Un président trop bavard ?

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Les confidences du Chef de l’Etat ont provoqué de multiples réactions. Mais ne travaillent-elles pas à une attente de transparence croissante sur l’exercice du pouvoir ?

La publication de l’ouvrage confidence de François Hollande a suscité un torrent de réactions stigmatisant l’imprudence du Chef de l’Etat. Mais en s’exprimant ainsi, le Président ne participe-t-il pas à une transparence salutaire réclamée par les Français sur l’exercice du pouvoir et ceux qui y gravitent ?

Un président ne devrait pas dire ça. Tel est le titre du livre de confidences publié par Fabrice Lhomme et Gérard Davet, tous deux journalistes au Monde, et qui couchent sur papier les propos du Président de la République après que ce celui-ci se soit ouvert à eux durant quatre ans de mandat (voir article sur tempsreel.nouvelobs.com : « Un président ne devrait pas dire ça » : ce qu’il faut retenir des confidences de Hollande ). Au sortir de cet ouvrage, exaspération à gauche et tonnerre de critiques à droite. D’aucuns jugeraient ces réactions somme toute normales : François Hollande étant au plus bas dans les sondages, l’on ne perçoit pas vraiment l’utilité d’un tel recueil à gauche ; à droite on voit là l’occasion de porter de nouvelles attaques contre l’ennemi politique déclaré. Répétons-le, rien d’extraordinaire à cela. Mais retournons un instant le problème, histoire de ne pas être enfermé dans un tropisme exclusif où seul régnerait la critique. Donc si un président ne doit pas ainsi se livrer en raison des réactions qui en découlent, voire des risques potentiels qu’il fait courir à la nation, que doit-il dire ? La question a tout son sens à l’heure où nombre de Français réclament clarté et transparence sur l’exercice du pouvoir. Certes l’ouvrage en question apparaît pour le Président comme un exercice de communication astucieusement préparé au regard de la conjoncture (chose qui n’aura échappé à personne) mais au moins le dit ouvrage a-t-il le mérite de travailler, partiellement certes, à cette transparence tant demandée par les Français.

Secrets et malentendus

Combien les prédécesseurs de François Hollande n’ont-ils pas été brocardés, critiqués, voire vilipendés en raison d’une pratique trop obscure du pouvoir, d’une propension à cultiver le secret ? Loin d’être une séance de psychanalyse couchée sur le papier, l’ouvrage est aussi et surtout le moyen pour le Chef de l’Etat d’expliquer les malentendus qui ont pu émailler son quinquennat. Faut-il y voir une manière habile mais un peu trop visible de se dédouaner de certaines responsabilités et d’erreurs mal assumées ? Chacun apportera la question que bon lui semble à cette question. Mais ouvrir les portes de l’Elysée, s’exprimer avec simplicité sur les rapports politiques, humains, personnels qui jalonnent la vie de l’exécutif n’est pas nécessairement une mauvaise option. Que n’a-t-on pas reproché à François Mitterrand tant de son vivant que post-mortem d’avoir caché l’existence de sa fille Mazarine ? Il s’agissait pourtant là d’une affaire strictement privée. Mais un Président de la République a-t-il le droit d’avoir des secrets comme n’importe quel quidam ? Oui certainement. Mais un Chef de l’Etat a-t-il encore le droit de s’appartenir ? La réponse est plus complexe car elle renvoie l’individu à sa place dans l’Etat et les responsabilités qui sont les siennes. François Mitterrand avait choisi de taire et cacher l’existence de sa fille. Décision et choix personnels qui lui avaient été reprochés non pas tant pour l’objet du silence mais plus pour avoir contribué à alimenter le mystère plein de méfiance qui entoure le pouvoir et ceux qui y gravitent. A l’inverse François Hollande a choisi de s’exprimer en levant le voile sur les questions jusqu’alors sans réponses qui auraient pu nourrir torrents de fantasmes et halo de suspicion. Est-ce réellement condamnable ?

Rumeur, plans et complots

Pourtant, il existe encore, et très certainement, des tombereaux de secrets qui appartiennent à l’histoire du pouvoir. Naturellement, et par définition, un secret reste l’apanage d’un groupe extrêmement réduit de personnes. Mais non dévoilé, il fait aussi place à la rumeur qui alimente elle-même cette idée protéiforme que le pouvoir s’apparente à une forme de lieu marginal où se trament et s’ourdissent plans et complots diaboliques. Après tout, en livrant ces confidences, le Président de la République brise à sa façon un tabou et un silence plus destructeur que l’on ne peut l’imaginer en travaillant à une sorte de proximité propre à monsieur tout-le-monde. Celui qui s’était présenté comme normal en 2012 montre finalement qu’il l’est : Que certains, tels qu’Emmanuel Macron jugent cette normalité déstabilisante pour les Français (voir l’article sur lejdd.fr : Ce qu’il faut retenir de l’interview d’Emmanuel Macron à Challenges) est un argument politique dont chacun appréciera la pertinence mais force est de constater que, à l’image de nombre de Français, le Président de la République s’interroge, se questionne, se trompe, regrette, s’entête, s’emporte, s’égare…Bref ! Comme tout un chacun. Et en cela, il n’en est que plus normal car in fine, il n’est qu’un homme. Comme le furent et le sont ces prédécesseurs : faillibles.

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