sociétales, voire civilisationnelles, que le Monde traverse. Car derrière la facilité que nous offre par exemple les nouvelles technologies, derrière la virtualité de rapports sociaux factices et artificiels dont Internet se repaît avec une indécente gourmandise, des hommes et des femmes continuent de mourir. Pas si loin de chez nous d’ailleurs : A trois heures d’avions de Paris, en Syrie, le sang coule. En Afrique, au Mali précisément, la guerre civile couve, attisée par des groupuscules islamiques. En Europe, France, Allemagne, Italie et autres vivent en alerte constante dans la crainte d’un nouvel attentat. Aux Etats-Unis, le populisme (sous des aspects bon teints) a pris le pouvoir. En Russie, la démoctature ou la dictacratie de Poutine effraie autant qu’elle intrigue. Y a-t-il dans tous cela motif à se réjouir le 31 décembre prochain ? N’y a-t-il pas en revanche pléthore de questions à se poser sur notre civilisation, notre Monde, nos références, nos certitudes et nos préjugés que nous avons tôt fait d’ériger en principes fondamentaux ? L’individualisme forcené qui régit notre quotidien a totalement déstabilisé un Monde fragile car fait d’humains eux aussi structurellement et naturellement fragiles. A l’heure où se rompent des équilibres précaires entretenus jusqu’à présent par des fantasmes de puissance révolue, 2017 s’annonce sous de mauvais auspices.

Bon sens et soupçon d’utopie

Les Dieux ne semblent pas enclins à nous accorder leur bienveillance et la Pythie de Delphes de faire la gueule ! A moins que, et c’est le propre de l’Homme, nous ne parvenions à nous renouveler. Explications. Point de manipulations génétiques ici ou de sombres expériences à l’alchimie douteuse. Non ! Rien que du cérébral ! Ho la ! Compliquée cette affaire !? Pas tant que cela. Un peu de bon sens et un soupçon d’utopie (cela ne peut pas faire de mal). Imaginons que les intérêts particuliers cèdent enfin le pas à l’intérêt général, que le tout-économique soit enfin battu en brèche par une vision plus souple et plus humaine des modes de production et de consommation, que les nouvelles technologies certes si séduisantes et si pratiques (reconnaissons-le!) ne soient plus le centre de nos vies qui méritent mieux que la futilité et la légèreté de téléphones mobiles devenus omniprésent. « Ridicule ! Stupide ! » crieront certains. Pourquoi pas ? Mais en y réfléchissant bien est-ce que cette petite liste de résolutions ne pourrait pas s’avérer bénéfique si chacune d’elle était mise en pratique ? L’affirmer serait péremptoire et prétentieux mais essayer ne coûte au rien. Car au point où nous en sommes… !

Alep ou le cimetière des Droits de l’Homme

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Malgré l’envoi d’une mission d’observation, l’ONU semble avoir agi trop tard devant me drame humanitaire vécu par la population d’Alep

La mission d’observation envoyée par l’ONU à Alep révèle l’impuissance de l’institution internationale à endiguer le drame humanitaire qui se noue dans la cité syrienne alors que s’échappe un sentiment de lâcheté inavoué qui plombe une communauté internationale incapable de toute solidarité.

