Mourir pour renaître au XXIème siècle

ps
Quelque soit le résultat de l’élection présidentielle, le Parti socialiste devra entamer une remise en question de ses objectifs et de son mode de fonctionnement.

Contraint de se présenter uni lors de l’élection présidentielle, le Parti socialiste tente de réconcilier les frères ennemis. Entre coups de poker et coups tactiques, le parti sait aussi qu’une remise en question de ses objectifs et de ses formes est désormais vitale. Pour enfin épouser le XXIème.

Les arrangements entre François Hollande et Martine Aubry sont-ils en mesure de permettre à la gauche, vraisemblablement au président de la République de remporter l’élection présidentielle ?  (Voir l’article sur huffingtonpost.fr : Pourquoi Martine Aubry n’a (toujours) pas lâché François Hollande) Seul l’avenir le dira. Et encore, rien ne dit qu’en cas de victoire les alliances passées seront à l’origine d’un succès qui s’annonce difficile. Ce qui est sûr en revanche, c’est que ces arrangements nourrissent l’idée, entre autres, chère au Front national, que la politique n’est que le fruit de compromis faciles, d’alliances de circonstances et de rapprochements de façades à pure visée électoraliste. Le Parti socialiste n’avait pas besoin de ce type de commentaires qui finiront bien par être tenus, à moins qu’il ne l’aient déjà été, le parti d’extrême droite ne reculant devant rien pour séduire un électorat fragile et prompt aux raccourcis idéologiques. Pour autant, ce rapprochement, s’il devait réussir (comprenez se traduire par la victoire de la gauche) revêt tous les atours d’une mauvaise nouvelle. Pourquoi ? Créé en 1971 au Congrès d’Epinay pour permettre à François Mitterrand de remporter un scrutin présidentiel, le Parti socialiste a vécu et survécu, a connu bien des vicissitudes qui en auraient emporté d’autres sans jamais imploser ou exploser, s’imposant au fil des années comme un pilier de la vie politique française.

Crise fatale

Mais aujourd’hui alors que le Monde a fondamentalement changé de logiciel de fonctionnement, a rangé aux rangs des souvenirs nombre de références jugées archaïques, le Parti Socialiste résiste. A-t-il raison ? Et surtout combien de temps y parviendra-t-il ? En cas de défaite en 2017, il est certain que le PS traversera une crise qui lui sera fatale. En cas de victoire, le Parti devra accepter une complète transformation au risque d’échouer à nouveau à conquérir un électorat demandeur d’un progrès social adapté au XXIème siècle. Renvoyer à plus tard toute remise en question suivie de fait serait là aussi fatale. L’enthousiasme de la victoire ne peut faire office d’arbre qui cache la forêt et tout immobilisme, présenté comme légitime au regard de potentiels résultats positifs, serait interprété, étrange paradoxe, comme une fuite en avant. L’archaïsme et la lourdeur, dont peut être parfois accusé ce parti, représentent aujourd’hui une terrible menace à sa survie mais il est n’est pas le seul. Longtemps conçu comme une machine à gagner (comme nombre de partis politiques) le PS est passé (à l’instar de nombreux autres partis) à côté du tournant du XXIème siècle, à savoir le débat et la démocratie numérique. Car c’est aussi aujourd’hui sur le net, et précisément les réseaux sociaux, que se joue l’avenir politique, que se forge l’opinion et les opinions au XXIème siècle! Plus et pas seulement dans les sections désertées par des militants en manque de projets ou d’idées qui, lorsqu’elles émergent, finissent par être vampirisées par un bureau national tétanisé par les enjeux électoraux. La description pourrait s’appliquer à l’ensemble des partis qui ont très mal cerné dans leur majorité la notion de démocratie participative à laquelle les réseaux sociaux contribuent aussi.

Viabilité

Certes toutes les formations politiques sont présentes sur le net, disposent de sites et de relais, mais la toile est immense et incontrôlable et aucun parti, fut-il des plus organisés, n’est en mesure de dominer cet environnement mouvant et virtuel. Passé cet avatar numérique, reste une réalité et une question : Le PS est-il encore viable dans sa forme actuelle ? Et s’il ne l’est pas, vers quoi tendre et aller ? Un parti de gauche unique, version parti démocrate à l’italienne (voir notre article : S’il ne doit en rester qu’un?). D’aucuns ont en horreur cette idée, d’autres la caressent. Accepter une victoire à tous prix est-il une solution pérenne, intellectuellement honnête ? Le rapprochement Aubry-Hollande interroge et peut désarçonner jusque dans les rangs même du PS tant les divergences entre les deux sont lourdes. Mais devant le risque de la défaite, l’unité prévaut, factice et artificielle certes, mais prime sur les intérêts et les ambitions autres que celles du candidat désigné. « C’est le jeu ma pov’ Lucette ! » comme l’affirmait une publicité télévisée voilà quelques années. D’une manière générale, les partis politiques souffrent en raison avant tout d’un cruel manque de légitimité et de représentativité, d’un manque de transparence dans leur fonctionnement idéologique. Le Parti socialiste n’échappe pas à la règle mais étant aux affaires aujourd’hui, les regards et les projecteurs se tournent plus facilement sur lui. C’est la règle. Mais elle ne peut pas empêcher, elle ne doit pas entraver une remise en question nécessaire, voire vitale. Alors, dans ces conditions, le rapprochement entre Hollande et Aubry est-il un vrai coup tactique politique ou une tentative désespérée pour sauver les meubles d’une histoire passée ? Le temps le dira.

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