Sur la route d’Emmanuel Macron

Pour qui roule Emmanuel Macron ? Pour lui ? Plausible. L’homme est jeune et porte beau, incarnant presque à lui seul la social-démocratie sur laquelle beaucoup se sont cassés les dents. Iconoclaste, il n’hésite à pourfendre les dogmes établis en matière économique y compris au sein de son propre parti, ce qui lui vaut la ire de certaines grandes figures du PS. Ambassadeur et instigateur nouvelle génération de la social-démocratie, Emmanuel Macron a ainsi créé un mouvement, et non un parti, la nuance a son importance, pour attirer tout ceux qui à gauche ou à droite sont revenus du clivage traditionnel qui structure le paysage politique français. Donc en route pour 2017 ! Peut-être…Car finalement rien ne le prouve vraiment. Qu’Emmanuel Macron nourrisse de plus grandes ambitions que celles qui l’ont conduit au Ministère de l’Economie est un secret de Polichinelle. Intelligent et sagace, il sait que la troisième voie qu’il propose, remaniée selon ses convictions faite d’un libéralisme assumé et d’une inclination prompte à rappeler le rôle protecteur de l’Etat, sera le socle d’une élection future quand ce ne sera pas celui d’un programme à venir.

Souplesse et trahison

Car pour l’heure point de programme, juste un objectif : celui de rassembler tout ceux qui se reconnaissent dans son projet, un Chaban-Delmas des temps modernes en quelque sorte mais sans le fardeau de l’héritage gaullien. Mais l’homme cumule aussi les handicaps. Jamais élu mais choisi par le prince, il occupe un Ministère cible de nombreuses attaques. Son passé au sein d’une grande banque d’affaires n’est pas non plus totalement oublié. D’ailleurs Emmanuel Macron n’a pas créé un parti mais un mouvement. Plus souple qu’un parti, toujours borné par ses statuts et engoncé dans ses principes idéologiques fondateurs qui lui interdisent toutes saillies vers d’autres formations au risque d’être accusé de trahison, un mouvement est malléable, homogène, non engagé et plus ouvert au débat qu’un parti où les motions (surtout au Parti socialiste) s’achèvent souvent en luttes fratricides sources de désunion. Alors s’il ne roule pas pour lui, pour qui ? Et s’il travaillait pour François Hollande. Le président qui, au cours de son quinquennat a eu beaucoup de mal (et c’est peu dire) à convertir le pays à la social-démocratie, ne se servirait-il pas de son ministre pour labourer le champ électoral afin d’y instiller méthodiquement l’idée que seule la social-démocratie peut sortir le pays de l’ornière et plus encore d’être son avenir. Sachant pertinemment qu’il ne pourra plus compter sur l’aile gauche du Parti socialiste et de ses sympathisants, hostiles à la politique actuelle et peut-être à l’homme, François Hollande ne peut compter que sur le centre gauche, le centre (si la notion a encore un sens), le centre-droit voire certains Républicains (militants ou sympathisants) agacés par les gesticulations au sein de leur famille politique.

Pari et droit d’inventaire

Et envoyer sur le terrain son ministre de l’Economie avec son mouvement En Marche pour ratisser large n’est pas nécessairement un mauvais calcul. Emmanuel Macron s’y forgera un expérience de terrain utile, le président éloignant, dans le même temps et à dessein, un potentiel rival qui pourrait un jour lui échapper, défend aussi son bilan. Une fois convaincue, ce qui est loin d’être acquis, l’opinion balancerait quasi-naturellement vers le président sortant. Car pour beaucoup de Français, mieux vaut une social-démocratie version François Hollande plutôt qu’un libéralisme-social prôné par Alain Juppé, (même si l’homme se prétend modéré) ou que d’autres candidats plus cassants ou moins consensuels. Là encore, l’ordre et le sens des mots ont leur importance. Parler de social-démocratie, c’est placer l’intérêt général avant les questions économiques abordées sous l’angle libéral ; le libéralisme social, c’est l’inverse et reste à savoir quelle place occupera la question sociale. Rien d’innocent donc dans ce nouveau mouvement qui suscite moult commentaires. En cela le pari est déjà gagné et le Président de la République que beaucoup pensaient hors-jeu, y compris son Premier ministre (car en politique il faut toujours se méfier de ses amis et de leurs ambitions), reviendrait dans la course sans avoir eu, pour l’instant, à coup férir. Malin si cela se confirmait car la tactique prendrait de cours nombre de ses adversaires. Mais est-ce que l’opinion sera sensible à la manœuvre qui vise à expliquer que le salut ne passe que par la révérée social-démocratie ? Quant à Emmanuel Macron, il sait qu’il a tout à gagner dans cette affaire. En cas de succès, entendez la réélection de François Hollande, il en sortira grandi et pourra voir plus grand. Dans le cas contraire, il pourra toujours se réfugier derrière un éventuel droit d’inventaire et rompre avec l’héritage hollandien arguant du fait qu’il avait pas totalement les mains libres au regard de sa position de ministre. Et voir tout aussi grand.Emmanuel_Macron_(1)

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