En bloquant les dépôts de carburants au nom de la contestation portant sur la Loi Travail, la CGT tente le pari de s’aliéner l’opinion pour faire céder le Gouvernement. Mais l’effet escompté risque de se retourner contre elle. Explications.
L’épreuve de force est engagée. A vrai dire, d’aucuns s’attendaient à ce que la contestation liée à la Loi Travail prenne pareille tournure. De violences en dégradations, de déprédations en confrontations, voilà que la CGT a décidé de bloquer les dépôts de carburants cherchant ainsi à pousser le Gouvernement dans ses ultimes retranchements : l’utilisation de la force publique pour casser le mouvement de blocage. Tel est le calcul mené par la centrale syndicale, pourtant aujourd’hui minoritaire dans le pays, et qui oblige le Premier Ministre Manuels Valls à endosser malgré lui les habits de Georges Clemenceau qui en 1906 avait fait donner la troupe contre les mineurs. Certes le contexte social et politique actuel est radicalement différent et il est peu probable que Manuel Valls est un jour à prononcer à la tribune de l’Assemblée Nationale : « Je fais la guerre » comme le fit encore Clemenceau en 1917 pour devenir plusieurs mois après le Père la Victoire. Mais si la première erreur, ce qui reste encore à prouver et seul le temps le dira, a été commise par le Gouvernement en présentant cette loi devant le Parlement, la seconde a peut-être été commise par la centrale syndicale. Car en s’en prenant aux dépôts de carburants, points névralgiques de l’activité économique puisqu’elle touche au segment vital de l’énergie, la CGT s’enfonce dans une logique fermée et sans retour qui prend des allures de pari.
Pari et retournement
Le pari de la centrale, certes osé mais qui ne peut que l’être au regard de sa position dans le paysage syndical actuel où celle-ci est battue en brèche par la CFDT, est donc de fédérer l’opinion publique autour d’elle. Celle-ci prendrait alors fait et cause pour le syndicat présidé par Philippe Martinez et qui se verrait pardonnée, voire absoute, par des Français magnanimes et compréhensifs à l’endroit de ces blocages car finalement hostiles à la Loi Travail. Voilà le pari : celui du retournement de l’opinion. Mais a-t-il été compris des Français ? Certainement ! Accepté ? Toucher aux dépôts de carburants, c’est toucher au premier moyen de locomotion dont nous disposons quasiment tous : la sacro-sainte voiture ! Celle qui permet d’aller travailler tous les matins ou d’aller en chercher pour d’autres. Il est probable qu’un blocus des supermarchés causerait certainement moins de grogne que celui des dépôts de carburants ! Or, toujours dans la logique de la centrale, pousser la puissance publique à intervenir via les forces de l’ordre pour débloquer les dépôts confère à la CGT (le pense-t-elle en tous cas) un statut de martyr qui redore son image de syndicat protecteur mais persécuté et incompris. Là encore erreur. Car rares sont les Français à mener un tel raisonnement, eux-mêmes étant plus préoccupés par la jauge de leur réservoir que par les états d’âmes d’un syndicat en mal de représentativité et qui à l’occasion de cette loi s’autoproclame défenseur de tous. Car si les Français sont hostiles à cette loi, notamment à l’article 2, ils le sont plus encore à un blocage des dépôts amenés à durer qui engendreraient une pénurie croissante de plus en plus mal acceptée.