Alors que Berlin pleure légitimement les victimes de l’attentat qui a endeuillé la capitale allemande le 19 décembre, Alep continue d’enterrer les siennes. Point de cynisme dans ce propos mais le constant d’une simple réalité. Mais ce serait trop vite oublier aussi que le Conseil de Sécurité de l’Organisation des Nations unies, a, le même jour, ironie du sort, décidé d’envoyer une mission d’observation sur les conditions d’évacuation et de protection des populations civiles. (voir l’article sur lemonde.fr : Alep : le Conseil de sécurité de l’ONU vote à l’unanimité l’envoi d’observateurs ) L’intention est louable, maigre mais louable. Pourtant, aussi bien intentionnée soit-elle, cette même mission, qui donne le sentiment de vouloir cacher l’inertie coupable de l’ONU dans le conflit syrien et de certains de ces membres (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne), ne parviendra pas à occulter la lâcheté de ces mêmes pays qui ont abandonné Alep et les rebelles syriens aux mains du régime de Bachar El Assad et de son affidé russe. Ainsi, avec cette mission, sommes-nous passés de la honte au pathétique. Quel mélange ! Quelle gloire ! Soyons francs un instant : A quoi va donc servir cette mission d’observation après des mois et des mois de guerre ? Après qu’Alep a été rasée ? Que des centaines de victimes civiles ont été la cible de bombardements aveugles et meurtriers ? A quoi donc ? Peut-être à vérifier que la ville ne tient plus debout ? Que la mort et la désolation rôdent dans chacune de ces rues ?

Honneur perdu

Par cette mission aux allures presque grotesques si elle ne s’inscrivait pas dans un cadre dramatique, la communauté internationale appréhende avec la justesse qui sied à l’événement toutes les limites de l’action de l’ONU et de ses membres. Et comble du cynisme, le représentant de la Russie au Conseil de Sécurité, a voté la résolution ! N’hésitons pas à le penser à défaut (soyons magnanimes…!) d’en avoir la preuve formelle : le conflit syrien a poussé le monde occidental dans ses derniers retranchements moraux en mettant à nu son hypocrisie et sa lâcheté. A Alep, l’ONU et la communauté internationale ont perdu leur honneur. D’un point de vue plus hexagonal, la France, toujours prompte à dispenser au Monde des leçons sentencieuses et empreintes de condescendance sur les Droits de l’Homme, s’est elle aussi enlisée dans la faiblesse de l’inaction coupable. « Mais nous n’allions pas faire seuls la guerre à Bachar El Assad et à son allié russe ?! » s’écrieraient d’aucuns y compris au plus haut sommet de l’Etat. Certes. Mais la France qui se veut un grand pays, à l’histoire porteuse de valeurs universelles fruits de la Révolution française, a failli en prouvant qu’elle n’était in fine qu’une puissance de second rang, finalement peu écoutée et juste capable de suivre les ordres donnés par les Etats-Unis ou de se taire devant la Russie de Vladimir Poutine. Il ne serait pas juste de renvoyer la responsabilité de l’enlisement du conflit syrien sur la seule France. Naturellement, Etats-Unis et Grande-Bretagne et plus largement le monde occidental ont leur part de responsabilité.

Faiblesses révélées

Mais n’aurait-il pas été plus honnête de déclarer lors de l’éclatement de la guerre civile syrienne, au lieu de pousser aujourd’hui des cris d’orfraies, que le conflit en question restait une affaire syro-syrienne et que jamais les puissances occidentales ne s’amuseraient à aller déstabiliser plus encore une région déjà fragile au risque, qui plus est, de heurter le géant russe (très surestimé cependant) ? Honnête ? Oui ! Peu glorieux certes mais au moins cette non-intervention aurait-elle été un temps soit peu assumée. La situation action actuelle n’est jamais révélatrice que des faiblesses patentes d’ordre moral, politique, économique, stratégique et militaire. Autant de faiblesses qu’aucune de ces nations n’est prête à assumer et à reconnaître, chose que Vladimir Poutine a très bien compris d’ailleurs pour en faire sont lit. Paul Morand, dans New-York (1929), biographie éponyme de la ville américaine, eut ce mot prémonitoire : « Les nations occidentales vivent sur le crédit de leur grandeur passée ». Certes le mot d’alors n’incluait pas les Etats-Unis mais il n’en reste pas moins porteur de sens. La crise syrienne l’aura ô combien démontré, révélant avec un cynisme froid l’inertie des nations concernées, la médiocrité des institutions internationales censées régenter les excès constatés et emportée avec elle les espoirs de solidarité internationale au profit d’un égoïsme généralisé, voire codifié. Triste époque…!