
Un mois après son entrée en fonction, le Président américain multiplie outrances et provocations. Mais cette attitude, fruit d’un populisme prégnant, illustre une absence de vision globale et une progression à vue dans un monde politique national et international qui lui est inconnu, progression qui interroge sur sa présence au sommet de l’Etat.
Combien de temps Donald Trump pourra-t-il rester président des Etats-Unis ? La question pourrait paraître loufoque mais l’est-elle réellement ? Voilà près d’un mois que le nouveau président est en fonction et chaque jour amène son lot de surprises, généralement, au mieux surprenantes, au pire dramatiques. Pour n’en citer qu’une, de décret anti-immigration qui a été intelligemment bloqué par la justice américaine (lire article sur huffingtonpost.fr : Donald Trump renonce à faire appel contre le blocage de son décret anti-immigration) Maigre consolation certes mais consolation quand même de voir le tycoon renvoyé dans ses cordes. Pour autant, la présidence de Donald Trump ne s’arrête pas au lendemain du camouflet infligé par la justice américaine au locataire de la Maison Blanche. Et il à craindre que les années qui s’annoncent soient pires que les quatre semaines écoulées. D’où la question initiale : combien de temps pourra-t-il rester président des Etats-Unis. Si la contestation reste forte sur le sol américain et si à peine 39% des citoyens américains avouent encore lui accorder leur confiance Donald Trump est encore là. Et il est fort à parier que ce ne sont pas quelques manifestations ou des sondages révélateurs qui vont le déstabiliser.
Faiblesse et vacuité
En revanche, une accumulation d’erreurs tant sur le plan intérieur que sur le plan extérieur pourrait amener à s’interroger sur la pertinence de sa présence au sommet de l’Etat. A titre d’exemple, les propos tenus suite à l’entrevue avec Benyamin Netanyahou hypothéquant l’idée de deux états, un israëlien, un palestinien, n’ont pas manqué d’interloquer les partisans de la paix et la communauté internationale. Donald Trump, président en campagne permanente, car conscient de son absence de vision globale pour les Etas-Unis (ou bien si approximative), de la faiblesse de son discours et de la vacuité de son programme, est ainsi condamné à naviguer à vue, au gré des attentes de son électorat mais au risque de commettre et de multiplier les erreurs. Ses relations orageuses et délétères avec les médias américains, dont l’aura dépasse largement celle des médias européens, pourraient elles aussi se révéler comme un énième détonateur. Pris les filets d’un populisme outrancier qui lui a permis d’accéder à la présidence, Donald Trump est désormais obligé d’avancer dans la surenchère. Mais même cette surenchère permanente, cette capacité à promettre toujours plus, a des limites. Le refus de la justice américaine de valider le décret anti-immigration a été un coup de semonce. Les quatre années qui s’annoncent, tant du point de vue Démocrate que du point de vue Républicains, se présentent comme un chemin de croix, qui plus est semé d’embûches, si le magnat de l’immobilier (qui ne s’est d’ailleurs toujours pas départi des habits qui siéent à la fonction) devait continuer de multiplier provocations et errances.
Sottise et Damoclès
Une procédure de destitution (impeachment) pourrait alors être envisagée mais reste à en définir le motif et pour que le Congrès prouve que les actes du Président ont mis la nation américaine en danger est loin d’être une sinécure. Mais répétons-le, seule une avalanche d’erreurs lourdes aux conséquences qui le seraient tout autant pour la nation américaine pourrait être à l’origine de la destitution de Donald Trump. Or, l’homme, aussi vulgaire et grossier qu’il puisse paraître, n’est pas un sot, et pourrait, sentant l’épée de Damoclès peser sur sa tête, radicalement changer de posture et de discours, fût-ce au prix de se couper de son électorat de base mais tout en conservant le soutien timide, mais soutien malgré tout, des Républicains. Pour l’heure, Donald Trump semble agir à sa guise, dirigeant le pays au gré d’une inspiration populiste, goûtant au pouvoir comme à une friandise au parfum jusqu’alors inconnu de ses sens. Et s’il semble aimer le dit pouvoir, tout laisse cependant à penser que Donald Trump n’y paraît pas spécialement attaché au vu de ses décisions ou de ses déclarations. La présidence des Etats-Unis se serait-elle alors qu’un jeu, un dépaysement oisif ? Si tel est le cas, Etats-Unis et Monde sont très mal embarqués. Dans les cas contraire,….Etats-Unis et Monde sont aussi mal embarqués car imaginer l’existence d’une forme de cohérence, de raison et de rationalité dans le trumpisme serait le signe de l’abandon de principes et de fondements universaux qui, tant bien que mal, parvenaient encore à structurer le Monde, principes et fondement que Donald Trump foule allègrement du pied.