Défendre et non accabler
Pour résumer la situation de manière un peu synthétique : « Touche pas à mon Code du Travail, mais surtout et avant tout : Ne touche pas à mon essence ! » Et un nouveau problème d’ainsi se poser qui renvoie à la nature même de notre système économique et sa dépendance à l’énergie fossile (ce qui tend à accréditer la thèse d’une montée en puissance des énergies renouvelables d’ailleurs). Ainsi, notre économie, et plus globalement l’économie mondiale, est devenue tellement dépendante du pétrole (ici des carburants) qu’il apparaît évident que rien ne doit entraver son utilisation, même un blocage, fut-il dûment motivé. Triste réalité in fine. La CGT, certainement mue par son histoire contestataire, sa culture prolétarienne, et une réflexion faisant de cette loi un élément inacceptable du dialogue social, a vraisemblablement perdu pied avec le monde contemporain bouleversé de changements qu’elle a du mal à intégrer. La faute peut-être a un dogmatisme implacable qui n’a pas laissé de place au doute sur les attentes réelles des Français en matière de syndicalisme. Le blocage des dépôts de carburants cessera naturellement dans les jours à venir, rompu soit par la force publique soit par la décision de la centrale de renoncer à ce combat perdu d’avance. Car il l’est. Plus que le Gouvernement, c’est à terme et très vite l’opinion qui se dressera contre la CGT, agitée d’un sentiment de prise en otage. Et point de syndrome de Stockholm à espérer. Car en terme de logique syndicale, la finalité d’une organisation de ce type est de défendre les salariés. Non de les accabler au risque de se décrédibiliser un peu plus.
Crise économique, fantasme migratoire et chômage de masse ne peuvent seuls expliquer la montée des partis d’extrêmes droites. Car l’Europe nourrit depuis des siècles les ferments d’une violence sourde que l’historien Pierre Renouvin a identifié sous le nom de Force profondes.
François Hollande a menacé de plafonner les revenus des grands patrons. Mais le contraste entre simple salarié et grand dirigeant ne renvoie-t-il pas à la place que nous accordons à l’argent dans notre vie ?
Le choix du nom de la nouvelle région unissant Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon laisse émerger la question d’une identité commune : existe-t-elle déjà ou est-elle à créer ?
La loi Travail l’a mis en évidence. Et bien que beaucoup s’en doutaient, il existe aujourd’hui deux gauches. Une de Gouvernement, guidée par des thèses socio-libérales ; une parlementaire, fidèle à l’histoire idéologique du parti fondé par François Mitterrand au Congrès d’Epinay en 1971. La fracture, nette et profonde, n’est pour certains en aucun cas tenable et pourrait coûter à François Hollande sa réélection. Lieu commun que ces quelques lignes mais qui introduisent cependant une autre forme d’interrogation. La gauche doit-elle se convertir au libéralisme pour rester au pouvoir ? En un mot, faut-il appliquer et promouvoir une politique de droite tout en étant de gauche, ou prétendu comme tel, pour conserver le pouvoir ? C’est, à y regarder de plus près, le pari pris par le locataire de l’Elysée. Et dans ce cas là pourquoi se représenter sous une étiquette progressiste tout en sachant pertinemment que reconduit à la tête de l’exécutif, sera menée à nouveau une politique d’inspiration, au mieux socio-libérale, au pire de centre-droit avec le turbulent Emmanuel Macron en qualité de Premier ministre. Bref ! Spéculations pour l’heure ! Là n’est pas l’objet. Qu’est devenu la gauche française ? La question se pose. Un ensemble de valeurs progressistes qui cherchent à bousculer l’ordre établi ? L’affirmation de la puissance publique via le renforcement de l’Etat-providence ? Une attention particulière portée aux plus démunis ? Autant de questions qui trouvent leurs réponses à gauche de l’échiquier mais aussi à droite.
Alors que la Loi Travail agrège autour d’elle un ensemble toujours plus lourd de mécontents et que se rapproche l’échéance du vote au Parlement, voilà que le Premier ministre Manuel Valls reconnaît ne pas exclure le recours à l’article 49.3 de la Constitution. Naturellement, la seule évocation de celui-ci, toutes majorités confondues, n’est pas sans provoquer commentaires et cris d’orfraie. Car rappelons-le, le dit article permet au Gouvernement, qui redoute une mise en minorité sur un projet de loi présenté au vote des parlementaires, de s’affranchir de ces derniers et de leurs avis pour promulguer directement la loi. Héritage tenace et régulièrement utilisé par tous les Gouvernements de la Vème République, car extrêmement pratique et pour cause. Mais la question se pose aujourd’hui, comme hier cependant, de savoir ce qui se cache derrière l’utilisation du 49.3. D’aucuns crieront à une marque de faiblesse du Gouvernement amené à l’employer. L’argument est valable car il est aussi le témoin d’une fracture dans la majorité censée soutenir le Premier ministre en place qui, une fois l’article utilisé et la loi adoptée, ne peut arguer que d’une victoire à la Pyrrhus.
Il y a parfois dans l’existence des moments que l’on attend sans qu’ils soient consciemment espérés. C’est peu ou prou ce qui est train de se préparer aux Etats-Unis où les Américains se dirigent vers un affrontement entre Donald Trump et Hillary Clinton. Tout les oppose. Leur seul point commun est de vouloir accéder à la présidence des Etats-Unis. Donc ce moment attendu semble se dessiner, notamment après l’annonce du retrait de Ted Cruz, celui-ci ayant compris que son option ultra-conservatrice ne le mènerait nulle part, si ce n’est à l’échec face à la tornade populiste Trump. De France et d’Europe, l’on s’étonne que près de 50% des Américains aient pu, et puissent continuer jusqu’en novembre prochain, accorder leur confiance au magnat de l’immobilier. Lui si misogyne, si sexiste, si ignare des affaires du monde, si xénophobe, si tout ce que Européens et Français en particulier bercés d’idéaux humanistes (certes en recul ces dernières années) détestent. Mais pouvait-il en être autrement ? Les Etats-Unis, terre manichéenne par excellence ou le bien ne côtoie que le mal et inversement, ou les problèmes ne se résolvent que selon des logiques binaires, les Etats-Unis donc ne pouvaient qu’accoucher, au regard des dernières années, d’un tel affrontement. L’expérimentée et politique Hillary contre le milliardaire Donald. Tout deux incarnent à leur manière deux Amérique qui s’opposent et cohabitent.

Ainsi, un courriel malencontreux et malheureux a trahi les intentions de Nicolas Sarkozy, le message en question laissant très clairement supposer que l’ancien Chef de l’Etat serait candidat aux primaires du parti Les Républicains. Trahison ou stratégie finement calculée ? D’aucuns, connaisseurs ou non, des rouages qui meuvent la politique savent que rien n’est jamais innocent ou accidentel en terme de fuite. Donc, le secret de Polichinelle, gardé jusqu’alors avec des précautions toutes relatives, a été dévoilé à dessein. Il serait naïf d’y voir une maladresse ! « Oups ! J’ai gaffé ! » aurait pu alors se dire l’expéditeur du mail. Que nenni ! Il convient cependant de se demander pourquoi, alors que le scrutin devant désigner le candidat des Républicains à l’élection présidentielle ne se tiendra qu’à l’automne prochain, un tel message a été diffusé ? La raison tient dans le contexte actuel qui fait office d’espace-temps au sein même de l’opposition et dans la personnalité de l’ex-président. Le contexte tout d’abord. A droite, les prétendants s’agitent et s’activent. Alain Juppé, Bruno Lemaire, François Fillon (candidats parmi les plus dangereux pour l’ancien président) n’ont jamais caché leurs ambitions personnelles défendant chacun d’eux des projets plus ou moins viables ou crédibles. Si certains d’entre eux visent clairement l’Elysée (Alain Juppé et François Fillon), le dernier, Bruno Lemaire, bataille aujourd’hui avec l’espoir de s’inviter au festin présidentiel avec en point de mire la table de Matignon. Portés par les sondages pour certains, écrivains à succès pour d’autres, tous, quels qu’ils soient, sont actifs et existent dans l’espace médiatico-politique.